Monday 30 November 2009 par PMO
[Infos locales] [Sciences / Nécrotechnologies]Dans chaque ville où elle organise un de ses pseudo-débats sur les nanos, la CNDP compose une tribune soigneusement choisie d’experts et de contre-experts.
Quelques spécimens de la soirée grenobloise du 1er décembre : Vincent Comparat, de l’ADES et du "Collectif sur les enjeux des nanotechnologies à Grenoble" (CENG) ; la fédération France Nature Environnement ; les professeurs Benabid et Berger de Clinatec.
1)Vincent Comparat, de l’ADES (Association Démocratie, Ecologie, Solidarité), faux écolo et vrai technocrate
Février 2002 : Vincent Comparat, simultanément directeur de recherche à l’Institut des Sciences nucléaires et porte-parole des écotechs grenoblois ADES (Association démocratie écologie solidarité) élus au conseil municipal, justifie le soutien de son groupe au projet Minatec :
"Minatec (…) Les recherches effectuées ne sont pas pilotées par des intérêts militaires (même si elles peuvent avoir des implications militaires) et ne posent pas à priori de problèmes d’éthique importants. Elles visent à assurer à Grenoble une position de leader sur les développements futurs dans les micro et nanotechnologies. (…) C’est la poursuite du modèle de développement grenoblois qui a été une réussite par le passé, et qui avait tendance à s’essouffler à cause d’une concurrence beaucoup plus forte d’autres pôles universitaires et de recherche. C’est aussi la poursuite du modèle qui associe recherche, formation et transfert vers l’industrie. De ce point de vue les collectivités, Conseil général, Métro et Ville de Grenoble, se devaient de soutenir fermement cette initiative." (in Le Rouge et le Vert N°84 fév/mars 2002)
Octobre 2002 : le CEA et la Délégation générale à l’armement (DGA) signent une "déclaration d’intention pour une coopération active dans le domaine des composants électroniques", plus particulièrement au sein de Minatec. Objectif : "satisfaire les besoins de la défense pour la veille technologique, l’accès aux technologies civiles les plus avancées et l’acquisition de technologies spécifiques, (…) optimiser les moyens nécessaires à la Défense en associant la DGA aux orientations de MINATEC. Ainsi, la DGA participera au choix des sujets de thèses, aux groupes de réflexion sur l’élaboration des programmes du CEA-LETI et cofinancera certains des programmes de recherche retenus" (Communiqué de presse CEA/DGA, 25/10/02, www.defense.gouv.fr/dga/fr/actualite/)
On attend toujours le démenti de Vincent Comparat.
2008 : Campagne de tri sélectif. Deux ans après l’inauguration de Minatec, Vincent Comparat se recycle dans un "Collectif sur les enjeux des nanotechnologies à Grenoble" - prétendûment lanceur d’alerte - aux côtés de Jean Caune, ex-élu de la Métro (communauté d’agglomération grenobloise) en charge de la Recherche, fervent promoteur de Minatec et pourfendeur des opposants "obscurantistes".
1er décembre 2009 : en reconnaisance de son engagement au service du "modèle de développement grenoblois", Vincent Comparat siège à la tribune du pseudo-débat national sur les nanotechnologies de la CNDP, lors de son étape grenobloise. Désormais, il défend le capitalisme vert, la guerre verte et les nanotechnologies vertes.
(PS : après publication de cette notice en ligne sur www.nanomonde.org, le site de la CNDP a remplacé Vincent Comparat par Françoise Parisel, du CENG)
2)France Nature Environnement, écologistes à gages
Cela n’aura échappé à personne : à chacune de ses réunions la CNDP affiche sa neutralité en invitant à la tribune, face aux experts industriels, les experts de la fédération France Nature Environnement censés apporter leur caution écologiste à la mascarade. La commission n’aurait pu choisir de meilleurs alliés dans sa campagne d’acceptabilité. Des collègues pour tout dire, puisque FNE est, comme elle, largement financée par le ministère de l’Ecologie (45 %) et les pouvoirs publics. Le landernau écolo bruisse de réprobations sur les rapports étroits entre la fédération et le ministère de Borloo – celui-là même qui a commandé, avec six collègues ministres, la campagne sur les nanos. Mieux, l’un des sept membres de la commission Nanos, Patrick Legrand, ingénieur de l’INRA, se trouve être aussi président d’honneur de… France Nature Environnement. C’est ce que la CNDP nomme sa "totale indépendance vis-à-vis du sujet, vis-à-vis des acteurs, vis-à-vis du gouvernement".
France Nature Environnement, qui frétillait d’aise au Grenelle de l’Environnement, s’est distingué en 2009 par son partenariat avec le producteur de pesticides Compo (filiale de Syngenta), ce qui en fait un expert tout désigné pour débattre avec les industriels des risques environnementaux et sanitaires des nanomatériaux.
(Pour en savoir plus, lire Les amitiés particulières de France Nature Environnement, F. Nicolino, http://fabrice-nicolino.com et www.altermonde-sans-frontiere.com)
3)Alim-Louis Benabid et François Berger, les docteurs Folamour du cerveau
Alim-Louis Benabid et François Berger sont des héros de la médecine moderne. Grâce à leurs expériences sur le cerveau de malades de Parkinson, de sujets souffrant de troubles obsessionnels compulsifs ou de dépression, nous entrons dans l’ère de la régulation neuronale électronique. A l’Institut des Neurosciences de Grenoble et à Clinatec, la "clinique expérimentale utilisant les nanotechnologies au bénéfice des neurosciences", ces bienfaiteurs perfectionnent les techniques de stimulation cérébrale par nano-implants capables de modifier le comportement, les émotions, la volonté du cobaye.
Il y urgence : "Une "épidémie silencieuse" de troubles du développement neurologique est en cours, en raison des produits chimiques industriels présents dans l’environnement, qui altèrent le développement cérébral des fœtus et des jeunes enfants. Ce sont les conclusions d’une analyse de chercheurs de la Harvard School of Public Health (HSPH) et de la Mount Sinai School of Medicine, qui pointe 201 produits chimiques – la plupart étant courants – connus pour les dommages neurologiques durables qu’ils infligent aux humains. (…) les conséquences d’une exposition aux neurotoxiques durant l’enfance peuvent inclure un risque accru de maladie de Parkinson et d’autres maladies neurodégénératives." (1)
Pour Benabid et Berger, pas question de supprimer les causes de l’"épidémie silencieuse" – qui ne les intéressent pas plus que celles des troubles psychiatriques, eux aussi en plein boom grâce au progrès du bien-être général dans les sociétés industrielles. Mieux vaut s’associer à Medtronic (une boîte américaine) pour produire des implants neuronaux jugés particulièrement rentables sur le marché de la dépression. Ce sont les salariés de France Telecom qui vont être contents.
Comme dit François Berger : "La valeur ajoutée des nanotechnologies transférées dans le domaine médical est indiscutable au niveau scientifique et industriel. (…) Nous devons travailler avec des industriels, nous déposons des brevets et il n’y a pas de problème éthique en la matière." (2) C’est pourquoi ce docteur doué pour les affaires plaide sans relâche auprès des parlementaires pour la dérégulation de ses activités : "Trop de régulation tue l’innovation. Nous disposons d’une réglementation très rigoureuse et coûteuse (…). On veut actuellement la renforcer : or, cela ralentit nettement l’innovation et s’oppose au progrès médical." (3)
Pour ces mécanos de l’homme hybride, le succès passe entre autres par les nanotubes de carbone : "On sait qu’en utilisant des nanotubes de carbone, on pourra améliorer l’intégration et viser une interface physiologique dans le cerveau. (…) il est impensable de lancer ce type d’étude chez l’homme avant d’avoir mené une analyse toxicologique très étendue. C’est ce que nous faisons actuellement, en collaboration avec le Léti. Nous déterminons quels sont les meilleurs nanotubes et cherchons comment les modifier pour qu’ils s’intègrent au mieux dans le cerveau sans toxicité." (4)
Remercions nos docteurs Folamour de nous adapter au monde-machine concocté par le CEA et Minatec, en préparant les hommes-machines équipés d’implants et d’interfaces neuronales.
(Pour en savoir plus sur les neurotechnologies, lire Terreur et Possession - Enqueête sur la police des populations à l’ère technologique (Pièces et Main d’œuvre, Editions l’Echappée, 2008) et "Grenoble Institut des Neurosciences ou Comment nous manger le cerveau" sur www.piecesetmaindoeuvre.com)
NOTES
(1) "Brain pollution : common chemicals are damaging young minds", Harvard University Gazette, 1/02/07
(2) devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques le 7 novembre 2006
(3) Idem
(4) Ibid.
Pièces et Main d’oeuvre
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