Indymedia Grenoble

Lyon-Turin : compte-rendu de la réu publique d’information du 5 février à St-Jean de Maurienne

Saturday 5 February 2011 par anonyme

[Infos locales] [Ville / Environnement]

St-Jean de Maurienne, samedi 5 février, 9h30-13h00 Réunion publique d’info sur le projet de nouvelle liaison ferroviaire Lyon-Turin, organisée par le Comité d’Etablissement Régional des cheminots.

Petit rappel sur le projet Lyon-Turin, pour celleux qui n’auraient pas suivi : un projet de nouvelle ligne ferroviaire entre France et Italie, pour les voyageurs et surtout le fret marchandises. La justification officielle est de mettre plus de camions sur les trains pour désengorger les vallées savoyardes (un projet écolo, donc, évidemment). La réalité est un cadeau de 25 milliards d’euros aux boites de BTP, 15 ans de chantier en Maurienne et en val de Suse, 36 millions de mètres cubes de déblais (= 3 pyramides de Kéops, certains déblais chargés d’amiante et d’uranium), 120 kms de nouveaux tunnels au total dont 2 sous la Chartreuse et un sous Belledonne... pour continuer dans le délire capitalisto-industriel qui fait traverser aux Alpes chaque année des millions de tonnes de marchandises. Et en prime, dont l’utilité pour le fret est loin d’être prouvée ( les marchandises passent déjà par d’autres endroits comme les tunnels suisses, et la ligne ferroviaire existant à Modane est largement sous-utilisée aujourd’hui, car pas de réelle volonté politique de transférer les camions aux rails). Bref un projet à la fois inutile, hyper-coûteux et ultra-nuisible, comme seuls peuvent nous en pondre nos technarques mégalos, et parmi eux les Verts du Conseil régional Rhône-Alpes. (voir le tract diffé par quelques grenoblois.e.s, ci-dessous)

Heureusement le projet patine depuis 10 ans (signature du traité officiel franco-italien qui a lancé le chantier), à la fois grâce à la lutte massive et tenace des italien.ne.es du Val de Susa depuis 20 ans, et aux difficultés de coordination entre France, Italie et Union Européenne dûes au coût pharaonique et à la complexité technique du projet. En France tout de même, déjà 9kms de galeries de reconnaissances creusées en Maurienne, et 600 millions d’euros engloutis dans ces travaux préliminaires et les études...

Dans ce contexte, la réunion de ce samedi avait pour but de rassembler la brochette de politiques impliqués dans le projet (Louis Besson maire de Chambéry, Michel Bouvard député de Maurienne, un représentant du préfet de région, un technicien de la région Rhone-Alpes, Mario Virano comissaire intergouvernemental) pour leur demander des comptes sur l’avancée du projet, trop lente pour les syndicats cheminots qui sont majoritairement POUR le Lyon-Turin.

Ce fut un bel exemple de faux « débat public », comme on pouvait s’y attendre :

- 2 heures aux politicards de la tribune et aux cheminots pro Lyon-Turin pour étaler diaporama ( « objectif : effacer les Alpes pour les voyageurs et les marchandises ». tout un programme) et langue de bois. La palme à l’italien Mario VIRANO, Commissaire intergouvernemental chargé du tracé du Lyon-Turin côté italien (comprendre: de gérer la révolte du Val de Susa), qui n’a pas sorti un seul argument de fond mais s’est répandu dans une comparaison foireuse avec l’unification politique de l’Italie il y a 150 ans, grâce au réseau ferré de l’époque...
- puis une petite heure à enchainer une vingtaine d’ « interventions de la salle », 3 minutes de parole maximum chacun.e, soi-disant pour celleux qui levaient la main mais en réalité d’après une liste établie à l’avance (élus locaux, ingénieurs ou représentants associatifs convenables). Si bien que pour obtenir le micro pour une opposante qui levait la main en vain depuis 30min, nous avons dû hausser le ton...
- et à nouveau parole à la tribune, mais je n’étais plus là pour écouter les réponses.

L’impression générale donnée par les technarques à la tribune, était qu’ils rassuraient les cheminots en disant « ne vous inquiétez pas, le projet ne va pas assez vite mais nous ne renonçons pas », sans y croire vraiment, personne n’ayant toutes les clés du financement. Et surtout, alors que je m’attendais à un beau couplet « ne vous inquiétez pas ce sera le chantier le plus propre du monde, garanti 100% vert », ils n’ont même pas évoqué le problème (déblais, poussière,modifications hydrologiques et compagnie). On sent qu’on est encore dans la phase « se fera, se fera pas ?? », et que la phase « acceptation des nuisances par les populations » n’a pas du tout commencé...

Côté salle, environ 200 personnes :
- des cheminots qui défendent surtout leur boulot de convoyeurs de marchandises (le fret rail est en baisse constante en Maurienne), dans un contexte où l’infrastructure SNCF a été démantelée, et croient que le Lyon-Turin est la bonne réponse. Certains admettent tout de même que le problème, c’est le capitalisme et les faveurs constantes faites au lobby routier par rapport au rail.
- beaucoup d’assos et d’élus qui disent qu’avant de faire une nouvelle infrastructure, il faudrait déjà faire ce qui est faisable dès maintenant = un report effectif des camions sur le rail
- d’autre élus pro-projet, qui veulent que leur village aie sa part du gateau; un élu anti-projet (nord Isère) dont la commune va porter plainte pour retarder le truc.
- une bonne quinzaine d’italien.ne.s du Val de Susa en lutte, avec drapeaux et banderoles mais qui n’ont pas osé faire trop de bruit, sans doute un peu intimidés ; du coup peu de contact entre eux et les « simples habitants » du coin, dommage...
- et d’autres opposant.e.s divers, du NPA, de Grenoble, de l’Ain, de Savoie. Comme quoi l’opposition côté français existe ! A suivre...

Gagnante à l’applaudimètre : une opposante qui pose LA bonne question : pourquoi, au fait, tous ces milliers de camions traversent-ils les Alpes chaque année ? Si on commençait par relocaliser les productions et arrêter les transports absurdes générés par le capitalisme ? (récompense: une interwiew sur FranceTrois:) Grand Gagnant au Bouh-mètre : le commissaire Mario Virano, hué par les italiens et traité d’escroc et de menteur.

D’autres réus publiques (organisées par des opposant.e.s cette fois) sont prévues dans les prochains mois. A suivre sur Indymedia...

...et SARA DURA !!

contact : notavgrenoble@gmail.com


LE TRACT (et à télécharger plus bas en pièce jointe) :

CONTRE LE PROJET DE NOUVELLE LIAISON FERROVIAIRE LYON-TURIN

Réponse à quelques argumentocs

« Ce projet est nécessaire pour désengorger les vallées savoyardes »

C’est complètement faux, et pour de nombreuses raisons (1) : A l’échelle européenne, les tunnels suisses récemment construits (Lötschberg et St-Gothard) et d’autres nouvelles liaisons ferroviaires (Angleterre-Italie via Bâle par exemple) vont capter une part de plus en plus importante du fret qui transite actuellement par les vallées savoyardes. D’autre part, il serait beaucoup moins cher (un milliard d’euros au lieu de vingt à vingt-cinq milliards), de moderniser la liaison ferroviaire existante Ambérieux-Fréjus, qui pourrait alors absorber la totalité du fret actuel passant par les tunnels routiers savoyards.

«  Le chantier va créer de l’emploi en Maurienne »

Quel genre d’emplois ? Tunneliers, conducteurs de camions, et autres travaux pénibles et temporaires du génie civil... Être employé à détruire son propre territoire, est-ce vraiment souhaitable ? Il y a de sots métiers et de sales boulots. «Avoir du travail» n’est ni une valeur en soi, ni un argument politique valable. Les italiens du Val de Susa, qui s’opposent massivement au projet depuis vingt ans, n’ont pas cédé à ce chantage à l’emploi. Ils et elles continuent à affirmer que la beauté de leur vallée, que leur qualité de vie, n’est pas négociable.

«  Il faut être réaliste : comment on fait, maintenant, avec ces flux de marchandises ? »

Ces flux de marchandises existent parce que nous leur avons donné les moyens de traverser les Alpes plus vite, pour moins cher, à de plus en plus d’endroits. Vingt millions de tonnes par an circulent aujourd’hui sur les camions en Savoie, mais le projet Lyon-Turin permettra d’en transporter quarante millions : l’objectif n’est donc pas de réduire le trafic mais bien de l’augmenter. Dans sa logique d’emballement, le capitalisme ne mettra pas sagement les camions sur les wagons, mais profitera de cette infrastructure pour faire circuler encore plus de marchandises : nous aurons à subir le train ET les camions. Il faut être réaliste, oui : creuser un nouveau tunnel, c’est faire un cadeau de vingt milliards d’euros d’argent public aux grosses entreprises de BTP, pour que le système industriel dans son ensemble puisse continuer à gaspiller de l’énergie, à pourrir nos vies et à dévorer nos espaces.

«  C’est un projet écologique, le train c’est moins pire que les camions »

Le percement du tunnel principal (53 kms de long) implique dix à quinze ans de circulation de camions chargés de déblais, notamment de roches contenant de l’amiante et de l’uranium. Les descenderies de reconnaissance creusées en Maurienne ont déjà modifié les écoulements d’eau dans la montagne, par exemple à Villarodin-Bourget. Le train n’émet pas de gaz d’échappement, certes. Il ne pollue pas sur place, mais ailleurs et autrement : au fait, comment est produite l’électricité pour le propulser ? Faire traverser les Alpes à des millions de tonnes de marchandises chaque année représente une dépense d’énergie colossale. Cela n’est pas, et ne sera jamais « écologique ». Le problème n’est pas les camions, c’est bien le transport. Pourquoi, au fait, toutes ces marchandises traversent-elles les Alpes ? Au profit de qui ? Si ces millions de tonnes qui circulent nous rendaient plus heureux, ça se saurait non, depuis le temps ? Reporter le fret des camions sur le rail, c’est repeindre en vert l’absurdité capitaliste. C’est « gérer les nuisances » au lieu de les supprimer. C’est, de « moins pire » en « plus efficace », accompagner la destruction durable de nos vies et de nos territoires.

«  Les opposants sont contre tout, que proposent-ils ?  »

Et les défenseurs du projet, que proposent-ils donc ? Sacrifier le Val de Susa et la Maurienne à quinze ans de poussière et des millions de mètres cubes de déblais, pour que leurs habitant.e.s puissent ensuite y voir défiler toute la journée des containers sur des trains, content.e.s de contribuer ainsi à la sacro-sainte circulation des marchandises d’une Europe résolument moderne: capitaliste, compétitive et écologique. Habitant.e.s désormais un corridor industriel entre les usines du nord et les ports du sud (et vice-versa), se consolant sans doute d’un « avant, avec les camions, c’était pire ». Avec quelques services publics en moins, parce qu’évidemment il n’y a plus d’argent dans les caisses, le tunnel a coûté plus cher que prévu... mais quand même, quelle fierté, c’est le plus long d’Europe et « le chantier du siècle » !

Face à cet enthousiasmant projet de société, pas besoin d’aller chercher très loin pour trouver mieux.

Et si on relocalisait la production, au lieu de faire fabriquer l’essentiel et le superflu à l’autre bout du monde à « moindre coût » financier, mais au prix du désastre écologique et social ?

Et si on s’inspirait des italien.ne.s du val de Susa, qui à travers leur lutte contre le projet (2) réinventent la cohésion de leur vallée et défendent la convivialité, la lenteur, et une certaine idée du vivre-ensemble ?

Ni camions, ni wagons. Habitons nos vallées et résistons !

Quelques habitant.e.s des Alpes, février 2011 contact : notavgrenoble@gmail.com

(1) liste complète des arguments par Olivier Cabanel, à lire ici : http://www.yves-paccalet.fr/blog/20... (2) sur la lutte NoTav ! en Val de Susa, une brochure à télécharger ici :http://www.infokiosques.net/spip.ph...


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