Saturday 28 November 2009 par anonyme
[Infos locales] [Répression / Contrôle social]Pour respecter les ordres ministériels, le Préfet de l’Isère organise une vaste consultation sur l’identité nationale. Certains invités ont décidé de boycotter la réunion. C’est le cas de l’UD CGT, dont le secrétaire général vient de rendre publique une lettre ouverte. Tout est dit ou presque dans ce morceau de bravoure. Ne boudons pas notre plaisir à lire et faire circuler ce "brulot"

Monsieur le Préfet,
Vous vous apprêtez à nous convoquer pour participer au débat initié par le gouvernement sur l’identité nationale.
Autant vous le dire clairement, nous ne viendrons pas.
Nous sommes ce qu’il est communément appelé un corps social, inséré dans la République et contributif de son espace démocratique.
Nous mesurons donc que ne pas se rendre à une sollicitation du représentant de l’Etat n’est pas banal et porte un sens politique.
Nous ne viendrons pas parce que nous ne sommes pas dupes de l’opération à visée électorale, à destination de l’extrême-droite.
Nous ne viendrons pas, parce que pour nous, l’identité d’une Nation ne peut être marquée d’un quelconque sceau ministériel et encore moins d’une hypothétique loi la définissant.
Pour nous, quand un gouvernement entend cadrer ce qui relève de la mémoire historique, il y a tout lieu de s’inquiéter de la qualité de notre démocratie.
L’histoire du syndicalisme est liée intimement, sans en avoir l’exclusivité, à nombre de grandes réalisations sociales.
La protection sociale, le mutualisme, la structuration de services publics contribuant à l’égalité de traitement des citoyens, le code du travail….
Ce sont en définitive des règles communes qui fondent largement notre République auxquelles le syndicalisme a contribué.
Ce sont souvent les capacités de révolte, de contestation de l’ordre établi, quand il met en danger le commun qui ont permis à ce pays de développer un haut niveau d’exigences sociales.
Il ne serait y avoir pour nous, de rapport entre le citoyen et la nation, déconnectés de la question sociale.
Dans la mesure où ce gouvernement- là, réforme après réforme, adapte les pratiques publiques aux seuls besoins de la finance, dénoue les solidarités, il ne serait être question pour la CGT de participer de quelque manière que ce soit, à cette mascarade dont l’objet essentiel semble de justifier une politique d’agression envers les populations les plus fragiles de notre territoire.
L’identité d’une Nation, n’est pas le fruit d’une négociation, mais le résultat de faits historiques, de rapport de forces sociaux et politiques.
Notre pays, et notre département singulièrement ont creusé leurs développements par l’apport de citoyens venus d’autres Nations.
Par leur force de travail, ils ont contribué aux grands travaux structurant notre économie, dans l’industrie singulièrement.
Ils ont fait de leurs apports une richesse, contribué au rayonnement de la France dans le monde par la capacité de notre société à accueillir, former, éduquer les citoyens quelles que soient leurs origines sociales et géographiques.
Le Ministère de l’immigration est synonyme pour nombre de nos concitoyens (et nous pensons à juste titre), de Ministère de la discrimination, de l’arbitraire et de la stigmatisation.
Notre contribution "au vivre ensemble", à nous, c’est notre engagement aux côtés des salariés sans-papiers pour leur régularisation, pour que ceux-ci puissent devenir des citoyens à part entière, à égalité de droit avec les autres salariés, ce n’est pas la division entretenue de manière démagogique par ce gouvernement qui au final tire vers le bas, l’ensemble des droits sociaux et des garanties collectives.
Notre engagement à nous ce n’est pas une séance en salons préfectoraux d’auto- congratulations d’une France chauvine qui se prendrait pour le phare du monde, mais les solidarités que nous construisons avec les syndicalistes à travers le monde pour une élévation des conditions de vie et d’existence sur l’ensemble de la planète.
Notre engagement à nous, c’est l’action pour le maintien, le développement de services publics, au service de tous, que l’on habite à la ville ou à la compagne, et cela quel que soit le niveau social de nos concitoyens.
Notre engagement à nous, c’est la mobilisation pour la défense de nos emplois industriels, qui fondent la richesse sociale, économique, et culturelle d’une nation développée.
Pour toutes ces raisons, Monsieur le Préfet, et pour bien d’autres, nous ne participerons pas à une réunion sous l’égide d’un Ministère que nous considérons comme le pire Ministère que la République ait connue depuis la Libération.
Recevez, Monsieur le Préfet de l’Isère, nos salutations Républicaines.
Pour l’Union Départementale CGT de l’Isère, Patrick VARELA, Secrétaire général
A son tour, le PS refuse de participer à la mascarade bessonienne organisée par le Préfet de l’Isère :
COMMUNIQUE DE LA FEDERATION DE L’ISERE DU PARTI SOCIALISTE
Les Socialistes Isérois ne participeront pas aux débats sur l’Identité Nationale
Sur instruction du Président de la République, le Préfet de l’Isère organise trois débats sur la question de l’identité nationale. Le premier a lieu demain soir à Vienne.
Les Socialistes Isérois ne participeront pas à ces débats.
Fidèles à nos valeurs, nous refusons l’idée que chacun puisse être mesuré sous la toise d’une identité dont le contenu ne peut être que réducteur. Notre pays aura marqué une considérable régression si un jour l’on peut dire de quiconque ou de quoi que ce soit qu’il n’est pas « conforme à l’identité nationale ».
En attaquant la protection sociale, les services publics, l’éducation nationale, la libre administration des collectivités locales, les modes de scrutin, Nicolas Sarkozy porte gravement atteinte aux fondations de notre République. Les mots Laïcité, Fraternité, Egalité qui sont le patrimoine de la France, deviennent des incantations et se vident peu à peu de leur sens.
Le vote qui a eu lieu en Suisse dimanche dernier doit nous faire prendre conscience que l’extrême droite est un risque tangible et que les sentiments de xénophobie et de peurs irrationnelles qu’elle véhicule ne sont pas virtuels.
Dans ce contexte, agiter le chiffon rouge de l’identité nationale pour des questions de tactique électorale est irresponsable et dangereux. A aucun prix nous ne voulons contribuer à cette dérive déplorable.
Erwann BINET
Premier Secrétaire Fédéral
Ajouter un complément d'information
Indymedia (Independent Media Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.