En vers et contre tout
Bien pire qu’un cancer qui dégénère,
encore plus fort que la grippe aviaire,
nous souffrons d’une maladie de fou,
nous sommes contre tout.
Nous n’aurons pas la place dans cette missive
de dresser une liste exhaustive
de tout ce qui pour nous mérite invectives,
oppositions, rejets et jets de salive.
Au moins peut on préciser qu’en cette fin de décade,
au niveau local nous rejetons le Sillon Alpin et les Olympiades,
comme nous avons refusé Minatec et le Grand Stade
et comme nous nous opposons à Giant ou la Rocade.
Si l’on avait du exprimer notre refus plus généralement,
nous n’aurions omis ni la Police, ni le règne de l’Argent,
ni la religion du Progrès, ni le Nationalisme, ni les Gouvernants,
mais nous préférons mettre des noms sur ces concepts englobants.
Les partisans de ce monde ont souvent pour seul argumentation
que notre opposition systématique serait la parfaite illustration
d’un esprit sclérosé n’ayant pas dépassé le stade du non
et qu’elle ne mérite donc pas la moindre attention.
Une réponse banale en forme de détour
bien pratique pour tous ces vautours,
car une question demeure toujours :
comment pourrait-on être pour ?
Nous avons cherché de manière rationnelle et déterminé,
en quoi ces projets pourraient, par tous, être désirés,
en quoi ils pourraient contribuer à construire un futur ensoleillé ;
malgré nos longues investigations, nous n’avons rien trouvé.
Ce à quoi nous avons abouti, c’est que sans doute - aucun -
ces projets profiteront avant tout à quelques vils requins
en renforçant des tendances actuellement en plein
essor marquant notre époque comme un coup de surin.
Entre autres, accroissement de la dépendance à la technologie
Courses à l’emploi, à la pollution, au chauvinisme et aux profits
Saccage du territoire pour une mégaville vide de vies :
Rien qui puisse nous faire un tant soit peu envie.
Nous n’avons pas peur du changement, mais de la perpétuation
d’un système qui a toujours freiné les velléités d’émancipation
d’un monde où règnent le spectacle de l’exploitation
et l’exploitation du spectacle depuis des générations
Petit-à-petit s’accumulent les preuves du carnage sur terre
mais les techniciens ont dans leur sac plus d’un coup pervers
et essayent aujourd’hui de nous la faire à l’envers
en masquant l’horreur économique sous un vernis de vert.
Le développement durable n’existe pas tout comme
une roue carrée ou Michelin sans son Bibendum.
Nous ne voulons pas d’alterchemins qui mèneraient à Rome
mais changer de destination, sans fleurs ni couronnes.
Loin de nous l’envie de demander un visage humain pour le désastre,
nous tenterons juste, en pleine nuit, de faire briller des astres.
Même si nous doutons qu’il soit possible de stopper l’hémorragie
Nous lutterons par dignité, car tant qu’on est pas mort on agit.
Alors qu’aujourd’hui dominent l’aveuglement et la naïveté,
on nous reproche souvent notre manque de constructivité,
mais nous sommes positifs en critiquant des projets plein de négativité,
moins par moins égal plus, souvenez vous de votre scolarité.
Tout n’est pas gris, même quand on est soûl
Tout n’est pas blanc, même quand on est ivre
alors nous nous battrons pour pouvoir vivre,
en vers et contre tout.
Premiers signataires :
"Génération Non-Non", les amis de France Gall "Résiste, prouve que tu existes", Collectif de Photographes "Vive le Négatif", le CAN "Club pour l’Ab Négation", Dartagnan et son groupe affinitaire "tout contre tous, tous contre tout", "Amicale des Vaccinés Contre (la) Toux", le LKP (Ligue Kontre les Pourritures), "100% contre", le PACT "Percussionnistes Adorant le Contre-Temps, "Société Industrielle ? Non merci !", Le Fan Club de Philippe De Longevialle...
Fait à Grenoble, le 17 Mars 2009.
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