jeudi 18 septembre 2008 par Génération Non-Non
[Non classé] [Autres infos]De la CCI aux « Jeux de la neige », le lobbying pour les JO de 2018 à Grenoble s’active.
Soirée feutrée au World Trade Center en ce mardi 16 septembre 2008. Le gratin du monde économique, mais pas que, était convié par Gilles Dumolard, président de la CCI afin de leur vanter les bienfaits des jeux olympiques.
A cette soirée, étaient invités, les chefs d’entreprises, industriels, artisans, commerçants, chef de la police, politiques, journalistes, … bref, les porteurs de l’idéal olympique au jour le jour. Un espion a réussi à s’infiltrer et nous raconte cette palpitante soirée.
Pour accueillir tout ce beau monde, rendez-vous à la salle de conférences du World Trade Center. Le choix est logique, quand on sait que ce lieu à pour but de faciliter le développement international des entreprises. Il possède ainsi une grande salle de conférence, dont le niveau d’équipement et de confort est plus proche de la MC2 que d’un amphi de la fac. Beaucoup de monde présent pour ce grand moment, entre 300 et 400 personnes. Bien évidemment, il faut présenter son nom à une des files d’attente selon un classement alphabétique. Une des hôtesses d’accueil valide votre inscription tout en vous remettant un bulletin d’inscription à l’association « Pro JO Grenoble 2018 » pour la modique somme de 35€.
Le décor est planté dès que l’on rentre dans la salle de conférences. Sur trois grands écrans, est diffusé un petit film fait pour l’occasion. Ambiance : « la montagne ça vous gagne », surtout en Isère mais avec comme slogan, “Pour avancer ensemble vers les jeux olympiques d’hiver de Grenoble 2018“. Cinquante ans après, vous en reprendrez bien une petite louche ?
Les invités rentrent tranquillement jusqu’à ce Gilles Dumolard ouvre la soirée en ne manquant pas de saluer Jean-Claude Borel-Garin, directeur départemental de la sécurité publique et commissaire central de Grenoble, avec un sens de l’humour pathétique.
Le président de la CCI explique le pourquoi du comment de cette soirée entre ami-e-s. Bien évidemment, il s’agit de défendre la candidature de la ville de Grenoble pour l’obtention des jeux olympiques d’hiver de 2018. Selon les mots de Gilles Dumolard, c’est le moment de “défendre un vrai projet“, allant même jusqu’à dire “il s’agit de notre histoire“. Comme souvent lorsque l’on parle de Jeux Olympiques et de Grenoble, impossible de ne pas entendre à quel point c’était merveilleux en 1968. Ces fameux premiers jeux de l’innovation, avec les épreuves en direct à la télévision sans oublier tout ce qu’ils ont permis pour la ville de Grenoble. A l’entendre, sans ces JO, Grenoble n’existerait pas. Ce nouveau porte parole de la candidature grenobloise, insiste en demandant à tout le monde économique de soutenir ce projet, tant au niveau national qu’international. Les mots-clefs de cette soirée sont investissement et lobbying. Mais pourquoi le monde économique devrait soutenir la candidature de la ville de Grenoble à l’organisation de ces jeux olympiques ? La réponse est simple, si JO il y a, les retombées en termes d’infrastructures, d’investissements, de financements, de gains et d’emplois seront au rendez-vous. Gilles Dumolard ne manquera pas d’ajouter en direction de Jean-Claude Borel-Garin, que pour lui aussi, les JO lui donneront du travail. Et oui, les jeux olympiques, ce sont du fric, mais aussi des flics.
Au delà du fait que ces jeux seront ceux du développement durable et de l’innovation, un power point nous donne les cinq grandes conséquences de l’obtention des jeux olympiques :
Asseoir le statut de capitale des Alpes
Succès médiatique
Vitrine économique, sociale, culturelle et touristique
Immense coup de projecteur
Indéniable reconnaissance internationale
Nouveaux investisseurs, nouveaux échanges.
Le décor est planté. Afin de motiver tout ce beau monde du secteur économique, Gilles Dumolard annonce la création de l’association « Pro JO Grenoble 2018 », dont le but sera de faire du lobbying et de tout mettre en œuvre pour cette candidature. C’est fou comme le secteur économique peut s’emballer pour quinze jours de compétitions sportives. Comme quoi, JO et pognon restent intimement liés. Modestement, le président de la CCI annonce qu’il prendra la présidence de cette association, laissant à Michel Destot, absent de cette soirée pour cause de lobbying auprès des fédérations, la place de président d’honneur. Et là, surprise, Gilles Dumolard annonce que notre maire-dépité partagera la place avec un mystérieux industriel dont le nom reste encore secret à ce jour. Mais d’après le président, c’est un homme compétent, possédant un carnet d’adresses conséquent, et qui portera à merveille ce projet. Jean Therme ?
Il terminera son discours en disant, “vive Grenoble, vive l’Isère et vive notre monde économique“ avant de laisser la place et la parole à Stéphane Siebert, adjoint au développement durable et aux jeux olympiques de la ville de Grenoble.
Pour le Monsieur JO auprès de la municipalité, c’en est fini des « jeux olympiques paillettes ». Les JO de Pékin ? La cérémonie d’ouverture ? Pas une seule paillette. Les 40 ans des JO de 1968 ? Non plus, aucune paillette. Bravo Stéphane, belle analyse. Qui l’affine en affirmant que pour le CIO, les jeux sont une « question d’héritage et de prestige ». C’est bien connu : prestige et paillette n’ont rien à voir.
Scoop : Siebert nous révèle en exclusivité un atout de Grenoble pour avoir les JO : les montagnes. Ouf, ça n’aurait pas été facile sans cela. Scoop n°2 : le second atout c’est une fois de plus « notre tissu économique et innovant » sur lequel Siebert compte afin de faire du lobbying au niveau international. Et de les supplier : « s’il vous plaît, faîtes jouer vos carnets d’adresses. »
Reste un problème, Grenoble n’a pas organisé d’événements sportifs de taille depuis un bon moment. Du coup, au lieu de partir en vacances, lui et ses collaborateurs ont « travaillé dur tout l’été » pour nous concocter « Les jeux de la neige ». Cet événement aura lieu les 4, 5 et 6 décembre prochains. Il faut que Grenoble montre qu’elle est en capacité d’organiser à merveille ce genre d’événements. En gros, une coupe du monde de snowboard et une course de ski de fond devront montrer la capacité d’organiser sans le moindre problème une compétition sportive d’ampleur.
Ce dont Siebert n’a pas parlé, c’est l’implication écologique de cet événement. Au programme : la construction d’une rampe de 100m couplée à un méga-ascenseur inutilisables par la suite ou la production de la neige grâce à des camions d’azote liquide. Pour une candidature aux JO qui se veut « écologique » et « 100% développement durable », ça commence fort. Rappelons-nous des mondiaux IFS du ski scolaire, devant avoir lieu à Grenoble en mars dernier, ayant été annulés car toute la neige fabriquée pour l’occasion avait fondue. Pour donner une idée un peu plus précise de la Haute Qualité Environnementale de ces jeux de la neige, ajoutons qu’ils devraient être sponsorisés par Nutella, Mac Do et Coca-Cola. Plus gras, plus rentable, plus commercial. Gageons que pour couronner le tout, un concert gratuit de reggae viendra finir d’emporter l’adhésion de milliers de jeunes « riders » ne voyant pas plus loin que le bout de leur planche.
Retour à la soirée, où Gilles Dumolard invite sur scène une petite dizaine de représentant-e-s du monde de l’économie iséroise. On a donc pu entendre, le vice-président de la fédération du BTP Isère, le PDG de Pomagalski, le bâtonnier de l’ordre des avocats, le président du Medef Isère, et quelques autres. Tous ayant le même discours, c’était fantastique en 1968, grâce à ces JO, Grenoble a été connu et reconnu et nous ferons tout pour revivre à nouveau cela en 2018. Éternelle réécriture du passé alors que, selon Pierre Frappat, conseiller municipal de l’époque, les JO de 1968 « ne furent pas vraiment une fête pour les Grenoblois. » (1)
Gilles Dumolard reprend la parole, et explique qu’il n’aime pas faire des discours politiques, mais qu’il voit quelqu’un qui a très envie de venir parler. Il invite donc sur scène Geneviève Fioraso, multiple adjointe à la ville de Grenoble, notamment en charge de l’économie. Il ne manquera d’ailleurs pas d’affirmer que l’économie locale doit beaucoup à Geneviève. Cette dernière lui retourne le compliment en disant : “il faut un patron, et je suis très contente que ce soit lui“. Elle insistera sur l’investissement nécessaire du monde économique en disant que pour ce projet : “on a besoin de toutes les filières, d’un partenariat public privé très fort“. Bien sûr, comme Geneviève Fioraso aime souvent le dire, tout cela créera de l’emploi, permettra de désenclaver Grenoble, et de lui donner une place de capitale européenne. Décidément, on aura beaucoup entendu ce refrain du catéchisme économique ce soir, à croire que l’idéal olympique se résume au pognon et que le seul métal convoité est l’argent.
Génération Non-Non
(1) voir La Saignée des Anneaux sur www.piecesetmaindoeuvre.com
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