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Dossier - Attentats à Oslo, quand l’extrême-droite passe à l’action - Anders Breivik est loin d’être un cas isolé

Wednesday 27 July 2011 par C.L.A.S.H. Grenoble <clash-grenoble (a) riseup.net>

[Impérialismes / Solidarités internationales] [Média] [Soupe politicienne] [Antifascisme] [Autres infos]

Alors que les attentats d’extrême-droite en Norvège défraient la chroniques ces derniers temps, il peut être intéressant de se pencher sur le traitement médiatique assez déconcertant dont il ont fait l’objet.

Même si les deux situations restent incomparables, il est inquiétant de constater la fréquence des agressions par les nervis fascistes dans la région ces derniers temps la dernière en date étant l’agression sauvage et prémédité d’une personne identifiée comme une militante à son domicile à Lyon: http://grenoble.indymedia.org/2011-...

On ne peut pas non plus ne pas penser qu’il fut un temps ou notre star locale Alexandre Gabriac avait pour projet avec son amis Florent Morat de "faire taire les gauchos". Une aventure qui aboutiras à un braquage manqué et à la mort d’un gendarme. (http://grenoble.indymedia.org/2011-...)

Sommaire

- Experts en terrorisme (Article de Serge Halimi paru dans Le Monde Diplomatique en 1995)

- Attentats d’Oslo: le coupable « islamiste » était (presque) parfait (ACRIMED le 25 juillet 2011)

- Le massacre norvégien possible en France ? (On dit: "Merci Faf-Watch! Le meilleur site de faf-watching de tout les site de faf-watching!")

- Des violences lyonnaises d’extrême-droite à celles de Norvège (Rebellyon le 26 juillet 2011)

EXPERTS EN TERRORISME (Article de Serge Halimi paru dans Le Monde Diplomatique en 1995)

Lorsqu’il s’agit du monde arabe et de l’« islamisme », un incident ou un attentat peut suffire pour mettre à nu les tropismes de l’Occident. Ce 19 avril 1995, la destruction du bâtiment fédéral d’Oklahoma City ne date que de quelques heures. La chaîne de télévision américaine CBS News a pourtant déjà identifié les suspects. « On peut parier qu’il s’agit là d’une action terroriste qui a son origine au Proche-Orient », explique James Stewart, correspondant de la chaîne pour les questions de sécurité. Connie Chung, alors coprésentatrice avec Dan Rather du journal de CBS, embraye aussitôt : « L’attaque d’aujourd’hui est semblable à celle qui a frappé le World Trade Center en 1993 et à celle dont les forces américaines à Beyrouth ont été victimes dans les années 80. C’est pourquoi les enquêteurs cherchent, ici dans le Midwest, les liens qui pourraient exister avec le terrorisme du Proche-Orient. »

Ces liens, Anthony Mason, autre journaliste de CBS, les expose aussitôt, images d’archives à l’appui : « La scène que vous voyez ici représente une convention de musulmans organisée par l’Association islamique pour la Palestine (plan sur un drapeau palestinien). Elle ne se déroule pas au Proche-Orient, mais à Oklahoma City. Même si la majorité écrasante des musulmans américains et des participants à cette convention ne sont pas des radicaux, cette réunion a accueilli des groupes (...) qui affirment que l’Amérique est la source du Mal. »

Convoqué par CBS, un expert antiterroriste, M. Steve Emerson, intervient à son tour : « Oklahoma City est probablement l’un des principaux centres du radicalisme islamique à l’extérieur du Proche-Orient. » Et Anthony Mason de féliciter ce remarquable expert : « Steve Emerson a montré comment les fondamentalistes ont lancé une campagne de recrutement à travers tout le Sud-Ouest, là où il est plus facile d’échapper à l’attention du public. (...) Pour Emerson, l’attaque d’Oklahoma City semble signée. » L’expert achève alors lui-même sa puissante démonstration : « Ceci (l’attentat) a été perpétré avec la volonté d’infliger un nombre maximum de pertes humaines. C’est la marque du Proche-Orient. »

Il ne reste plus à Anthony Mason qu’à conclure : « Un camion piégé, une énorme explosion. Cela s’est produit au World Trade Center. Cela s’est produit à Buenos Aires l’année dernière : une voiture piégée explosant à l’extérieur du centre culturel juif. Les milieux autorisés (américains) ont aussitôt vu le lien, et nos sources nous disent que, même si ce n’est pas officiel, ce qui s’est passé à Oklahoma City est traité comme un acte de terrorisme issu du Proche-Orient. »

Quelques heures plus tard, soupçonné d’avoir provoqué le carnage, un Américain bien ordinaire, vétéran de la guerre du Golfe et de l’extrême droite, est arrêté. La piste du Proche-Orient est alors abandonnée...

ATTENTATS D’OSLO: LE COUPABLE « ISLAMISTE » ETAIT (PRESQUE) PARFAIT (ACRIMED le 25 juillet 2011)

Le visage du principal suspect des tueries d’Oslo a fait le tour du monde : il s’agirait d’un « fondamentaliste chrétien », ancien militant d’un parti d’extrême-droite, qui revendique son hostilité aux immigrés et aux musulmans. Depuis deux jours, les médias tentent laborieusement d’expliquer – sans disposer d’informations suffisantes – ce qui aurait pu conduire ce norvégien à se livrer à la violence extrême...

Et pourtant, dans les heures qui ont suivi l’annonce du carnage, des commentateurs de certains de ces mêmes médias disposaient, à défaut d’informations précises, de tous les arguments qui permettaient d’analyser les motivations du coupable désigné : le « terrorisme islamiste ». Un nouvel exemple de la langue automatique du journalisme et des préconceptions qui conduisent nombre de médias et de « spécialistes » - qui ne savent rien - à croire et à tenter de faire croire qu’ils savent. Le « terrorisme islamique » n’est pas le seul bénéficiaire de ce journalisme astrologique, mais en cas d’attentat…

Des « hypothèses » ou une certitude ?

« Pas de revendication, mais trois pistes principales », avance prudemment Libération dans un article publié dans l’édition papier du 23 juillet [1]. Les fins limiers du quotidien ont cependant une opinion bien arrêtée, comme en témoigne le (court) chapeau de l’article [2] :

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« Trois pistes » ou une seule ? Lisons… « La première, celle de l’acte d’un déséquilibré, paraît peu probable, les attaques apparaissant coordonnées. Autre hypothèse : un groupe d’extrême droite, la Norvège abritant des groupes néo-nazis. Reste enfin la piste d’un ou de plusieurs groupes jihadistes ».

Et l’intégralité de l’article de Libération d’explorer la… troisième hypothèse, évidemment : « Selon la PST [police norvégienne], plusieurs résidents norvégiens se sont rendus ces dernières années dans des camps d’entraînement jihadistes en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie et au Yémen. […] La Norvège abrite également quelques jihadistes notoires. […] Les dirigeants d’Al-Qaeda s’en sont régulièrement pris ces dernières années à la Norvège pour son implication dans la guerre en Afghanistan ». Etc.

Le lecteur de la version papier de Libération, qui a découvert cet article visionnaire le samedi 23 au matin, alors que la police norvégienne avait révélé l’identité du principal suspect, a sans doute regretté que les deux premières « hypothèses » n’aient pas été davantage explorées. A fortiori lorsque l’on sait désormais que l’individu entendait dénoncer, dans un manifeste publié le jour du carnage et rendu public dimanche soir, « la colonisation islamique et l’islamisation de l’Europe occidentale ».

Le Parisien, dans son édition du 23 juillet, a eu recours à un procédé similaire. Dans un article titré « Des attaques concertées, un suspect arrêté », on apprend en effet que « de la piste intérieure à celle des terroristes islamistes, toutes les hypothèses restaient envisageables [vendredi soir] ». La quasi-intégralité de l’article est néanmoins consacrée à la « piste islamiste », seule « piste » à bénéficier d’un intertitre :

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Dès le 22 juillet, un peu après 16h, les auditeurs de France Info avaient eux aussi entendu parler d’ « hypothèses ». Ou plutôt d’une hypothèse. Grégory Tervel, correspondant de Radio France en Norvège, répondait aux questions d’Alain Pagès, en studio à Paris:


- « Il y avait eu des menaces particulières à l’égard du gouvernement ? »
- « Pas particulièrement mais la Norvège sait qu’elle est potentiellement visée depuis ces dernières années, depuis que d’autres capitales européennes ont été frappées par des attentats terroristes. La Norvège est présente militairement en Afghanistan, la Norvège participe aux frappes aériennes en Libye, ces derniers mois, la Norvège est membre de l’OTAN, donc les services de renseignement, de sécurité intérieure, savent très bien et travaillent sur cette hypothèse en tout cas depuis plusieurs années, l’hypothèse de voir un jour la Norvège victime, cible d’attentats terroristes ».

Rendons justice à France Info : les mots « islamistes », « jihadistes » et « Al Qaida » n’ont pas été prononcés. Mais était-ce bien nécessaire ?

Libération, Le Parisien et France Info ne sont évidemment pas les seuls médias à avoir tenté de devancer les enquêteurs pour désigner les coupables de la tuerie d’Oslo. Reprenant une dépêche Reuters, nombre de sites internet (rtl.fr, nouvelobs.com, 20minutes.fr, l’express.fr, ouest-france.fr, lemonde.fr, etc) ont republié « automatiquement », sans commentaires ni vérification, les thèses et avis éclairés d’ « experts » en terrorisme [3]. La parole aux experts de Reuters :


- « La Norvège, membre de l’Otan, a été plusieurs fois menacée par le passé par des dirigeants d’Al Qaïda pour son implication dans la guerre en Afghanistan, où elle participe à la Force internationale d’assistance à la sécurité ».
- « Selon David Lea, analyste du cabinet Control Risks, "il n’existe toutefois aucun groupe terroriste norvégien même s’il y a de temps en temps des arrestations de personnes liées à Al Qaïda" ».
- « La double attaque de vendredi en Norvège survient par ailleurs un peu plus d’un an après l’arrestation de trois hommes soupçonnés d’être liés à Al Qaïda et de planifier des attentats dans le pays scandinave » [4].

Enfin, toujours le 22 juillet, le blog Bigbrowser, animé par les journalistes du monde.fr, complète utilement la dépêche Reuters. Un article sobrement intitulé « Al-Qaida en veut-elle à la Norvège ? » évoque ainsi, « la publication au sein d’un journal norvégien, en 2006, d’une série de caricatures danoises représentant le prophète Mahomet, qui avait provoqué une levée de boucliers et des menaces à peines voilées de pays et groupes djihadistes musulmans » et « la décision, la semaine dernière, d’un procureur norvégien de poursuivre un religieux irakien qui avait menacé de tuer des politiciens norvégiens s’il était expulsé de Norvège. »

Avant d’enfoncer le clou : « L’an dernier, un rapport des services secrets norvégiens faisait état d’un risque accru d’une attaque terroriste à l’encontre du pays, notamment du fait de citoyens norvégiens entraînés dans des groupes affiliés à Al-Qaida, au Pakistan, au Yémen, en Afghanistan et en Somalie. »

Un faisceau d’indices qui ne se fondent sur aucune information sur les tueries elles-mêmes mais qui, chacun l’avouera, et ce malgré les précautions stylistiques (le titre sous la forme interrogative), désignent clairement un coupable. La manœuvre est-elle intentionnelle ? Rien n’est moins sûr : les automatismes suffisent ! Mais le résultat est là [5].

Un coupable logique ou un coupable idéal ? Certains auraient été bien inspirés de se souvenir du récent rapport d’Europol sur le terrorisme en Europe, qui révélait, comme l’avait alors souligné L’Express (entre autres), ceci :

Notons que Le Monde « papier », quotidien vespéral, a eu le temps, contrairement à Libération et au Parisien, de rectifier le tir. Il demeure néanmoins « incrédule » quant à l’annonce de la responsabilité d’un « extrémiste chrétien ». Le Monde disposait en effet d’éléments de premier choix dans la course médiatique à l’inculpation d’Al Qaida : « Tous les ingrédients étaient donc réunis. On rappelait même qu’au lendemain de la mort d’Oussama Ben Laden, Ayman Al-Zawahiri avait entre autres cité la Norvège comme cible potentielle » peut-on lire dans l’article intitulé « Du soupçon islamiste à l’incrédulité de la piste d’un extrémiste norvégien ».

Et d’ajouter ce scoop « Le responsable d’Al-Qaida pourrait par ailleurs avoir des raisons personnelles d’en vouloir à la Norvège, car selon lui, des hommes des forces spéciales norvégiennes auraient participé à une opération ayant causé la mort de l’une de ses épouses et de l’un de ses fils. »

Le Monde reprend par ailleurs certains autres éléments issus de la dépêche Reuters, citée plus haut, avant de reconnaître une incitation supplémentaire à la prudence, mais étonnamment passée sous silence la veille, au sujet de la fusillade : « le procédé n’a plus rien de commun avec le mode opératoire traditionnel des commandos djihadistes », et d’évoquer l’arrestation du suspect norvégien. On respire presque.

Des certitudes qui se suffisent à elles-mêmes

Les astro-journalistes les plus inspirés ne se sont pas contentés d’émettre des hypothèses. Convaincus de la justesse de leur pensée automatique, ils nous ont démontré, preuves à l’appui, que l’identité des responsables des massacres était avérée.

Il y a eu la version hypocrite, proposée par Jean Guisnel, du Télégramme, dans un article publié le 23 juillet et intitulé « Attentat d’Oslo : une logistique éclairante ».

« Des attaques sans préavis touchant des civils dans une grande capitale, au moment où personne ne les attend, dans un contexte relativement calme, contre un pays que rien ne désigne, visant des cibles non préparées, conduites simultanément de manière coordonnée. […] Il n’est guère besoin d’être un grand expert pour comprendre que les recettes appliquées par la mouvance terroriste internationale se réclamant d’une vision sectaire du sunnisme, incarnée par le défunt Oussama ben Laden, ont été mises en oeuvre, hier, à Oslo ».

Avant de se réfugier derrière une précaution stylistique : « Par qui ? C’est une bonne question. À ce stade, il est beaucoup trop tôt pour avancer quelque hypothèse précise que ce soit ». Il n’est guère besoin d’être grand expert pour comprendre que Jean Guisnel nous offre une alternative qui n’en est pas une : soit les attaques sont l’œuvre d’Al Qaida, soit elles sont l’œuvre de personnes s’inspirant d’Al Qaida. Toute autre hypothèse est exclue.

Le journaliste du Télégramme sait-il que Ben Laden et ses affidés n’ont pas le monopole du terrorisme ? A-t-il entendu parler des attentats d’Oklahoma City ou des tueries perpétrées dans les établissements scolaires états-uniens ? Probablement. Mais l’expert improvisé ne s’encombre pas de ce genre de détail, et n’a aucun doute : les attentats d’Oslo sont signés. Malheureusement pour lui, son article, qui a atterri dans les kiosques alors que l’identité du principal suspect était dévoilée, l’était aussi.

Mais c’est probablement Vincent Hervouët, « responsable au service Étranger de TF1-LCI », qui nous a offert le plus bel exposé de certitudes certaines et de vérités vraies lors d’un commentaire, à chaud, sur LCI. À l’heure où nous écrivons, la vidéo de cette lumineuse analyse est toujours en ligne, ornée de ce titre menaçant : « Attentat à Oslo : tout pays européen est désormais une cible » [6]. Elle aurait mérité d’être intégralement retranscrite, mais nous nous contenterons, pour ne pas accabler le lecteur, de quelques extraits :

Il y a quand même eu une alerte qui a réveillé le pays, il y a quinze jours précisément de cela, avec l’arrestation de trois hommes, un véritable commando. Ils appartenaient à Al Qaida, le commando était dirigé par un ouïghour, qui a la nationalité norvégienne, c’est-à-dire un membre de cette minorité musulmane chinoise, qui est persécutée là-bas, et il aurait été formé au Pakistan, dans un camp d’entraînement, à l’action violente, et il vivait depuis 12 ans à Oslo. Les deux autres étaient un kurde irakien, qui est arrivé lui aussi à la fin des années 90 à Oslo, et qui avait un statut de résident et de réfugié politique, de réfugié humanitaire, et puis le troisième était un ouzbek, alors ça c’est l’islam d’Asie centrale, et lui aussi était réfugié à Oslo, au titre du regroupement familial, il avait obtenu un permis de résident.

Voilà qui est fort intéressant et fort pédagogique, mais le téléspectateur, à ce stade, cherche probablement le rapport avec la tuerie d’Oslo. Et ce n’est pas la suite qui va l’aider. Car ça se complique :

Donc les trois hommes ont été arrêtés, ils étaient en lien avec des, une opération terroriste. Laquelle ? Et bien, d’après les autorités, avec ceux qui ont comploté contre le métro de New York, c’était il y a à peu près deux ans, et il y avait eu des islamistes qui avaient été arrêtés à Manchester, et la police américaine vient justement de faire inculper des membres d’Al Qaida qui vivent au Pakistan, pour ce projet d’attentat. Voilà ce qu’ont dit les autorités […]

Vous ne comprenez pas ? Nous non plus. Mais Vincent Hervouët se comprend et s’en prend ensuite aux autorités norvégiennes qui n’avaient visiblement, elles non plus, pas compris :

Ce qui est très frappant, c’est de voir que le discours des autorités, il y a quinze jours, se voulait, rassurant. C’était une affaire sans précédent en Norvège, mais en même temps la police disait que les hommes avaient toujours été sous contrôle, depuis six mois, qu’ils étaient surveillés nuit et jour […]. On n’a pas parlé d’attentat local, on a parlé de membres de cette internationale terroriste […]. Or la réalité est sensiblement différente du discours des autorités. Pourquoi ? Parce qu’on a trouvé dans la cave du kurde irakien, on a trouvé un explosif, à la fois très puissant, c’est une sorte de nitroglycérine, mais surtout très instable. Ça veut dire que ce n’est pas un explosif que l’on déplace sur de longues distances, c’est donc un attentat à domicile, un attentat domestique, un attentat en Norvège, à Oslo, qui était programmé, prévu, envisagé, par des gens qui avaient stocké de quoi faire ce massacre […].

Une enquête rondement menée par l’inspecteur Hervouët. Qui poursuit :

Les autorités ont semblé noyer un peu le poisson, et leurs arguments ne tiennent pas. Qu’est-ce qu’ils disaient pour rassurer le norvégien [sic], et bien ils ont dit, notamment un des responsables du contre-terrorisme, que jusqu’à présent, il y avait des jihadistes effectivement en Norvège, qui avaient trouvé refuge dans le royaume, mais que le royaume servait de base arrière, n’était pas directement visé. Et ça ce sont des propos qui sont à la fois d’un grand cynisme et d’une très grande naïveté, d’une grande innocence parce que tout pays européen est désormais une cible […].

Hervouët peut alors, au terme de cette limpide démonstration, asséner le coup de grâce :

Les Norvégiens ont de bonnes raisons d’être frappés par Al Qaida. Il y en a plusieurs. Il y a effectivement l’engagement au sein de l’Isaf, depuis 10 ans, qui se bat en Afghanistan. Il y a le fait que c’était un ouïghour donc on pouvait penser que la cible pouvait être chinoise [re-sic]. On pouvait penser aussi que la cible était les plates-formes pétrolières de ce commando parce que l’un des trois hommes avait essayé à deux reprises d’intégrer une école de formation pour aller travailler sur les plates-formes offshore [re-re-sic], et puis il y a les caricatures de Mahomet qui ont été publiées évidemment dans la presse d’à côté mais qui ont été aussi éditées à Oslo, la presse norvégienne a reproduit les caricatures publiées par les journaux, par l’hebdomadaire danois, ce qui suffit à enrager les jihadistes locaux, enfin il y a un chef islamiste qui a été expulsé, qui est en instance d’expulsion vers l’Irak, ce qui peut provoquer la colère de ses coreligionnaires, et puis enfin il y a le fait qu’en Norvège comme dans tous les pays européens, il y a une radicalisation des islamistes les plus durs, les plus engagés, et ça les services officiels le remarquaient, le relevaient, s’en inquiétaient, mais pour l’heure on ne pensait pas qu’ils pourraient passer à l’acte […].

CQFD. Chacun comprend désormais, à défaut d’entendre quoi que ce soit à la « démonstration » d’Hervouët, pourquoi il s’est vu attribuer, par le Comité de l’Association de la Presse Étrangère (APE), le « Grand Prix de la Presse Internationale 2010 (catégorie télévision) » en décembre dernier. On attend avec impatience sa prochaine analyse, au cours de laquelle ce rival d’Alexandre Adler nous expliquera, avec autant de clarté et de certitudes, pourquoi Al Qaida ne pouvait évidemment pas être responsable de la tragédie d’Oslo. ***

S’il ne s’agissait, en l’occurrence, que d’un droit à l’erreur, nous le reconnaîtrions volontiers, en attendant sans impatience et sans trop y croire que les organes d’information et les journalistes qui se sont distingués par leur trop grande hâte à désigner les coupables « naturels » des tueries d’Oslo fassent amende honorable. Mais peut-on encore parler d’erreur quand elle est un produit du journalisme d’anticipation qui prétend savoir avant de savoir, dont les prédictions peuvent s’avérer fondées, mais que les astres égarent si souvent ?

Souvenons-nous notamment de ce que nous avions relevé, sur ce site, lors des attentats de Madrid, en mars 2004, avec par exemple ce titre du Monde (http://www.acrimed.org/article1529.html) : « Un retour sanglant d’ETA sur la scène politique espagnole à trois jours des élections législatives », ou cette chronique de RFI (http://www.acrimed.org/article1517.html) qui s’achevait par une irrévocable sentence : « Par conséquent, ajoutent enfin les enquêteurs, seule l’ETA dispose aujourd’hui en Espagne des moyens logistiques nécessaires à la mise en œuvre de cette terreur généralisée. » Sans même parler de l’affaire du RER D (http://www.acrimed.org/rubrique273.html), cas typique de ce journalisme tellement plein de certitudes qu’il ne s’encombre guère de vérifier l’information si elle répond à des clichés en vogue.

Dans l’affaire du carnage d’Oslo, c’est « évidemment » le « terrorisme islamique » qui a été montré du doigt. Une « évidence » telle que, quand bien même il était avéré que le principal suspect se singularisait davantage par sa haine de l’islam que par une quelconque aspiration au « Jihad », certains ont trouvé le moyen de retomber sur leurs pieds, au prix de contorsions… déconcertantes. Ainsi, ce reportage du 13h de TF1, le 23 juillet, dans lequel on apprend ceci :

« La simultanéité [des attaques] rappelle le mode opératoire d’organisations terroristes structurées comme Al Qaida. Une piste vite abandonnée parce que le suspect arrêté est norvégien, un fondamentaliste chrétien d’après la police. La Norvège, connue pour décerner son Prix Nobel de la paix, est comme les autres pays scandinaves, aujourd’hui traversés par de nouveaux débats, parfois religieux. Exemple, en 2006, un éditeur norvégien avait republié les caricatures de Mahomet, déclenchant l’émoi de la communauté musulmane. En 2010, un tribunal administratif avait été saisi à propos du port du voile dans la police ».

Les exemples de « nouveaux débats » sont… éloquents. Un « spécialiste de la Norvège » est alors convoqué :

« On oublie beaucoup que les pays nordiques sont des terres d’accueil aujourd’hui très importantes, que la population immigrée est finalement très importante en pourcentage de la population et que cela conduit à des tensions et à une polarisation auxquelles ces sociétés n’étaient pas jusqu’ici familiarisées ».

Et le journaliste de reprendre :

« Ces tensions font le terreau de l’extrême-droite et des intégrismes religieux chrétiens ou musulmans ».

CQFD (bis) : le suspect n’est peut-être pas musulman, mais son mode opératoire « rappelle » celui d’Al Qaida et son acte s’inscrit dans un contexte de tensions générées par la « population immigrée », notamment musulmane. De là à considérer que les musulmans, à défaut d’être coupables des tueries d’Oslo, en sont responsables… TF1, ou le summum de la « pensée automatique » : s’obstiner dans les pseudos-évidences alors qu’elles ont été démenties par la réalité [7].

À moins que TF1 ait décidé, sinon d’excuser, du moins de tenter de comprendre et d’expliquer, à sa façon, le carnage du 22 juillet et les motivations jusqu’alors inconnues du principal suspect. En aurait-il été de même si le coupable avéré avait été le coupable désigné – le « terrorisme islamiste » ? Rien n’est moins sûr.

Julien Salingue et Frédéric Lemaire

Bonus : un dessin aussi désopilant que visionnaire (publié sur yahoo.fr).

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Notes:

[1] Un article dont la prouesse analytique a également été relevée par « Arrêts sur image » (http://www.arretsurimages.net/vite....) et moquée par Sébastien Fontenelle sur son blog (http://www.politis.fr/Vont-Ils-Fair...,14978.html).

[2] Repris ici sur le site du quotidien, mais identique à celui de la version papier.

[3] Egalement relevé par « Arrêts sur images » (http://www.arretsurimages.net/vite....).

[4] Notons ici que la presse française n’est pas unique en son genre. Un correspondant en Belgique nous a signalé un article, publié dans le quotidien le Soir daté des 23-24 juillet, qui ressemble à s’y méprendre aux exemples que nous venons de citer. Extraits : « Alors que le mystère demeurait total quant aux motifs et aux commanditaires de l’attentat à la bombe, les spéculations vont bon train. L’hypothèse d’un acte terroriste commis par des fondamentalistes musulmans est la plus souvent citée. "Il est difficile d’imaginer qu’il s’agisse d’autre chose, estime un expert en affaires de terrorisme, Tore Bjørgo, interrogé par la radio-télévision NRK. "De plus, la cible est le symbole le plus fort du pouvoir politique norvégien". La participation de la Norvège à la guerre en Afghanistan, depuis 2001 aux côtés des Etats-Unis, avait valu des menaces à ce fidèle allié des Américains. Ayman al-Zawahiri, décrit comme le nº 2 d’Al-Qaïda, s’en était pris nommément à Oslo à la fin de 2007. Les avions de l’armée norvégienne participent aussi aux bombardements visant la Libye. Autre motif potentiel, la publication en 2006 dans la presse norvégienne de certaines des caricatures de Mahomet. Ces dernières, publiées l’année précédente par un journal danois, avaient suscité de virulentes réactions de la part de musulmans qui les jugeaient blasphématoires. »

[5] Le même soir, ce bric-à-brac de justifications des thèses de l’« attaque d’Al Qaida » sera repris au JT de 20h de TF1 (http://videos.tf1.fr/jt-we/norvege-...). Un sujet est dédié à l’évocation des potentiels auteurs des attentats. Dans l’extrait, le journaliste rappelle que les enquêteurs en appellent à la retenue et ne privilégient aucune piste. Ce n’est semble-t-il pas le cas des journalistes, qui penchent très nettement du côté de la « piste » Al Qaida.

[6] Sur le site « TF1 News » (http://videos.tf1.fr/infos/2011/att...).

[7] N’oublions pas France 2 et soulignons ici que Philippe Rochot, lors du 13h le même jour, a proposé un raisonnement du même type.

LE MASSACRE NORVEGIENS POSSIBLE EN FRANCE ? (On dit: "Merci Faf-Watch! Le meilleur site de faf-watching de tout les site de faf-watching!")

Pourquoi pas ?

Les candidats suffisament déterminés et dangereux existent, ce blog en est l’illustration. Au delà des gamins paumés qu’on peut observer, il y a des élements qui semblent plus dangereux que les autres.

Les nazillons qui manipulent des armes de poing ou de chasse sont nombreux et ils adorent les exhiber. Les groupuscules identitaires montent presque tous des clubs d’entrainement aux sports de combats…

Il y a aussi des profils plus atypiques, anciens militaires ou travaillant pour des boîtes de sécurité.

Parmi ces esprits tordus, certains sont plus instables que d’autres et passent à l’acte, les évènements survenus à Lyon l’illustrent de façon dramatique.

Un tordu déterminé et dangereux, nous allons vous en présenter un nouveau :

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Selon son profil, le sujet du jour est un ancien légionnaire en contrat avec SECOPEX.

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Confirmé plusieurs fois :

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Il a une vision des choses assez singulière :

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De quoi s’interroger (http://www.lemonde.fr/idees/article...) sur le rôle joué par les mercenaires de SECOPEX dans les conflits où ils interviennent au passage…

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SECOPEX est « en sommeil » depuis l’assassinat récent de son patron (http://www.rue89.com/2011/05/14/fra...), cet individu se trouve actuellement chez lui à Calvi. A noter qu’il doit se rendre de temps en temps à Varetz dans le Limousin, sa copine y habite.

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DES VIOLENCES LYONNAISES D’EXTREME-DROITE A CELLES DE NORVEGE (Rebellyon le 26 juillet 2011)

Il ne s’agit pas ici de tenter de ramener à nous la couverture médiatique des drames norvégiens. Ou de comparer ce qui n’est pas comparable. Mais de montrer dans quelle mesure les violences et les théories d’Anders Breivik ne sont pas celles d’un fou, d’un néo-nazi taré ou d’un loup solitaire [1] égaré qui aurait grappillé sur internet des idées alambiquées pour s’en faire une folle croisade... Mais qu’elles sont représentatives d’un courant dont les théories et pratiques sont malheureusement connues sur Lyon.

Cibler et attaquer les personnes opposées au racisme

Depuis 18 mois, les vio­len­ces d’extrême droite contre des mili­tant-e-s anti­ra­cis­tes, anti­fas­cis­tes ou tout sim­ple­ment liber­tai­res se sont mul­ti­pliées à Lyon. Celles qui ont fait l’objet de plain­tes ont cumulé plus de 270 jours d’ITT, sans comp­ter celles qui n’ont pas été trans­mi­ses à la jus­tice comme la der­nière. La plu­part d’entre elles n’ont rien à voir avec des ren­contres mal­heu­reu­ses dans une ville deve­nue trop petite pour un mou­ve­ment liber­taire rela­ti­ve­ment implanté et des mou­ve­ments racis­tes radi­caux cher­chant à s’affi­cher sur le ter­rain. Le Préfet a beau parler d’une gué­guerre, expli­ca­tion bien pra­ti­que reprise par la plu­part des jour­naux locaux, il s’agit en fait d’une stra­té­gie au long cours de ter­ro­ri­sa­tion, de plus en plus grave. Pour ne citer que les épisodes lyon­nais les plus mar­quants sur cette ques­tion depuis début 2010 [2] :

- atta­que d’une manif anti­ra­ciste contre le projet de loi Besson (http://rebellyon.info/A-Lyon-les-fa...)

- attente et agres­sion de mili­tants syn­di­ca­lis­tes reconnus comme tel alors qu’ils vont au res­tau­rant, avec barres de fer et chaî­nes de vélo (http://rebellyon.info/Agression-fas...)

- guet-apens de per­son­nes iso­lées sor­tant d’un concert dans un squat, à coups de barre de fer et de battes de base-ball (http://rebellyon.info/Une-attaque-f...)

- agres­sion de mili­tants dif­fu­sant des tracts à l’entrée d’un lycée, au gomme-cogne (http://rebellyon.info/Agression-fas...)

- suivi, attente et agres­sion vio­lente d’une per­sonne iden­ti­fiée comme étant proche d’anti­fas­cis­tes dans son hall d’immeu­ble. (http://rebellyon.info/Des-fafs-lyon...)

Il nous semble que Breivik, dans toute sa para­noïa et son délire, a pla­ni­fié, orga­nisé son mas­sa­cre en pre­nant la mesure de la haine dif­fu­sée à l’encontre des per­son­nes qui sont ici oppo­sées au racisme d’Etat, et celles en Norvère repré­sen­tant poli­ti­que­ment un sou­tien aux per­son­nes immi­grées. Tous les jours des mes­sa­ges de ce type sont publiés par de poten­tiels Breivik sur leurs sites de pro­pa­gande, de Novopress [3] à Fdesouche [4], comme sur les forums des jour­naux indus­triels, du Progrès au Figaro en pas­sant Libération, qui leur ser­vent de for­mi­da­bles cais­ses de réso­nance.

En abat­tant froi­de­ment des dizai­nes de jeunes du Parti tra­vailliste, Breivik cher­che à mon­trer à cette mou­vance isla­mo­phobe plus ou moins orga­ni­sée tout à la fois une cible et un modus ope­randi à suivre. Cette mou­vance s’y reconnait d’ailleurs : elle dénonce dans cet atten­tat un com­plot franc-maçon tout en for­mu­lant des mena­ces simi­lai­res à peine voi­lées et en trou­vant des excu­ses au mas­sa­cre (Riposte Laïque, Bloc Identitaire, etc.).

" Pourquoi a-t-il ciblé ses com­pa­trio­tes et non ceux qui font l’objet de ce qui serait, d’après la presse, sa haine ordi­naire, les musul­mans ? Si la chose était avérée, je l’expli­que­rais tout sim­ple­ment par le détour­ne­ment de sa haine envers ceux qui ont toléré, rendu pos­si­ble ce mul­ti­cultu­ra­lisme et le rem­pla­ce­ment de popu­la­tion qui lui serait devenu insup­por­ta­ble. " Riposte Laïque [5]

L’extrême-droite lyon­naise, néo-nazie ou « iden­ti­taire », n’a elle pas attendu Breivik, même si ses actes peu­vent paraî­tre anec­do­ti­ques au regard d’Utoeya. Cette vio­lence prend la forme quasi reli­gieuse d’une puni­tion à l’égard non pas des immi­gré-e-s mais de celles et ceux, qui, cons­ciem­ment, volon­tai­re­ment, pen­sent que l’immi­gra­tion ne doit pas servir de main d’oeuvre cor­véa­ble à merci qu’on jette quand on n’en a plus besoin, qui refu­sent qu’une reli­gion fasse office de bouc-émissaire cari­ca­tu­ral, ou qui n’ont pas le sen­ti­ment para­noïa­que de perdre leur culture (cari­ca­tu­rée, fan­tas­mée) au contact des autres.

L’acte lui-même de Breivik, par son carac­tère mons­trueux, de masse, a pour effet (ou pour but) de désin­hi­ber la vio­lence des isla­mo­pho­bes, en la légi­ti­mant théo­ri­que­ment d’une part, et d’autre part en ren­dant mineure toute future agres­sion. Il faudra long­temps espé­rons-le avant qu’un mas­sa­cre de cette ampleur ait à nou­veau lieu en Europe mais il reste toute la place à ces vio­len­ces quo­ti­dien­nes, de har­cè­le­ment, atté­nuées par avance par la radi­ca­lité de cette décla­ra­tion de guerre.

Breivik, un nazi ? Identitaire plutôt

Alors que l’on se plait chez nos éditocrates à nous res­sor­tir le cliché des nazis, et avec elle une peste brune cari­ca­tu­rale, tatouée jusqu’au cou, bête à manger du foin avec une pas­sion com­pul­sive pour l’ico­no­gra­phie de la seconde guerre mon­diale [6], il nous semble impor­tant d’ana­ly­ser le dis­cours de Breivik pour le situer clai­re­ment dans la famille de l’extrême-droite. Il se dis­so­cie très clai­re­ment des nazis [7], dont il qua­li­fie l’idéo­lo­gie de « hai­neuse ». Il appa­raît beau­coup plus proche théo­ri­que­ment des Identitaires, implan­tés entre autres à Lyon, notam­ment :
- par la cen­tra­lité de son isla­mo­pho­bie
- à tra­vers la para­noïa d’une extinc­tion cultu­relle de l’Ouest de l’Europe (l’Occident)
- par son sou­tien affirmé à la poli­ti­que de l’Etat israë­lien [8].

Accessoirement, il est en rup­ture avec une extrême-droite par­le­men­ta­ri­sée, plus rin­garde théo­ri­que­ment, et peut-être moins radi­cale dans ses propos. Pour autant il n’est pas hos­tile à la conquête du pou­voir par les urnes, comme nos Identitaires, tandis que chez les néo-nazis cela tient actuel­le­ment de l’épiphénomène. Les Identitaires ont bien reconnu leur proxi­mité théo­ri­que, en héber­geant rapi­de­ment en Russie la vidéo de Breivik pour pou­voir la dif­fu­ser à la une de leur pseudo agence de presse [9] Novopress le len­de­main du mas­sa­cre, ainsi que son traité pra­ti­que de ter­ro­ri­sa­tion.

La ques­tion qui taraude : com­bien d’Identitaires fran­çais ont-ils reçu le mail de Breivik du 21 juillet qui conte­nait son opus­cule [10] ? Il est à peu près sûr que cer­tains l’ont reçu, étant donné
- les liens qui ne sont plus à démon­trer du nor­vé­gien avec l’English Defence League anglaise [11]
- les rela­tions étroites des Identitaires fran­çais avec le groupe anglais, qui s’était déplacé en masse pour la marche avor­tée « des cochons » à Lyon, en mai der­nier [12]

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- l’uti­li­sa­tion impor­tante de Facebook parmi les deux grou­pes, l’un des moyens appa­rem­ment par lequel Breivik com­mu­ni­quait inter­na­tio­na­le­ment et sur­tout grâce auquel il a choisi les des­ti­na­tai­res de son docu­ment. On saura cer­tai­ne­ment pro­chai­ne­ment qui de nos petits iden­ti­tai­res lyon­nais l’a reçu.

Une stratégie médiatique

Enfin, ce qui rap­pro­che le plus Breivik des « Identitaires » c’est sa stra­té­gie média­ti­que uti­li­sant l’ensem­ble des tech­ni­ques de com’ qu’on peut appren­dre dans une Ecole de Commerce. Teaser, vidéo, stra­té­gie en réseaux sociaux, maî­trise de son image [13], com­mu­ni­ca­tion gra­phi­que et mar­quante, com­pré­hen­sion pré­cise du fonc­tion­ne­ment des jour­na­lis­tes et des jour­naux [14], notion d’événement, de buzz, etc. Rien ne manque à la pano­plie du serial killer mar­ke­teur, comme à celle du radi­cal hai­neux d’extrême-droite déguisé en petit citoyen inof­fen­sif amou­reux de son picrate. Ca tombe bien, ils ont des « concepts » qu’on peut faci­le­ment repren­dre : depuis la presse qui donne un for­mi­da­ble écho à un ras­sem­ble­ment ridi­cule à Lyon, jusqu’à l’assem­blée natio­nale et l’igno­ble apéro sau­cis­son-pinard isla­mo­phobe pour la partie voyante et décom­plexée, le reste se retrou­vant dans des textes de lois. Jusqu’au jour où le masque du concept tombe et que le monde entier voit clair dans ce jeu.

De Lyon, nous envoyons un salut fra­ter­nel et déter­miné à toutes les per­son­nes tou­chées par cette froide et machia­vé­li­que décla­ra­tion de guerre.

Le nombre d’arti­cle sur le sujet sur inter­net est énorme, ci-des­sous quel­ques liens pour une mise en pers­pec­tive :

- Carnage d’Oslo : les droi­tes ultras fuient leurs res­pon­sa­bi­li­tés (http://www.lepost.fr/article/2011/0...)., com­pre­nant une mise en pers­pec­tive avec la situa­tion lyon­naise. (LePost.fr)

- Petites réflexions sur l’atten­tat et le mas­sa­cre per­pé­tré à Oslo (http://bibifa.wordpress.com/2011/07...). (bibifa.word­press.com)

- Des enne­mis ima­gi­nai­res qui font de vrais morts (http://hyperbate.fr/dernier/?p=17021), avec entre autres infos inté­res­san­tes, une ana­lyse gra­phi­que de l’implan­ta­tion du terme « de souche » dans le champ lexi­cal.

- D’Oslo : « inex­cu­sa­ble » drame face au danger d’extrême droite, http://www.rue89.com/2011/07/25/dos...) - inter­view de Mad Andreas, Institut de Sciences-Politique à Paris (rue89)

- À propos de la foca­li­sa­tion pre­mière des médias sur un atten­tat sup­posé « isla­mi­que », voir pour rappel un papier de 1995 dans le monde diplo­ma­ti­que, inti­tulé Experts en ter­ro­risme (http://www.monde-diplomatique.fr/19...) et fai­sant suite à l’atten­tat d’Oklahoma (http://fr.wikipedia.org/wiki/Attent...).

- Les réac­tions de l’extrême-droite fran­çaise sont très inté­res­san­tes. Plus inté­res­sante encore sont les réac­tions d’une partie de la droite (UMP, droite popu­laire: http://www.rue89.com/2011/07/25/la-...) qui porte plainte contre le MRAP, suite au com­mu­ni­qué publié dans la presse (http://www.mrap.fr/contre-le-racism...).

Coté Front National, après les réac­tions de Gollnish, voici deux cap­tu­res d’écran assez éloquentes de la posi­tion de deux cadres de ce parti, dont un membre de son bureau poli­ti­que :

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Capture ecran blog Jacques COUTELA (FN)

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Capture ecran twitter de Laurent Ozon (FN)

Notes:

[1] Sur la notion de « Lone wolf », voir Le cas Anders Behring Breivik : un imaginaire de « lone wolf » ? (http://droites-extremes.blog.lemond...) sur le blog Droites Extremes.

[2] Pour une liste plus exhaustive, voir l’article Retour sur 2 ans de lutte à Lyon contre l’extrême-droite et ses agressions (http://rebellyon.info/Retour-sur-2-...).

[3] Les identitaires ont publié sur leur pseudo agence de presse, novopress, plusieurs articles au sujet du massacre. Après avoir affirmé que les liens d’extrême droite sur la page Facebook du tueur étaient le résultat d’un montage (Gabriac, es-tu là ? http://rebellyon.info/Alexandre-Gab...), ils se sont empressés de publier la vidéo du tueur, apologie de la croisade moderne contre l’islam.

[4] Fdesouche, après avoir recueilli des milliers de commentaires racistes, dont un grand nombre ne se privent pas d’approuver le massacre, au nom notamment d’une prétendue inévitable guerre civile européenne, titre en Une : « Immigration en Norvège : on ne reconnaît plus notre pays ! » histoire de légitimer un peu plus le massacre. voir notamment l’article Lu sur Fdesouche : Anders Behring Breivik « a des arguments cohérents » (http://www.liberation.fr/politiques...).

[5] Pour ne citer que cet article de Sylvia Bourdon du 25 juillet, d’autres du même acabit sont disponibles sur ce site, qui a pour vocation de fournir des kits d’argumentaires islamophobes tout prêts.

[6] Du genre de celle que nous offre régulièrement le site FafWatch.

[7] Sur Lyon, les Identitaires ne manquent pas non plus une occasion pour tenter de se dissocier publiquement des néo-nazis, stratégie électorale oblige, mais leurs fréquentations communes sont nombreuses et ils ne sont franchement pas assez nombreux pour organiser un rassemblement sans le renfort de ces troupes moins présentables. Le stade de Gerland sert de point de rencontre entre les deux groupes.

[8] Sur le soutien de Breivik à Israël et sa proximité théorique avec les auteurs israëliens les plus conservateurs voir les recensions de Nidal

[9] Qui ne trompe que Google News.

[10] Breivik aurait envoyé à 5700 contacts son manuel, ne voulant pas risquer sa non-diffusion par l’échec possible de son action. Le nombre est suffisamment large pour ne pas trop impliquer judiciairement les destinataires, mais pas assez important pour ne pas marquer localement ses contacts.

[11] English Defence League (http://fr.wikipedia.org/wiki/Englis...), pour voir les liens suivre le compte Twitter @everythingedl (http://twitter.com/#!/everythingedl) de veille antifasciste sur le groupe islamophobe anglais. Voir aussi le site associé : Exposing The English Defence League (en) (http://exposingon.tumblr.com/) ainsi que les nombreuses captures d’écran à charge (http://twitpic.com/photos/everythingedl)

[12] L’EDL avait notamment été invité à Lyon par le Bloc identitaire à l’occasion de leur rassemblement du 14 mai dernier.

[13] Quand on voit sa tête sur les dernières photos, elles n’ont pas grand chose à voir avec celles du jeune blondinet diffusées dans un premier temps : c’était celle qui était le plus facilement retrouvable sur internet, son « avatar Twitter ».

[14] Qui ont ainsi, avec les réseaux sociaux, aidé à la diffusion massive de sa propagande, ce qui semble avoir été l’un de ses objectifs.



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