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Baccalauréat 2008. Épreuve de Français. Analyse d’article.

mardi 27 mai 2008 par anonyme

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Baccalauréat 2008. Épreuve de Français. Analyse d’article.

Sujet 1

Corpus Article de Denis Masliah, paru dans le Dauphiné Libéré du 24 Mai 2008.

"Alors qu’une nouvelle manifestation de lycéens est annoncée pour 14 heures aujourd’hui, la tournure prise par les derniers événements suscite l’inquiétude en Isère. Le mouvement initial de protestation des lycéens contre la suppression de postes d’enseignants dès la prochaine rentrée se radicalise (1), au point de dégénérer systématiquement en affrontements avec les forces de l’ordre. Parallèlement à ce phénomène, des bandes de casseurs, probablement sans lien avec l’enjeu initial, se greffent sur les défilés de lycéens pour attaquer les magasins, comme cela s’est produit jeudi au centre-ville de Grenoble. D’un côté, donc, une radicalisation qui se traduit par des heurts très sérieux avec la police et la gendarmerie : aux canettes, bâtons, téléphones portables, jets de billes de plomb à la fronde et au lance-pierre, se sont ajoutés jeudi, sur la place de Verdun, trois attaques à l’engin explosif artisanal à base d’acide... Une commissaire de police stagiaire a été blessée aux oreilles par l’effet de "blast " lorsque l’un de ces engins a explosé à ses pieds. Deux gendarmes mobiles ont été légèrement touchés par des projections d’acide. (2) " Certaines personnes viennent aux manifestations pour casser du flic et pour rien d’autre. Tous les observateurs ont pu constater que, jeudi, sur la place de Verdun, la force publique a été littéralement bombardée pendant de longues minutes avant qu’elle ne soit contrainte de réagir », explique un policier. De fait, comme les journalistes du Dauphiné Libéré l’ont constaté, la riposte des gendarmes mobiles est intervenue plus d’une demi-heure après les premiers jets de projectiles sur leurs effectifs. Les appels à la violence relayés par des sites web anarcho-libertaires "auto-gérés" par d’habiles militants déjà trentenaires semblent trouver un écho auprès de certains très jeunes gens qui ont le sentiment d’être méprisés par le gouvernement. L’un de ces sites, connu pour ses appels répétés à la violence(3), publie par exemple une liste nominative - aux relents de liste noire - des différents responsables policiers locaux (4), mais également de représentants syndicaux ( !) et de journalistes dont le tort est de rapporter les faits dont ils ont été témoins.(5) (...)"

Questions :

En vous appuyant sur votre expérience de la mobilisation lycéenne et sur votre esprit critique, analysez cet article de presse.

Corrigé.

Vous trouverez ci-après des éléments d’analyse de l’article de presse, qui auraient été pertinents à utiliser lors de l’épreuve.

(1) Le terme "radicalisation" - à connotation péjorative pour le plupart des personnes - est utilisé par les médias pour qualifier le mouvement lycéen, mais jamais pour qualifier l’attitude des autorités, restant sourdes aux revendications et déclarant aux profs et lycéens qu’"ils peuvent manifester mais que cela ne changera rien". Face à cette attitude "radicale", les lycéens ont eu le mérite de persévérer et de ne pas s’arrêter suite à deux manifestations. Les affrontements avec les forces de l’ordre sont - pour certains - une manière de se faire entendre, de faire monter la pression, de sortir de la "routine" des défilés plan-plan, ou de montrer aux forces de l’ordre le dégoût qu’elles suscitent. Si cette stratégie est discutable, il reste qu’elle a déjà fait ses preuves et que l’autisme et le mépris du gouvernement envers les lycéens et tous les manifestants devrait bien plus "susciter l’inquiétude" des journalistes.

(2) Une fois de plus, le Daubé ne relaye que les petits dommages corporels chez les policiers. Jamais - ou quasiment - ne sont relayés les dégâts corporels causés par l’action de la police. Le 15 mai, une nouvelle fois, une lycéenne - qui ne participait pas à la manifestation - a été victime d’une grenade de désencerclement et a du subir une importante opération sur la jambe. Le 22 mai, si le Daubé écrit qu’un ouvrier de la place de Verdun a été blessé, il ne précise pas que ce fut par une grenade lancée par la police. De plus, il n’est pas fait mention des multiples malaises dues aux grenades lacrymogènes, des diverses plaies dues aux balles de flash-ball, ou des coups reçus lors des tabassages de la BAC.

(3) Il est ici fait référence à Indymedia Grenoble, site internet d’informations alternatives fonctionnant sur le principe de la publication ouverte, où chacun-e peut proposer un article, modéré ou pas selon une charte. Ce site, par ailleurs sûrement plein d’erreurs et perfectible, qui relaye régulièrement des idées "libertaires" (mais pas uniquement), ne s’est jamais défini comme "anarcho-libertaire". Cette appellation - la aussi péjorative - a été crée par les journalistes du Daubé afin de caricaturer un média "concurrent". En effet, le Daubé possède depuis plusieurs dizaines d’années un quasi-monopole de l’information locale et méprise ou stigmatise toutes les autres initiatives, qu’elles soient alternatives ou pas. Quand aux prétendues appels à la violence, Denis Masliah - qui ne cite aucune phrase pour appuyer ses propos - doit faire référence au ton subversif, irrévérencieux et très "décidé" se retrouvant dans quelques articles postés sur ce site. Il est vrai que ce ton détonne véritablement avec celui, servile, fataliste, résigné et dédaigneux très présent au Dauphiné Libéré et autres médias "démago-sécuritaires".

(4) Denis Masliah fait référence au texte-tract "Nous, on veut vivre", ayant pas mal circulé sur Internet et dans les manifestations. En guise de liste noire, ce texte cite - afin d’appuyer des idées - les noms et quelques éléments biographiques de 3 des principaux responsables de la police locale. Il est étonnant de voir que ceci suscite l’indignation de Denis Masliah quand on sait que la Police locale réalise à longueur de journées des fiches biographiques très détaillées sur des centaines de personnes, ayant pour seul tort d’exprimer des idées. Que les Renseignements Généraux profitent des manifestations pour réaliser des milliers de photos avant de les classer et d’apprendre à reconnaître les manifestants. Le développement et l’interconnexion des fichiers policiers (notamment de pauvres et les militants) n’a jamais suscité la moindre indignation de la part de Denis Masliah. Le fait de nommer les responsables policiers, si. On commence à comprendre quels sont ses amis.

(5) Ce passage permet de comprendre la véritable nature de ce texte. Il semble s’agir uniquement d’une vengeance personnelle. En effet Denis Masliah fait partie - avec Vanessa Laime - des "journalistes" cités dans le tract "Nous, on veut vivre". Mais contrairement à ce qu’aimerait croire Denis Masliah, leur tort n’est pas "de rapporter des faits donc ils ont été témoins." En effet, l’essentiel du travail de ces personnes, spécialistes au Daubé des "faits divers" consiste à recopier les informations données par la Police, en les présentant comme la Vérité. Il leur arrive des fois d’être témoins des évènements, de se déplacer - par exemple aux manifestations - mais c’est pour aller discuter "de vive voix" avec les policiers (ça change du téléphone). Le tort reproché à ces personnes soit donc bel et bien d’être juste - sans l’avouer - les porte-paroles de la Police. Ajoutons qu’à propos de Denis Masliah ou de Vanessa Laime, la dénomination de "journalistes" est certainement un peu abusive - la noblesse idéale de ce métier ne méritant sans doute pas d’être associée avec la médiocrité du travail de ces personnes.



Compléments d'informations :
Le Daubé, auxiliaire de police
par anonyme,
le 28 mai 2008

Non seulement le Daubé ne s’indigne pas du fichage systématique des manifestants par la police, mais il y contribue en publiant des photos sur lesquelles les visages des policiers sont floutés, mais pas ceux des manifestants. Pour en avoir fait la remarque il y a quelques mois à Vanessa Laime, la collègue de Denis Masliah à la rubrique flicarde du Daubé, on constata le mimétisme entre ces pseudo-journalistes et leurs contacts policiers : même morgue et même corporatisme buté.

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