Indymedia Grenoble

Les indigné-e-s à Grenoble : chroniques d’un échec.

Wednesday 21 September 2011 par anonyme

[Infos locales] [Soupe politicienne]

Ce texte a été écrit il y a trois mois, alors que le mouvement des indigné-e-s vivrait ses dernières heures. Il a depuis été perdu dans un coin, puis retrouvé par hasard. Je le poste à présent parce je pense qu’il reste (malheureusement) tout à fait d’actualité.

De la redondance du marasme révolutionnaire.

Tout était bien parti pourtant... Entre 100 et 200 personnes de situations sociales, d’origines et d’idées politiques diverses et variées qui se rassemblent (presque) spontanément chaque soir. Et pourtant deux semaine plus tard c’est un flop monumental. L’effet "boule de neige" n’a pas eu lieu, et l’assemblée se trouve maintenant réduite à quelques acharné-e-s. L’échec est d’autant plus rude que Grenoble est sensée être une ville connue pour son militantisme.

On pourrait être tenté de croire que cette tradition militante rend cet échec d’autant plus incompréhensible. En fait c’est peut-être l’inverse qui s’est produit, et il serait sage de chercher à savoir dans quelle mesure le folklore militant a contribué à tuer dans l’oeuf une initiative pourtant prometteuse.

A y regarder de plus près, on constatera que ces assemblées organisées chaque soir ont d’une certaine manière été confisquées par des militants "professionnels", comprendre des gens pour qui le fait de se réunir en vue de lutter contre le système en place est tout sauf spontané. Bien sûr, on a pu voir passer des personnes sans grande expérience du militantisme. Certaines sont restées, et ont pu au cours de ces deux semaines acquérir un certain grade. Mais le constat fâcheux reste que la plupart de ces personnes sont reparties aussi sec pour laisser discuter entre elles des têtes connues du "middle".

A la question du pourquoi, les réponses sont déjà toutes trouvées : pour les uns c’est forcément à cause du manque d’organisation, pour les autres c’est bien entendu à cause de trop d’organisation. Y’a comme un air de déjà-vu me direz-vous...

Une nouveauté toutefois, ce coup-ci on n’aura pas vu flotter les drapeaux de la CGT ou de l’UNEF, tout comme on n’aura pas entendu les appels à la négociation raisonnable avec le pouvoir. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais la contrepartie est que l’on est bien forcé de se rendre compte qu’un mouvement n’a pas forcément besoin d’être trahi pour s’auto-saborder.

La question qui se pose à présent est donc de savoir pourquoi un tel mouvement, même débarrassé des sociaux-traitres assumés, parvient malgré tout à se désintégrer en plein vol?

Le fait est que la question des modes d’organisation a largement occulté un autre aspect du problème. Beaucoup de personnes sont régulièrement venues exprimer leurs difficultés personnelles, leurs ressentis, leurs aspirations. Ce mouvement s’adressait d’ailleurs à ces personnes, cette fameuse majorité silencieuse à qui l’ont était sensé donner la parole. En théorie.

En pratique le constat est tout autre. Certes elles ont pu parler sans être coupées. De là à dire qu’elles ont été écoutées... La loi a ceci de particulier qu’elle découle d’une réflexion et qu’elle est promulguée dans un certain "esprit". Sauf qu’à l’usage elle est généralement appliquée sans trop de questionnement, allant parfois jusqu’à en perdre son sens originel.

Que dire dans ce cas des tours de paroles? L’idée est généreuse, permettre à tout un chacun de s’exprimer sans être coupé, redonner la parole à celles et ceux qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer. Mais à quoi cela rime-t-il lorsque malgré le silence imposé personne ne s’écoute. A quoi bon laisser parler les gens si c’est pour ne pas écouter ce qu’ils ont à dire...

Finalement, on se retrouve avec les mêmes débats (chiants il faut le dire) que dans les autres mouvements, ces mêmes débats qui prennent une importance démesurée au fur et à mesure que le fond politique disparait. On prétend combattre un système technocratique? On prétend redonner la parole au peuple? On prétend s’affranchir du consumérisme? Mais qu’a-t-on fait concrètement à part recréer ce système dans ses aspects les plus détestables? A part brasser du vent, à part s’écouter sans s’entendre, à part consommer la lutte?



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