Indymedia Grenoble

Caterpillar : Et ça repart (de plus belle)

mercredi 18 mars 2009 par anonyme

[Infos locales] [Travail / Précariat] [Révoltes / Luttes sociales]

Aujourd’hui, mercredi 18 mars 2009, la lutte a recommencé du côté de Caterpillar, en particulier sur le site de Grenoble.

Le matin très tôt, les grévistes arrivent, trois grosses rangées de pneus prêts à brûler sont disposées sur la route et à l’entrée du site, les cadres qui vont bosser y vont "accompagnés" sous les huées, la caméra située à l’entrée du site est peinturlurée, ambiance, ambiance.

Un tract annonçait un retour progressif dans la lutte, "sans débordement" :
https://grenoble.indymedia.org/2009...

Mais assez vite, dans le courant de la matinée, la plupart des ouvriers ont bien senti que la direction de Caterpillar cherchait à les endormir. Idem pour les représentants syndicaux, qui dans un premier temps prennent le micro pour chauffer tout le monde à base de "si on ne nous lâche rien, on ne lâchera rien non plus, et faudra pas s’étonner si on casse tout, on n’a plus rien à perdre", et dans un second temps (après pseudo négociations avec la direction) appelle au calme et à la patience en annonçant que des réponses viendront lundi prochain (!).

Des réponses sur les indemnités de départ volontaire (licenciement camouflé car mieux indemnisé qu’un licenciement "officiel") et sur les fameuses lettres recommandées envoyées par la direction de Caterpillar à plusieurs ouvriers : des lettres menaçant chaque ouvrier visé de passage devant le conseil de discipline pour désobéissance, appel à la violence ou ce genre d’accusations visant à faire fermer la gueule des révoltés. En gros, la direction dit qu’elle "oubliera" ces lettres si d’ici lundi tout se passe bien, sans remous ni violence.

Là, c’en est trop, pour les ouvriers dans leur grande majorité, cette nouvelle esquive à plus tard, toujours plus tard, doublée de chantage aux menaces, c’est vraiment trop.

Des oeufs et d’autres projectiles sont lancés sur des fenêtres du bâtiment et non loin d’une caméra située en haut du bâtiment. Le parking de Caterpillar avait déjà été envahi par tous les grévistes, mais voici que des dizaines d’entre eux forcent les portes d’entrée du bâtiment (à Grenoble, se situent principalement les bureaux, là où se trouve la direction, qui décide de tout). L’ennui, c’est que le bâtiment est sur-protégé, avec plusieurs sas d’accès. Des ouvriers escaladent un des sas, situé en extérieur, incitent d’autres à faire la même chose, mais se retrouvent vite bloqués, portes closes. De plus, derrière, se trouvent plusieurs vigiles en costard, armés de tonfas, de grosses gazeuses lacrymogènes et de matraques télescopiques (et accompagnés d’un chien...).

Finalement, tout le monde ressort, et peu après, un énorme "buffet" avec pain et merguez permet de nourrir l’ensemble des non-végétariens, qui sont assez nombreux.

La tension étant montée de plus d’un cran, des délégués syndicaux vont parler à la direction, qui bouffe tranquillement à l’intérieur, leur demandant de donner des réponses dans la journée, pas plus tard.

En début d’après-midi, face au constat assez clair que la direction fait volontairement traîner, prenant l’ensemble des grévistes pour de dociles moutons, de nombreux ouvriers décident de rééditer la tentative d’entrée dans le bâtiment, et cette fois, ça marche ! Des clés ont dû être trouvées, en tout cas cette fois les sas sont ouverts et les portes menant à l’usine sont également ouvertes. De là, les premiers forcent les portes menant aux bureaux, protégées tant bien que mal par des vigiles relativement flippés, qui se défendent en ouvrant une lance à eau sur les ouvriers, faisant également usage de leurs gazeuses lacrymogènes. Mais les ouvriers ne reculent pas et s’emparent même de tout ce qui se trouve sur place, c’est-à-dire, puisqu’on est dans la cantine d’entreprise, des chaises, des verres et des salières, qu’ils jettent avec vigueur sur les vigiles, qui eux, se sauvent en courant.

A ce moment là, le bâtiment est entièrement envahi par les ouvriers, qui essaient alors de trouver la direction, tous ces cravateux qui se font du fric sur leur dos et qui après les avoir exploités pendant des années veulent les jeter comme des merdes. Forcément conscients de ça, les cravateux flippent. Cachés, certains doivent fuir par une porte de côté, sous les quolibets. D’autres partent par la porte principale et quittent les lieux directement. Les bureaux, dont la plupart sont configurés en "open space", sont largement visités, mais aucun acte de vandalisme n’a lieu (pourtant, la rage est bien présente, certains syndiqués en sont conscients et crient "on ne casse rien !" histoire d’empêcher tout débordement supplémentaire... la direction pourra s’estimer chanceuse de retrouver ses locaux en plutôt état, à part peut-être une tenace odeur de lacrymo, mais ça, faudra en parler aux vigiles !). Plus ou moins à ce moment là, quinze ou vingt flics (quelques-uns des renseignements de la DCRI, la fameuse Dorothée cheffe de flics en uniforme et de nombreux bacqueux arborant tonfa et brassard orange) s’invitent dans le bâtiment, devant un manque cruel de résistance de la part des ouvriers qui étaient dehors à ce moment-là. Il faut dire que les flics étaient escortés par des représentants syndicaux (notamment par le plus charismatique des cégétistes)...

Peu après, une assemblée générale se tient, dans une confusion certaine puisque dans un premier temps les flics demandent à parler aux ouvriers, mais seulement si "les anarchistes non salariés de Caterpillar" sortent (!). De nombreux ouvriers refusent cette demande, considérant les anarchistes, étudiants et autres venus en soutien comme des camarades venus en solidarité avec leur lutte (et ça tombe bien puisque c’est le cas). Mais à ce moment-là, les non-salariés de Caterpillar sont peu nombreux (une demi-douzaine, au plus) et les représentants syndicaux, encore eux, insistent pour ne pas vexer les policiers. Les non-salariés sortent alors du bâtiment, sous les applaudissements et les remerciements, avant que les flics ne fassent leur petit speech à l’assemblée, globalement trop confiante vis-à-vis des flics, tout de même (flics qui tentent de diaboliser la présence extérieure, notamment "anarchiste", diviser pour mieux régner, on connaît la chanson...).
Pendant l’assemblée générale, une principale décision est prise (imposée, plutôt) : un médiateur (proposé par la préfecture), sera désormais l’intermédiaire officiel entre représentants syndicaux et direction d’entreprise, pour "trouver une issue au conflit", comme ils disent.

Dernièrement, après la séquestration du PDG de Sony-France, les salariés ont pu partir (en licenciement "à l’amiable") avec un minimum de 45 000 euros par personne. Le tout, négocié avec un médiateur... D’où un certain espoir, mais bon... C’est loin d’être gagné.

Dans l’après-midi, pendant l’assemblée générale, plusieurs grévistes parlaient d’occuper les bureaux, jour et nuit. En présence des flics, ça semblait assez compromis, mais les flics sont partis peu à peu, et l’occupation a bel et bien lieu. Pourvu que ça dure ! "Jusqu’au bout", comme on l’entend souvent dans la bouche des grévistes.

A suivre...



Compléments d'informations :
Caterpillar : Et ça repart (de plus belle)
par anonyme,
le 19 mars 2009

Des rumeurs sur le campus de Grenoble, au sujet de casse dans la partie usine du site de Grenoble ont circulé hier soir. Est-ce que cela est de l’intox ou la réalité de ce qui se serait passé ?

Caterpillar : Et ça repart (de plus belle)
par anonyme,
le 19 mars 2009

C’est de l’intox, je n’ai vu aucune "casse", alors que ça aurait été compréhensible, je trouve... Et aussi, y’aurait vraiment eu le temps ! Mais je n’ai rien vu de tel pendant l’occupation de l’usine.

A part ça, les flics ont bien réussi à faire flipper les "responsables syndicaux" qui eux-mêmes ont réussi à décourager les grévistes, puisque, d’après un article lu sur le site de Grenews (sur la suite de ce qui s’est passé mercredi soir) :

"des ouvriers excédés ont envahi l’usine en début de soirée. La direction est partie et les organisations syndicales ont fini par convaincre tout le monde de rentrer à la maison. Ce que la direction avait fait beaucoup plus tôt. Et la préfecture a nommé un médiateur. Et la réunion de négociation du plan social se tiendra vendredi ailleurs qu’à l’usine."

Il semblerait que l’usine soit fermée, par la direction, ce jeudi, ainsi que vendredi. Ce qui est déjà un bon point (blocage de fait), mais c’est quand même moins marrant que si c’était occupé.

Retour de la lutte lundi ?
A suivre.

Des vidéos de février-mars sur Youtube
par anonyme,
le 20 mars 2009

Bon, c’est un serveur commercial, mais y’a pas de petites vidéos faites par des gens en lutte :

- Nos patrons, des voyous ?
http://www.youtube.com/watch?v=z-g2...

- Caterpillar Grenoble attaqué [au pneu enflammé, pas au lance-roquette]
http://www.youtube.com/watch?v=Z4MA...

- Caterpillar Grenoble... le panneau Caterpillar brûle http://www.youtube.com/watch?v=h0PU...

- Caterpillar Grenoble le 26.02.09
http://www.youtube.com/watch?v=QewC...

- Journée de rage 2
http://www.youtube.com/watch?v=Oqgm...

- Journée de rage, une autre
http://www.youtube.com/watch?v=4MLU...

Caterpillar : Et ça repart (de plus belle)
par anonyme,
le 20 mars 2009

Jeudi, journée de grève générale, une autoréduc’ a eu lieu au Carrefour de Grand Place, en soutien aux grévistes de Caterpillar.

Petit récit de l’action en point 3 de cet article :
http://grenoble.indymedia.org/2009-...,27780

Le bon lien
par anonyme,
le 20 mars 2009

Sur l’autoréduc’.

Voilà.

Sur la "casse" du mercredi 18 mars
par anonyme,
le 23 mars 2009

D’après les ouvriers en grève, plusieurs caméras du site grenoblois de Caterpillar auraient été recouvertes de peinture ou carrément arrachées, lors de l’envahissement de l’usine et des bureaux par les grévistes, mercredi dernier.

Qui s’en plaindra ? A part les tenants du contrôle social et du flicage généralisé...

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