Indymedia Grenoble

La mairie ment carrément sur les caméras

Monday 12 April 2010 par Le Postillon

[Infos locales] [Répression / Contrôle social] [Ville / Environnement] [Média]

Le Postillon numéro 5, journal de Grenoble et sa cuvette, est sorti.

On ne lâche pas Destot et sa clique qui installent en douce des caméras de vidéosurveillance à Grenoble.

Le titre de l’article paru dans le précédent numéro du Postillon « Un oeil sur les manifs » (février 2010) suggérait fortement que la municipalité grenobloise installait des caméras sur le parcours des manifestations. Nous nous étions trompés. Les autorités intègrent à la ville des caméras un peu partout en ville... et pas uniquement sur le parcours des manifestations. Plus elles poussent, plus la municipalité esquive le sujet.

Rappel de l’article précédent

La ville de Grenoble et l’entreprise Inéo (filiale de Suez) installent aux mois de janvier et février 2010 des caméras « 360° » dans les rues grenobloises. Pas un communiqué de presse, pas un mot dans Les Nouvelles de Grenoble, organe de propagande de la municipalité, pas une ligne dans Le Daubé pourtant toujours prompt à relayer les « initiatives porteuses » de la ville, pas un seul papier glacé dans les boîtes aux lettres et - comble du ridicule - aucune réunion « participative » chère à la municipalité Destoniene. Des caméras installées sans en avertir la population et sans soumettre cette proposition au conseil municipal. Et pour cause c’est un « sujet sensible » comme le souligne lui même l’instigateur de ce projet : Jérôme Safar, l’adjoint à la sécurité.

Depuis la parution du dernier numéro, le Postillon et ses ami-e-s ont recensé 8 caméras supplémentaires, soit 13 au total, installées depuis le début de l’année 2010. Mais le microcosme politico-journalistique grenoblois n’a toujours pas moufté. Le Postillon poursuit l’enquête.

Des médias bêtes ou dociles ?

Après la parution du Postillon, France 3 se penche sur le sujet dans son édition locale de Grenoble du 9 février. Le journaliste, micro à la main, sous une nouvelle caméra à Grenoble : « La vidéosurveillance s’incruste de plus en plus dans le mobilier urbain, exemple : à Grenoble et Echirolles ». Suit un reportage dans le quartier de la Butte à Echirolles (lire l’article « à Echirolles, des caméras pour les quartiers populaires », page 8). Le journaliste poursuit : « Aujourd’hui, la ville [de Grenoble] affiche sa volonté d’étendre la vidéosurveillance sur différents secteurs. Cette année trois quartiers sont visés ». On croit rentrer dans le vif du sujet, apprendre pourquoi et comment ces caméras ont pu être installées en douce. Que nenni ! C’est la bouille de Jérôme Safar, adjoint à la sécurité, qui apparaît à l’écran : « L’hyper centre-ville autour du jardin de ville pour traiter des problématiques de rassemblement. Le Village Olympique pour traiter la question de la protection des bâtiments publics. Vous savez que certains ont fait l’objet de dégradation par incendie l’an dernier et des parkings parce que là aussi il y a des problèmes de véhicules incendiés et enfin le secteur de la Capuche, du square de la Fleur en particulier, parce que là nous avons une problématique de regroupements et de trafics ». Des caméras qui n’ont pas encore vu le jour. Mais rien sur les caméras en place. Safar botte en touche, à moins qu’on ne lui ait pas posé la bonne question.... Et le reporter de France 3 termine son commentaire sous une caméra « 360° » à Grenoble.

Le 1er mars, France Bleu daigne s’intéresser au « sujet sensible ». Où l’on apprend que « les caméras de surveillance poursuivent leur progression à Grenoble ». Suit une interview de l’inébranlable Jérôme Safar, impeccable dans son discours : « Nous, nous souhaitons développer [le système de vidéosurveillance] de façon maîtrisée. On va pas mettre des caméras partout, je le dis très franchement. En revanche on va en mettre dans tous les secteurs de la ville ». « Pas partout » mais dans « tous les secteurs » ? Aucun zoologue n’a encore réussi à déchiffrer le langage de l’animal politique... L’adjoint poursuit : « Chronologiquement, l’hyper centre-ville et autour du jardin de ville parce qu’il y a eu beaucoup de soucis depuis ces deux dernières années. Le deuxième endroit, ça va être le Village Olympique, avec deux objectifs : préserver la sécurité des bâtiments publics, puis sécuriser des zones de parking, donc là il y a une demande des habitants. Puis le troisième secteur, c’est autour du square « La Fleur », dans le quartier de la Capuche ». Pour lui économiser de la salive, Le Postillon lui aurait bien suggéré de donner une interview simultanée à France 3 et France Bleu Isère plutôt que de devoir se répéter. Safar enfonce le clou : « Donc à chaque fois, on implante, on le fait en lien avec les unions de quartiers ou les CCS (Conseils Consultatifs de Secteur), donc il y aura des réunions de travail pour les implantations exactes et on évalue au bout de deux ans pour voir quels effets ça a eu réellement ». Pas l’ombre d’une « réunion de travail » pour les 13 caméras installées en début d’année dans les rues de Grenoble. Le journaliste, rassurant, finit par « Et en avril, la mairie de Grenoble a prévu de mettre en place une commission d’éthique concernant l’utilisation de ces caméras de vidéosurveillance ». Encore beaucoup de bla bla mais toujours pas l’once d’une explication sur celles déjà installées en centre ville.

Quant aux journalistes du Daubé, ils ferment leurs yeux à l’approche des caméras situées à quelques centaines de mètres de leur rédaction (place de la gare et avenue Alsace Lorraine). Leurs voisins de palier de Grenews n’ont, eux, pas même pondu une brève.

Mauvaise pioche, la presse locale ne nous apprendra rien, on se tourne vers les élus.

Des élus silencieux

Espérant éclairer nos lanternes sur l’opacité de ce projet, nous contactons dix élus par mail (les présidents des groupes politiques du conseil municipal ainsi que Jérôme Safar). Deux courriels nous sont revenus : « messagerie pleine » et sept autres sont restés sans réponse. Seul le groupe Ecologie et Solidarité nous a répondu [1]. Conclusion : 1 - certains élus n’utilisent même plus leur messagerie officielle offerte par la mairie pour répondre à leurs concitoyens. 2 - Le Postillon n’a aucune légitimité aux yeux des élus de la cuvette. Tant mieux et qu’à cela ne tienne ! Il existe d’autres moyens pour les faire parler.

L’adjoint : « pour les supporters de foot »

Questionné sur un marché, Pascal Garcia, adjoint à la mairie de Grenoble, tracte pour les régionales. Il bafouille : « Oui c’est vrai que ça fait débat au sein de la municipalité mais ces caméras sont installées sur le parcours des supporters de football ». Ah bon ? Les supporters, à supposer qu’ils arrivent de la gare, pour se rendre au stade des Alpes, (situé entre les boulevards Jean Pain et Clémenceau) remonteraient le cours Jean Jaurès pour se perdre sur... le chemin du stade Lesdiguières (!) où le GF38 ne joue plus depuis deux saisons ! Ou bien encore, ils se baladeraient aux quatre coins de la ville avant de se rendre au stade : un petit tour dans le quartier Saint-Bruno, puis sur la voie Corato en passant par le musée de Grenoble... autant retapisser tout de suite la ville de caméras si c’est pour suivre ces inlassables marathoniens que sont les supporters de foot...

Le cabinet du maire : « pour des travaux »

« Comment est-il possible que nous n’ayons pas été informés de l’installation de ces caméras ? » s’enquiert un lecteur auprès de la mairie. Du standard au service presse, le curieux se fait trimbaler d’un service à l’autre jusqu’au cabinet du maire où on lui enjoint d’envoyer un mail. Il obtempère. Quelques jours plus tard, Cecile Colomby-Manhes, du cabinet du maire, lui répond succinctement par écrit : « En réponse à votre courriel et votre appel téléphonique du jeudi 11 février 2010, je tenais à vous préciser que la caméra sis au croisement des cours Jean-Jaurès et Berriat est une caméra de surveillance du trafic routier, qu’elle bénéficie d’une autorisation préfectorale et qu’elle n’est pas encore opérationnelle ». Ouf ! Une des caméras bénéficie d’une autorisation préfectorale. Quoi de plus normal, c’est la loi. Non satisfait de cette réponse, notre lecteur décroche de nouveau le combiné. Cécile Colomby-Manhes lui soutient que les caméras disposées le long du cours Jean Jaurès (4 au total) serviraient à observer les flux de trafic en vue de la construction de la ligne de tramway E ! « Et celle de la place de la gare ? » Idem : la place va être rénovée. Rien à voir donc avec ces hordes de hooligans déferlant les soirs de match de foot comme l’expliquait l’adjoint. Ils posent simplement des caméras pour de futurs travaux. C’est noté.

Le maire : « Elles ne sont pas installées ! »

Quant au principal concerné, Michel Destot, il est interpellé le 11 mars lors d’un meeting du Parti Socialiste à Sciences Politique. Reconnaissons-lui de savoir mentir effrontément : « Effectivement, avec de nombreux partenaires, associations, collectivités territoriales, préfecture et la ville de Grenoble, nous sommes en train d’étudier l’implantation de nouvelles caméras. Mais pour l’instant, elles ne sont pas installées ! Et elles ne seront pas installées sans l’accord d’un comité d’éthique » [2]. Le premier magistrat de la commune confond-il « installer » et « mettre en service » ou se fout-il éperdument des grenoblois ? A vous de juger. Rappelons au maire que des photos datées des installations de ces caméras ont été publiées, et que s’il le souhaite Le Postillon peut lui fournir les contrats qu’il a signé avec l’entreprise Inéo, l’installatrice de caméras (voir « rendus actes », Le Postillon N°4). La langue de bois de Destot lui sied si bien qu’on pourrait s’imaginer l’élaguer à coups de tronçonneuse.

L’ouvrier : « pour la police »

Toujours à l’affût, des postillonneurs finissent par rencontrer un ouvrier d’Inéo en train d’installer une caméra sur la place de la gare : « Oui, on va en poser d’autres un peu partout dans la ville mais pas partout parce que ça coûte cher une caméra. Y en a c’est pour la voirie, mais celle-là c’est pour la police, pour surveiller le début des manifestations. Elle va peut-être aussi servir si y a un problème sur le tram, mais c’est d’abord pour la police ». Menteur va !

Joli patchwork de contradictions, d’incohérences et de mensonges sur un sujet qui concerne pourtant tous les grenoblois circulant dans les rues de la ville. Pourquoi ne nous demande-t-on pas si l’on souhaite vivre quotidiennement sous l’oeil des caméras ? Comment les autorités peuvent-elles rester aussi imprécises et confuses (et parfois complètement muettes) sur un projet qui coûte des centaines de milliers d’euros ?

[1] Voilà leur réponse : « Notre groupe Ecologie & Solidarité - EluEs Verts, Ades, Alternatifs a saisi le Maire de plusieurs demandes de communication de documents, que nous n’avons toujours pas reçues. Nous avons fait savoir, à de plusieurs reprises, en Conseil Municipal, dans le journal Les Nouvelles de Grenoble, combien il nous semblait que ce sujet méritait un véritable débat public que la majorité ne cesse de vouloir repousser et éviter. Nous prendrons des initiatives pour que ce débat soit ouvert et associe les citoyens ».

[2] Récit à lire ici.

Qui acceptera d’entrer dans le comité d’éthique ?

Mise en place d’un « comité éthique » beugle Destot. « Commission éthique » renchérit Safar. Ne chipotons pas sur les termes car tant qu’ils placent « éthique », c’est pour faire passer la pilule de la vidéosurveillance. Utiliser « éthique » comme un adjectif signifie « qui concerne la morale » dixit le Petit Robert.

Lyon, la ville socialiste dirigée par Gérad Collomb, regorge déjà de caméras de vidéosurveillance. La municipalité a mis en place une « charte éthique de la vidéosurveillance » composée d’un « collège » chargé notamment « d’informer les citoyens sur le fonctionnement du système de vidéosurveillance et reçoit leurs doléances », il peut aussi « formuler des recommandations au maire ». Bien. Et qui trouve t-on dans ce « collège » ? Des adjoints et conseillers municipaux à gogo, un directeur de centre commercial (!), des présidents d’associations de commerçants (!) et un avocat. Mais pour donner une certaine caution à cette mascarade, la ville a aussi fait appel aux présidents de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples )et de la LDH (Ligue des droits de l’homme) [1].

La municipalité grenobloise s’inspirera t-elle de sa grande soeur lyonnaise pour composer son « comité d’éthique » ? Anticipant, Le Postillon sollicite par téléphone Pierre Gaillard, président de la fédération de l’Isère de la Ligue des droits de l’homme. Il précise qu’il n’a pas lu Le Postillon. Il ne sait donc pas que des caméras sont déjà installées, nous lui signalons. On lui demande s’il serait prêt à participer à un « comité d’éthique » si la municipalité lui proposait. Voilà ce qu’il répond : « Un comité d’éthique ? Vous savez c’est comme les nanotechnologies, ça dépend à quelle sauce on va être mangé. Si le comité d’éthique est fait pour faire une réflexion avant la mise en place, oui. On pourrait effectivement dire à monsieur le maire, écoutez, réfléchissons à deux fois et regardons quelle est l’efficacité de ce genre de moyens. Mais s’il s’agit d’entériner quelque chose qui a déjà été décidé, je ne vois pas pourquoi on va aller se déplacer ». Puis il insiste : « Si c’est pour savoir que de toute façon les caméras ont été achetées et que c’est comme ça et qu’on va faire plaisir à une certaine partie de la population peureuse, je ne vois pas ce qu’on irait faire là-bas ». La réponse a le mérite d’être claire : il n’y aura pas de LDH dans le « comité d’éthique » puisque des caméras trônent déjà dans le centre ville. Pierre Gaillard émet même des réserves quant à l’efficacité de la vidéosurveillance : « C’est uniquement pour les rassurer mais sans aucune efficacité je pense. Ça servira à rien. Une société où on dit sans cesse qu’il faut se protéger, « ayez peur des autres », « ayez peur des autres ». Bon trop c’est trop à un moment. Les gens se calfeutrent, mettent des digicodes, restent devant leur télévision ».

Si le président de LDH de l’Isère refuse de collaborer à leur « comité d’éthique », on pourrait suggérer à Michel Destot de se porter lui même candidat... puisqu’il est aussi membre de la Ligue des droits de l’homme [2]. Une appartenance en franche contradiction avec la volonté du maire de placer Grenoble sous l’oeil des caméras. Rappelons-lui donc la position de la LDH sur le sujet : « Inefficace et coûteuse, l’inflation de la vidéosurveillance est surtout liberticide. Non seulement l’enregistrement de l’image d’une personne sans son consentement est une atteinte à la vie privée, protégée par la Convention européenne des droits de l’Homme et par l’article 9 du Code civil, mais le projet de suivre en permanence les allées et venues de chacun n’est pas compatible avec une société de libertés » [3]

[1] - Dans le document officiel publié par la municipalité lyonnaise, la LDH est encore mentionnée, alors qu’au siège national de la LDH on nous affirme que l’association s’en est retirée.

[2] - Le responsable national « liberté et technologies » de LDH, eu au téléphone, s’étonne que le maire installe des caméras sans en informer les grenoblois tout en étant adhérent de l’association. « Je vais devoir en référer plus haut  » glisse t-il.

[3] - Communiqué de la LDH « Citoyens sous (vidéo)surveillance », 25 mars 2009.



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