Indymedia Grenoble

Gouale contre les mirettes.

Wednesday 14 April 2010 par anonyme

[Infos locales] [Répression / Contrôle social] [Soupe politicienne]

Gouale contre les mirettes.

Les coulisses de l’installation des caméras à Grenoble

Badaud! Flâneur! Promeneur! Dilettante! Approche! Car ce jour, tu vas lire ici l’histoire des coulisses de l’installation des nouvelles caméras de Grenoble! Ca fait une paye que le canard local Le Postillon nous a appris que la ville de Grenoble installait en loucedé une douzaine de caméras de vidéo-surveillance 360° (1). Sache aussi que cette opération sécuritaire prévoit également d’armer les policiers municipaux et d’augmenter leurs heures de présence en ville (2).

Lecteur curieux! Lectrice curieuse! L’histoire grenobloise que je vais te raconter est tissée avec des évènements auquel tu as participé ces dernières années, d’autres dont tu as entendu causer, et enfin avec quelques uns qui sont prudemment restés planqués dans les coulisses de l’actualité locale.

Lecteur, lectrice! Je t’avertis! Sache que pour les besoins de cette histoire, j’irai parfois jusqu’à te faire sortir de la cuvette! Sache enfin, lecteur! lectrice! que ce texte, bien qu’honnête et de bonne foi, est un texte engagé, où je te dirai que ceux qui veulent faire régner l’ordre par des méthodes « alternatives » ne valent pas mieux que les partisans de la vidéo-surveillance. Ce sont tous des flics, tandis que ceux du populo clament « Mort aux vaches ».

1 L’histoire d’une opération de police.

Lecteur! Lectrice! Je vais te parler en premier du Figaro du 23 mars, ou j’apprends que les 13 caméras de Grenoble font partie d’un plan gouvernemental qui prévoit d’installer 3500 caméras dans 280 villes. L’objectif étant d’en tripler le nombre sur le sol français, l’Etat finance en moyenne 40% des installations ou agrandissement des réseaux de vidéo-surveillance (3). La thune est fournie par un comité interministériel pour la prévention de la délinquance (CIPD), qui fait partie de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances. Ces deux organismes ont été crées au premier trimestre 2006 par décret (pour le premier) et par la loi sur l’égalité des chances (pour le second).

Te souviens-tu de la loi sur l’égalité des chances? Tu fais peut-être partie des milliers de manifestants qui défilaient au printemps 2006 dans les rues de Grenoble, calicots et banderoles en avant, pour protester contre le CPE et la loi sur l’égalité des chances. Le 10 avril 2006, notre bon maître Jacques Chirac abrogeait le CPE, mais annonçait que le reste de la loi était maintenu. Je vois que tu te rappelles, attentif auditoire! Cette loi avait été annoncée au lendemain des émeutes de l’automne 2005 dans les banlieues. Elle était présentée par ceux qui nous gouvernent comme « une refondation de la cohésion sociale » contre les inégalités, « un renforcement de liens fondamentaux comme l’éducation ou l’accès à l’emploi », « une conception plus active de la solidarité » (4).

Car en novembre 2005, les faubourgs français se sont révoltés. Après la mort de deux marmots de prolétaires immigrés, les fauchés et les pègreleux qui y sont relégués se soulèvent contre la condition qui leur est faite. Dans des dizaines de villes dont Grenoble (5), des bagnoles crament et les bourres se font caillasser. Réponse immédiate : le 8 novembre, le gouvernement déclare l’état d’urgence et envoie ses super-bourres les CRS. Comparutions immédiates, prison ferme pour les malchanceux... Le gouvernement, après avoir laissé ses arlequins sabrer les révoltés, promulgue une loi pour régler les problèmes de fond, « assurer la cohésion sociale » et mettre en place « une conception plus active de la solidarité » : la loi sur l’égalité des chances est la réponse différée, censée régler les problèmes de fond qui accablent la populace.

Lecteur! Lectrice! Pour toi, quelles étaient les causes de la révolte? Des années de brimades, d’exploitation et de racisme. Un siècle de colonisation, de pillage des ressources de l’Afrique de l’Ouest et du Nord, de surexploitation des mains d’oeuvre immigrées, de mépris pour tout ce qui parle mal français et n’a même pas la décence d’avoir la peau blanche.

O lecteur! O lectrice! On l’a déjà dit en décembre 2005. « Les fonds publics engloutis dans la vidéo-surveillance et la biométrie sont volés à l’éducation, au logement, à la santé ou aux associations. Les émeutes des banlieues témoignent de la dégradation des conditions de vie d’une large partie de la population » (6). Ironie du sort : alors qu’ils étaient censés améliorer les conditions de vie, ils fliquent. Face à la fronde populaire, l’Etat ne connaît qu’une seule réponse : faire régner l’Ordre. Envoyer en taule ceux qui montrent leur révolte, et entretenir le climat de peur pour les « honnêtes gens ». Remplir les rues d’argousins et de leur sale bazar, développer la vidéo-surveillance, renforcer les pouvoirs de la police municipale. Surveillance et contrôle. Espinche et flicage.

2 La prévention, une affaire de flics.

Alors mes aminches ? Oubliez un instant les émeutes des banlieues, qui n’ont fait qu’accélérer le mouvement techno-sécuritaire de l’Etat. Et répondez à la question : les caméras sont-elles une mauvaise réponse à une bonne question? Y aurait-il une bonne réponse à la question « Comment faire régner l’ordre public? » C’est ce que prétendent quelques politiciens et universitaires à la grande langue. C’est un grenoblois qui commence dans Libération, le sociologue Sébastian Roché : la vidéo-surveillance est « généralement inefficace » (7). Il prône en retour le développement d’une police de proximité (8). Dans Le Monde du 1er mars, le maire socialiste de Villeurbanne enchaîne tel Kool Shen et nous tchatche des caméras. « Contrairement à ce que me demandait le préfet du Rhône, j’ai refusé que la vidéosurveillance se généralise sans discernement sur la voie publique de ma commune, lui préférant de loin une présence policière de proximité, bref l’humain contre la machine » (9) ! Selon ces deux-là, il y aurait une bonne et une mauvaise manière de faire régner l’Ordre. L’une humaine et efficace, l’autre inhumaine et inefficace. Ces gars-là nous prennent pour des gogos. Remplir de flics les rues ne constitue pas une alternative aux caméras. Il suffit de s’en tenir aux faits : la vidéo-surveillance n’arrive jamais seule. Jamais.

Tu viens de l’entraver, c’est le CIPD qui arrose en thunes les nouvelles caméras. En Isère cette année, cet organisme claquera au total 210 000 euros. Les caméras sont financées à hauteur de 20 à 50%. Le plafond monte à 100% pour les « raccordements de centres de supervision urbains aux services de police ou de gendarmerie ». Si ça t’intéresse de savoir si cette option a été retenue à Grenoble, appelle la mairie mon coco. La vidéo-surveillance est la priorité du CIPD, puisque les deux tiers de son budget national (soit 30 millions d’euros sur 50 en 2010) sont consacrés aux caméras (10). Mais ce comité est aussi, plus largement, un outil au service d’une « politique transversale », dite de « prévention de la délinquance ». Depuis 2007, cette politique transversale réunit les ministères : Intérieur, Justice, Ville, Education nationale, Solidarité, insertion et égalité des chances, Santé. Elle prolonge des actions amorcées au début des années 2000 : Contrats Locaux de Sécurité (CLS), Contrats Locaux de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD), Plan d’action pour la tranquillité publique du Ministère de l’Intérieur (11).

Curieux! Curieuse! Tu te demandes ce que des policiers peuvent vouloir dire par « prévention de la délinquance » et « tranquillité publique » ? Tu as raison, c’est croustillant! Le bouzin est en deux volets : « la prévention situationnelle et dissuasive », (caméras, grilles, présence policière dans les quartiers, sécurisation et établissements scolaires, etc.) et « la prévention éducative et sociale » (lutte contre l’échec scolaire et pour l’insertion professionnelle, médiation sociale, actions contre la récidive, lutte contre la toxicomanie, etc.) (12). Parmi les moyens d’action de cette « prévention » : la généralisation des travailleurs sociaux dans les commissariats et gendarmerie des départements les plus importants ; le développement des échanges et des formations communes entre policiers, gendarmes, enseignants, travailleurs sociaux et animateurs ; le repérage précoce des enfants et adolescents en très grande difficulté et la protection des plus vulnérables ; le lancement des contrats locaux de sécurité nouvelle génération (13). « Ces deux dimensions [prévention situationnelle et prévention éducative] ne sont pas étanches : la politique d’amélioration de qualité de la réponse pénale est ainsi à l’intersection entre une démarche pédagogique et une démarche dissuasive » (14). Dans la bouche des autorités, « prévention » signifie « répression préventive ».

Et chez nous? Dans notre bonne vieille cuvette? Depuis mars 2004, les quartiers grenoblois Villeneuve et Village Olympique sont impliqués dans le Plan d’action pour la tranquillité publique du ministère de l’Intérieur. La ville est également partie prenante d’un Contrat Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD). Cette année, la pose des mirettes électroniques de Grenoble est mise en œuvre par le très cher Jérôme Safar, adjoint à la sécurité. Elle est associée à l’augmentation des horaires de la flicaille municipale jusqu’à deux plombes du matin, à l’embauche de 16 nouveaux policiers municipaux. Et l’idée de confier des armes à feu à ces employés communaux mijote tranquillement (15).

Faire passer ces pratiques policières pour une réponse, même partielle, aux problèmes sociaux est une insulte à la population. Ceux qui veulent nous faire avaler caméras et flics de proximité en les emballant avec les mots « prévention », « proximité », « réalisme » et « pragmatisme » ne sont que des manipulateurs.

Répression et prévention de la délinquance sont les deux faces d’une même médaille, car elles répondent à la même question : comment assurer l’ordre public. La question que nous nous posons est : comment s’opposer à ce monde injuste, inégalitaire et triste.

Comité Carrément Contre la Police (CCCP)

Grenoble, Avril 2010

1. « Un oeil sur les manifs », Le Postillon n°4, mars 2010 et « La mairie ment carrément sur les caméras », Le Postillon n°5, avril 2010. A lire également sur http://grenoble.indymedia.org

2. Jérôme Safar, réunion publique du secteur 1 sur les priorités budgétaires, 9 avril 2010.

3. « L’état finance un plan de 3500 nouvelles caméras dans 280 villes », Le Figaro, 23 mars 2010

4. Projet de loi pour l’égalité des chances, disponible sur http://senat.fr

5. http://grenoble.indymedia.org/2005-...

6. « Au doigt et à l’oeil », Sébastien Thomasson, sur http://piecesetmaindoeuvre.com

7. « Evaluer la vidéosurveilllance », Sébastian Roché, Libération, 19 décembre 2003

8. « Police de proximité, Nos politiques de sécurité », Sébastian Roché, Seuil, 2005

9. « Non, les maires ne sont pas défaillants », Jean-Paul Bret, Le Monde, 1er mars 2010

10. Note du CIPD aux préfets, 5 mars 2010, sur http://www.sgcipd.interieur.gouv.fr/

11. « Prévention de la délinquance, les points clés de la loi », sur http://www.sgcipd.interieur.gouv.fr/

12. « Document de politique transversale : Prévention de la délinquance », 10 octobre 2007, sur http://www.sgcipd.interieur.gouv.fr/

13. idem

14. idem

15.Jérôme Safar, réunion publique du secteur 1 sur les priorités budgétaires, 9 avril 2010.



Compléments d'informations :
Quelques petites remarques
par anonyme,
le 24 April 2010

Déjà, bien joué pour ce texte, qui réussit à ancrer dans l’histoire politique récente l’arrivée en force de ces caméras de vidéosurveillance. On nous parle aujourd’hui essentiellement d’une prétendue vague de barbarie qui agresse les passant-e-s à tout-va, mais on sait bien que ces caméras sont en projet depuis bien avant, et le contrôle de toute forme de contestation pratique du pouvoir en est la raison essentielle.

Aussi, ça fait plaisir de lire un texte sur ce sujet, ou disons sur un sujet de politique locale (grenobloise ou iséroise), qui dépasse les habituelles pleurnicheries citoyennes du genre "on ne nous a pas demandé notre avis, c’est dégueulasse". De toute façon, quand ils nous demandent notre avis, ils s’assurent, pendant les mois précédents, de mettre le paquet pour nous "convaincre". Et quand ils nous demandent notre avis, via des référendums ou autres, c’est toujours eux qui posent les questions, à leur manière, notre parole est toujours ultra-limitée (ta voix, c’est un bulletin de vote).

Et ça fait plaisir aussi de lire un texte qui assume son opposition globale à la police et ce à quoi elle sert.
Parce que le refus des caméras de vidéo-surveillance ne peut pas avoir véritablement lieu sans refus du monde de la police. Mais c’est généralement pas assez bien vu pour oser le dire ouvertement.

En revanche, dans le titre, "Gouale", ça veut dire quoi ? Je connaissais la "gouaille" (on dirait que c’est bien ce mot qui devait être employé dans le cas présent), mais la "gouale", je ne vois pas.
Aussi, c’est marrant tous ces mots à consonnace médiévale, mais je trouve que ça désamorce un peu la puissance critique qu’il y a dans ce texte. Dommage.
Et c’est quoi le rapport avec Kool Shen ? Aucun, c’est juste pour la rime ? Bon, ça aurait été pas mal de viser juste plutôt que de placer ça juste pour faire style.

Bon, je râle un petit peu, mais il est chouette ce texte.

Vive le comité carrément contre la police, bousillons les caméras et kickons les flics hors de nos vies !

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