Indymedia Grenoble

Grenoble&Moi&moi&moi - Jeu de mots et propagande d’État.

mardi 16 juin 2009 par anonyme

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Si vous aimez les jeux de mots et la propagande gouvernementale, lisez Grenoble&moi, vous serez servis. Si vous aimez les images de flics et de politicards contrits, lisez Grenoble&moi, vous serez ravis. Si vous aimez la publicité, lisez Grenoble&moi, vous serez comblés.

Dans le numéro 131 du jeudi 11 Juin 2009, parmi un festival de jeux de mots, comme par exemple "kung fu pendu" (sur David Carradine), "donner sang hésiter" (sur le don de sang), ou encore le très bon "ça se chicane à la Villeneuve" (sur l’accès aux handicapés, si si), on en trouve un particulièrement réussi à la Une : "Un chaos d’école". Rapport à l’expression "cas d’école", donc, pour les plus lents. Sur la couverture, sous ce titre qui ne valut probablement pas à son auteure d’être nominée au Pulitzer, le sous-titre suivant : "Face aux violences en milieu scolaire, le gouvernement a annoncé un plan de renfort de la sécurité dès la rentrée prochaine. Les détails dans ce dossier". Dommage, ça fait un peu plat après cette turlupinade.
Et pour agrémenter cette prose, une photo où l’on voit essentiellement deux femmes-flics de la Nationale devant la porte d’un lycée. L’une porte le képi et regarde fermement vers l’horizon, l’autre porte la casquette et a l’air de se faire un peu chier (le diable est dans les détails). Elles ont quelque chose de la posture du commerçant qui guette le client sur le pas de sa boutique. Enfin ce qui frappe surtout c’est que sous l’uniforme bleu, hommes et femmes ont l’air tout aussi inconsistant-e-s. Et en cherchant bien, au milieu des encarts publicitaires, on trouve le dit "dossier" sur une double page.

Grenoble&Moi est un torchon gratuit (entendez "payé par la publicité"), distribué dans la rue au quidam par des emplois précaires, mais édité par une boîte du même nom et dont l’activité est ainsi définie : "régie publicitaire de médias". Grenoble&Moi appartient à la société Cojecom, entreprise dont le siège social est situé à Lyon. Cojecom est aussi l’éditeur de Saint-Etienne&moi, A Venir Lyon, Activ’emploi Lyon et Activ’emploi Marseille, une série de gratuits et d’offres d’emplois. Rentabilité commerciale 3%, rentabilité financière 28%. Ah bon. À Cojecom, on trouve des gens bien qui ont fait des étude bien, des gens qui manient la finance, qui bossent-dans-la-comm’, qui organisent des salons de l’immobilier et de la défiscalisation, enfin que de l’honnête travailleur, des gens dynamiques. Et puis il y a aussi des journalistes. Pour être précis à Grenoble&Moi, il y a deux directeurs de publication, une rédactrice en chef, et deux journalistes. Dont l’une est chargée des pages société / actualités, et également l’auteure du "chaos d’école".

Dans le dossier en question on dénombre trois articles et deux encarts. Pour les articles, la scribouillarde a choisi de glisser trois fois le mot "violences" dans les titres, et deux fois une image de flics à l’entrée d’un établissement scolaire. La troisième image, ça change, nous montre Darcos vautré dans l’hémicycle et tenant d’un geste freudien la tige d’un micro pointé vers le ciel. Une quatrième image d’une demi-page montre trois gamins qui s’enfuient laissant un quatrième à terre (visiblement une mise en scène trouvée dieu sait où). Une seule légende évoque une "opération de sécurisation auprès d’un collège" à Marseille. Côté encarts, le premier donne cinq exemples de violences en milieu scolaire, dont : "Après Colombine" ("doit on craindre pour notre pays ?"), "Il poignarde à 13 ans", "Un nez cassé", et "Ses camarades le tape". Au passage madame la journaleuse, ça s’écrit "tapent", enfin c’est ce qu’on m’a appris à l’école. Tu vois. Entre deux coup de feu. Et pour finir, la perle : un encart avec la tronche à Vallini : "Je suis disposé à proposer au conseil d’administration des collèges qu’on installe des portiques de sécurité. Cela ne me choque pas". Ben tiens. Dire qu’en 2007 il briguait le ministère de la justice, le bonhomme.

Et puis alors du côté de la cohérence et de la qualité des faits ils font fort, chez G&M, ça les gène pas de dire tout et son contraire : page 12 "Les violences en milieu scolaire se multiplient", page 13 "le nombre d’incidents serait plutôt stable", c’est un peu comme tu veux. Pas grave, l’important, c’est d’arriver à placer les mots justes, ceux qui foutent les jetons aux gens bien. Vous voyez, genre victime, massacre, frapper, traumatisme, choc, lacérer. Histoire que la pub pour l’armée de Terre que tu vois à la page suivante te semble un véritable havre de paix. C’est moche le monde, mais heureusement y a les flics et les bidasses hein ? Et en plus ils recrutent, alors pourquoi qu’on se plein.

Pour résumer, ce "dossier" est composé à 100% d’un discours incitant à plus de flics à l’école et aux fouilles des gamins, avec si possible des caméras : les politicards sont d’accord avec les flics qui sont d’accord avec les boîtes de sondages qui disent qu’on est d’accord. Bon. Rien à redire. Pas une ombre de position contradictoire. À moins que chez Grenoble&moi on considère que la position de Vallini soit un gage d’indépendance. Hé Vallini, quand tu sucrais les financements pour l’hébergement des demandeurs d’asile, tu savais déjà que tu financerais des portiques à la place, ou t’improvise au fur et à mesure ?



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