Indymedia Grenoble

Produire ses vêtements à Cordéac ?

Friday 11 March 2011 par made in Trieves

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Interview de Caroline Benoit et de Maria Fernandez de la filature ENTRE MES LAINES à Cordéac :

Comment est née l’idée de reprendre la filature de Cordéac ?
- Caroline Benoit : La filature de Cordéac, c’est une longue histoire. Les bâtiments ont été construits à l’initiative du curé de Cordéac, pour en faire un lycée agricole. Ensuite, le lycée a cédé la place à l’entreprise Giroflaine, une filature fabriquant des couvertures piquées, assez réputées à l’époque. Puis en 2005, après l’arrêt de Giroflaine, Christina Zofall-Wilson s’est lancée dans la fabrication de vêtements en feutre, avec sa micro-entreprise Lanastratus. En 2010 Christina a voulu passer la main. Yannick Bachelard et moi nous étions intéressés. Puis, quelques mois plus tard, Maria nous a rejoint. Christina nous a formé durant l’été. Nous avons créé tous les trois Entre mes laines.

Que faisiez-vous avant ?
- CB : Je suis couturière et créatrice textile, et j’ai également une formation en pédagogie Montessori.
- Maria Fernandez : J’étais professeur et je faisais de l’artisanat (bijoux et cuir). De son côté, Yannick est tondeur de moutons. Il continue d’exercer son métier, en plus de la filature.

Que fabrique Entre mes laines ?
- CB : Nous fabriquons des nappes de laine cardée, des couvertures piquées en laine et des créations en feutre.
- MF : Par exemple des chapeaux, des manchons, des jambières, des vestes, des robes, des ponchos, des gilets... La plupart de nos vêtements sont faits d’une seule pièce de feutre, sans coupe ni couture. Le feutre est une matière magique à travailler, elle permet beaucoup de créativité.

Quelles machines utilisez-vous ?
- MF : Pour carder la laine, nous disposons d’une cardeuse et d’une batteuse. C’est du matériel centenaire mais robuste. Nous avons également un loup-carde, c’est une machine qui carde plus grossièrement la laine, pour des matelas par exemple.
- CB : Et enfin, nous avons une magnifique sauterelle, une sorte de grande machine à coudre à bras libre, pour piquer une nappe de laine entre deux tissus.

D’où vient votre laine ?
- CB : Du Devoluy, de la Provence, d’Aveyron, cela dépend.
- MF : Nous aimerions travailler davantage avec des laines locales.
- CB : Il faut savoir qu’en France, la filière laine est sinistrée. Bien souvent les éleveurs jettent leur laine. Pour revaloriser cette matière, nous la leur achetons à un prix juste.

Est-ce vous qui lavez et teignez la laine ?
- MF : Non, nous n’avons pas le matériel nécessaire. Et surtout, nous ne sommes pas rattachés à une station d’épuration. Nous faisons laver la laine par la filature Laurent à Saugues, et nous faisons teindre une partie par la filature du Valgaudemar. La teinture est sans blanchiment, ni métaux lourds.

Comment commercialisez-vous vos créations ?
- MF : Pour l’instant nous faisons des marchés ou des foires spécialisées. Nous aimerions aussi faire un magasin de vente directe et un site Internet.

Comment cette reprise d’activité est-elle vécue à Cordéac ?
- CB : Je crois que les habitants sont contents de voir revivre la filature. Nous avons de bonnes relations avec la mairie.
- MF : L’été dernier nous avons organisé un ’’vestival’’, un festival consacré aux vêtements, avec un marché de créateurs locaux, une expo, des animations, des concerts, c’était très sympathique.

Êtes-vous soutenus par les collectivités locales ?
- CB : Non, mais nous n’avons fait aucune démarche dans ce sens.

Une petite question écologique, en échos aux travaux du groupe Trièves après-pétrole : la filature pourrait-elle fonctionner sans pétrole ?
- CB : Pour l’instant, non... Nous consommons de l’essence pour transporter la laine, pour vendre nos produits, nos machines consomment beaucoup d’énergie. On en est conscients, mais on ne dispose pas de moyens pour faire autrement.

Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus dans ce projet ?
- MF : Le fait de contribuer à redynamiser l’économie locale, à développer notre autonomie matérielle, à montrer qu’on peut fabriquer nous-mêmes ce dont nous avons besoin. Cela donne le sentiment de vivre à une échelle plus humaine, de sortir de cette logique de mondialisation capitaliste, avec des produits qui voyagent sur des dizaines de milliers de kilomètres, le gaspillage, la surconsommation.
- CB : On aime aussi le cadre de vie, la beauté et le calme de la campagne.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?
- CB : Notre activité est récente, nous avons encore une incertitude économique. On se lance, on espère que ça va marcher !
- MF : Nous avons quelques travaux à faire pour rendre la filature plus pratique, mieux chauffée, plus fonctionnelle, notamment l’hiver.

Quels sont vos perspectives pour 2011/2012 ?
- CB : Consolider nos activités, étoffer notre stock, avancer sur la commercialisation de nos créations. Et organiser un second vestival cet été !
- MF : Nous proposons également des formations autour du feutre et de la laine, pour des écoles, des centres sociaux, des musées ou des particuliers. Apprendre à travailler la laine, fabriquer un objet en partant de la laine cardée jusqu’au feutre... Nous aimerions qu’un maximum de personnes puisse se réapproprier ce savoir-faire ancestral et durable.

ENTRE MES LAINES Hameau de Chalannes 38710 Cordéac 04 76 34 17 54 entremeslaines(at)gmail.com



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