Indymedia Grenoble

Adresse aux écologistes à propos du Lyon-Turin

Tuesday 8 November 2011 par libeludd

[Infos locales] [Sciences / Nécrotechnologies] [Ville / Environnement] [Soupe politicienne]
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Nucléaire, nuisances, pollutions, intérêts industriels, poids lourds, concurrence ...

Pourquoi vous ne pouvez pas soutenir la liaison ferroviaire Lyon-Turin.

Pensé depuis 1994, un projet de nouvelle liaison ferroviaire prévoit de creuser le plus long tunnel d’Europe (53 km) pour faire franchir les Alpes à 40 millions de tonnes de marchandises par an, et pour faire gagner 45 minutes aux voyageurs entre Lyon et Turin. Annoncée pour 2023, cette autoroute ferroviaire coûtera au moins 25 milliards d’euros. Elle implique, en plus du tunnel international, le creusement de tunnels sous les massifs de Belledonne et de Chartreuse, et la construction de 200 km de voies nouvelles en France.

En Italie, le projet appelé TAV («treno alta velocità») se heurte à une résistance déterminée de tous les habitant.es du Val di Susa. C’est aujourd’hui retranchées derrière 600 policiers et soldats que travaillent les pelleteuses sur le site de la Maddalena.

Côté français les Verts ont participé au projet depuis le début, comme le rappelle Gérard Leras, conseiller régional vert : «initialement le Lyon-Turin était un projet voyageurs, ce sont les Verts qui lui ont fait prendre le virage du transport de marchandises» (Dauphiné Libéré, 20/12/05). En défendant à tort l’idée que le fret allait diminuer le trafic routier, les Verts sont devenus la caution écologique du projet. C’est en reprenant leurs arguments que Borloo pouvait déclarer en 2007 : «les projets comme celui-là sont essentiels pour la réduction des émissions de CO2, et pour la sauvegarde de la planète à laquelle nous nous sommes engagés». Depuis 2007, les Verts ont cessé de prendre position sur le Lyon-Turin. Les très fortes mobilisations de cet été en Val di Susa contre le TAV ont fait reprendre enfin le débat chez les écologistes. Il serait temps qu’ils prennent position clairement et cessent de servir de caution.


1/ Intérêts Les grands projets favorisent le rapprochement entre intérêts politiques et intérêts industriels, voire mafieux en Italie, au détriment des intérêts des populations.

2/ Effets Expositions à l’amiante, à l’uranium, augmentation du trafic, pollution, vallées défigurées. Les effets sont dévastateurs, immédiats et à long terme, sur les territoires directement touchés (Val Susa, Maurienne, Chartreuse ...), mais aussi sur tous les abords des Alpes.

3/ ISO 14001 Non, le TAV n’est pas «éco-compatible». Il suit une logique industrielle, qui s’est toujours opposée à une logique du vivant, de la décence et de la juste mesure.

4/ Nucléaire Faut-il rappeler que les TGV roulent au nucléaire? Cent trains par jour ne vont pas dans le sens d’une sobriété énergétique, au contraire. Accepter le TAV, c’est renoncer à toute perspective de sortie du nucléaire.

5/ Poids lourds Et les camions alors ? Mais le TAV n’arrêtera pas le transport routier de marchandise : c’est l’alibi gros comme un 38 tonnes. À l’inverse, en facilitant la traversée des Alpes, il va permettre d’affréter encore plus de camions sur l’axe Lisbonne-Kiev. Le transport routier de marchandises est tellement présent, efficace et concurrentiel pour les entreprises, que le train n’y changera rien. Si l’on veut arrêter les camions, il faut les arrêter eux, et défendre une économie locale, pas leur creuser une nouvelle voie royale.

6/ Pas chez moi Le TAV ne diminue pas le trafic des camions, mais le repousse chez les voisin. Tant pis pour eux ? Et les personnes qui soutiennent le TAV, sont-elles prêtes à aller habiter aux abords des zones de percement ... jusqu’en 2023 ?

7/ Économie Et l’activité économique des vallées ? Autoroutes et Tgv ne produisent pas de richesse pour les populations : elles monopolisent l’économie autour de certaines activités industrielles, et négligent le reste. Les travaux vont créer de l’emploi aujourd’hui ? Mais quand les Alpes seront réduites à des tunnels et des stations, il sera inutile de réclamer une économie locale et une agriculture saine.

8/ Démocratie En Val di Susa, la population d’une vallée entière s’oppose au TAV depuis des années. Devant l’ampleur de la mobilisation, il est indécent de poser la question des travaux et du choix du tracé : ce qui se joue, c’est avant tout la liberté des populations à décider pour elles-mêmes. Ceux qui soutiennent le TAV ne peuvent pas donner des leçons de démocratie.

9/ Politique Le dossier TAV, l’aéroport Notre-Dame-des-Landes et la LGV du Pays-Basque, ne sont pas des questions à laisser aux bureaux d’étude et à la langue-de-bois. Ce sont des questions historiques, qui demandent une réponse politique. Le TAV suit la même logique que la Rocade Nord à Grenoble, seule l’échelle change.

10/ Containers & cravates Le TAV s’inscrit aussi dans une logique de mise en concurrence des territoires et des marchandises à l’échelle européenne, et dans la construction du corridor industriel appelé "sillon alpin". Qui veut habiter une "conurbation", une ville unique de Valence à Genève ? Seuls les hommes d’affaire souhaitent que la banlieue turinoise devienne celle de Grenoble. Ils veulent "effacer les Alpes", nous les habitons.


Le TAV est un projet qui va à l’encontre des intérêts des territoires et des populations locales, et aura des répercussions néfastes sur l’ensemble des régions de part et d’autre des Alpes. Il accroît l’industrialisation des espaces naturels et la prédominance des marchandises sur les personnes. Il renie pour toujours la possibilité d’une économie locale et décente. Il met les peuples en concurrence, au lieu de les relier. Le TAV n’a rien à nous offrir : c’est un projet obsolète, dernier né d’une logique marchande et technocratique.

Face à ceux qui défendent les intérêts industriels et leurs projets irresponsables, il ne doit plus y avoir de légitimation verte, mais une opposition critique et solide. Nous sommes liés aux italiens en lutte par des pratiques des idées communes, pas par des foreuses.

Groupe Libeludd. Libertaires & luddites à Grenoble.

Contact : libeludd [arobase] laposte [point] net-



Compléments d'informations :
c’est sur.
par anonyme,
le 16 November 2011
LGV : oui au fret !
par anonyme,
le 28 November 2011

Être contre un projet est votre droit, mais pour cela il ne faut pas tordre la réalité :

Il y a une forte mobilisation côté italien en 1er lieu contre l’arrogance des mafieux de Berlusconi (qui voulaient passer en force et se partager le gâteau des travaux sans prendre en compte les intérêts des habitants). Maintenant que Berlu est out, la discussion peut reprendre. Le projet peut être modifié pour aller dans le sens des gens locaux aussi.

On ne peut pas vouloir transférer le transport de marchandise de la route vers des modes doux, sans en créer des modes doux, donc du rail, des voies fluviales... et pour avoir de la famille en Maurienne, je peux vous assurer que les gens de la vallée rêvent que les camions disparaissent : enfants malades, bruits, pollution... Regarder l’exemple Suisse, les camions sont sur des trains et l’environnement n’en est que plus agréable !

Cela fait 20 ans que les gouvernements français successifs disent vouloir mettre des milliards dans le fret, sans jamais débloquer le moindre euro : parole, parole...! Et au final, la route gagne encore et toujours du terrain. S’opposer à ce projet de fret, c’est faire l’affaire des routiers, du statu quo... on gueule que tout va mal et comme ça rien ne change !!

réponse au commentaire précédent
par collectif Notav-savoie,
le 30 January

Sur la mobilisation en Italie :

Les promoteurs du projet en Italie ont bien sûr essayé de négocier avec le mouvement NoTav en leur proposant un aménagement du tracé ; certaines municipalités se sont laissées convaincre mais pas toutes (loin de là), et surtout, pas les habitant.e.s en lutte, qui ne sont pas pour un « meilleur tracé » mais sur une ligne « ni ici ni ailleurs », ayant bien compris l’inutilité complète du projet à part pour les industriels.... que Berlusconi ne soit plus là ne change rien à ces intérêts.

Les italien.ne.s du Val de Susa ont compris, et proclament depuis longtemps, qu’ils et elles n’ont strictement AUCUN intérêt à ce que leur vallée soit traversée par des trains, qu’ils soient tgv ou de marchandise, et quel que soit le détail du tracé.

« On ne peut pas vouloir transférer le transport de marchandise de la route vers des modes doux, sans en créer des modes doux, donc du rail, des voies fluviales... »

Savez-vous qu’il existe déjà une ligne ferroviaire, dite « historique », dont la capacité d’environ 20 millions de tonnes par an n’est utilisée qu’à 10-15% depuis des années ? Pour faire le fameux report modal dont vous rêvez, il ne s’agit donc pas de « créer » une infrastructure (qui existe!), mais d’avoir la volonté politique – qui, comme vous le dites, est absente en france depuis toujours. Construire une infrastructure pour 24 milliards d’euros publics est indécent et injustifiable, tant que la ligne existante n’est pas saturée. Cela cache en tout cas d’autres intérêts, pour qui l’alibi du ferroutage est bien pratique...

Le collectif NoTav-Savoie, rêve comme vous que les camions disparaissent des vallées savoyardes. Mais il ne croit juste pas que le Lyon-Turin soit la solution, mais au contraire la continuation de la fuite en avant productiviste et libérale. On n’arrête pas les camions en encourageant la traversée des alpes par des millions de tonnes supplémentaires de fret !Le problème, c’est bien ce transport inutile et massif de marchandises. Au passage, des mauriennais.e.s nous ont rappelé récemment que des trains de marchandises qui défilent toute la journée, ça n’est pas vraiment silencieux...

Ajoutons que le chantier Lyon-Turin n’a rien, mais vraiment rien, de « doux » : 15 ans de trafic de camions chargés de déblais (12 pyramides de Kéops en tout, à stocker en maurienne et grésivaudan – ce qui représente 460 camions par jour tous les jours sur 15 ans), stockage en plein air de déblais contenant de l’amiante, assèchement de sources, rejet par le tunnel de base d’eaux souterraines chaudes et chargées en minéraux.

Enfin : l’«Autorité Environnementale » (émanation du ministère de l’écologie et du DD) elle-même, a jugé en décembre 2011 le bilan carbone global de la réalisation du Lyon-Turin, non satisfaisant par rapport aux engagements internationaux, voir carrément négatifs si le calendrier de réalisation traînait un peu, ce qui est plus que probable. Le même avis juge l’étude d’impact de la phase 1 (accès au tunnel de base, partie Lyon-Chambéry et tunnels sous Chartreuse et Belledonne) très insuffisante, et regrette l’absence de justification socio-économique stabilisée du projet. Ce document est téléchargeable en tapant « 111207 RFF accès Lyon-Turin avis délibéré » sur un moteur de recherche.

« Regarder l’exemple Suisse, les camions sont sur des trains et l’environnement n’en est que plus agréable ! »

Leur environnement peut-être, mais avant de monter sur ces jolis trains, les camions ont bien du traverser d’autres régions... Même ferroviaire, une autoroute reste une autoroute : un super outil pour le capitalisme, pour faire circuler tout et n’importe quoi plus loin et plus vite, et au final mettre en concurrence les peuples, et consommer de manière irresponsable énergie, espace et paysages.

Retrouvez ces arguments plus développés, et bien d’autres, sur Indymedia Grenoble : « NO TAV/Lyon-Turin : tract argumentaire du collectif Notav-savoie », 4 janvier 2012.

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