Indymedia Grenoble

De l’interdiction d’une tenue vestimentaire à la défense de privilèges: un pas facile.

Monday 22 November 2010 par anonyme

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France, 14 septembre 2010 : adoption d’une loi stipulant que « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage » (cf. http://www.legifrance.gouv.fr/). Tout.e contrevenant.e. s’expose à une amende de 150 euros et/ou un stage de citoyenneté visant à rappeler les valeurs républicaines. Les personnes visées par cette loi sont avant tout, et très clairement aux vues des écœurants débats parlementaires (http://www.senat.fr/seances/s201009...), les personnes portant la burqa, tenue qui couvre entièrement le corps, y compris le visage. La France devient le deuxième pays européen à interdire le port de la burqa dans l’espace public.

Une nouvelle loi qui vise à enfreindre la liberté de choix des femmes.
Une nouvelle loi qui stigmatise plus encore les femmes musulmanes.
Une loi qui, loin de prendre en compte la réalité des femmes qui portent la burqa, les isole, les rabaisse, leur interdit l’espace public.
Une nouvelle loi qui prétend protéger des femmes opprimées par leurs maris, frères, pères, sans se poser un seul instant la question de la liberté de choix, ni celle des conséquences de cette loi pour les femmes concernées.
Une nouvelle loi qui légitime les comportements et discours islamophobes dans ce pays.

Déjà depuis 2004, l’état interdit l’accès à la scolarité aux filles musulmanes voilées, maintenant il décide d’interdire aux femmes portant la burqa de sortir dans la rue... !!
Une loi qui interdit l’accès à un espace public à une catégorie de personnes, est-elle une loi démocratique, libre, égalitaire ou je ne sais quoi d’autre ?? Réponse: non, c’est avant tout une loi liberticide.

Et oui, certaines femmes peuvent faire ce choix de porter la burqa, comme d’autre font le choix de se teindre les cheveux en violet ou de se percer les oreilles. Et oui, nos tenues vestimentaires sont aussi le reflet de notre culture, de nos habitudes, de nos choix, de nos rapports au corps et aux autres. Et non, porter un voile ou une burqa, ou encore une djellaba ou une qipa, n’est pas qu’un signe religieux, c’est plus que ça, et c’est parfois autre chose que ça.
Et les femmes qu’on forcent à porter le voile, ou la burqa, c’est à ça que vous pensez? Mais ce n’est pas cette loi qui va faire que ces femmes ne seront plus forcées à adopter tel ou tel comportement! Cette loi va au contraire les reléguer hors de l’espace public, les stigmatiser plus encore qu’elles ne l’étaient dans l’imaginaire collectif, et légitimer les agressions. Et ce n’est sûrement pas ça qui va les aider...

Grenoble, Octobre 2010. Des modérateur.euses du site d’information Indymédia Grenoble refusent de publier un article informant du passage de cette loi et citant pour illustrer son propos un extrait d’un texte de Houria Bouteldja.(actuellement visible sur cette page : http://grenoble.indymedia.org/2010-...)
Ce refus est justifié par le fait que le texte cité est extrait du site du Parti des Indigènes de la République (PIR), et que ce parti serait "communautariste et prônerait un racisme anti-blancs". (sic)

Qu’est-ce que le PIR? Le PIR est un parti créé récemment par le Mouvement des Indigènes de la République (MIR), mouvement qui s’est constitué en 2005.

« Le ‘Nous’ des Indigènes de la République n’est ni ethnique, ni religieux, ni culturel, ni à base d’origine. Nous nous construisons en opposition avec les lectures culturalistes et ethnicistes de la réalité sociale. Ce ‘Nous’ s’oppose donc à un ‘Eux’ qui n’est pas non plus ethnique ou culturel ou religieux. Notre identité est séculière et politique. Nous nous construisons en opposition à celles et ceux qui nient l’existence des discriminations en raison de l’origine, à celles et ceux qui les reconnaissent mais les considèrent comme secondaires, à celles et ceux qui les reconnaissent mais adoptent une posture de l’impuissance (on n’y peut rien, il faut attendre l’effet du temps), à celles et ceux qui refusent de reconnaître que la France reste une puissance coloniale dans ses rapports au reste du monde, et qu’elle reste caractérisée à l’intérieur par une situation postcoloniale, à celles et ceux qui ne défendent la « discrimination positive » que pour ne pas s’attaquer aux structures sociales elles-mêmes, à celles et ceux qui se contentent de dénoncer les symptômes sans interroger les causes. » (lire la suite sur: http://www.indigenes-republique.org...)

« Un Parti des indigènes aura pour objectif fondamental d’organiser et de poursuivre la lutte pour la décolonisation et contre la perpétuation des inégalités raciales. Il aura pour objectif culturel de promouvoir une vision de l’histoire et du monde qui n’aurait pas pour centre, considéré comme supérieur, l’Euro-Amérique blanche. Son but sera de participer, aux côtés d’autres forces politiques de par le monde, à remettre en cause la suprématie culturelle, politique et économique, des puissances, constituées dans la traite négrière transatlantique et la colonisation, sur l’ensemble des autres peuples. […] Des batailles de longue haleine seront nécessaires pour que cette perspective s’incarne réellement sur la scène politique, que de telles forces blanches anticoloniales se cristallisent et que s’ébauche une nouvelle majorité politique au sein de laquelle les indigènes ne soient pas une composante mineure et impuissante. Mais, pour que ce soit un jour possible, il est indispensable que les indigènes puissent peser de toutes leurs forces, c’est-à-dire qu’ils s’organisent en toute indépendance et sur la base de leur propre programme politique. Sans cette capacité d’organisation, de mobilisation et de réflexion autonome, nous serons toujours les dindons de la farce. » (la suite sur : http://www.indigenes-republique.org...).

Question: la volonté d’une minorité opprimée, victime d’un racisme ancestrale et persistant, de s’organiser dans un cadre non mixte, doit elle être vue par les "autres", les "non indigènes", donc les blanc.he.s, comme une menace?
Ces même blanc.he.s, choqué.e.s, gêné.e.s, frustré.e.s par cette initiative, se posent-illes la question de ce qui les choquent? Est-ce qu’illes sont choqué.e.s, tous les jours, de ne voir dans les administrations, dans les hopitaux, dans les médias, entre les représentants politiques de ce pays, seulement des visages blancs? Est-ce qu’illes sont gêné.e.s, chaque matin d’appartenir à une classe dominante, héritière d’un passé coloniale encore frais et à l’œuvre, et de jouir de ce privilège au quotidien?
Est-ce qu’illes sont aussi frustré.e.s quand des femmes, ou des lesbiennes ou des trans, décident de s’organiser sans hommes, en non mixité, pour réfléchir ensemble, se renforcer, trouver des outils contre une domination quotidienne, trouver des espaces de repos, de partage, de compréhension... bref, pour avoir la paix???!

Finalement, si le fait de voir des « non-blanc.he.s » s’organiser entre elleux est ressenti comme une menace par les blanc.he.s, n’est-ce pas la preuve qu’être blanc.he.s est un privilège, et que renoncer à ses privilèges ne coule pas de source ?....

Les Indigènes de la Républiques nous choquent car ils nous disent clairement : c’est la guerre. C’est la guerre des « races », c’est la guerre des classes, ce n’est pas nouveau, mais aujourd’hui il faut que ça cesse.
Quoi ? Vous voulez le nier ? Pour vous ce n’est pas (encore) la guerre au quotidien, alors ça veut dire que ce n’est la guerre pour personne, c’est ça ? Mais c’est ça que fait ce mouvement, ce parti : poser un ultimatum, dire clairement les choses telles qu’elles sont, et proposer des modes d’actions, sur des bases claires, mais pas discriminatoires...

Allez, quelques pistes de lecture, pour lire chez soi, réfléchir et être un peu moins con.ne.s ensuite (à la portée de tout le monde):

- Article : « On vous a tant aimé•e•s ! ». Entretien avec Houria Boutelja, initiatrice du Mouvement des Indigènes de la République et de l’association féministe Les Blédardes. Réalisé par Christelle Hamel et Christine Delphy, juin 2005.
- Livre : "Les filles voilées parlent", I.Chouder, M. Latrèche, P.Tevanian, La fabrique éditions, 2008.
- Film : "un racisme à peine voilé", J. Host, H Production, Toulouse, 2004.
- Livre : "les féministes et le garçon arabe", N.Guénif-Souilamas, E. Macé, éditions de l’Aube, 2004.

Solidarité entre les opprimé.e.s! Ne cédons pas un pouce au discours médiatique! Méfions-nous de nous-même et de notre racisme intégré!....



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