Indymedia Grenoble

Hélicoptère

Wednesday 21 July 2010 par anonyme

[Infos locales] [Révoltes / Luttes sociales]

Hélicoptère

Dimanche 18 Juillet 2010.

Nuit noire.

Un faisceau de lumière dure descend balayer les barres du quartier.

Le vrombissement des pales s’éternisera jusqu’au petit matin, et tel un vautour tournoyant l’hélicoptère accompli sa ronde, plane tel un châtiment à demi divin, impose son bourdon insomniaque aux âmes inquiètes qu’il couve de son hégémonie toute militaire.

2 coups de feu tirés contre un véhicule de la BAC, ça doit les changer de la peinture et des œufs…

Quand les automatiques et les fusils sortent des caves, les flics sont en mode cowboy. Les jeunes du quartier, eux, jouent aux gangstas.

Le quartier est cerné, toutes les polices s’y coudoient. RAID et GIPN venus en renfort de la région quadrillent la population du ghetto.

Villeneuve retient son souffle.

Cette nuit est calme, au vu des précédentes…

- 1 mort, un flic blessé.
- 75 véhicules brûlés.
- Tram bloqué puis caillassé.
- Nombreux impacts de balle, tirs de flashball et lacrymos.

Tout ça en deux nuits. Tout ça car…

Un flic a tiré. Un flic a tué, dans le quartier.

Villeneuve s’embrase.

Des sirènes, des pales

Contre des cailloux, parfois des balles.

Des casques et des sifflets

Contre des caddies et des pavés.

J’te jure, ici c’est Beyrouth ! comme disait l’autre.

Lundi 19 Juillet 2010.

La lune s’est levé.

Cette nuit, l’hélicoptère est revenu mais il est stationnaire. Impeccablement immobile. Cela doit maintenant faire plus d’une heure que rien n’a bougé à bord. Toujours présent à l’oreille, il est une nappe, un fond pendant mon écoute de l’album Wish You Were Here des Pink Floyd.

Étrange comme ils savaient évoquer le son de cet appareil, notamment sur Dark Side Of The Moon.

Vu d’ici, son faisceau semble pointer vers l’avenue la Bruyère ou la galerie de l’Arlequin.

En tout cas, chaque silence révèle sa présence, au gros moustique en chasse. De quoi ? D’ici, impossible de le savoir. Dommage que j’ai déménagé, je pourrais être aux premières loges de ce drame local, grandeur médias.

Cris, vitres qui explosent, coups de feu, pneus qui éclatent, canons d’armes qui crachent occasionnellement leur dose de mort, crépitement des incendies, sirènes, moteurs rugissants, et énorme bourdon des pales qui fouettent l’air, par instant si proches…

Projecteur omniprésent, qui révèle ou pointe le regard d’acier de l’étrange oiseau sur lequel se trouvent perchés des fonctionnaires de police particulièrement zélés, muni de leurs fidèles radios et autres caméras thermiques.

Eux aussi se sont fait au règne de l’image.

Eclairs de grenade flash, lueur des pastilles lacrymos incandescentes qui roulent sur le goudron. Brume mystérieuse, épaisse, qui charrie des poussières de voitures, des gaz dispersants… Qui révèle des traits de lumière qui percent la nuit de fer et de feu.

Brave pays. Il peut cacher des ambiances dont on a la plupart du temps aucune idée. Se trouver au bon endroit au bon moment. Pas au mauvais, au mauvais moment…

Ca me rappelle de plus en plus l’ambiance de mes rêves ou des souvenirs de paradis sous la dictature, cet entre-deux du tragique au merveilleux, à chaque instant.

Que faire face à des politiques suicidaires, qui nous mettent en état de guerre

Se révolter, se mettre de côté

Police de proximité, ou police spéciale pour pauvres et basanés

Ca débat pendant qu’on se bat, pavé pour pavé.

Ici, c’est la guerre sociale, ils nous envoient les forces spéciales

De temps à autre, des poulets détalent…

Le monde nous regarde, vision infernale,

Puis change de canal, cède à la tyrannie du banal…



Compléments d'informations :
2005
par anonyme,
le 22 July 2010

Oui, c’était exactement comme cela à Aubervilliers et dans le 9-3 en 2005. Je n’oublierai pas le bruit de l’hélicoptère dès que la nuit tombe. Ni, comme l’évoquaient les articles précédents, la solidarité des gens dans la rue. Pendant ce temps-là, le 9-3 était présenté à la France comme un Far-West. Un grand regret : nous n’avons pas été capables de sortir (et pas seulement le 9-3, d’ailleurs) dans la rue quand l’état d’urgence a été décrété. En comparaison, je l’avoue, les médias aujourd’hui me semblent un peu plus nuancés (contre-effet Sarkozy, sans doute). Mais ce trou noir parle de lui-même : quel journal national rappelle que cet homme a été tué d’une balle dans la tête ?

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