Indymedia Grenoble

Les semences : une question vitale

Thursday 1 December 2011 par un jardinier squateur

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Si dans nos jardins nous cultivons des utopies, il ne faut pas oublier la réalité actuelle. Aussi, sur la question vitale de l’alimentation et surtout de son prérequis – la semence – il faut bien convenir que nous vivons dans une époque bien aboutie de confiscation d’une liberté élémentaire, celle de choisir ce que l’on cultive.

Petit état des lieux de la dystopie qui s’instaure et des réponses citoyenne face à cela...

On se souvient de l’émotion et la forte mobilisation suscitée par le « terminator », cet OGM créé par Monsanto dont la stérilité a été directement inscrite à l’intérieur du code génétique de la plante. Un danger en cas de contamination génétique mais aussi le meilleur moyen de créer de toute pièce un marché captif en empêchant de fait les agriculteurs de resemer les graines précédemment cultivées et en les condamnant ainsi à racheter chaque année les semences du géant industriel. Une caricature du cynisme de ces firmes qui n’a jamais pu voir le jour... Cela n’empêche pas aujourd’hui Monsanto de faire respecter la propriété intellectuelle de leurs créations via les brevets déposés. Grâce aux autorités surveillantes ou aux délateurs, Monsanto oblige les agriculteurs à racheter leurs graines alors qu’ils pourraient les récolter gratuitement.

En France, même en ignorant le cas des OGM, la situation actuelle n’est pas éloigné de ce sombre tableau. Aujourd’hui alors que la nature offre des milliers de variétés pour un légume, un agriculteur est autorisé à cultiver seulement celles qui figurent au catalogue de semences commercialisables. Pour une large partie, les graines présentes dans ce catalogue sont des hybrides fabriquées et sélectionnées parmi les variétés jugées performantes, c’est a dire celles qui répondent bien aux intrants chimiques. Une bonne partie de ces hybrides – poétiquement nommées F1 – dégénères rapidement lorsqu’on en sème à nouveaux les graines. Comme pour les OGM, ces graines sont des inventions et sont donc la propriété des firmes semencières qui sont les seules à avoir les moyens techniques et financiers de reproduire ces graines. Et pour verrouiller le tout, une loi française est passé le 28 novembre 2011 qui interdit les agriculteurs de faire leurs propres semences, sauf parmi les 21 homologuées et en payant une taxe pour les industries semancières ! Ainsi la gestion de la semence qui était par le passé aux mains des paysans est devenu l’affaire de firmes privées. Ces firmes produisent massivement un tout petit panel de variétés de graines, avec pour but de faire des économies d’échelles et de maximiser les profits. La conséquence est que la biodiversité s’effondre. Ce patrimoine génétique, que la nature et les hommes ont mis des millénaires a créer et entretenir, est réduit à peau de chagrin en quelques décennies.

Ce n’est donc pas pour rien que le projet de l’arche de Noé a vue le jour. L’arche de Noé ? Une énorme banque de semences conservés a Svalbard (au nord de la Norvège) dans des chambres fortes. Ce lieu protégé pourra contenir trois millions de variétés différentes de semences du monde entier, « de sorte que la diversité végétale puisse être préservée pour l’avenir ». Préservée ou confisquée ? Une large partie des variétés maintenues en chambre froide deviendront stériles avec le temps. Seul les entreprises disposant du matériel et de la technologie adéquat pourront extraire le code génétique et réutiliser ces variétés. Ce projet est financé par la Fondation Bill et Milinda Gates, La Fondation Rockefeller, Dupont/Pioneer, Syngenta AG, et la Fédération Internationale des Semences. En gros, les plus importants lobbies de l’industrie des semences, un milliardaire hostile aux logiciels libres, et une banque qui a su nous faire perdre le contrôle de l’économie. Comme quoi, les entreprises responsables du désastre en cours ont prévu leurs arrières pour se refaire...

Face à cela, il faut citer l’association kokopelli qui mène un combat exemplaire. Celui de la conservation et de la diffusion du patrimoine génétique. Les jardiniers de kokopelli entretiennent et reproduisent des variétés anciennes de semences qui ne sont pas inscrites au catalogue officiel, ensuite ils en commercialisent les graines ; c’est à cause de cela qu’ils ont eu de nombreux soucis avec la justice. Contrairement à l’arche de Noé totalement fermée aux citoyens, Kokopelli est en quelque sorte une banque de graine vivante (en constante reproduction avec le réseau de jardinier), assurant une sorte de mission de service publique pour la diffusion de semences de qualités. C’est aussi une association solidaire qui agit a l’international (en Inde, en Afrique, en Suisse, …) pour que les paysans du monde se réapproprie les semences et l’agriculture, notamment avec des formations et de nombreux dons de graine.

La mainmise de la diffusion des semences par des compagnies privée a de quoi faire peur. La plupart des semences vendues sont sélectionnées pour bien réagir aux produits phytosanitaires, obligeant l’agriculteur a acheter toute la panoplie de produit, d’équipement et de machine nécessaire. Petit à petit, les marges de manœuvre s’amenuise, les pratiques s’uniformisent pour le bénéfice d’une poignée d’industrie totalisante. Ces entreprises vantant les mérites du libéralisme et de la déréglementation sont celles qui savent manœuvrer les politiques pour qu’ils règlemente en leurs faveur. Refaire leurs semences, tenter la composition génétique, diffuser de main à main leurs graines, tout ces espaces de liberté informelles dont jouissaient les paysans depuis des millénaires sont lentement confisqués. Pour qu’a la fin, il ne reste plus que des « exploitants agricoles », du moins jusqu’à ce qu’ils épuisent complètement la terre et la diversité vivante...

Aujourd’hui, la riposte devient donc nécessaire. La lutte pour une souveraineté alimentaire va devenir un combat hyper-actuel. Que ce soit pour le sud et la construction de leurs autonomie ou pour nous pays du nord dont l’agriculture est totalement addictive au pétrole et ses dérivés. Cette souveraineté alimentaire passe de prime abord par la maîtrise des semences par un réseau d’acteurs du monde agricole ; comme le fait actuellement kokopelli ou le réseau semence paysanne. Cette gestion se fait de manière ouverte et démocratique sans nécessité d’une réglementation lourde. Elle fait du patrimoine génétique un bien public géré collectivement. En plus de la quasi-gratuité du service, les associations citoyennes apportent une importante valeur ajouté : une forte contribution à la recherche agronomique et à l’économie de la connaissance. Une recherche tourné non pas vers les firmes mais vers le public. Une connaissance qui devient libre d’accès et d’utilisation comme peut en témoigner le catalogue de semence kokopelli et ces fiches détaillées sur chaque variétés et leurs milieux d’adaptations. Avec un minimum de formation, cela permet à tout un chacun de facilement s’approprier l’ancestral savoir-faire qu’est le travail de la terre.

Un enjeu de taille lorsque l’on connait l’ampleur des réformes à mener pour l’avènement de sociétés post-capitalistes.


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