dimanche 25 janvier 2009 par Les Renseignements Généreux
[Infos locales] [Non classé]Bonjour, ceci est la retranscription d’un entretien entre Les Renseignements Généreux et Pif, Paf et Pouffe, trois membres du collectif FRASC. Il s’agit du septième numéro d’une série d’interviews grenobloises.
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PIF, PAF ET POUFFE, DES FRASC, Féministes pour la Réappropriation des Avortements, des Sexualités et des Contraceptions
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- Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bonjour, je m’appelle Pif, je participe aux FRASC depuis sa création, en mars 2008.
Bonjour, je m’appelle Paf, je suis membre des FRASC depuis plusieurs mois. Je suis féministe depuis peu de temps, depuis trois ans environ.
Bonjour, moi c’est Pouffe. Je participe aux FRASC depuis le début. Je suis militante féministe depuis plus de six ans. Le féminisme fait partie de mes principales préoccupations dans la vie.
- Quelle est l’origine des FRASC ?
Paf : Il y a deux ans, à Grenoble, des copines féministes ont organisé une série de rencontres autour de l’IVG[1]. Ces soirées faisaient suite à la publication d’une brochure, De l’intime au politique[2], écrite par une copine grenobloise qui a vécu un avortement qui l’a pas mal chamboulée. Pendant ces soirées, nous étions plein de femmes à nous retrouver sur des expériences douloureuses d’avortement. En petits groupes de discussions non-mixtes, certaines femmes ont expliqué comment elles ont été maltraitées au sein des institutions médicales actuelles. D’autres ont témoigné du manque d’information, du manque de choix des techniques d’avortement, du manque de respect du droit d’interrompre une grossesse sans autorisation parentale pour les mineures, ou encore du refus du droit d’être accompagnée au bloc lors de l’intervention. Certaines sont parfois traitées de « récidivistes », d’autres ont été culpabilisées par des radiologues qui leur disaient des trucs du style « écoutez le coeur de votre bébé qui bat »...
Pif : De manière générale, plein de femmes témoignaient d’un fort malaise dans la façon dont elles ont été accueillies, traitées ou opérées au sein de l’univers médical, et comment elles étaient peu accompagnées par leur propre entourage.
Pouffe : Dans la même période, nous avons entendu parler du projet d’Hôpital "Couple-Enfant" à Grenoble, une structure qui rassemblerait dans le même lieu une maternité et le centre d’IVG. Dans une France qui reconnaît de plus en plus le statut juridique de personne au foetus, où Sarkozy fait des courbettes aux autorités catholiques, et dans une Europe où la Pologne a perdu le droit d’interrompre une grossesse[3], nous nous sommes inquiétées. Dès l’automne 2007, une dizaine de copines ont commencé à enquêter sur ce projet d’Hôpital "Couple-Enfant", pour savoir quelles seraient nos conditions d’IVG là-bas.
- C’est suite à cette enquête que vous avez créée les FRASC ?
Pouffe : Ces recherches sur l’HCE ont été un catalyseur, un point de départ. Au fur et à mesure de l’enquête, le constat est devenu alarmant, on sentait la nécessité de réagir. En mars 2008, on a appelé à une grande réunion, en invitant toutes les copines qu’on pensait pouvoir être intéressées. On s’est retrouvé au squat Palm Bitch[4], nous étions une bonne quarantaine. On a fait un tour de table, il s’est dégagé une énergie assez fabuleuse, des envies de films, de réflexions, d’affichage, d’actions politiques féministes. On a décidé de faire un collectif. On a beaucoup ri en cherchant un nom, on a finalement choisi FRASC. C’était un grand moment cette réunion. Il y avait de l’ambition politique, l’envie de faire exister des luttes féministes et sociales.
- Quels sont les résultats de vos recherches sur l’Hôpital "Couple-Enfant" ? Qu’est-ce qui vous a alarmé ?
Pif : Avant de critiquer, on peut parler des avantages de l’HCE, parce qu’on n’a pas une position totalement anti. Ce sont de nouveaux bâtiments, de nouveaux locaux pour la maternité du CHU de la Tronche, qui en avait bien besoin. Les femmes ayant accouché de prématurés pourront être avec eux, dans le même hôpital. Une signalétique spécifique indiquant le centre d’IVG est gardée, alors qu’au départ la direction voulait l’enlever, invisibilisant de fait l’avortement. Mais cela ne résout pas le problème de la possibilité de confidentialité des mal voyantes, des non voyantes et des illettrées, qui devront passer par l’accueil général...
Paf : À côté de ça, il y a de multiples régressions en matière d’accueil et d’accompagnement. Les consultations pour un avortement ne seront plus faites dans des locaux spécifiquement dédiés à l’IVG. Le personnel médical, les anesthésistes et les infirmier-e-s seront "polyvalent-e-s", c’est-à-dire pas forcément formé-e-s à la question de l’IVG. Les infirmier-e-s n’auront qu’une formation d’une demi-journée à la perception éventuelle de difficultés et au non-jugement des femmes allant avorter. Les femmes ne pourront plus non plus avoir tous leurs rendez-vous dans une matinée, ceux-ci seront dispersés dans le temps. Ça va encore allonger les délais... Et ces rendez-vous pour un IVG se feront à coté des services de maternité ! Pourquoi pas, d’ailleurs, dans une société qui ne stigmatiserait pas les avortées ; mais on en est loin !!!
Pif : En fait, le centre IVG se retrouve maintenant "inclus" dans un service plus "général" appellé "unité fonctionnelle" de gynécologie-obstétrique. Le CIVG perd donc son autonomie de fonctionnement (financière, spaciale...). Et, effectivement, le personnel qui travaille au sein de cette unité n’est pas spécialement formé aux questions de l’IVG et de l’accompagnement des personnes. Et pire, on peut craindre l’arrivée de professionnel-le-s anti-avortement ou qui ne souhaitaient pas travailler dans le CIVG, mais s’y retrouvent quand même puisqu’il est intégré au service gynécologie obstétrique. Autre gros problème : comme l’HCE consiste à faire des économies en regroupant des activités, le nombre de personnel par rapport au nombre de lits a de fortes chances de baisser dans tout le service. Ça va encore diminuer la disponibilité des soignant-e-s et la possibilité de parler avec la patiente, afin qu’elle puisse faire ses choix en pleine connaissance de cause.
Pouffe : Et puis il y a toute la pression idéologique autour de ce nom "couple-enfant". Comme si la maternité était forcément associée au couple. Ce nom d’hôpital est dur pour celles qui iront avorter, mais aussi faire une fausse couche, accoucher seule, se faire opérer d’un cancer du col de l’utérus... Cette pression idéologique est perceptible aussi dans les articles de la presse locale : quand Le Dauphiné Libéré parle de l’HCE, il ne parle jamais de la pratique de l’IVG, et le mot "femme" a quasiment disparu du vocabulaire, au profit de "couple". L’HCE fait clairement partie d’une vague réactionnaire en France, qui veut faire des femmes des mères en couple hétérosexuel. Et puis, pourquoi toujours penser à l’IVG en terme d’« échec », de « mal nécessaire », d’événement douloureux ou honteux ? Pourquoi ne sommes-nous pas en joie d’interrompre notre grossesse, de maîtriser notre corps, de le réguler, de vivre avec ?
- Où en est actuellement la lutte contre l’HCE ?
Paf : L’HCE est construit et ouvert depuis quelques mois. Nous continuons cependant à informer régulièrement sur ce sujet, et en général les personnes sont contentes d’avoir ces informations. Par contre, le rapport avec les gens qui bossent dans l’HCE est très compliqué. Bien souvent, ils ne nous comprennent pas, ils nous associent au même paquet d’emmerdeur-euse-s que les anti-IVG.
Pouffe : Cette situation nous oblige à questionner profondément nos formes d’actions. Contrairement à nos luttes habituelles, là nous ne sommes pas totalement contre l’HCE, nous luttons pour changer cette institution, pas pour la détruire. Quand on discute avec des personnes qui travaillent au sein de l’HCE, on s’aperçoit qu’elles ne sont pas contentes de comment ça se passe, elles racontent les détériorations du service, de leur travail. On a recueilli des témoignages catastrophiques sur les conditions de travail au sein de cet hôpital. Mais notre discours est la plupart du temps perçu comme trop radical.
- Combien êtes-vous actuellement aux FRASC ?
Pif : Nous sommes une trentaine de militantes actives, et ça augmente.
- Comment êtes-vous organisées ?
Paf : Une fois par mois, notre collectif se réunit en non-mixité. Nous organisons ensuite des commissions et des groupes de travail mixtes ou non-mixtes. Nous avons par exemple une commission vidéo ; un groupe de lectures qui décortique des écrits féministes ; des groupes de discussion sur des sujets précis, comme la question du délai d’avortement ; ou encore une commission radio. Nous organisons également des évènements publics autour de l’IVG, de l’histoire des luttes pour le droit à l’avortement, des méthodes d’avortement, etc.
Pouffe : Nous allons notamment intervenir auprès d’étudiant-e-s en médecine, en co-organisant un cycle d’évènements publics avec une association d’étudiant-e-s en médecine, Le Cri d’éthique.
- Vous avez parlé d’une commission vidéo... Un film serait-il en préparation ?
Pif : Oui, un film sur les FRASC, avec de multiples témoignages de femmes sur l’avortement. Ce film sera une sorte d’état des lieux des conditions d’IVG aujourd’hui.
Pouffe : Pour revenir sur notre mode d’organisation, je voudrais préciser que nous essayons d’avoir un fonctionnement le plus collectif et horizontal possible. Nous essayons que tout le monde puisse participer aux processus de décision. Et ce n’est pas évident. Entre celles qui ont plusieurs années de féminisme derrière elles et celles qui découvrent ces luttes, il y a de forts décalages. Mais nous avons la volonté d’échanger un maximum nos savoirs. À trente, ce n’est pas évident, mais c’est un processus d’une richesse incroyable, qui crée des liens forts. Notre priorité, ce n’est pas forcément l’efficacité, c’est avant tout la qualité de nos rapports. On préfère mettre plus de temps pour décider telle ou telle action, du moment que nous conservons des rapports horizontaux entre nous.
- Ce fonctionnement horizontal favorise-t-il le "consensus mou" ?
Paf : Non, nos positions politiques restent radicales. Nous sommes des femmes d’horizons différents, mais nous nous sommes retrouvées autour du féminisme et de l’anticapitalisme, donc sur des bases radicales dès le départ.
- Quel âge ont les membres des FRASC, de manière générale ?
Pif : Globalement, nous avons entre 25 et 35 ans. Mais certaines militantes sont plus jeunes, d’autres plus âgées.
- Qu’est-ce que qui vous enthousiasme le plus dans cette aventure politique ?
Paf : La qualité d’écoute entre nous. Quelles que soient ton histoire et ton expérience, tu te sens accueillie et accompagnée par le groupe.
Pouffe : Les collectifs féministes non-mixtes sont les meilleures expériences militantes de ma vie. Je suis investie dans de nombreuses autres luttes anticapitalistes, mais là où je trouve la plus grande richesse humaine et politique, c’est au sein de collectifs comme les FRASC.
Pif : Ce qui m’enthousiasme le plus dans les FRASC, c’est l’énergie et la vie qui s’en dégagent. Pour nous dénigrer, les militants "pro-vies"[5] affirment souvent : « Nous sommes dans une logique de vie, alors que les militantes féministes sont dans des logiques de mort ». Quand j’entends ça, je suis furieuse. Nous bouillonnons de vie ! Nous sommes simplement pour le choix, celui d’avorter ou d’enfanter dans les meilleures conditions du monde !
- Le collectif des FRASC est-il ouvert ?
Pif : Oui, mais seulement pour les femmes et les transsexuelles. La participation aux FRASC se fait sur un principe de marrainage, ce qui nous permet d’être sûres que nous avons des positionnements politiques proches. Nous avons également écrit un texte qui présente nos bases politiques et nos revendications[6]. Ensuite, chaque commission décide de se réunir en mixité ou non.
- Pourquoi fonctionnez-vous en non-mixité ?
Paf : Question récurrente... Le plus souvent, la non-mixité choque. Les hommes pensent qu’on les rejette en tant qu’êtres humains mâles, alors que c’est leur pouvoir que nous combattons.
Pouffe : C’est la non-mixité choisie qui choque ! Parce que la non-mixité subie, omniprésente dans notre société, est peu remise en cause. La non-mixité subie, c’est quand les femmes se retrouvent, sans se concerter, dans les mêmes jobs, les mêmes loisirs, les mêmes lieux. Exemple classique : dans une soirée entre couples, les femmes se retrouvent à papoter dans la cuisine en préparant le repas, pendant que les mecs sirotent un apéritif dans le salon...
Pif : La non-mixité choisie est une pratique courante chez les féministes radicales. Nous nous sommes posées la question au début des FRASC. Mais le consensus a été fort pour fonctionner en non-mixité, tout en invitant des camarades hommes pour des actions spécifiques. Ce choix de non-mixité, c’est avant tout pour s’assurer que nous maîtrisons les rênes de notre mouvement.
Paf : C’est dur d’expliquer les bienfaits de la non-mixité, j’ai souvent du mal à l’expliquer aux copains et copines. Je crois que pour comprendre ce choix, il faut le vivre. La non-mixité change les relations interpersonnelles, l’ambiance d’une réunion. On se sent davantage en confiance.
Pouffe : On ne vit pas dans une société aux rapports égalitaires entre hommes et femmes. La non-mixité est un outil permettant aux femmes de se réapproprier leurs luttes et leur identité. Les femmes vivent une oppression spécifique. Pour s’organiser et lutter contre cette oppression, il est important de se retrouver entre opprimées. La non-mixité est une question douloureuse, parce qu’on nous reproche systématiquement d’être sectaires, d’exclure des "hommes gentils". Mais on ne reproche jamais à une grève ouvrière de ne pas intégrer les patrons dans leur lutte... La non-mixité, ce n’est pas une fin en soi, c’est juste une stratégie de lutte qui consiste à ne pas s’organiser avec nos oppresseurs pour lutter contre l’oppression.
Pif : La non-mixité est difficile à comprendre pour les hommes, ils ont du mal à comprendre que nous avons besoin de nous retrouver entre personnes partageant des vécus communs. Par exemple, j’ai beau vouloir être solidaire avec les personnes non-blanches, je ne peux comprendre ce qu’est de vivre le racisme au quotidien. Vivre une oppression particulière et la partager avec des personnes vivant cette même oppression, ça crée une force que la théorie ne peut pas décrire.
- Rencontrez-vous des difficultés au sein des FRASC ?
Paf : Oui, bien sûr, mais pas plus que dans d’autres aventures collectives. Je trouve qu’on s’en sort plutôt bien.
Pouffe : Organiser des actions collectives, c’est toujours compliqué, les réunions sont parfois très longues. L’ouverture du groupe n’est pas toujours simple non plus. Mais on avance.
- Certaines camarades sont-elles parties des FRASC ?
Pif : Oui, quelques unes, mais elles sont plutôt parties par manque de temps pour militer.
Paf : D’autres travaillaient à l’HCE. C’était compliqué pour elles d’allier leur travail et leurs idées radicales. Mais elles continuent à faire vivre leurs idées féministes. De manière générale, nous avons beaucoup de camarades qui ne participent pas aux FRASC, mais qui, de là où elles sont, dans leurs luttes, font avancer le féminisme. C’est très enthousiasmant.
- Quelle est la filiation entre les FRASC et les mouvements féministes du passé ?
Pouffe : Depuis que je suis féministe, j’ai toujours eu le sentiment d’être rattachée à l’histoire des luttes des femmes. Les FRASC sont en partie nées de notre découverte de l’histoire du MLAC[7], à travers le film Regarde elle a les yeux grand ouverts[8]. Ces luttes féministes des années 70 étaient bien plus radicales que nous le pensions. Nous avons par exemple découvert que les femmes du MLAC n’étaient pas satisfaites de la loi Veil[9] : elles ne voulaient pas une légalisation de l’avortement, elles voulaient sa dépénalisation. Ces militantes féministes pratiquaient des IVG elles-mêmes !
- Si la loi Veil ne satisfaisait pas le MLAC, pourquoi la lutte n’a-t-elle pas continué ?
Pif : Quand la loi est passée, les MLAC se sont posées la question de continuer ou non. Très peu ont décidé de continuer.
Paf : Celles qui ont continué à pratiquer des IVG elles-mêmes ont subi des procès. Le film Regarde elle a les yeux grand ouvert retrace notamment le procès du MLAC d’Aix. Elles ont remporté ce procès, mais c’était épuisant. La répression de l’État crée de la fatigue, de l’usure. Et puis ces militantes commençaient à vieillir, à se normaliser. C’est la même chose pour la plupart des luttes des années 70 : peu à peu les dynamiques militantes se sont éteintes.
- Êtes-vous en lien avec des anciennes militantes du MLAC ?
Pouffe : Oui, mais nos rapports sont compliqués. Un certain nombre de ces militantes se sont embourgeoisées, nous avons des visions et des pratiques politiques bien différentes désormais...
- À quelles autres luttes féministes rattachez-vous les FRASC ?
Paf : Les FRASC sont en grande partie l’aboutissement des dix dernières années de luttes féministes radicales à Grenoble.
- Quelles sont les actions féministes radicales qui vous ont le plus marqué dans vos vies ?
Pif : La menstrueuse, un journal féministe lyonnais, proche des mouvements squats. Et puis les premiers squats non-mixtes, à Dijon. D’autres femmes ont ensuite ouvert des squats non-mixtes à Toulouse, Grenoble, Lyon. Cette situation a soulevé plein de questions dans les milieux libertaires. J’ai aimé aussi nos luttes sur la question du voile. Les féministes radicales avaient une position assez fine : elles étaient d’accord pour critiquer la religion, mais pas d’accord pour exclure des femmes de l’école.
Paf : Ma première grande expérience féministe a été la Ladyfest, sur Grenoble en mai 2007. Quinze jours de festival organisé par des femmes en tous genres, avec des ateliers d’échange de savoir pour les femmes en mécanique, en écriture, en sérigraphie ; des discussions ; des projections ; des concerts... J’ai touché à des techniques que je n’avais pas osé aborder auparavent (sonorisation, mécanique), discuté de sujets intimes avec des femmes que je ne connaissais pas... c’était vraiment super !!!
Pouffe : Je me souviens également de l’expérience du point G, un village féministe non-mixte, lors du contre-sommet d’Evian, en 2003[10]. C’était fort de visibiliser l’oppression des hommes sur les femmes dans les milieux dits anti-autoritaires. Une autre dynamique importante, c’est la création de filières d’études féministes depuis 10 à 15 ans dans les Universités. Ces filières sont loin d’être parfaites, l’Université est critiquable, mais la création de ces filières a un impact certain.
- Quels sont actuellement les lieux et les dynamiques féministes à Grenoble, en plus des FRASC ?
Paf : Grenoble est l’une des rares villes en France où les luttes féministes radicales sont bien implantées. C’est un petit milieu, mais les féministes radicales sont présentes dans presque toutes les luttes de la ville.
Pif : Le féminisme radical à Grenoble, c’est l’émission de radio Dégenrées11, c’est l’association Femme évasion[12], ce sont les repas féministes tous les mois au lokal autogéré[13], c’est la bibliothèque féministe à la Capuche[14], ce sont les stages d’autodéfense féministes et le groupe d’autodéfense qui se réunit toutes les semaines. C’est aussi le collectif de lesbiennes Les voies d’elles[15].
Pouffe : Il faut aussi mentionner les squats féministes. Ils ont tous été expulsés, mais c’était des expériences intenses.
Pif : Et puis la Ladyfest, donc !
- Comment expliquez-vous cette présence des luttes féministes à Grenoble ?
Pouffe : Je pense qu’il y a un effet "boule de neige". L’existence d’un milieu féministe radical attire d’autres féministes radicales. C’était mon cas : je suis venue à Grenoble pour participer à ces luttes. Et je ne suis pas la seule !
- Que signifie « être féministe » pour vous ?
Pif : Pour moi, être féministe, c’est avoir une conscience claire du féminisme et être engagée dans des luttes féministes. Avant de rencontrer le féminisme, j’étais déjà très sensible au sexisme ambiant. Les mentalités machistes, la violence conjugale[16], le conditionnement éducatif, le sexisme publicitaire, tout ça me révoltait. Mais je me sentais seule avec ce ressenti, je ne me sentais pas légitime, je n’avais pas d’analyse globale. Le féminisme m’a permis de comprendre la notion de patriarcat, de poser des analyses sur mes ressentis, au début c’était un soulagement énorme. Et puis la base du féminisme, c’est une culture de solidarité. Entre femmes, on s’entraide énormément. Via les FRASC par exemple, on a déjà des appels de copines qui ont besoin d’avorter : elles nous contactent pour connaître des bons médecins, un accompagnement. Et nous les aidons.
Paf : Être féministe, c’est développer une nouvelle grille d’analyse du monde et des relations, qui bouleverse profondément l’image qu’on se faisait du monde. C’est une grille d’analyse très puissante, qui permet d’expliquer presque toute situation. C’est souvent dur d’être féministe au quotidien, parce qu’il faut travailler sur soi, être capable de remettre en cause plein de choses.
Pouffe : Pour moi, être féministe, c’est agir "ici et maintenant". Ce n’est pas attendre le "grand soir", c’est changer tout de suite nos comportements, se libérer de nos oppressions quotidiennes. C’est affirmer que le privé est politique. Cette énergie, je ne la trouve que dans le féminisme. Je me revendique même anarka-féministe, parce que la conjugaison des pensées féministes et anarchistes offre à mon avis la version la plus poussée de l’implication théorie-pratique.
- Qu’est-ce que le féminisme a changé dans vos vies, concrètement ?
Pif : Le fait de rejoindre un groupe féministe m’a aidé à couper les ponts avec mon père, qui est violent, il y a quelques années. C’était très dur, mais je sentais qu’il fallait que je me libère de cette emprise. Le féminisme, c’est comprendre que la sphère privée est aussi politique, et que nous ne devons plus accepter des dominations dans nos sphères intimes. Ça peut paraître dérisoire d’exprimer ça, et pourtant l’oppression familiale peut énormément peser dans nos vies.
Pouffe : Sans rire, le féminisme a sauvé ma vie. Quand j’ai commencé à fréquenter des squatteuses féministes, d’un coup j’ai été plongée dans des expériences très fortes : la vie collective, l’action politique. Six ans plus tard, je réalise combien le militantisme féministe m’a apporté énormément en assurance, en sérénité. Faire de la mécanique entre femmes m’a permis de comprendre que je ne suis pas maladroite et stupide : lorsqu’on m’explique bien, je peux tout faire. Ça peut paraître banal, mais ça change la vie. La participation à l’émission de radio Dégenrée m’a apporté du soutien intellectuel, m’a donné de l’assurance pour parler publiquement. Enfin, il y a la découverte du lesbianisme. Le féminisme m’a permis de vivre des histoires d’amour avec d’autres femmes. C’était un désir que j’avais depuis longtemps, mais je ne pouvais pas le faire exister.
Paf : Pour moi la prise de conscience féministe est plus récente. Depuis que je passe beaucoup plus de temps avec des femmes, je me sens bien mieux qu’avant, je me sens davantage soutenue. Nos discussions sur la sexualité m’ont permis de dénouer des noeuds dans ma vie. Et puis il y a plein de petites choses qui peuvent paraître dérisoires, mais qui changent beaucoup de choses au quotidien, comme le fait de ne pas se raser les jambes si je n’en ai pas envie. Après, il y a des choses plus difficiles à vivre. La grille de lecture féministe fait que tu réalises plein de problèmes que tu ne voyais pas auparavant. Ça entraîne des ruptures avec des gens, qui ne comprennent pas nos choix, la famille, les parents, des ami-e-s. Maintenant, il y a des comportements que je n’accepte plus, alors qu’avant j’aurais davantage essayé de composer avec.
Pif : Le féminisme a aussi changé mes relations affectives avec les garçons. La grille d’analyse féministe me permet de poser des limites, de revendiquer des changements, de tendre vers des relations égalitaires. Et c’est chouette aussi pour les garçons ! Les mecs doivent aussi voir ce qu’ils ont à gagner à travers le féminisme, à commencer par le bonheur d’avoir des relations plus égalitaires.
- Que pensez-vous du patriarcat dans le milieu militant grenoblois ? Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous confrontez ?
Paf : Le patriarcat existe dans le milieu militant comme dans le reste de la société. C’est fou de constater combien les rapports de domination peuvent être forts dans des milieux qui affirment vouloir se battre contre toute domination. Les mecs ont tendance à monopoliser le pouvoir, la parole, à parler pour les autres, à être dans la séduction, à jouer les paternalistes. En même temps, c’est compréhensible. Nous sommes des individu-e-s construit-e-s socialement en tant que dominant-e-s ou dominé-e-s, et ouvrir les yeux ne suffit pas. Il faut beaucoup d’efforts pour déconstruire son rapport au monde, l’éducation qu’on a reçue16. Mais du coup, être féministe est doublement difficile, parce que non seulement on doit lutter contre la société patriarcale, mais on doit aussi se battre à l’intérieur de ces luttes. Être féministe, c’est lutter tout le temps, il faut être tout le temps vigilantes, y compris avec ses propres camarades.
Pouffe : Dans les milieux militants, la séparation public/privé existe encore énormément. Dans les relations de couples militants, il y a beaucoup de domination. Encore ce week-end, je rencontrais une femme en couple avec un "super-militant" "gaucho-écolo" : elle galère à la maison, elle se tape tout le boulot, son copain ne sait même pas faire les courses. Dans les relations intimes des couples, au niveau de la sexualité en particulier, c’est souvent catastrophique, mais les femmes n’osent pas le dire. Ce n’est pas parce qu’on est un militant anti-hiérarchie, anti-domination, anarchiste, qu’on est déconstruit. Beaucoup de mecs sont bien contents d’avoir une partenaire disponible sexuellement. Je suis "cash", mais c’est la réalité. Depuis sept ans, j’ai vu plusieurs fois des femmes du milieu militant grenoblois nous dire : « Untel, que vous connaissez toutes, il m’a violé ». Je pourrais citer des tas d’exemples concrets. Les violences conjugales et sexistes peuvent prendre des formes subtiles dans le milieu militant. Mais au final, très souvent, les femmes sont considérées, inconsciemment ou non, comme des outils du confort de l’homme. C’est grave.
Pif : Les schémas dominants sont effectivement bien présents dans tous les milieux politisés. Ce sont la plupart du temps les femmes qui prennent le plus soin des autres, si une personne est malade ou est déprimée. Ce sont les femmes qui prennent moins facilement la parole lors des réunions militantes. Et puis les clichés sur les féministes ont la vie dure. Quand tu te dis féministe, tu es vite considérée comme une "reloue", les hommes t’évitent, même dans les milieux militants.
Paf : Dans les milieux anarchistes, l’imagerie du militant viril, blanc et fort est bien présente. Le militant idéal, c’est un guerrier, il parle fort, il est musclé, il dirige, il a de l’autorité. Il suffit de voir certaines affiches de la CNT ou de la Fédération Anarchiste... Dans tous les cas, une chose est claire : les militants syndicalistes et anti-autoritaires ont effectivement des choses à perdre dans le féminisme. Agir de manière féministe pour un homme, ça signifie plutôt prendre les notes d’une réunion que de l’animer, ça implique gérer des choses chiantes dans l’organisation de la maison, bref ça implique de faire davantage de tâches ingrates, qui sont le plus souvent réservées aux femmes. Pour prendre un parallèle, je pose une question : est-on prêt à faire le boulot de merde des éboueurs ? D’un point de vue théorique, je suis prête à le faire. Mais dans les faits je sais que c’est plus dur : gérer la merde, c’est désagréable. D’où les réticences des hommes à prendre véritablement en compte le féminisme.
Pouffe : Souvent, les hommes du milieu militant grenoblois comprennent mal notre colère, ils nous trouvent trop violentes dans nos réactions contre leur sexisme. Cette situation est paradoxale : nos milieux anarchistes valorisent souvent la rage, l’action directe et violente. Mais quand ce sont les féministes qui s’enragent et se mettent à crier, à faire des actions directes, c’est très mal pris. Et encore, nos actions sont peu violentes : je n’ai jamais vu de lynchage, de baffe ou de coups de poing contre des mecs dans le milieu militant grenoblois... Par contre, il y a eu des exclusions. En réaction, les mecs ont tendance à nous réprimer de manière insidieuse, en nous évitant, en nous stigmatisant. Être féministe, ça signifie potentiellement perdre des ami-e-s, perdre des amant-e-s potentiel-le-s, être dévalorisées. Il y a une sorte de répression antiféministe interne au milieu militant.
- Pour vous, que serait un ’’bon’’ pro-féministe ?
Pif : Tu veux savoir comment faire pour baiser des féministes ? [Rires]
- Mais non ! Je pose une question que beaucoup de militants se posent.
Paf : Pour moi, il y a un principe fondamental, c’est la responsabilisation. J’aimerais que les hommes se responsabilisent, prennent aussi en charge cette question du patriarcat, et se questionnent avec responsabilité sur les oppressions qu’ils exercent.
Pouffe : Dans le premier collectif anarka-féministe auquel j’ai participé, nous avions un slogan : « On ne veut pas d’excuses, on veut du changement ! » La culpabilité, les excuses, ça ne nous nourrit pas, nous voulons que les hommes modifient réellement leur comportement. Il y a des principes de base : écouter les féministes, lire les féministes, ne pas parler à la place des femmes, investir cette lutte, inventer des outils, par exemple en constituant des groupes d’hommes contre les violences sexistes et contre la domination masculine. Beaucoup de garçons qui se disent proféministes se contentent de nous dire : « Je vous soutiens, le féminisme c’est hyper important, je viendrai aux manifestations et aux évènements que vous organisez ». C’est déjà bien, c’est de la solidarité de base, mais j’attends plus. Quand est-ce que les hommes vont commencer à vraiment se bouger sur le féminisme, c’est-à-dire à vraiment militer dans ce domaine ? Je suis entouré de plein de camarades hommes qui font des trucs excellents au niveau politique, mais qui ne s’investissent pas dans les luttes féministes, qui se contentent de nous soutenir. C’est vraiment insuffisant !
Pif : Moi j’aurais envie de dire aux hommes qui se posent des questions : rassemblez-vous en non-mixité hommes, échangez sur vos vécus, sur vos difficultés, sur votre rapport au féminisme. Arrêtez de vous sentir culpabilisés et prenez ces questions à bras le corps.
Pouffe : Tout en sachant que les luttes féministes seront avant tout le fait des femmes. J’admets que la situation n’est pas facile pour les hommes qui prennent conscience du patriarcat. Mais je ne mets pas mon énergie à plaindre les garçons, je préfère mettre mon énergie à lutter avec des femmes.
- Quels sont les ouvrages féministes que vous conseillez ?
Paf : La femme gelée, un roman d’Annie Ernaux. Elle décrit le quotidien d’une femme au foyer, bloquée dans sa vie alors qu’elle avait des ambitions de femme libre. Je recommande également et très vivement King-Kong Théorie, de Virginie Despentes. L’énergie qui se dégage de ce livre est hallucinante.
Pouffe : Je conseille également King-Kong Théorie de Virginie Despentes... Et aussi une brochure de Corinne Monnet, A propos d’autonomie, d’amitié sexuelle et d’hétérosexualité, disponible sur http://infokiosques.net. Cette brochure explore notre intimité, nos relations amoureuses, et donne beaucoup de pistes d’applications personnelles.
Pif : J’aimerais partager trois livres : L’épopée d’une anarchiste, qui décrit la vie incroyable de la féministe Emma Goldman ; Sister outsider, d’Audre Lorde, l’expérience d’une féministe lesbienne noire, confrontée au sexisme et au racisme ; et enfin L’Ennemi principal : Penser le genre, de Christine Delphy, un ouvrage d’analyse assez pointu mais passionnant.
P.S. : En annexe ci-dessous, après les notes, vous trouverez les bases politiques et les revendications des FRASC.
***** NOTES
[1] Interruption Volontaire de Grossesse
[2] Disponible sur http://infokiosques.net/
[3] Autorisée en Pologne pendant plus de quarante ans, l’IVG a été à nouveau interdite en 1997. Exception faite - jusqu’à la douzième semaine de grossesse - du viol, de l’inceste et d’un danger pour la santé de la mère ou d’une malformation irréversible du foetus.
[4] Squat situé dans le quartier ’’île verte’’ de Grenoble, désormais expulsé.
[5] C’est ainsi que les associations anti-avortement (ou « anti-choix »), comme SOS-tout-petit à Grenoble, s’auto-proclament.
[6] Voir en annexe.
[7] Mouvement de Libération de l’Avortement et de la Contraception, créé en 1973.
[8] Documentaire de Nicole Grand et Yann Le Masson, 1980, téléchargeable sur http://www.les-renseignements-gener...
[9] La loi Veil, votée en janvier 1975, prévoit la possibilité d’interrompre une grossesse de façon anonyme, dans un cadre médical, sans risque de stérilité et de mort par la suite. Mais cette loi est très restrictive et ne répond pas aux demandes des militant-e-s du MLAC. Sur ce sujet, lire Avorter, Histoire des luttes et des conditions d’avortement des années 1960 à aujourd’hui, brochure disponible sur http://infokiosques.net
[10] Village alternatif anticapitaliste et anti-guerres, textes collectifs et temoignages, éditions No Pasaran/le monde libertaire, 2003
[11] Emission programmée sur Radio Kaléidoscope, 97 fm à Grenoble ou http://www.radio-kaleidoscope.net. Pour connaître la prochaine émission Dégenrées, consulter http://grenoble.indymedia.org. Pour écouter des anciennes émissions, http://radio.indymedia.org
[12] Femme évasion propose des aides d’urgence matérielles et humaines aux femmes victimes de violence conjugale, d’agressions, de surendettement, etc. Contact : 3 place André Malraux, Grenoble, 04 76 43 12 24.
[13] Lokal autogéré, 7 rue Pierre Dupont, Grenoble. Le prochain repas féministe sera annoncé sur http://grenoble.indymedia.org
[14] Bibliothèque féministe ouverte tous les jeudi de 16h à 20h, le 1er jeudi du mois en mixité, les autres entre femmes, lesbiennes, trans. La Capuche, 5 rue Bergson, rez-de-chaussée, Grenoble.
[15] http://www.les-voies-d-elles.com
[16] Selon les recherches d’Amnesty international, une femme meurt toutes les heures dans le monde entre les mains d’un parent, d’un compagnon ou d’un ancien compagnon. En Grande Bretagne, les services d’urgence reçoivent un appel toutes les minutes concernant un incident violent dans la famille. En France, des chiffres récents montrent qu’une femme meurt toutes les quatre heures sous les coups de son partenaire. (Euronews, 13/12/2006).
[17] Sur l’éducation genrée, lire en particulier Contre les jouets sexistes, ouvrage collectif, éditions L’échappée, 2007.
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BASES POLITIQUES DES FRASC
Les FRASC sont un collectif féministe et anti-capitaliste.
En 2008, nous constatons que l’avortement se fait en France dans de mauvaises conditions (tabou, culpabilisation, manque de moyens).
Nous constatons que l’information sur la contraception et sur l’IVG est insuffisante – voire mensongère – , que les contraceptifs ne sont pas gratuits et que les hommes ne sont pas responsabilisés sur cette question.
Nous constatons qu’aujourd’hui encore un seul modèle de sexualité et d’amour perdure : le modèle hétérosexuel traditionnel où les femmes sont enfermées dans la maternité, dans la double journée de travail et sont trop fréquemment victimes de violences sexuelles et conjugales.
Nous constatons donc que ni les femmes, ni la sexualité de toutes et tous, ni la gestion de nos capacités procréatives ne sont libérées.`
Cet état de fait est, selon notre analyse :
le résultat d’une société profondément sexiste qui reste dominée par les hommes ;
le résultat du poids des morales religieuses et de la présence toujours active des intégristes religieux, majoritairement chrétiens, notamment dans les hautes sphères du pouvoir ;
le résultat des politiques étatiques réduisant les femmes au rôle de mère et invisibilisant la diversité des sexualités ;
le résultat d’une politique commerciale réduisant les femmes au statut d’objet sexuel et/ou de mère au foyer ;
le résultat d’une médecine plus soucieuse de la rentabilité de ces actes que du choix et de l’autonomie des patientEs ;
Face à ces constats, les FRASC ont pour objectif que soit reconnu dans les discours et dans la pratique, le droit de chaque être humain à disposer de son corps, de ses capacités procréatives et de sa sexualité.
Nous luttons pour que les choix de chacunE ne soient plus contraints par une société patriarcale.
Nous nous positionnons :
pour que soit reconnu que la valeur d’une personne est indépendante de son sexe, de son genre, de son orientation sexuelle et de son état de procréation ;
pour une éducation égalitaire ;
pour que soit reconnu et rendu visible comme tel les rapports de domination et de discriminations selon le sexe, le genre, la sexualité, la "race", l’origine culturelle, l’âge, la religion, la classe sociale et le handicap ; dans ces rapports de domination, nous nous engageons à toujours nous placer du côté de l’oppriméE et de la liberté de choisir.
Le collectif FRASC est d’ores et déjà un lieu d’expérimentation et de mise en pratique de ses bases politiques qui, au-delà de la critique, propose un autre projet de société.
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REVENDICATION DES FRASC
Nos revendications et luttes
Nous voulons que soit reconnu, dans les discours et dans la pratique, le droit de chaque être humain à disposer de son corps, de ses capacités procréatives et de sa sexualité.
Nous voulons que l’avortement et la contraception soient réellement libres et gratuits, afin que chacun-E, sans discrimination, ait les enfants qu’elles et ils désirent.
Nous luttons pour qu’une information complète sur l’avortement, les sexualités et la contraception soit accessible à tou-TE-s.
En même temps que les FRASC organisent par elles-mêmes des alternatives concrètes, elles se battent pour que les institutions changent.
L’EDUCATION SEXUELLE
Nous sommes pour une éducation sexuelle qui cesse de faire de la procréation le seul but de la sexualité, et de l’hétérosexualité la seule forme "normale" de sexualité. Nous sommes pour une éducation sexuelle qui fasse des notions de consentement et de responsabilité des valeurs centrales et incontournables.
Pour cela, nous revendiquons :
1.Des cycles entiers durant toute la scolarité qui informent sur les différentes sexualités, sur toutes les méthodes de contraception et d’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), de protection des IST (Infections Sexuellement Transmissibles) et des violences sexuelles ; dans le but que chacun-e puisse faire ses choix, et se protéger soi-même.
2.Une formation des praticien-ne-s qui insiste sur l’information et l’aide au choix personnel des patient-e-s.
D’ores et déjà, les FRASC veulent :
3.La multiplication de groupes non-mixtes et mixtes de discussion et d’information sur ces questions, permettant une autonomie vis-à-vis des institutions et des "expert-e-s".
4.Mener des campagnes contre les médias et groupes qui véhiculent des modèles de sexualités uniques et/ou violents.
LA LIBERTE DE LA CONTRACEPTION
Nous sommes pour que chacun-e puisse faire des choix en conscience et sans culpabilisation quant aux méthodes contraceptives qu’illes utilisent, avec un partage réel des responsabilités.
Pour cela, nous revendiquons :
1.La gratuité des contraceptions pour toutes et tous, sans discrimination.
2.La légalisation réelle et les moyens de mettre en oeuvre toutes les formes de contraception, dont la stérilisation.
3.Un accès à la contraception sans discours moralisateur, sans "norme contraceptive" et donc, sans occultation des trajectoires affectives et sexuelles diverses (fréquence des rapports sexuels, nombre de partenaires, différentes pratiques sexuelles...).
D’ores et déjà, les FRASC veulent :
4.Des groupes autonomes de discussion qui permettent de réfléchir à la complexité et la multiplicité des trajectoires.
LA LIBERTE DE L’AVORTEMENT
Nous sommes pour que toute femme puisse choisir d’interrompre une grossesse ou de la mener à terme dans de bonnes conditions, quelles que soient ses croyances.
Pour cela, nous revendiquons :
1.Que toute femme puisse choisir sa méthode abortive et son lieu d’application, dans de bonnes conditions sanitaires et sans trafic financier ; et notamment par la création de centres autonomes d’IVG, hors hôpitaux
2.Que toutes les mesures restrictives et discriminantes sur l’IVG soient supprimées (délais, mesures pour les mineures, bulletin d’information, centre d’IVG cachés au milieu de maternité...)
3.L’intégration partout en France, dans les cursus d’infirmières, sage-femmes et médecins, d’un module "maîtrise de la fécondité", formant à informer, aider au choix personnel et pratiquer l’IVG.
D’ores et déjà, les FRASC veulent :
4.Mener des campagnes contre tout groupe, média ou Etat qui fait de la procréation et de la maternité un but naturel et/ou sacré pour tou-TE-s et qui tente d’imposer ou de favoriser le modèle classique de la famille patriarcale. 5.Lutter pour que les conditions de l’autonomie des femmes soient effectives (salaires, allocations, luttes contre les violences...).
6.Mener des campagnes qui proposent une vision non culpabilisante de l’avortement et qui informent sur l’histoire et les droits de chacune quant aux IVG.
7.Mener des campagnes qui proposent de réfléchir à la parentalité, au-delà du modèle familial traditionnel.
8.Mener des actions de soutien aux femmes de tous les pays qui avortent dans l’illégalité et/ou des conditions sanitaires catastrophiques et à leurs luttes.
Les FRASC dans la nébuleuse d’organisations...
Le collectif FRASC appelle à la création de comités un peu partout en France (comme l’a fait en son temps le MLAC –Mouvement pour la Libération de l’Avortement et de la Contraception-), afin d’être un groupe de pression de la société civile sur les pouvoirs locaux, nationaux, médicaux, mais aussi d’être des groupes de soutien et d’alternatives pour celles et ceux qui font les frais du système social actuel.
Les FRASC soutiennent toute initiative féministe, LGBTQ (Lesbiennes-Gays-Bi-Trans-Queer) et anti-sexiste qui lutte pour que le choix de sa sexualité, de son genre et de la maîtrise de sa procréation soit une réalité pour chacun-e, partout dans le monde. Nous considérons que la non-possibilité de faire ces choix sont le fruit de sociétés patriarcales, et nous luttons et soutenons toutes luttes qui visent à en finir avec ce système social.
En France, les FRASC soutiennent toute structure populaire, politique, féministe... qui se bat pour garder et améliorer les acquis obtenus depuis la loi Neuwirth (autorisant la contraception) et la loi Veil (autorisant l’avortement) telles que le Mouvement Français pour le Planning Familial, l’ANCIC (Association Nationale des Centres d’Interruption de grossesse et de Contraception), la CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception), Act Up, AIDES...
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