Indymedia Grenoble

[Stade_des_Alpes] 3. L’occupation du parc Mistral

vendredi 8 février 2008 par Carton-rouge

[Ville / Environnement] [Révoltes / Luttes sociales] [Autres infos]

Ceci est le troisième épisode d’un petit feuilleton sur le stade des Alpes. *****

3. L’OCCUPATION DU PARC MISTRAL

Résumé des épisodes précédents : en mai 2001, la Métro et la mairie de Grenoble décident la construction d’un grand stade de football empiétant sur une partie du parc Mistral. Ce projet soulève de vives oppositions, notamment celles de SOS Parc Paul Mistral. Créée en juin 2001, cette association réalise des campagnes d’information et de pétitions. Malgré ces mobilisations, en novembre 2003 le permis de construire du stade est sur le point d’être délivré. L’abattage d’une partie des arbres du parc semble désormais imminent.

Comment lutter contre un projet jugé inacceptable, quand les collectivités locales restent sourdes aux pétitions et aux manifestations d’une partie de la population ?

Une solution, l’occupation

Le 2 novembre 2003, trois jeunes grenoblois amateurs d’escalade montent dans un platane au centre de la zone du parc qui doit être détruite. Soutenus par des membres de SOS Parc Paul Mistral, ils pensent tenir quelques jours, le temps de créer un évènement médiatique et d’alerter la population grenobloise. Au pied du platane, ils dressent une table avec tracts et pétitions. Des riverains les ravitaillent en boissons chaudes et nourriture[1]. Trois cabanes sont construites dans les arbres environnants, perchées à 10 et 20 mètres du sol.

Au fil des jours, l’occupation prend de l’ampleur et une dizaine de personnes occupe le lieu de manière permanente (étudiants, lycéens, jeunes travailleurs...). Une cuisine est organisée au sol, sous une tente de jardin. Le campement accueille et informe les promeneurs intrigués.

Au début du mois de décembre 2003, un article plutôt favorable à l’occupation paraît dans Libération. Le lendemain, les journalistes se bousculent au pied des arbres. Amalgames, sensationnalisme et stéréotypes se multiplient. Les occupants, souvent baptisés « écocitoyens » ou « écowarriors », sont présentés comme de jeunes rebelles sympathiques mais inconséquents, s’opposant illégalement à une décision prise "démocratiquement" par les élus grenoblois. Face aux longues tribunes offertes aux pouvoirs institutionnels par les médias, la parole des opposants est globalement marginalisée.[2]

L’occupation se poursuit malgré le froid, la pluie, la neige et le vent. Les habitants du quartier et d’autres sympathisants bloquent ou retardent les ouvriers chargés de clôturer l’espace du chantier. Ils les empêchent physiquement de décharger barrières et palissades, déplacent les bornes en béton, rechargent eux-mêmes le matériel dans les camions et s’assoient sur les pelleteuses. Ces blocages sont l’occasion de discussions, favorisant les rencontres entre habitants du quartier, militants et étudiants.

Le 20 décembre, l’occupation est cependant jugée illégale par le tribunal administratif de Grenoble.

L’occupation prend de l’ampleur

Malgré son interdiction, l’occupation du parc s’étend. Une trentaine de personnes, notamment des étudiants, des squateurs (entre autres ceux des 400 Couverts[3]) et quelques personnes du diois rejoignent le campement et construisent de nouvelles cabanes. Une cuisine collective est installée, ainsi qu’un "infokiosk", sorte de mini-librairie qui propose des brochures en libre-accès sur l’écologie, la lutte contre les rapports de domination ou encore les mouvements sociaux. L’occupation devient de plus en plus conviviale et animée. Ainsi, des jeux collectifs, des ateliers de discussion ou encore des repas de quartier sont organisés régulièrement, réunissant des centaines de sympathisants et promeneurs. Des documentaires militants sont également projetés dans le théâtre occupé du Rio, à quelques centaines de mètres du parc[4].

Au fil des semaines, les revendications du campement s’élargissent. Au delà de l’abattage des arbres, c’est toute une logique urbaniste qui est remise en cause : la destruction des lieux de rencontre non-marchands au profit d’espaces de consommation et de publicité, la mise à sac de l’espace public par des intérêts privés, l’asservissement des élus grenoblois aux industriels et aux financiers, le manque de contrôle des habitants sur leur lieu de vie. Des tracts dénoncent les constructions du multiplex de la Nef-Chavant et du quartier commercial Europôle, les projets de centre de recherches industrielles et militaires de Minatec, du tunnel de la Rocade Nord, ou encore du sillon alpin, un grand projet de conurbation de Valence à Genève[5].

Le 24 janvier, SOS Parc Paul Mistral appelle à manifester. Plus de 4500 personnes défilent dans les rues de Grenoble jusqu’à la mairie. Le cortège, hétéroclite, rassemble aussi bien des riverains souhaitant préserver leur espace de promenade que des libertaires ou des écologistes. Alain Carignon et des militants UMP sont également présents, bien qu’ils se heurtent au rejet des occupants du parc.

Lacrymocratie grenobloise

Le 2 février 2004, les premiers abattages d’arbres commencent par une rangée de platanes. Protégés par la cloture délimitant l’ancien stade Charles Berty et une trentaine de CRS, les arbres sont inaccessibles au public. Toute la journée, plusieurs centaines d’opposants expriment vivement leur colère. Dans l’après-midi, alors que des platanes sont méthodiquement coupés, les manifestants parviennent à faire une brèche dans un grillage. Une soixantaine de personnes, jeunes, retraités et femmes s’engouffrent dans le chantier et s’assoient autour des derniers platanes encore debout. Les CRS chargent à la matraque et délogent violemment les activistes. Menottée dans le dos, une personne est traînée à l’abri des regards puis frappée par un groupe de policiers[6]. Quatre personnes sont hospitalisées aux urgences, quatre autres envoyées en garde-à-vue.

Cette violence policière suscite une vive émotion parmi les opposants. La semaine suivante, la résistance redouble : construction de nouvelles cabanes au sol et dans les arbres, tentes, concerts improvisés, matchs de foot inter-générationnels, ateliers "accrobranche", tractages et affichages intensifs. Plus de 100 personnes logent sur le site en permanence.

Le 10 février 2004, plus de trois mois après le début de l’occupation, les autorités passent à l’offensive. A l’aube, escortés par des centaines de CRS, des gendarmes, des engins de chantiers et trois camions nacelles, des ouvriers installent des barrières pour isoler le campement. Les CRS dévastent les constructions au sol, expulsent brutalement les dizaines de personnes qui n’ont pas eu le temps de monter dans les arbres. Rapidement, la vingtaine de cabanes et leurs 60 occupants sont cernés. La pression monte. Au sol, plusieurs centaines de personnes s’opposent inlassablement aux CRS. Dans les arbres, les occupants s’organisent pour tenir le plus longtemps possible. L’expulsion dure 3 jours, dans une ambiance de lacrymogène, de cris, d’altercations et de charges policières. L’intérieur du camp est complètement isolé, coupé de toute communication. Pression psychologique menée par les Renseignements Généraux, chiens, menaces, coup de butoir sur les arbres avec des engins de chantier... Le 12 février, le GIPN déloge les derniers occupants, relâchés après contrôle d’identité. L’occupation est terminée.

« Michel Destot, maire de Grenoble, et Didier Migaud, président de la Métro, se déclaraient également satisfaits, hier en fin d’après-midi, que l’opération « se soit passée sans aucune violence ». Et affirment que « le dernier mot a été donné à la démocratie » ». (Dauphiné Libéré, 13 février 2004)

« On ne se place pas dans une perspective de rapport de force, on n’est pas dans l’action violente. » Olivier Noblecourt, directeur du cabinet du maire. (Dauphiné Libéré, 10 décembre 2003)

« Je privilégie le dialogue et je refuse la violence. » Michel Destot, maire de Grenoble (Dauphiné Libéré, 3 janvier 2004)

Que va-t-il se passer désormais ?

La suite au prochain épisode, dans 2-3 jours...

***** NOTES

[1] Le récit de l’occupation du parc est emprunté à la brochure Récits et analyses de l’occupation du parc Paul Mistral, téléchargeable sur www.infokiosques.net

[2] Pour en savoir plus, lire Une petite analyse des communiqués des autorités grenobloises pendant l’occupation du parc Mistral, texte téléchargeable sur www.infokiosques.net.

[3] Un squat grenoblois avec four à pain, salle de spectacle, atelier-vélo, zone de gratuité... Très actif, il proposait régulièrement des soirées et des activités. Les habitants de ce lieu occupé en 2001 seront expulsés en août 2005 par la mairie de Grenoble.

[4] En particulier Life in the fast lane, un film qui retrace une année d’occupation de maisons et d’arbres sur le tracé de la voie rapide M11 dans la périphérie de Londres en 1994. Le mouvement d’occupation, très populaire, s’est achevé par une expulsion spectaculaire de trois jours et l’annulation de nombreux projets d’aménagements routiers par le ministère des transports anglais.

[5] cf. Planification urbaine et croissance à la grenobloise, juin 2004 et Le serpent alpin, septembre 2007, textes disponibles sur www.piecesetmaindoeuvre.com

[6] Le visage tuméfié, cette personne a porté plainte pour coups et blessures, plainte jusqu’à ce jour non examinée par la Justice grenobloise. En revanche, les policiers ont porté plainte pour "outrage et rébellion" et en juin 2004, l’opposant au stade a été condamné à 150 euros d’amende. Il a fait appel et a finalement été relaxé en avril 2005.



Compléments d'informations :
le Parc, le Stade et la FRPNA
par anonyme,
le 8 février 2008

Grenoble, mardi 27 janvier 2004

Déclaration du Conseil d’Administration de la FRAPNA-Isère à propos du stade d’agglomération de la Metro 21 janvier 2004

La FRAPNA rappelle que, dès les premières décisions prises par la ville de Grenoble (le 21 mai 2001 en Conseil municipal) et la "METRO" (Grenoble Alpes Métropole, le 1er juin 2001 en Conseil communautaire) concernant l’implantation du futur stade d’agglomération, elle avait affirmé son désaccord avec le lieu choisi et les atteintes portées au Parc Paul Mistral. Pendant plus d’un an et demi, elle a fait connaître sa position et a participé à de nombreuses actions du collectif "Mistral Nature, Mistral Gagnant". Dès la rentrée de septembre 2003 le Bureau de la FRAPNA s’inquiétait d’une action de SOS Parc Paul Mistral, faisant amalgame entre les arbres du Parc Paul Mistral et ceux coupés pour réaliser la ligne de Tram. La FRAPNA se refusait donc de participer à la manifestation du 20 septembre 2003. En novembre 2003, des jeunes se déclarant "indépendants de tous partis ou organisations" lançaient l’occupation des arbres menacés du Parc Paul Mistral. La FRAPNA les a accueillis durant son Festival international du film nature et environnement, à l’occasion de la signature du label "Arbres remarquables" décerné au Parc Paul Mistral dans son ensemble. La multiplication des amalgames et récupérations qui a suivi a amené le Président de la FRAPNA à déclarer, lors du rassemblement du 14 décembre 2003 à l’occasion du dépôt d’une plaque symbolique "Parc Paul Mistral, espace boisé remarquable", que la FRAPNA se retirait de cette forme d’action. Les derniers votes des élus de la METRO et de la Ville de Grenoble à de larges majorités l’ont alors convaincu de s’engager fermement dans l’action de veilleur écologique intransigeant. Elle engagera donc tous ses moyens pour suivre et participer à la requalification/extension de ce parc au même rythme que les chantiers Stade/Tram. En conséquence, le Conseil d’administration approuve :
- Le retrait de la FRAPNA de la forme d’action actuelle et du collectif qui la conduit ;
- L’engagement de la FRAPNA pour une grande requalification/extension du Parc Paul Mistral.

Il renouvelle sa confiance à son Président et à son Bureau. Il rejette les accusations affligeantes et sans fondements portées par le président de Paysages de France mettant en doute l’indépendance financière et politique de la Frapna.

Le conseil d’administration de la FRAPNA Isère mardi 27 janvier 2004

le stade des Alpes, non !
par opposante,
le 9 février 2008

En tant qu’opposants au grand stade, je pense qu’on ne devrait pas appeler ce stade, "le stade des Alpes", parce que c’est employer les mêmes mots que ceux qui l’ont construit, que ceux qui l’ont voulu... Ne pas se reconnaître dans ce projet, s’y opposer, ça passe aussi, à mon avis, par une différenciation dans le vocabulaire qu’on emploie. Alors, on peut peut-être le nommer, mais peut-être différemment ? ;-)

le stade des alpes n’aura pas lieu
par Bien,
le 11 février 2008

lire sur le sujet, la belle brochure "le stade des alpes n’aura pas lieu" http://www.pabloc.com/REPORTAGES/rs...

Ajouter un complément d'information


copyLeft Indymedia (Independent Media Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.