Indymedia Grenoble

Propagande nano : récits de la soirée d’Orléans

Friday 30 October 2009 par anonyme

[Sciences / Nécrotechnologies] [Autres infos]

Deux témoignages du pseudo-débat de la Commission nationale du débat public sur les nanotechnologies, à Orléans le 27 octobre.

Où l’on voit que la caravane publicitaire des nanos se déplace désormais sous protection policière, et que les organisateurs préfèrent envoyer un film quand le spectacle tourne au vrai débat.

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J’arrive vers 19h sur les lieux où doit se tenir le "débat" prévu pour 19h30. Le comité d’accueil est grossièrement visible. Je gare mon vélo à côté d’une voiture et d’un van de police. Cela doit chercher dans les huit hommes en tenue. Devant les doubles-portes vitrées dont seule une paire n’est pas protégée par des rambardes (vigipirate oblige !) se tiennent pas moins de trois vigiles et trois flics en civil. J’aperçois un autre vigile à l’intérieur posté devant l’entrée de l’auditorium Maurice Genevoix. Visiblement la Commission Particulière du Débat Public (CPDP) craint les Raboliot !

Je remarque que les quelques personnes qui se présentent à l’entrée doivent bien évidemment ouvrir leurs sacs mais aussi, ce que je n’avais jamais vu auparavant, boire devant les vigiles une gorgée de la bouteille qu’ils ont pris soin d’emporter (craignant sans doute des monologues dessicants). Je me présente à mon tour et j’aperçois du coin de l’oeil le regard suspicieux que la fliquette en civil jette sur les gants et le bonnet que je tiens à la main alors que je passe les portes vitrées. Le hall où sont alignées au cordeau des piles de document se ressemblant tous est morne.

Je passe les tables en revue et emporte notamment une épaisse brochure de 118 pages sur papier glacé intitulée "Développement et régulation des NANO technologies". Page 48 je tombe sur le chapitre "Des apports en matière de sécurité intérieure" et je lis : "Comme toute nouvelle technologie (...) les nanotechnologies trouvent un débouché au profit des forces de sécurité intérieure". Et magie de la nanolangue, dans la suite du texte, le mot "policier", qu’on attendrait logiquement, est remplacé par celui de "fonctionnaire". En ressortant, je m’aperçois que quatre motards sont venus renforcer le contingent de "fonctionnaires" présents sur les lieux du "débat".

Ironie toponymique, le palais des conférences est situé sur la place du 6 juin 1944. Les nanos ont débarqué à Orléans, comme prévu, avec leur contingent de flics présents et à venir.

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J’étais présent à Orléans ce jour là par le plus grand des hasards et j’ai donc décidé d’aller voir de quoi il retournait. Au départ, j’espérais que, à l’instar de Strasbourg et Toulouse, quelques contestataires seraient présents avec lesquels nous aurions pu faire quelque chose. J’ai dû déchanter, il régnait tant à l’entrée - où quelques molosses demandaient (poliment certes) à quiconque entrait de montrer patte blanche (les ‘bouteilles d’ammoniac’ n’étaient probablement pas bienvenues) - qu’à l’intérieur une ambiance feutrée et morose, bien orléanaise (j’ai habité quelques années cette région). Le débat commença par l’allocution de JP Chaussade, membre de la CPDP nanos. Sans intérêt , sauf quand il a dit que, suite aux précédents débats, des réajustements d’organisation ont été opérés (quelques voitures de flics à l’entrée ?). Il demanda après cela et avant la projection d’une doc de propagande si quelqu’un voulait intervenir, un imbécile intervint qui n’avait rien à dire sinon qu’il ne voyait rien de mal aux nanos puis un jeune homme demanda ce que craignaient les organisateurs en instaurant un si important dispositif de police. Chaussade répond que c’est la préfecture et que, eux, n’ont rien demandé ...ils appliquent ! Je me décidais alors à prendre la parole pour dire qu’il est toujours surprenant d’entendre ces gens clamer leur innocence devant le dispositif policier : comme toujours, les responsables ce sont les autres... je dénonce ensuite la nature même des débats qui sont au départ faussés puisque, comme le dit Borloo dans le film projeté pendant que les gens entraient dans la salle, les nanos sont là et il n’y a pas à être pour ou contre il faut seulement dire ce qu’on en pense …vu que ça va changer notre vie (sic)! Suit une « réponse » de Chaussade à ce qui n’était pas une question. Du genre : mais si, mais si, ces débats servent à quelque chose ! Une intervention ensuite d’une représentante du ministère de l’écologie qui dit la même chose que Borloo en plus clair et plus naïf (pas fine, la guêpe !). J’interviens encore pour dire « mais de qui se moque-t-on en demandant de débattre alors que l’essentiel est joué d’avance ! Le débat n’existe que pour que chacun puisse se dire qu’il y a eu débat » silence dans la salle mais …quelques rires épars quand même : les organisateurs soit ne comprennent pas ( ce qui m’étonnerait quand même ! ) soit font mine de ne pas comprendre que c’est d’une opposition au principe même des nanotechnologies qu’il s’agit et insiste sur le fait qu’on doit intervenir ...parce qu’on est en démocratie ! Ensuite la parole fut donnée aux technocrates du CNRS, d’autres boites de la région, l’une de cosmétique et l’autre de fabrication d’instruments de mesure servant aux nanos : Le discours d’expert dans toute sa splendeur, condescendant à quelques approximations pour que la populace puisse comprendre parfois. Le débat fut ouvert sur les risques avec un défendeur de la consommation réglementée dont le discours peut se résumer à : « Les nanos sont incontournables vu les avantages que leurs applications laissent espérer ! Mais, objection aux PDG présents, il y a aussi des organismes officiels estampillés par l’Etat et l’Union européenne – donc garantie d’objectivité, cela va sans dire ! – qui ont déclaré que les instruments d’évaluation de la nocivité des nanos étaient largement insuffisants encore et qu’on était imprudent de ne pas prendre plus de précautions. Voilà tout ! » Sous entendu : peaufinons la technologie qui servira à vérifier l’innocuité de la technologie (et ainsi de suite …)

Ce qui a suivi a montré deux choses : d’abord que chez les gens présents (qui étaient jusque là vraiment très frileux dans leurs cravates et leurs bonnes manières) il y eut comme un petit frisson ! Deuxièmement, les autres technocrates présents dans le public (il est apparu à ce moment qu’ils y étaient nombreux) se sont sentis concernés et il y eut une déferlante de discours du même type : ce fut un bonhomme d’une entreprise pharmaceutique qui vint louanger le principe de précaution qui les guide tant vis à vis des travailleurs que des consommateurs puis un type du CEA puis une jeune femme BCBG de l’industrie chimique défendit son bifteck avec les mêmes arguments. Et enfin, cerise sur le gâteau, la représentante du ministère de la santé vint rappeler que d’après une directive européenne (REACH) ce sont les entreprises qui doivent s’assurer de la non toxicité de leurs produits. Je suis donc intervenu à ce moment pour insister sur la radicale étrangeté d’une pareille législation : on demande aux gens qui font leur beurre avec un produit, et à eux seuls, de vérifier leurs produits sachant que, s’il s’avère que les produits ne sont pas acceptables pour quelque raison, ils y perdront beaucoup d’argent. Quand j’ai demandé si la démarche n’avait pas quelque chose de choquant il y eut même dans la salle quelques applaudissements …vite rattrapés par la fraîcheur ambiante. Malgré tout, plusieurs personnes intervinrent ensuite dans ce sens et Chaussade mit un terme à la discussion en disant qu’il voulait passer son deuxième film. Dommage, car ça commençait à devenir plus intéressant ; il aurait été bon de préciser que l’industrie nucléaire (une émanation de l’Etat français) n’a pas hésité à jeter pendant des années des fûts de substances radioactives à la mer et qu’il a fallu que certains travaillent d’arrache pied pour qu’ils finissent par entendre raison. Ceci pour bien faire comprendre que l’opposition entre intérêts privés qui mènent à la catastrophe et action de l’Etat guidée par le bien commun sonnait souvent assez faux et qu’il fallait chercher ailleurs la logique délirante et pourtant convergente des deux. Mais ça n’a pu être dit ! …une autre fois. Un mouvement de foule eut lieu dans la salle qui se vida à moitié. Il était 21 h 30. Etait-ce l’écœurement ? ou bien la soupe qui attendait à la maison ? je ne saurais le dire vu la discrétion des orléanais. Je suis parti moi aussi à ce moment là, jugeant que la suite serait pénible et inutile. J’en avais assez vu… et ma soupe allait refroidir.

(…)

Pour finir (last but not least) : J’ai pu apprécier le discours du ‘Vert’ de service qui mettait en avant son caractère d’élu de je ne sais trop où. La seule chose qui l’a chagriné, c’était le fait que l’Etat subventionnait les entreprises qui s’impliquaient dans la recherche sur les nanos et que celles-ci n’opéraient aucun retour sur les investissements de l’Etat. A part ça, il n’a rien trouvé à redire sur les nanos.

Toutes les infos contre la campagne de propagande des nanos de la CNDP sur : www.nanomonde.org



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