Sunday 15 November 2009 par anonyme
[Infos locales] [Sciences / Nécrotechnologies]Alors que la campagne d’acceptabilité des nanotechnologies se poursuit [1], la fête de la science à Grenoble vient en remettre une couche. Hier, samedi 14 novembre, avait lieu à l’ancien musée de peinture de Grenoble, le "village des sciences". Il rassemblait quelques centaines de personnes.
Une quinzaine d’opposant-e-s au nanomonde avait décidé d’aller voir de quoi il retournait. Nous n’avons pas été déçus!
Nous avons par exemple pu faire le test : "quel homo technicus êtes-vous?" sur des écrans tactiles. Nous avons pu voir un stand sur les neurosciences, qui alliées aux nano et biotechnologies, ainsi qu’à l’informatique nous promettent l’humain amélioré, plus intelligent, capable de commander des machines voire de communiquer par la pensée... [2] Nous avons pu voir le stand du CEA avec ses brochures sur l’énergie solaire. Etrangement, aucune brochure sur le nucléaire, et sur les multiples "incidents" qui surviennent régulièrement dans les centrales. Il serait dommage d’inquiéter le public... Nous avons aussi pu voir les recherches en cours sur l’habitat intelligent : fantastique, la robotisation de toutes nos actions (allumage de lumiere et de chauffage automatique, et bientot robots de compagnie pour les personnes agées, frigo intelligents qui commanderont les courses à votre place...). La promesse d’un monde complètement artificiel et automatisé, le tout justifié par de faux arguments écologiques ou de solidarité... Enfin, il y avait aussi un stand ou l’on proposait aux jeunes de réaliser des films sur les nanotechnologies, pour leur permettre de s’exprimer à ce sujet. Ou comment impliquer les jeunes dans l’acceptation des nanos ("faire participer, c’est faire accepter" comme disent les experts en acceptabilité de France Telecom) tout en prenant acte de leurs méfiances et inquiétudes, pour mieux les rassurer ensuite. Ce n’est là qu’une partie des stands présents, il y en avait bien d’autres.
Aprés ce tour d’horizon, nous sortons des tracts "no nano" qui expliquent pourquoi nous refusons les nanos, et pourquoi nous ne participerons pas aux faux débats organisés par la Commission Nationale du Débat Public. (dispo ici) Nous les distribuons à tout le monde, puis en laissons trainer, ainsi que des affiches, un peu partout. Des discussions s’engagent souvent avec des étudiants en sciences ou des chercheurs. Pas toujours fructueuses.
Nous en profitons aussi pour retirer quelques tracts et brochures des stands du CEA et des nanos. Au stand des nanos, les ordinateurs du test sur l’homo technicus sont éteints à plusieurs reprises. Des discussions s’engagent avec quelques personnes tenant des stands. Nous essayons de leur expliquer que nous ne voulons pas du monde qu’ils nous promettent, que la perspective d’être un "homo technicus" nous fait peur et nous dégoute. Nous pointons le rôle que joue la fête de la science, et donc les personnes qui l’organisent, dans l’acceptation des nanotechnologies. Une personne nous dit alors : "ce n’est pas en allant balancer de la peinture sur le CCSTI [centre de culture scientifique, technique et industriel] que vous allez faire changer les choses" Il fait référence à une action qui a eu lieu il y a quelques temps à Grenoble. (voir ici)
Trés rapidement nous sommes pris à partie par quelques organisateurs et organisatrices, dont certain-e-s se montrent particulièrement violent et aggressifs. Menaces, insultes... L’un d’entre nous leur fait remarquer que le fait d’être si aggressif traduit quand même un certains malaise autour de la question des nanos. La présence des opposants semble vraiment les perturber. Tant et si bien... qu’ils appellent la police!
Aprés que nous avons été entourés par des vigiles, c’est donc la police qui débarque. Entre les vigiles et les flics, ils sont pas loin d’une dizaine. C’est comme ça qu’on accueille les opposants à la fête de la science. On nous demande ce qui se passe. Nous répondons que nous discutons simplement, ce que confirment certains organisateurs de la fête de la science. D’autres par contre, plus zélés dans leur rôle de citoyen-flics, nous accusent d’avoir volé des tracts, de "nous foutre de leur gueule" et invitent même les policier à regarder les tracts que nous avons dans nos sacs à dos. Les flis constatant que quand même, on les avait appelé pour rien, repartent tranquillement, en nous demandant de rester calmes.
Aprés cela, nous ferons encore un saut au stand de l’habitat intelligent pour essayer de comprendre ce qui motive leurs recherches, et leur expliquer que le monde qu’ils et elles nous promettent, nous ne l’avons jamais choisi, et que nous n’en voulons pas.
Nous sortons sur les coups de 18 heures, aprés 2 heures de "fête" de la science. Comme on nous l’a plusieurs fois suggéré cette aprés-midi, nous rentrons dans nos cavernes respectives, nous éclairer à la bougie et nous vêtir de peaux de bêtes... Mais ce n’est que pour mieux revenir.
[1] (voir notamment www.nanomonde.org)
[2] A ce sujet, voir le rapport : "Converging technologies for improving human performance", dont il est par exemple question ici :http://www.futurinc.lautre.net/article.php3?id_article=10
Pour contrer l’opposition aux nanotechnologies, une scientifique pro-nano rétorquera comme implacable argument : "Galilée a été fustigé en son temps, il a même failli être brûlé, mais il avait raison. Nous autres nous sommes un peu comme Galilée". Rien que ça !
Et puis éteindre des ordinateurs sur le stand et traiter de nazis les gens du CCSTI, au cours de cette "action", c’était très constructif, c’est certain ! Pourquoi les "no-nano" ne s’organiseraient pas pour avoir un stand à eux, l’année prochaine, pour diffuser leurs idées dans le respect de chacun ? Un stand où les idées "anti-nano" seraient *vraiement* développées et ne se limiteraient pas à quelques tracts simplistes déposés à la sauvette. Peut-être qu’il y aurait même moyen de discuter tranquillement sans s’agresser ! Mais non, ce n’est pas utopiste, mais non.
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