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[TAG] On taillade la ligne de bus 32

Wednesday 3 February 2010 par un abonné des TAG

[Infos locales] [Ville / Environnement]

Depuis le 1er février 2010, sur sa partie Nord, la ligne de bus 32 de l’agglomération grenobloise a été remplacée par la ligne 16... Ce qui, concrètement, signifie : une fréquence de passage presque deux fois moins élevée. On réalise des économies sur les transports en commun pendant que la Rocade Nord engloutit des millions ? Bienvenue dans le monde du développement durable.

Novembre 2009 : on nous annonce que jusqu’au 1er février 2010, la ligne de bus 32 (qui dessert mon quartier) va être coupée en deux. Sa moitié Nord est remplacée par une navette provisoire qui passe moins souvent. Une seule explication, laconique, est fournie aux usager.e.s : « les travaux du pont », le futur pont de Chartreuse (qui en fait doivent durer plus d’un an). Bon. Je prends mon mal en patience.

Mais la semaine dernière, je découvre des affichettes officielles sur les arrêts de bus. Le 1er février la navette provisoire va définitivement céder la place... non pas à l’habituelle ligne 32, mais à la ligne 16, aux bus moins fréquents ! En pratique, aux heures de pointe nous allons avoir un bus toutes les 10 ou 11 minutes, au lieu d’un toutes les 6 ou 7 minutes du temps de la 32.

En bon citoyen, je m’étais abstenu de rouspéter il y a 3 mois, mais là j’ai la désagréable impression qu’on m’a pris pour une otarie. Les travaux étaient-ils une excuse pour faire la transition en douceur vers une offre plus réduite de transports en commun sur notre ligne ?

Je pose la question au personnel des TAG. « Réadaptation de l’offre. Des études ont été faites et montrent que la fréquentation est moins importante sur la partie Nord de la 32. C’est le SMTC qui a exigé cette modification. »  [1]

Le SMTC se justifie comme il peut : « l’offre de transports publics dans l’agglomération est globalement croissante depuis des années. Mais ça n’empêche pas de faire des réajustements sur certains points précis. » Réajuster le service public, ça veut dire enquêter pour voir à quels endroits il est moins utilisé, et s’empresser de réduire l’offre. C’est avec le même prétexte que sont fermés les hôpitaux de proximité, les petits bureaux de poste, les classes d’écoles rurales, que sont réduites les fréquences de trains régionaux... La logique de rentabilité, appliquée aux services publics.

Qu’on ne nous fasse pas croire que l’argent manque dans les caisses. Des centaines de millions d’euros publics sont promises à la Rocade Nord, le nouveau projet pharaonique de nos élites locales, orienté sur le tout-automobile. Car l’offre de transports ne fait pas que « répondre à une demande » : elle joue sur la demande, elle l’influence. S’il est plus pratique pour les habitant.e.s de prendre leur voiture que de monter dans un bus, parce que les bus sont chers et rares, logiquement, le trafic automobile va augmenter, engorger les routes, et justifier encore plus d’infrastructures routières. C’est un cercle vicieux que nos élu.e.s, féru.e.s de « développement durable », ne se préoccupent même pas d’enrayer. La preuve avec la ligne 32.

Faut-il s’attendre à pire, quand, autour de 2012, l’arrivée de Veolia dans le capital de la SEMITAG aura eu ses répercussions sur le réseau grenoblois ? Toute privatisation entraîne un service de moins bonne qualité, et des moins bonnes conditions de travail pour les employé.e.s.

En ces temps de péril écologique planétaire, les blabla de Copenhague semblent ridicules à côté de l’urgence des mesures à prendre. Les transports en commun ne méritent pas seulement d’être maintenus becs et ongles partout où ils existent, mais d’être très largement développés, pour constituer un maillage efficace et pratique, et une alternative commode à la voiture. Tous les moyens réservés à la Rocade Nord mériteraient amplement d’être dépensés dans des transports publics plus fréquents, plus étendus, moins chers. Voilà une décision qui serait à la hauteur des nécessités de notre époque.

Mais il ne faut pas attendre ce courage des personnes qui sont au pouvoir, même localement : elles sont parasitées par d’autres intérêts que l’intérêt général. Tous les acquis sociaux n’ont jamais été arrachés que sous la pression de la population. C’est à nous, usager.e.s, de nous regrouper [2], de dialoguer avec les employé.e.s de la TAG, de nous organiser pour que les choses changent, de formuler haut et fort nos besoins.

Nous pouvons être fort.e.s de propositions. A terme, nous pouvons imaginer des transports en commun gratuits. Et autogérés par celles et ceux qui y travaillent, comme le réseau de tramways de Barcelone, lors de la révolution de 1936 [3]. Les managers disent qu’il faut avoir de « l’ambition »... Pourquoi pas !

[1] Le réseau TAG est organisé par le SMTC, un organisme public dirigé par la Metro et le Conseil Général. Mais l’exploitation du réseau est déléguée par le SMTC à une société d’économie mixte, la SEMITAG, « partenaire » du groupe Transdev, qui vient de fusionner avec Veolia.

[2] Il existe à Grenoble des collectifs et associations qui défendent le développement des transports en commun, par exemple le CAIRN et l’ADTC.

[3] Voir Gaston LEVAL, Espagne Libertaire (1936-1939), et Walter TAUBER, Un cas d’autogestion, les tramways de Barcelone, collectivisés pendant la révolution espagnole : 1936-1939, Université, Genève, 1975.



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