Indymedia Grenoble

Invasion de Minatec

Friday 20 November 2009 par anonyme

[Infos locales] [Sciences / Nécrotechnologies]

Invasion de Minatec

Aujourd’hui, vendredi 20 novembre, Minatec a ouvert ses portes pour accueillir des classes de lycéens à l’occasion de la fête de la science. Une quarantaine de personnes en ont profité pour s’introduire dans les locaux avec l’objectif de réaffirmer leur refus du nanomonde et la propagande qui l’accompagne.

Après nous être mélangés à des groupes de lycéens, nous avons commencé à distribuer des tracts (voir tract-5.pdf) et coller des affiches. Le tract est lu à certaines classes. Pendant ce temps une banderole « Fermez Minatec » était déployée sur le parvis, des tracts distribués aux passants et au personnel, et des affiches collées en ville (voir aff-2.pdf).

Affolement chez les organisateurs de la fête de la science. Assez rapidement, les vigiles déboulent et s’emparent des personnes qui distribuent des tracts. Certaines personnes résistent et s’exclament : « on ne fait que de l’information, les lycéens ont le droit d’être informés de la société de contrôle qu’on prépare ici. » voire « Il n’y a pas de place pour la démocratie à Minatec. » Une personne s’accroche à une plante verte et se fait tirer par trois vigiles sous l’oeil ébahi des lycéens. Il leur faut une demi-heure pour trouver tout le monde. Les derniers sont évacués après une course poursuite dans les couloirs de Minatec.

Nous avons ensuite investi l’école d’ingénieurs Phelma, partie intégrante de Minatec. Distribution de tracts, collages d’affiches, perturbation de cours, devant le personnel blasé. Retour sur le parvis. Une demi-heure passe avant qu’une alarme incendie se déclenche, faisant prendre une récréation forcée aux futurs ingénieurs. Les derniers tracts leur sont distribués. Contrairement aux lycéens, ils se montrent peu intéressés voire carrément rétifs.

Sur ce, nous quittons les lieux en chantonnant « Tout le bonheur du nanomonde ».

We will be back.

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le texte du tract distribué :

Aujourd’hui, nous envahissons Minatec

Aujourd’hui, vendredi 20 novembre, à l’occasion de la fête de la science « spécial lycéens » à Minatec, nous prenons d’assaut le premier centre européen pour les micro et nanotechnologies. Armés de tracts, d’affiches et de banderoles, nous sommes venus avec la ferme intention d’investir couloirs et salles de classe, bureaux et labos, afin de réaffirmer notre refus du nanomonde et de la propagande qui l’accompagne.

No nano !

Nous ne voulons pas être contrôlés à tous les moments de notre vie. A Minatec, les chercheurs travaillent à rendre encore plus efficaces et invisibles les appareils de contrôle : caméras intelligentes, drones de surveillance, ou encore puces RFID. Ces puces minuscules contiennent des informations lisibles à distance et seront bientôt présentes dans tous les objets, voire sous notre peau.

Nous ne voulons pas de l’être humain amélioré que nous promettent les technologies convergentes (nanotechnologie, biotechnologies, neuroscience et informatique.) Nous n’avons que faire de frigos, textiles ou maison intelligents, du dernier téléphone portable, ni de tous ces gadgets inutiles qui nous privent de notre autonomie. Nous ne voulons pas confier toute notre vie à des robots. Enfin, nous ne croyons pas que l’on résoudra les désastres générés par deux siècles de capitalisme industriel, par de nouvelles innovations technologiques. Avant de vouloir dépolluer ou soigner les cancers à l’aide de nanoparticules, nous pensons qu’il faut d’abord attaquer les causes de ces problèmes : industries, pesticides, nucléaire...

L’acceptabilité : comment faire passer la pilule des nanos

Les nanos, posent donc de sérieux problèmes, qu’ils soient environnementaux, politiques, sociaux ou éthiques... Les chercheurs, industriels et politiciens le savent bien et ils craignent que malgré tous leurs efforts, les critiques et les craintes liées aux nanos ne gagnent l’opinion publique. C’est ce qu’ils appellent le « syndrome OGM » C’est pour éviter cela qu’interviennent les spécialistes de l’acceptabilité sociale. L’acceptabilité se situe au croisement du marketing et de la propagande. Ce sont toutes les méthodes employées pour vous habituer aux nouvelles technologies, pour vous faire croire qu’elles sont indispensables (Mais comment faisait-on pour vivre il y a 10 ans sans téléphone portable ?!), pour les rendre «cool», pour vous rassurer et dissiper toutes vos craintes... Autant de moyens déployés pour faire de vous de bons consommateurs d’innovations technologiques. Et pour faire en sorte que vous ne vous posiez pas trop de questions : Ces innovations répondent-elle à un vrai besoin ? A qui profitent ces innovations ? Nous a t-on demandé notre avis ? Comment sont-elles produites, et à quel prix ? Quelle place laissent-elles à notre autonomie et à nos libertés ? Aujourd’hui, l’acceptabilité est une discipline en pleine expansion. Minatec par exemple, lui a consacré un laboratoire : IDEAs Lab. En partenariat avec des entreprises et des universités (Stendhal et Pierre Mendes France), il regroupe des chercheurs en sciences dures, et des chercheurs en lettres et sciences humaines (sociologues, psychologues, artistes.. ). L’acceptabilité, c’est aussi le rôle du Centre de Culture scientifique, Technique et Industriel (CCSTI). En ce moment même, cette institution lance les concours FUTU et SITU, adressés aux 18-25 ans, contribuant à rendre « fun » les nanotechnologies. L’acceptabilité vous la vivez au quotidien : bornes biométriques installées dans des écoles, possibilité de payer son entrée dans certaines boites de nuit avec une puce sous cutanée, puçage électronique obligatoire des animaux, ou encore stands pro nanos à la fête de la science...

L’acceptabilité dans toute sa splendeur : le faux-débat public de la CNDP.

L’Etat a lancé en octobre une grande campagne d’acceptabilité des nanos. Jusqu’en février, 17 « débats » publics seront organisés par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) dans les plus grandes villes de France. Ces « débats » qui interviennent après des décisions déjà prises (Minatec a été inauguré en 2006) ne sont là que pour vous faire accepter les nanotechnologies. Faire participer, c’est faire accepter, disent les experts en acceptabilité de France Telecom. Partout en France des opposants dénoncent ce faux-débat, et expriment leur refus des nanotechnologies. A Strasbourg, Toulouse, Clermont Ferrand, les réunions ont été perturbées. A Lille, les opposants ont fait annuler le faux débat. A Grenoble, ce sera le 1er décembre...

Plus d’infos sur les nanos et le faux-débat de la CNDP sur : www.nanomonde.org le site du débat public sur les nanotechnologies, Pour en savoir plus sur l’acceptabilité, lire l’article dans le numéro 1 de la revue Z : http://www.zite.fr/-Le-Journal- Pour suivre l’actualité de la lutte anti-nano à Grenoble : grenoble.indymedia.org le site d’information alternatif grenoblois

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Attached documents


Compléments d'informations :
En réponse à la mascarade grotesque de Minatec par des "manifestants"
par Jean Suis-fier,
le 20 November 2009

Je suis assez étonné de cet article, que je ne cautionne pas ... Surtout la fière exhibition de la distribution des tracts, perturbation de la visite des lycéens, "invasion" des cours des étudiants pour la lecture des tracts, et dégradation des locaux de l’Ecole Phelma. C’est inadmissible ! De plus, la lecture des tracts des "manifestants" (dont j’ai un exemple sous la main, preuves à l’appui) laisse vraiment à désirer sur la qualité de la réflexion qui a poussé à cette intrusion scandaleuse. Le nanomonde est, certes, partout, mais je crois que vous confondez tout dans votre raisonnement. Je ne reviendrai pas sur le "faux-débat" dont vous faîtes allusion ; tout est une question de point de vue, et je pense que vous confondez allègrement la présentation de ces technologies et de leurs applications, et la volonté de les imposer au public. Je ne prendrai pas parti sur la vision de l’Etat (qui n’est pas forcément si éloignée de ce que vous insinuez) mais ce n’est pas en "pourrissant" (pardonnez-moi l’expression) le débat et en empêchant des spécialistes - que vous n’êtes pas - de s’exprimer que cela changera quelque chose... Pas plus d’ailleurs de faire des opérations coup-de-poing et en vous donnant en spectacle devant des lycéens !

"Nous ne voulons pas de l’être humain amélioré que nous promettent les technologies convergentes (nanotechnologie, biotechnologie, neuroscience et informatique)" Vous êtes contre l’informatique ? Apparemment non, car je constate qu’il y a des programmeurs parmi vous, et internet vous facilite la diffusion de vos idées. De plus, pour les neurosciences, devrions-nous laisser mourir les gens quand on a les moyens de les sauver ? Quant aux maisons intelligentes et téléphones portables... J’adore ce slogan : "Mais comment faisait-on pour vivre il y a 10 ans sans téléphone portable ?" C’est le comble de l’ironie ! Mais comment faisions-nous avant l’invention du four ? Et avant la voiture ? Avant l’ascenseur ou je ne sais quoi ... Personnellement je ne me sens pas dépendant de mon portable, et je n’ai pas l’obligation de le nourrir tel un Tamagotchi. Toutes ces inventions sont forts utiles dans la vie des gens, et je suis même sûr que si j’avais attrapé un manifestant j’aurais trouvé sur lui un téléphone portable ou un Ipod ou que sais-je de "gadget". J’espère que vous vous rendez compte de la stupidité de tels propos... "Comment sont-elles (ces technologies) produites, et à quel prix ?" Si le but est d’y ajouter la mondialisation et l’économie d’entreprise, please be quiet ! Ca n’a rien à faire dans le débat du développement et de la pseudo-invasion de ces technologies. Pas de place pour les débats anti-capitalistes. "Nous a-t-on demandé notre avis ?" Cela aussi, on s’en fiche. On produit et commercialise ce que l’on veut (ou presque). Mes grand-parents n’ont pas l’ordinateur, c’est leur choix. Faîtes le vôtre ! "Ces innovations répondent-elle (hé oui faute d’accord) à un vrai besoin ?" Le mot innovation veut tout dire... implicitement vous parlez de progrès (innovation = progrès) et le progrès n’a pas lieu d’être sans une certaine forme de besoin. Personnellement, l’ordinateur, le portable, l’imagerie médicale et d’autres correspondent à un vrai besoin (faire mes présentations pour l’Ecole, téléphoner en cas d’urgence ou pour organiser un rendez-vous, permettre à mes proches d’être dépistés ou soignés). Même le drone (qui n’est pas utilisé que pour faire la guerre : oh ! la pensée réductrice) a son utilité.

J’entends aussi avoir des exemples concrets de "gadgets inutiles qui nous privent de notre autonomie" (j’insiste sur AUTONOMIE), histoire de voir si je suis un parfait ignorant de la privation de mes libertés et de l’invasion scandaleuse par les méchantes entreprises capitalistes du cyber-system. "Nous ne voulons pas confier notre vie à des robots" : même chose ! Le robot, au sens androïde du terme, n’existe pas ! On appelle cela une machine (principalement utilisée, dans ce sens, dans l’industrie ; sans parler de l’automatisation du travail, c’est parfois utile d’avoir ce genre d’engins pour effectuer des travaux qu’un humain ne saurait faire, pour cause de pénibilité, vous ne trouvez pas ?)

je suis plutôt fervent du débat d’idées construites et constructibles, plutôt que des discours et/ou interventions réductrices et sectaires, comme ce que le mouvement "Aujourd’hui le nanomonde" semble nous proposer. Refuser le débat ne permettra pas de le faire avancer ; venir le pourrir ne lui donnera pas meilleure image et ne permettra pas plus aux gens de se faire une idée. Et pour dire tenir des slogans "nous refusons le progrès", il n’est pas nécessaire de venir interrompre des cours, de venir effrayer des lycéens et de venir envahir une école pour le dire.

J’ai votre action en horreur !

Vive le Nanomonde !

Petite leçon de vocabulaire pour Fioraso...
par anonyme,
le 21 November 2009

Dans Grenews :
"Contacté (sic) pour parler de ce débat [le faux débat de la CNDP le 1er décembre à Gre] la députée Geneviève Fioraso a réagi: "Caviarder une manifestation, se faire passer pour des lycéens pour essayer de rentrer quelque part, pour moi, c’est finalement assez proche du totalitarisme".

Fioraso essaye t’elle de se faire passer pour plus intelligente qu’elle n’est en employant des mots de plus de 5 syllabes qu’elle ne comprend pas? Ou connait-elle vraiment la définition du totalitarisme, et en manipule t-elle le sens pour discréditer des opposants gênants? Dans le doute, nous nous permettons de rappeler à Genevieve, ce qu’est le totalitarisme :

Selon wikipédia :

Le totalitarisme est le système politique des régimes à parti unique, n’admettant aucune opposition organisée, dans lequel l’État tend à confisquer la totalité des activités de la société. Concept forgé au XXe siècle, durant l’entre-deux-guerres, le totalitarisme signifie étymologiquement « système tendant à la totalité, à l’unité

L’expression vient du fait qu’il ne s’agit pas seulement de contrôler l’activité des hommes, comme le ferait une dictature classique : un régime totalitaire tente de s’immiscer jusque dans la sphère intime de la pensée, en imposant à tous les citoyens l’adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté.
Enfin, Les caractéristiques habituellement retenues pour caractériser le totalitarisme sont : une idéologie imposée à tous, un parti unique contrôlant l’appareil d’État, dirigé idéalement par un chef charismatique, un appareil policier recourant à la terreur, une direction centrale de l’économie, un monopole des moyens de communication de masse et un monopole des forces armées


Si l’on se fie à cette définition (mais Geneviève, fera bien ses devoirs, elle ira vérifier que dans les autres dicos, la définition est la même), le totalitarisme est le fait d’un Etat, pas celui d’individus qui luttent contre cet Etat. Le totalitarisme implique entre autres un appareil policier recourant à la terreur, et on se souvient de l’inauguration de Minatec à Grenoble. L’appareil policier démesuré n’était pas de notre coté. Quand au monopole des moyens de communication, j’ai l’impression que Fioraso a plus d’entrées que nous au daubé ou à Grenews. Enfin, pour ce qui est du fait de s’immiscer dans la sphère intime de la pensée, Clinatec le fera surement beaucoup mieux que nous.

Alors Genevieve, à l’avenir, essaye de retenir que les mots ont un sens précis et qu’il n’est pas honnête d’en manipuler le sens. Malheureusement, on sait que les gens de ton espèce, les gens de pouvoir, aiment beaucoup ce petit jeu là. Faire passer les opposants pour des fascistes, pour des personnes totalitaires ou pour des terroristes, c’est tellement facile. On n’a plus besoin de répondre à leurs arguments, ils sont discrédités immédiatement. Et puis ça fait peur aux gens.

Allez, Genevieve, la leçon est finie pour aujourd’hui. Si tu as encore besoin d’un cours de sémantique, n’hésite pas à prendre contact avec les opposants aux necrotechnologies. Il se feront une joie d’éclairer ta lanterne.

Réponse à Jean Suis-Fier
par Y'a pas de quoi.,
le 21 November 2009

Trés rapidement, pour répondre à quelques inepties :

"Comment sont-elles (ces technologies) produites, et à quel prix ?" Si le but est d’y ajouter la mondialisation et l’économie d’entreprise, please be quiet ! Ca n’a rien à faire dans le débat du développement et de la pseudo-invasion de ces technologies. Pas de place pour les débats anti-capitalistes.

1- Comment sont-elles produites implique beaucoup plus qu’une critique de la mondialisation et de l’économie d’entreprise : ça intégre une dimension sociale, et environnementale : combien de millions de litres d’eau pure consomment les usines de puces électroniques à Crolles 2 ? Combien de milliers de mort au COngo pour le controle des mines de coltan, métal necessaire à la fabrication de nos téléphones portables? Mais ces questions ne semblent pas assez importantes pour vous...

2- Toutes ces innovations technologiques répondent en priorité à une seule chose : l’obligation de croissance, c’est à dire, l’obligation en économie capitaliste de produire toujours plus que l’année d’avant. D’où la necessité de trouver de nouveaux marchés, et donc d’innover à tout prix. La critique anti-capitaliste est en plein coeur du débat sur les nouvelles technologies.

"Nous ne voulons pas de l’être humain amélioré que nous promettent les technologies convergentes (nanotechnologie, biotechnologie, neuroscience et informatique)" Vous êtes contre l’informatique ? Apparemment non, car je constate qu’il y a des programmeurs parmi vous, et internet vous facilite la diffusion de vos idées. De plus, pour les neurosciences, devrions-nous laisser mourir les gens quand on a les moyens de les sauver ?

1- Dans un monde ou tout passe par l’informatique, refuser de se servir d’un ordinateur, c’est se condamner au silence et à ne plus pouvoir exprimer notre opposition. Croyez-nous, nous préfererions ne pas devoir lutter à l’intérieur d’un système totalement informatisé, et nous passer d’ordinateur.

2- Pour ce qui est des neurosciences, et de la nanomedecine, nous pensons qu’il vaut mieux s’attaquer aux causes des problemes, plutot que de vouloir toujours chercher des solutions technologiques, dont nous ne maitrisons pas les conséquences. Par exemple, des études attribuent la maladie de parkinson aux pesticides. Avant de vouloir la soigner par les nanos, ne devrait-on pas arreter de se servir des pesticides?

"Nous a-t-on demandé notre avis ?" Cela aussi, on s’en fiche. On produit et commercialise ce que l’on veut (ou presque). Mes grand-parents n’ont pas l’ordinateur, c’est leur choix. Faîtes le vôtre !

Ha si les choses étaient aussi simple... Je ne veux pas de téléphone portable, pourtant il y a des antennes relais partout, et je reçois constamment leurs ondes. De plus les usines qui fabriquent les puces electroniques polluent les rivieres qui passent prés de chez moi. Je ne veux pas me déplacer en voiture. Et pourtant, nous vivons dans une société ou la voiture est indispensable à trop de gens et je dois respirer leurs gazs d’échappement. Toute production a des conséquences sociales sur tous les individus qui composent la société. On ne peut pas dire : je produis et j’achete ce que je veux en me foutant des autres. Ce que les autres produisent et consomment me concerne directement. Nous pensons que c’est collectivement que doivent etre prises les décisions de production.

Personnellement, l’ordinateur, le portable, l’imagerie médicale et d’autres correspondent à un vrai besoin (faire mes présentations pour l’Ecole, téléphoner en cas d’urgence ou pour organiser un rendez-vous, permettre à mes proches d’être dépistés ou soignés). Même le drone (qui n’est pas utilisé que pour faire la guerre : oh ! la pensée réductrice) a son utilité.

Nous ne nions pas qu’ils ont une utilité. Ils sont trés utiles. (Parfois malheureusement, ils sont même trop utiles.) Mais nous pensons qu’ils ont plus de cotés négatifs que de cotés positifs. Et qu’il n’est pas possible d’avoir seulement les cotés positifs de ces innovations. (exemple : soigner des cancers sans rendre possible la surveillance généralisée des population). C’est pourquoi nous les refusons entièrement.

Réponse à Jean Suis-Fier
par Ludo,
le 22 November 2009

Merci de votre intervention, Jean Suis-Fier. Je reviens cependant sur une petite mesquinerie qui agrémente votre message : "Ces innovations répondent-elle (hé oui faute d’accord) à un vrai besoin ?"

Manifestement, vous êtes un féru de langue française. Je soumets donc à votre sagacité la phrase suivante, dont je n’ai pas réussi à déchiffrer la structure : "Et pour dire tenir des slogans "nous refusons le progrès", il n’est pas nécessaire de venir interrompre des cours, de venir effrayer des lycéens et de venir envahir une école pour le dire."

Et là ? "je suis plutôt fervent du débat d’idées..." Qu’est-ce que c’est que cette majuscule oubliée ?

Et encore là ? "Faîtes le vôtre !" C’est quoi cet accent circonflexe ?

Ah ça, quand on se risque à donner des leçons d’orthographe, mieux vaut se relire avant de poster le message.

Mais ce ne sont là que broutilles.

A vous lire, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Vous affirmez hardiment que le progrès répond à des besoins, et qu’il n’y a donc pas lieu à le contester. Personnellement, je serais curieux de savoir de quels besoins vous parlez. Ceux des actionnaires, ceux de l’homme occidental, ceux des peuples du sud, ceux des patrons, ceux des scientifiques, etc. ? Parce qu’on peut en trouver plein, des besoins, et ils ne sont pas toujours partagés. Tiens, je vous propose un sujet de méditation : l’homme occidental a-t-il besoin de 20 marques différentes de shampooing (pas la peine de vérifier l’orthographe) ? Et un autre, un peu plus complexe : à quel besoin répond le I-pod (ou ses ancêtres) ? Celui-là, je n’ai pas encore trouvé la réponse, mais vous qui êtes malin en avez sans doute une sous la main. Je parle bien de besoin, hein, tout comme vous, pas juste d’envie.

Evidemment en guise de réponse, vous pouvez toujours ressortir votre argument le plus niais, que l’on peut reformuler par : "que ceux qui n’aiment pas n’en dégoûtent pas les autres". Après tout, c’est vrai, chacun est libre de ses choix, et peut, ou non comme vos grands-parents, acheter ce que le marché lui propose. La démocratie par le porte-monnaie, quoi. Il faut bien dire que c’est un argument assez révélateur de ce qui doit tenir lieu d’éthique à un individualiste éclairé et bon teint comme vous, tout à fait à l’aise dans la société de consommation. C’est grâce à des gens comme vous qu’on a des McDo partout et que Total se la donne en Birmanie. Chacun pour soi et le marché pour tous.

Cela dit, je fais des hypothèses sur votre état d’esprit et vos opinions, mais je dois avouer que je ne sais pas trop si vous êtes un fervent de la vidéo-surveillance, et de la surveillance assistée par les nouvelles technologies en général. C’est en relation avec la perte d’autonomie dont vous demandiez des exemples concrets. Ben voilà : vous envoyez une blague par SMS à l’un de vos amis : "Comment on fait pour faire dérailler un train ?" Le jour d’après vous vous retrouvez en garde-à-vue. Je me demande aussi si vous vous sentez dans un monde plus sûr depuis que le nucléaire existe.

Mais tout n’est pas à jeter dans votre intervention. Il me semble que vous avez sans le savoir mis le doigt sur le concept de dualité de la technique : pour simplifier outrageusement, le fait que chaque nouvelle application renferme des effets positifs et négatifs. C’est complexe, comme question : on ne sait pas toujours départager a priori le bon du mauvais, ou pour faire moins mystique, l’utile du nuisible. Alors dans le doute, en raison des enjeux stratégiques et économiques, les pouvoirs publics et les industriels main dans la main en rajoutent sur les aspects positifs les plus facilement identifiables. Faire passer la pilule des drones en évoquant leur usage pour surveiller les feux de forêt, par exemple. Ou le portable pour les secours en montagne. Ou bien faire miroiter les formidables promesses des nanotechnologies tout en passant sous silence leurs côtés les plus crapoteux.

Dans le cas du nucléaire, la dualité civil/militaire été longtemps niée, en particulier au moment où la France construisait des centrales sans demander l’avis de la population, ou au besoin en s’asseyant dessus comme cela a été le cas à Chooz dans les Ardennes. On voit ce qu’il faut penser aujourd’hui de ces mensonges d’état quand il est question de l’Iran.

Je ne prétends pas parler pour autre que moi-même, mais je pense ne pas être le seul à estimer que les nanotechnologies méritaient un autre débat, nettement plus tôt dans le temps - aujourd’hui tout est construit -, et ayant valeur contraignante pour les politiques et les industriels. Là ce n’est pas le cas, le président Bergougnoux lui-même le reconnaît. Notons au passage que si l’on a aujourd’hui ces embryons de débats dont vous vous gargarisez au nom de la démocratie, c’est principalement grâce à l’agitation précoce de ces opposants que vous avez en horreur. Pour les acteurs du milieu et leurs bailleurs de fonds, il faut tout faire pour que les nanos ne soient pas victimes du même rejet que les OGM. Plus généralement, je pense qu’il est grand temps de remettre à plat une bonne partie du développement technique sur lequel s’appuie la société aujourd’hui, de faire la part de ce que l’on souhaite et de ce qui doit être laissé de côté, et que cela passe aussi, mais pas exclusivement car ce serait passer à côté d’une grosse partie de la question, par une lutte contre le capitalisme qui l’accompagne.

Réponse à Jean Suis Fier n°2
par anonyme,
le 22 November 2009

Histoire d’enfoncer le clou, je me permets aussi de répondre succinctement, et sur d’autres propos à Jean Suis Fier.

"Surtout la fière exhibition de la distribution des tracts, perturbation de la visite des lycéens, "invasion" des cours des étudiants pour la lecture des tracts, et dégradation des locaux de l’Ecole Phelma. C’est inadmissible !"

Je suis sûr que vous vous insurgeâtes de la même façon lorsque la police boucla le quartier Europole lors de l’inauguration de Minatec, ou lorsqu’une manifestante perdit un oeil durant la manifestation de protestation à cette inauguration, ou encore lorsque la mairie de Grenoble fit passer un arrêté municipal interdisant les regroupements de plus de 4 (ou 5, ma mémoire me joue des tours) lors de ces journées d’inauguration. Voilà ce que préfigure Minatec, le monde dans lequel on nous invite à rentrer. Est-il aussi souriant qu’un médecin neurologue ou qu’un CRS chargeant?

Je vous rappelle que Minatec a coûté 100 millions d’euros aux collectivités locales. Avez-vous des problèmes de garde d’enfants? De logement? De transport? Bref, y’a-t-il peu de progrès social sur Grenoble? C’est que le choix politique fut autre.

"mais ce n’est pas en "pourrissant" (pardonnez-moi l’expression) le débat et en empêchant des spécialistes - que vous n’êtes pas - de s’exprimer que cela changera quelque chose... "

Seuls les spécialistes ont le droit de parler des sujets? Ah bon, première nouvelle. Je ne suis pas ingénieur à l’INRA, donc je n’ai pas à avoir d’avis sur les OGM? Je ne suis pas ingénieur en électromagnétisme, alors je n’ai pas à avoir d’avis sur la pollution électro-magnétique? Je ne suis pas médecin, je n’ai pas d’avis à avoir sur le vaccin H1N1? Et si je ne suis pas docteur en sciences nucléaires, je n’ai pas à parler des centrales nucléaires? Les problèmes qui sont soulevés ne sont pas d’ordre techniques, mais d’ordre politiques: il ne s’agit pas du comment, mais du pourquoi, du pour qui. Et en matière de politique, chacune et chacun est expert, ou presque.

Et pensez-vous que tous les scientifiques soient tous d’accord sur ce genre de sujet? Le problème, c’est que dans notre société, ce sont les experts qui décident. Et ce dans un grand nombre de domaines. Et c’est là que le bât blesse: ce n’est pas aux experts de décider (même s’ils jugent le "bon peuple" trop bête pour comprendre) mais bel et bien aux citoyennes et aux citoyens. Et ce n’est pas en organisant de petites manifestations une fois l’an dans leur labo ou sur la place de la ville qu’ils pourront expliquer quoi que ce soit à la population. Il s’agit d’un travail de fond, d’une véritable tâche pour les chercheurs, pas quelque chose qui doit se faire par dessus la jambe, hop, 4 heures dans l’année de façon bénévole et j’ai informé le bon peuple. Celui-ci est ignorant? La bonne affaire! Qui ne partage pas le savoir?

Le problème, c’est que la société ne doit pas avancer au rythme des plus rapides (ou des meilleurs de la classe) mais bel et bien à un rythme qui ne lèse personne.

"Le mot innovation veut tout dire... implicitement vous parlez de progrès (innovation = progrès) et le progrès n’a pas lieu d’être sans une certaine forme de besoin."

Quelques lignes plus bas, vous expliquez doctement qu’il s’agit de pensée réductrice. Mais la vôtre l’est également, mais pas que la vôtre je vous rassure. J’aimerais, pour ma part, qu’on parle de progrès social (qui n’est pas corrélé au progrès technique), qui n’est jamais sorti de laboratoires de recherche, fussent-ils publics. Quant au progrès qui va avec une forme de besoin... Certes, mais les besoins de qui? Historiquement, c’est bien les forces armées, le Pouvoir, qui eu besoin de techniques, d’efficience. La population, elle, ramasse les miettes. La Big Science telle qu’on la connaît à Grenoble puise sa source dans le projet Manhattan. Un exemple local? SOFRADIR fabrique des capteurs infrarouges pour l’armée depuis sa création. Vingt ans après, elle en fait pour le grand public et la médecine. Après coup, toujours. J’en suis désolé, mais c’est ainsi. Bien sûr, on peut être super calé en science, mais nul en histoire des sciences. Et avoir une vision du monde social aussi naïve.

Vous ne perdez pas votre autonomie avec des gadgets techniques? Vous voulez dire que vous voyez et connaissez vos voisins pour organiser de belles choses ou vous aidez en cas de coup dur? Que vous savez bien entendu faire un jardin, tuer et préparer un animal, prodiguez les premiers soins, faire de la musique, de la mécanique auto, construire une maison, tisser, lire un paysage, s’occuper d’enfants, et j’en passe. Que vous vivez sans voiture et voyagez toujours à pied? Le fait est, et l’auteur de cette réponse n’est pas au-dessus du lot commun, que cette perte d’autonomie (auto-nomos: qui est sa propre loi) est le noeud du problème. Mais ce noeud est tellement serré depuis deux siècle de progrès sans merci que nous sommes tous des pendus sur l’arbre de la connaissance. N’en déplaise à celles et ceux qui se croient plus malins que les autres.

Quant à jouer sur les mots en nous parlant de robot, d’androïde, de machine... Robota, mot tchèque qui signifie serviteur. Que celui-ci n’ait pas forme humaine n’a aucune importance. Et je vous rappelle qu’à Tchernobyl, on envoya initialement des robots pour nettoyer les gravats. Qu’advint-il? Qu’il fallut utiliser des nettoyeurs humains pour faire le sale boulot, nos machines "facilitant-la-tâche-des-humains" ne fonctionnant pas dans de tels conditions. Les esclaves, si. Mais peut-être que le "progrès", 23 ans après Tchernobyl, peut produire des robots effectuant ce genre de tâche vite et bien? L’auteur ne prétend pas tout savoir.

"je suis plutôt fervent du débat d’idées construites et constructibles"

Là-dessus, on se retrouve...

"plutôt que des discours et/ou interventions réductrices et sectaires"

La votre ne vaut pas beaucoup mieux que celle que vous dénoncez. Parler de lycéens qu’on effraye... Ce n’est pas ce qu’on appelle un propos sérieux.

"J’ai votre action en horreur !"

Moi, c’est le monde dans lequel je vis où - pour pasticher Jacques Ellul dans "Les nouveaux lieux communs"-, non content de posséder le savoir, les meilleurs places, le soutien de l’état et de l’administration, d’avoir partout une parole qui a force de loi, d’être convaincu d’être une élite car on le lui répète et qu’elle a le sentiment "d’en être" a défaut d’en avoir la position, il faut en plus que les techniciens se posent en martyr d’un peuple ignorant qui lui en veut alors qu’ils leur apportent le bonheur via le progrès technique. Je suis toujours étonné qu’on puisse, après 1945, toujours avoir ce genre de position éthique et politique.

"Vive le Nanomonde !"

Au moins, ça, ce n’est pas de la provoc, comme les méchants opposants, n’est-il pas? Allons, allons. Étudiez un peu plus la question, elle en vaut le coup, mais nécessite des efforts, je veux dire des heures, des mois et des années de travail personnel. A peu près autant que pour obtenir un diplôme de l’INPG. Mais vous en aurez appris plus sur le monde dans lequel vous habitez qu’en 3 années à Phelma...

Sans rancune,

Pat Hibulaire

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