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Vidéosurveillance à Fontaine : quand la mairie s’enlise dans ses contradictions, bilan du rassemblement du 28 mars

Saturday 9 April 2011 par stopcameras38 <stopcameras38(arobase)riseup(point)net>

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Vidéosurveillance à Fontaine : quand la mairie s’enlise dans ses contradictions : récit et bilan du rassemblement devant le conseil municipal du 28 mars 2011

1- Où des habitant-e-s de Fontaine s’organisent.

Février 2011, la municipalité de Fontaine annonce sa volonté d’installer sur sa commune des caméras de vidéosurveillance.

Afin de protester contre cette décision, le collectif « stop caméras 38 », composé d’habitants de Fontaine et de la cuvette, diffuse un tract lors du carnaval de Fontaine qui suscite de nombreuses réactions, parmi les habitants et parmi les élus présents. C’est ce jour là que nous apprenons de la bouche des élus que la décision d’installer des caméras sera définitivement prise lors du prochain conseil municipal.

Le collectif « stop caméras 38 » appelle alors à se rassembler le 28 mars, devant le conseil municipal. L’appel est relayé par de nombreux habitants et associations de Fontaine. Le jour J, le rassemblement regroupe entre 80 et 100 personnes. Un tract « démontons les caméras #7 » est diffusé. Une banderolle est accrochée face à la mairie et une batucada se joint aux protestataires. (Voir les photos plus bas)

Nous apprenons que le conseil municipal a été reculé d’une heure et que la vidéosurveillance ne sera pas abordée ce soir au conseil. Deux employés de la mairie sortent alors sur le parvis et distribuent aux manifestants un papier signé de la ville de Fontaine. Peu après, plusieurs élus parmi lesquels Jean-Paul Trovero (premier adjoint), Marilyn Mastromauro (éducation), et Edouard Shoene (culture) sortent à leur tour pour discuter avec les habitants.

2- Où les élus se demandent s’ils ne sont pas en train de faire une erreur.

C’est une première victoire pour les Fontainois-e-s. Devant la mobilisation des habitants, la délibération sur la vidéosurveillance a été retirée du conseil du 28 mars. Les caméras ne seront pas intégrées dans le budget 2011 (tel que prévu initialement et de manière unilatérale par les élus) et seront donc pas installées avant 2012.

Dans le papier distribué par la mairie, les précautions rhétoriques et l’enrobage citoyen masquent mal un certain malaise autour de la question :

« Le Bureau municipal, en date du 28 février dernier a pris la décision d’examiner l’opportunité d’installer des caméras de vidéo-surveillance place Louis Maisonnat, à titre expérimental, et en s’appuyant sur une charte de déontologie »

« La décision a été prise d’instruire un dossier, qui comme toujours à Fontaine, sera réalisé en concertation étroite avec tous les habitants et commerçants concernés. »

« L’installation éventuelle ne se fera qu’au terme de la période d’instruction [id est le temps que le dossier soit traité en préfecture] après la phase de concertation. Les mois à venir vont être l’occasion de consulter l’ensemble des personnes touchées par cette question en vue d’une inscription possible au budget 2012. »

Le consensus fragile sur la question, qui semblait s’être établi dans la majorité serait-il en train de se fissurer? Certains élus commencent-ils à avoir mauvaise conscience?

Les voilà en tout cas bien moins assurés qu’en février, eux qui déclaraient dans leur journal de com’ : « La municipalité a décidé de lancer l’expérimentation de la vidéoprotection. Au total cinq caméras vont être installées. »

Autre point qui montre que les élus ne sont pas encore acquis à la cause de la vidéosurveillance : ils prennent des engagements :

« A l’issue d’une période de test et d’analyse des résultats, si cette expérimentation s’avérait négative et l’efficacité des caméras n’était pas démontrée, la ville se réserve la possibilité de les démonter purement et simplement. »

3- Où l’on ne devrait pas se réjouir trop vite, et où les élus s’empêtrent dans leurs contradictions.

Pour autant, nous ne voulons pas nous contenter de repousser de quelques mois l’installation desc caméras. Et les élus, s’ils craignent les réactions des habitants, ne semblent pas encore prêt à reculer.

3-1 Où les élus sortent le vernis citoyen.

Parlons d’abord de concertation. Notez qu’en février, dans le journal de la mairie, il n’était pas du tout question de la fameuse « concertation étroite » qui accompagne « comme toujours à Fontaine ", les décisions des élus. Il est facile après coup de faire de beaux discours, mais il est certain que sans la mobilisation de ceux-ci, la décision d’installer des caméras aurait été validée le 28 mars dernier, sans aucune concertation. Enfin, passons.

Les élus annoncent leur volonté de mettre en place une concertation avec les habitants. Très bien! Mais si dans le même temps, les élus expliquent qu’ils subissent des pressions de la préfecture pour installer des caméras. Et si à aucun moment ils n’ont même évoqué la possibilité de s’opposer aux pressions de la préfecture. Doit-on en déduire que la concertation est biaisée d’avance? Comprenez bien : en guise de concertation, vous serez libre de donner votre avis, quel qu’il soit. Mais tant que vos élus n’auront pas décidé de résister aux pressions de la préfecture, c’est elle qui aura le dernier mot, et les caméras seront installées.

Parlons ensuite de la charte de déontologie que nous promet la mairie afin d’encadrer l’utilisation de la vidéosurveillance. Comités d’éthique, charte morale ou de déontologie... ils sont nombreux les moyens que l’on emploie afin de rassurer les habitants et de faire passer la pilule. Mais que nous importe au fond que les caméras qui nous surveillent en permanence soient des caméras « éthiques », « déontologiques » ou estampillées « commerce équitable » ? Rappelons aux élus fontainois, pourtant opposés à la politique sarkoziste, que les caméras, fussent-elles de gauche et citoyennes, n’en sont pas moins liberticides que les caméras de la droite.

Parlons enfin expérimentation. C’est sous prétexte d’expérimentation que la mairie de Grenoble a lancé sa deuxième vague d’installation de caméras. Avant même que l’installation soit terminée, elle annonçait déjà son intention d’en implanter sur tous les bâtiments municipaux. Les choses seront-elles différentes à Fontaine?

« Concertation », « charte de déontologie » ou « comité d’éthique », « expérimentation » : tous les ingrédients de la politique d’acceptabilité mise en place par les élus grenoblois pour nous faire gober la vidéosurveillance. A croire que la mairie de Fontaine a eu le cabinet de Destot au téléphone pour lui demander des conseils.

3-2 Où les élus s’entêtent à suivre une décision qu’ils savent stupide.

Lorsqu’on discute avec les élus, on remarque qu’ils ne croient pas du tout à la vidéosurveillance. Ils savent que c’est une décision stupide et inutile. Le jour du carnaval de Fontaine, Jean Paul Trovero nous expliquait : « En tant que citoyen, je suis opposé à la vidéosurveillance. C’est du flicage, du fichage... et surtout, on sait que pour lutter contre la délinquance, c’est ZERO! Ca ne sert à rien. ». Le jour du conseil municipal, c’est Edouard Schoene qui renchérissait dans une interview accordée à Grenews : « Des villes se sont lancées dans la vidéosurveillance, et le résultat c’est 1% à peu près de diminution, c’est quasimment inexistant »

Le message est clair : les caméras ne servent à rien, mais on va les installer quand même ! Comme ça, on satisfait les demandes de la préfecture, et les commerçants qui demandent des caméras se sentent pris en considération.

Lorsqu’on discute avec eux, certains élus, convaincus que les caméras ne règlent aucun problème, espèrent qu’au moins elles les déplaceront. Et si les problèmes se déplacent alors sur un autre quartier, qu’ont-ils prévu de faire? Une fois entrés dans cette logique, il ne leur restera plus qu’à couvrir la ville de caméras.

Les élus ont trop vite fait de justifier les installations de caméras, en expliquant que ce n’est pas si grave, qu’elles seront installées sur des zones restreintes, qu’après tout, si elles sont inutiles, il y aura peu de conséquences négatives. Ce que semblent ignorer les élus c’est que la vidéosurveillance, si elle est inutile pour résoudre les problèmes des habitants, n’est pas pour autant sans effet. Dans un rapport de 2006, l’ICO (équivalent anglais de la CNIL ) explique «La surveillance nourrit la suspicion : les patrons qui installent des dispositifs dans leurs entreprises n’ont pas confiance en leurs employés. Les parents qui utilisent des webcams et des GPS pour veiller sur leurs enfants admettent ne pas leur faire confiance non plus », c’est un « suicide social ». Installer des caméras n’est pas un acte anodin. Ce sont les prémices d’une société sécuritaire et inhumaine.

4 -Où l’on propose enfin de résoudre toutes ces contradictions.

Mal à l’aise, la municipalité s’emmêle les pattes sur le dossier de la vidéosurveillance. Mais qui s’en étonnera ? Lorsqu’une municipalité communiste accepte sans broncher de mener une politique de droite (à savoir le triplement des caméras de vidéosurveillance voulu par sarkozy) il est normal qu’elle soit prise dans ses contradictions, et qu’elle ne parvienne pas à s’en sortir.

Soucieux de résoudre enfin ces contradiction, nous suggérons aux élus fontainois la seule solution compatible avec une politique sociale et émancipatrice : se ranger aux côtés des habitants pour résister aux pressions de la préfecture, pour refuser d’appliquer les mesures de la droite sécuritaire, et pour affirmer la spécificité d’une ville populaire et humaine.

5- Prochain épisode

Le collectif Stop Caméras 38 vous invite à le rencontrer et à débattre de la vidéosurveillance le 13 avril 2011 à la MJC de Fontaine à partir de 18 heures.

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Collectif StopCaméras38, collectif d’habitant-e-s de Fontaine et de la cuvette contre la vidéosurveillance et son monde



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