Indymedia Grenoble

lettre à une journaliste du Daubé, concernant son papier du 2 mai "Quand les casseurs cassent l’ambiance"

samedi 2 mai 2009 par anonyme

[Infos locales] [Média]

Lettre adressée à Vanessa LAIME, journaliste au Dauphiné Libéré

à propos de son « article » en page 4 du Dauphiné Libéré de samedi 2 mai

Vanessa,

Bon.

Que tu aies eu envie de finir vite fait ton papier « Quand les casseurs cassent l’ambiance ! » en ce soir de 1er mai, je peux le comprendre, tu avais surement mieux à faire. Le titre est accrocheur, la photo tient du grand reportage Paris-Match (interpellation en direct d’un de ces insaisissables et fascinants CASSEURs, quel scoop !), tu as du te dire que c’était déjà pas mal. Que tu aies alors rempli les 4 petites colonnes sous la photo avec ce qu’a bien voulu te dire le commissaire Celard et autres policiers : pourquoi pas, on a les sources qu’on peut. Que le récit policier constitue au final 100% du papier, ma foi. Cela fait bien longtemps que l’on n’en attend guère plus du journal pour lequel tu as le plaisir (j’éspère ?) de travailler.

Mais là quand même, ça va un peu loin. Vanessa. Est-ce parce que la police a battu en ce 1er mai son propre record de rapport coût/inefficacité (une centaine de CRS et gendarmes mobiles déployés 2 heures, pour emmener à la fourrière une voiture en règle et embarquer 4 innocent.e.s), que tu t’es sentie obligée de battre ton propre record du nombre de mensonges, d’amalgames et d’affirmations non vérifiées par colonne écrite ??

Tu as l’esprit olympique, remarque. C’est un atout à Grenoble. Si, si, tu as battu un record, et je vais te le démontrer :

1. Terme policier non défini + amalgame dangereux : « une trentaine de personnes appartenant à la mouvance anarcho-libertaire, a marché en fin de cortège et commis des dégradations ». Ecoute, un ami a écrit récemment un texte très pédagogique sur ce fameux terme « anarcho-libertaire », tout exprès pour toi et tes collègues journalistes (*). Je ne sais pas, (re)lis-le, fais quelque chose. A quoi cela sert-il que l’on se fatigue à vous écrire, alors ?? Nous aussi tu sais Vanessa, on a mieux à faire. Allez, je te fais confiance, tu vas le lire puisque je te l’ai mis en pièce jointe.

2. Info très douteuse + amalgame : « La plupart [des auteurs de dégradations] étant grimés ou maquillés en clown, (...) nous devions les interpeller le jour même ». Que tu boives les paroles de ce Comissaire Celard au point de les recopier texto, c’est une chose. Que les policiers puissent être simplement mauvais (incompétents, si tu préfères. A la masse. Nuls. Largués), peut-être ne l’as-tu jamais envisagé. Soit. Mais lorsque la conséquence directe de ce recopiage est un amalgame « clown = casseur », tu as bien conscience que ce n’est pas sympa (plus précisément : carrément dangereux pour elleux, à Sarkoland) pour toutes celles et ceux qui ont envie de se maquiller en clown dans une manif. Vanessa, tu en as conscience. Non ? Aurais-tu retranscrit cela si tu avais eu des amis avec un nez rouge quelque part dans le cortège ?

3. Info non vérifiée, très probablement mensonge : « la voiture sono a forcé une barrière près de la mairie pour se garer près du parc »

4. Imprécision dangereuse : « parmi lesquels 3 hommes ont été identifiés comme étant des casseurs ». Vanessa, un petit conditionnel n’aurait pas été du luxe, là, non ? D’autant plus qu’au moins l’un des 4 interpellés est ressorti de garde-à-vue sans poursuites concernant de la « casse », quelle qu’elle soit. Tu me crois si tu veux, mais cela aurait été facile pour toi de le vérifier. Un pett coup de fil à l’Hôtel de Police est vite passé, puisque tu y as tes entrées. Non ? Vanessa, tu es feignante.

5. Imprécision conduisant à une insinuation douteuse : « Une jeune femme en possession d’un couteau a , elle aussi, été arrêtée. » Vanessa, c’était un canif. Un Opinel plus précisément. Pour le pique-nique, tu sais. Je t’accorde qu’un canif est un couteau. Certes. Mais avoue tout de même qu’il y a une nuance, dans l’imaginaire des lecteurs et lectrices de ton journal, entre les deux termes. Et qu’au lieu de laisser planer, en dernière phrase de ton papier, cette image menaçante de « casseuse au couteau entre les dents », tu aurais pu offrir à la curiosité de tes lecteurs et lectrices la liste précise des chefs d’inculpation finalement retenus contre elleux. Tu sais, c’est ce qu’on appelle « de l’information », ou encore « faire son métier de journaliste ».

Vanessa, ne t’inquiète pas, tu peux encore te rattraper.

Par exemple, après cette version rapide et maladroite 100% policière, tu pourrais faire une version « témoignage de militants et observateurs non policiers de la scène », avec au milieu un historique instructif de la nuance sémantique entre « anarchiste » et « libertaire », et à la fin l’interwiew exclusive du fameux interpellé de la photo (inculpé uniquement pour « rebéllion », qui va porter plainte pour violences policières et fait pour cela un appel à témoignages sur grenoble.indymedia.org). Tu lui dois bien ça, quand même, Vanessa.

Le titre est tout trouvé : « après le défilé du 1er mai : quand la police gâche l’ambiance ! ». Et ça commencerait par « C’est la première fois que je vois des flics gâcher un pique-nique du 1er mai. D’habitude, c’est bonenfant ». Ce qui est une version édulcorée de ce qu’ont crié bon nombre de « vieux militants » au cordon de CRS déployé pour couvrir l’arrestation violente. Et aussi : « c’est la honte, les mecs ! La HONTE ! » « dire que c’est moi qui vous paye, ça me fait gerber ! » « dire qu’on se bat aussi pour vos enfants, pour nos libertés à toutes et tous ! » « Vous n’avez rien à foutre ici, rien du tout ! Dégagez ! ». « Tout ça parce qu’ils ont un drapeau qui vous plaît pas » « C’est vous la grippe ! C’est vous qui êtes dangereux ! ». Et aussi la caisse qui a aussitôt circulé entre les personnes présentes, pour payer la mise en fourière. Propos de gauchistes avinés, me diras-tu. Mais ils valent bien les propos de policiers serviles, pour vendre du papier. Non ?

Je suis sympa, hein, de te mâcher le travail à ce point. Mais ça me fait plaisir Vanessa de te faire progresser dans ton beau et exigeant métier.

Au plaisir de te lire à nouveau pour, je l’espère, constater tes progrès et ta bonne volonté.

(puis un contact mail où elle peut m’écrire)

(*) il s’agit du texte "Guillotinons les anarcho-libertaires", publié sur Indy et daté du 29 mars 2009



Compléments d'informations :
lettre à une journaliste du Daubé, concernant son papier du 2 mai "Quand les casseurs cassent l’ambiance"
par anonyme,
le 3 mai

L’article est ici :

http://www.ledauphine.com/1er-mai-q...

La photo seule avec un titre particulièrement dégueulasse http://www.ledauphine.com/casseurs-...

il doit y avoir moyen de répondre sur le site ...

Sur la barrière, la voiture ne l’a pas forcée, puisque des gens (manifestants ?) l’ont levée et lorsque le conducteur s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas la garer là et a voulu la sortir, la BAC a attaqué ...

lettre à une journaliste du Daubé, concernant son papier du 2 mai "Quand les casseurs cassent l’ambiance"
par anonyme,
le 3 mai

Merci, je viens justement de manquer de vomir ce papelard immonde du grand Daubé... En ce 2 mai, les journaleux du coin sonnent déjà la défaite du "mouvement social" à venir ! Au lieu de titrer "30000 personnes à Grenoble en ce 1er mai, du jamais vu", ce qui aurait été fair-play, on a droit à un lamentable "les syndicats espéraient mieux".

Je terminerais en citant le film Blueberry : "Ultimamente, de que lado estas ?" Pour les derniers naïfs du coin : ce numéro est à encadrer, je n’ai jamais vu plus belle preuve de désinformation, entre citations de flics et étiquetage/amalgames douteux...

Sus au Daubé ! Tous à l’assaut du siège des renseignements généraux grand public !

(Aïe Aïe Aïe, je vais être inculpé d’incitation à la rébellion ou autre connerie du genre...)

lettre à une journaliste du Daubé, concernant son papier du 2 mai "Quand les casseurs cassent l’ambiance"
par anonyme,
le 4 mai

Et dire que ce journal a été fondé par 7 anciens résistants, si y voyent ça les pauvres... La une du premier journal titré "Le libre journal des hommes libres". Alors messieur dames les journalistes, vous pouvez cracher sur une partie des grenoblois, mais vous insultez votre propre histoire. Bravo. Un militant de longue date m’a rapellé que dans les années 70 y’avait pas une manif qui se déroulait sans peinturlurage de leur façade. Apparement y ont envie d’un petit retour disco.

lettre à une journaliste du Daubé, concernant son papier du 2 mai "Quand les casseurs cassent l’ambiance"
par anonyme,
le 9 mai

Tout à fait, leur siège est sur le chemin de la plupart des manifs, faut pas les louper la prochaine fois ! Avis aux bonnes volontés !

Daubé partout, info nulle part !

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