Indymedia Grenoble

[La Tronche] Racisme ou discrimination ?

jeudi 17 novembre 2011 par anonyme

[Infos locales] [Migrations / Sans-paps] [Logement / Squats]

Début novembre, le maire UMP de la Tronche, Hervé-Jean Bertrand-Pougnand, s’est fendu d’un édito dans le journal municipal de sa commune dans lequel il montre du doigt la population rom qui y habite, l’accusant de tous les maux. Le 4 novembre dernier, le même a fait part de ses lumières au Dauphiné Libéré dans un article intitulé "Roms : "il ne faudrait pas attendre qu’une catastrophe arrive". Dans cet opus, il déclare entre autres :

- "Des incendies sont recensés toutes les semaines, des enfants en bas âge traversent la rue inopinément sans faire attention aux voitures, sans compter les nombreux cambriolages et la prostitution de jeunes filles." On appréciera l’aptitude de l’élu à faire passer la misère subie par les habitant-e-s du camp pour des nuisances subies par le voisinage : les responsables sont les mêmes dans tous les cas, bien entendu ces Roms ignobles. Autrement dit, s’ils sont dans une telle situation, c’est leur faute.

- "Sur place, les entreprises et les riverains n’en peuvent plus. Du côté de la tour Manhattan par exemple, l’exaspération est telle qu’un comité de défense pourrait être créé par les habitants." Où un élu, non content de justifier d’avance dans le titre de l’article d’éventuels actes d’agression raciste, excuse également la potentielle création de ce qu’il conviendrait d’appeler une milice de quartier...

La prose nauséabonde du Maire de la Tronche qui fleurit dans l’éditorial de la revue municipale ou dans les colonnes de la presse locale et qui stigmatise les enfants, femmes et hommes d’origine rom est un échantillon malheureusement représentatif de la pensée qui ose encore s’appeler « politique » et qui règne en maître dans les pays « développés ».

Monsieur le Maire de La Tronche a pourtant oublié un des principes bourgeois qui l’ont mis à son poste : on ne combat pas les pauvres, on combat la pauvreté. Les bourgeois du XIXème siècle avaient compris qu’il fallait accorder le minimum aux pauvres qu’ils avaient créés pour éviter les maladies et surtout la « délinquance », souvent le seul moyen de survie pour une personne qui se retrouve dans la misère, sans travail, ni logement. En plus de la tranquillité ainsi gagnée, c’était le moyen d’ensuite en profiter comme main d’œuvre facile et bien sûr comme clientèle abondante. Ce n’était pas glorieux mais cela avait le mérite de reconnaître que la misère économique infligée détruisait les possibilités de dignité des personnes.

Monsieur Le Maire de La Tronche, en des temps plus modernes et moins complexés, préfère la stigmatisation à la suite de son mentor sarkozyste qui cautionne la directive européenne interdisant dans les faits aux roumains et bulgares de travailler. Il refuse à ceux-ci les services de voirie et interdit illégalement les écoles de sa commune aux enfants d’une communauté qu’il présente comme le mal absolu en réactivant les vieilles recettes, celles des bohémiens qui pillent les honnêtes gens.

Comment peut-il faire aussi simple face à ses administrés et s’attendre à ce qu’ils tombent dans des travers aussi bas ?

Peut-être compte-t-il sur l’aisance matérielle des habitant.e.s de La Tronche (c’est vrai que leur revenu moyen est quasi du double de celui d’une commune populaire comme Fontaine — 33 600 €. contre 18 700 pour cette dernière, chiffres INSEE 2009) pour les faire devenir racistes en craignant que des pauvres menacent leurs privilèges et leur tranquillité ?

Selon lui tout vol et toute dégradation viendrait des Roms diaboliques, à mettre tous dans le même panier, et leurs enfants en côtoyant les nôtres menaceraient « l’habituelle sérénité » de la commune.

À La Tronche la sélection de la population s’était faite d’elle-même grâce à la spéculation immobilière. Mais c’était sans compter sur les terrains vagues, ces havres de paix coincés entre les voies express et les supermarchés, où il fait si bon brûler de vieux câbles électriques et fouiller les poubelles pour nourrir ses enfants. M. le maire déplore le manque d’hygiène du camp de La Tronche, alors que responsable de la propreté publique, il refuse les services de voirie à ses habitants. Si Hervé-Jean Bertrand-Pougnand avait mis les pieds cinq minutes dans un camp de fortune ou un squat, partagé un peu de temps avec leurs résidents, il faut espérer qu’il aurait évité les propos racistes qu’il a proférés.

Des propos qui ruinent les solidarités qui fondent le bonheur que nous pourrions avoir de vivre ensemble.

Prenez le temps d’écrire au Maire de La Tronche, et si vous y habitez, n’hésitez pas à vous désolidariser de ses propos et agissements.

Bonus : par ailleurs, dans son édito, M. Bertrand-Pougnand a eu l’outrecuidance de prétendre qu’une élue grenobloise, Geneviève Fioraso, prônerait l’apprentissage de la cohabitation avec les Roms. Celle-ci s’est heureusement empressée de rectifier sur son blog : "Je n’ai jamais tenu de tels propos (...) Afin de rétablir la vérité sur ma position et mon engagement dans ce dossier, j’ai demandé un droit de réponse". Nous voilà rassurés, nous avons failli croire un instant qu’elle devenait humaine...



Compléments d'informations :

Ajouter un complément d'information


copyLeft Indymedia (Independent Media Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.