Indymedia Grenoble

Les Jeux Olympiques des Indignés

Wednesday 9 November 2011 par anonyme

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Le plan d’austérité annoncé lundi par François Fillon, dans le rôle du clown blanc, est supposé endiguer la crise économique qui frappe actuellement la France, comme la Grèce et le monde entier. Ce qui ne résoudra rien mais qu’importe, puisque ce n’est pas à nous d’en payer les conséquences.

Cependant notre incapacité à nous unir et à construire massivement devant cette crise avant tout démocratique et morale, nous poussent, en réaction à l’individualisme ambiant, et au principe même d’austérité, à mettre en commun les moyens de subsversion d’un soulèvement globalisé, et à populariser une nouvelle forme d’action : pour rallumer la flamme, inventons les Jeux Olympiques des Indignés.

Saluons au passage la courageuse décision de Georges Papandréou, et afin de donner plus de voix encore aux humiliés et aux insoumis – ou ceux qui le deviennent – voici les bases d’un projet à développer ensemble.

Les motifs de l’indignation et les idéaux alternatifs sont nombreux, et ceux qui les défendent le sont également de plus en plus. Mais où se trouve ce qui reste véritablement de dignité et de fierté pour beaucoup d’entre nous ? Et que nous voyons devenir omniprésent, et cependant divisionnaire, vénal et déshonorant : je veux parler du loisir, et notamment du sport, qui porte originellement un espoir de fraternité, ainsi qu’une confrontation des conceptions de l’homme et de ses valeurs : une énergie profondément spirituelle.

Pourtant le sport, et par extension, disons le divertissement, est vécu, par la plupart de manière passive. De même que l’imposture des médias en général, qui n’est surmontable qu’individuellement. Difficile à concevoir pour la jeune génération, et le même problème est là, béant : où sont les alternatives aux loisirs malsains qu’on nous assène (TV, jeux vidéos, réseaux sociaux, hédonisme forcené,etc.), et que guident les désillusions et la peur de l’autre ? Où sont nos jeux de société ?

L’alternative à visage humain réside principalement dans la manif, qui comme d’autres formes semblables d ‘engagement politique, sont marginalisées car ennuyeuses et quasi-inutiles. De fait, la jeunesse se désolidarise. On s’aperçoit qu’on tourne en rond : il nous faut faire du neuf avec du neuf. Quelquefois des chants, des pique-niques ou des actions symboliques sauvent la face, cela va dans le bon sens.

Une bonne ambiance est nécesaire au bon déroulement de notre mouvement, mais n’en est-elle pas même la finalité ? Mettons donc l’accent sur des évènements populaires (sportifs, concerts de soutien, actions originales, etc.) aux endroits symboliques des aberrations que nous rejetons, c’est-à-dire les hauts-lieux de la finance ostentatoire.

Les Jeux Olympiques des Indignés proposent de nouvelles formes d’actions, basées sur notre droit le plus fondamental : le plaisir. Il importe de nous le réapproprier, d’en devenir les démiurges : en un mot ré-apprendre à s’amuser. De façon constructive certes, mais comprenons bien que le monde que nous voulons passe par l’unité d’une ferveur solidaire, d’une dynamique venue d’en bas : ce contre quoi toute diabolisation et toute opposition est vaine. Nous ne prétendons pas ici avancer nos solutions, mais s’en donner les moyens.

En glorifiant nos propres idées originales, il s’agit de rendre les gens fiers d’être indignés, en exposant au grand jour et en confrontant notre différence aux mensonges d’une bureaucratie destructrice.

Ayons la volonté d’une dénonciation efficace d’un monde où les relations entre êtres humains sont devenues tristement protocolaires, au sein même de ce système dit de ’libre-échange’. Les moyens que nous prônons sont la démonstration en actes du refus de l’austérité qu’on nous prédit, qui est elle-même une atteinte au droit inaléniable de l’homme de jouir de sa vie, et un affront de la part des institutions telles qu’elles sont, à savoir les garantes de la liberté des spéculateurs parasites (à la fois initiateurs et bénéficiaires de la crise). Tandis que nous regardons ailleurs, vers nos distractions préfabriquées par le profit et trop souvent addictives, dégradantes, homophobes, misogynes ou paternalistes.

En proclamant ces jeux de manière autonome, nous exprimons notre défiance à l’égard d’une politique à double mesure : libérale et liberticide. Le boycott de ces valeurs par des jeux olymiques alternatifs confère à la subversion militante une nouvelle signification, populaire et créatrice. Que l’on puisse mesurer la portée d’un lancer de trader comme celle d’une oeuvre d’art, mais plus seulement par la performance, qui empêche toute émergence qualitative.

Prenons exemple sur le mouvement pour les droits des homosexuels. Qu’est-ce qui a le plus oeuvré à bouleverser l’opinion publique en leur faveur ? Non pas des AG à répétition, des tracts, et encore moins des processions funéraires : c’est la Gay Pride, qui est une manifestation populaire et festive, et par conséquent médiatique.

Il importe également que les indignés s’inspirent des idées de tous les peuples qui s’insurgent actuellement - mais trop isolés - contre un ordre injuste. Nous proposons donc de rassembler et mettre à la disposition de tous, les outils propres à la protestation pacifique, artistique et militante, sous forme d’affiches, de brulôts, de chansons, de slogans, etc., ainsi qu’à en proposer et en démocratiser de nouveaux, qui, une fois réalisés, seront eux-mêmes retransmis sur un éventuel site internet à vocation internationale. Quitte à considérer ce mouvement comme le levier primitif de l’entrée dans le XXIe siècle, autant s’en donner les moyens.

Ce n’est pas de la démagogie, mais une forme de discipline (ce dont nous manquons cruellement, ne serait-ce que pour faire la fête), vers une mise en commun des expériences et une convergence des efficacités, tout en permettant un regard lucide et panoramique sur l’état des luttes dans le monde.

Observons le mouvement d’occupation de la Défense qui a débuté le 4 novembre. Le symbole qui est attaqué est judicieux, mais y en ajoutant un véritable esprit d’équipe et l’abstraction de l’imagination, on constate que le sombre édifice qui y trône constitue les plus grandes cages de foot du monde, et ainsi jusqu’à s’apercevoir que la statue de la liberté en est le gardien de but : il suffit de viser loin.

Les Jeux Olympiques oeuvreront sans limitation de durée, et dans tous les endroit où l’enthousiasme humaniste a encore pied. Et puisqu’on peut construire de belles choses sans démolir la chaussée, par la truculence de la désobéissance civile et le truchement de la non-violence.

C’est notre faculté à nous constituer de manière spontanée en équipes de foot, en collectifs de traducteurs, d’artistes et de performeurs, à nous approprier le théâtre de la rue, en organisant des concerts à l’improviste ou des actions réfléchies, qui déterminera si par la volonté du peuple dans l’expression enthousiaste de ce qu’il porte en lui de plus imprévisible, si oui ou non nous sommes réelllement une force d’initiative et de volontariat, capables de présider bientôt à notre propre destinée.

Indignés de France et d’ailleurs, suite à la dernière tentative de nos sangsues gesticulantes pour camoufler leur incompétence, et après les 5 années de règne du capitalisme carnivore, oserons-vous le renvoyer aux annales des heures les plus sombres de notre histoire ? En proclamant à la date symbolique du 11.11.2011, l’ouverture des Jeux Olympiques des Indignés, et à agir en conséquence, sur la toile et dans les rues, dans l’esprit d’une indignation populaire et originale, globale et salutaire.

Parce que l’inaptitude des gouvernements n’a d’égal que leur insolence. Parce qu’ils ne veillent plus à nos intérêts : ni eux, ni leurs médias corrompus, ne nous représentent plus.

Parce que le circuit politique n’est pas ouvert aux gens comme nous.

Parce que la haine et la peur ne rendent pas plus intelligents.

Parce que nous avons tout à gagner, à refuser l’austérité en s’amusant à changer le monde. Parce que le jeu ne doit pas être un divertissement, mais bien un moyen et une fin en soi. Soyons organisés et ostentatoires, et comprenons-le bien : notre capacité à prendre du plaisir sera notre lutte finale.

Nous sommes 99 pourcent d’Epicure, 99 pur-sangs lancés à toute allure !

Chaque jeu contient l’idée de la mort. ’ Jim Morrison.

N’aspire pas, ô mon âme, à la vie éternelle, mais épuise le champ du possible.’ Pindare, dans un hymne aux Jeux Olympiques de Delphes.


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