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Villarodin-Bourget, première victime du Lyon-Turin

Saturday 3 December 2011 par anonyme

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Villarodin-Bourget en haute-Maurienne est une commune de 500 habitant.e.s constituée de deux villages de part et d’autre de l’Arc, juste en amont de Modane. C’est ici qu’a été achevée en 2007 l’une des trois descenderies de reconnaissance pour le tunnel international de 57kms, le maillon central du projet de nouvelle liaison ferroviaire rapide entre Lyon et Turin. Une pyramide de déblais et quatre ans de nuisances

Pour l’instant, l’entrée de la descenderie est un terre-plein bétonné et clôturé, complètement désert, en contrebas du village du Bourget en rive droite de l’Arc. On aperçoit également les 350 000 m³ de déblais issus des 4kms de la descenderie, entassés en butte terrassée (relief particulièrement artificiel et voyant) juste en face, sur la rive gauche. Mais pendant le creusement du tunnel international (début prévu en 2013), ce sont 2,5 millions de m³ de déblais qui sortiront de l’ouverture, pour être déposés en rive gauche sur la zone dite « les Tierces ». Ce versant de bois et pâtures en pente douce, sera englouti sous l’équivalent d’une grande pyramide de Khéops de roches, étalées en une butte de 180 x 400m sur une hauteur moyenne de 30m. Il s’agira d’un des plus gros dépôts mauriennais issus du chantier Lyon-Turin, avec La Praz, St-Martin la Porte et Aiton.

Mais l’étude récente d’un expert-géologue remet en cause la pertinence de ce site pour le dépôt des déblais. A cet endroit en effet, le sol est constitué de gypse et d’anhydrite, des roches fragiles, solubles dans l’eau, souvent truffées de cavités souterraines. Pour le géologue, les études géotechniques précédentes (qui datent de 2000) n’ont pas du tout pris en compte le risque de « rupture profonde » du versant sous le poids des déblais, qui pourraient s’affaisser, ou pire glisser en aval et barrer la rivière. Autre risque : l’unité de production des voussoirs en béton servant à étayer le futur tunnel, doit être construite juste à côté de la descenderie sur la zone plane dite « les Moulins », au bord de l’Arc. Or il s’agit de la seule zone-tampon hydraulique entre ici et Modane, permettant de réguler le niveau de l’eau en cas de crue. Construire cette usine suppose de bétonner, et de surélever le niveau du sol de 4m : cela supprimera à la fois une zone humide relativement sauvage en bord de rivière, et la protection des habitant.e.s de l’aval contre les crues. Le chantier (4 ans minimum de creusement) implique également un bruit permanent, la poussière des déblais balayant la vallée, et l’installation d’une nouvelle centrale électrique qui tournera en continu juste sous le village.

Fronde municipale

La commune a commandé cette contre-expertise géologique pour attaquer devant le tribunal administratif la déclaration d’utilité publique des travaux prononcée par la préfecture de Savoie en mars 2011. En effet, Villarodin-Bourget ne veut tout simplement pas de ces déblais sur son territoire exigu et fragile, comme le rappellent les panneaux « Non aux déblais » qui fleurissent sur les balcons et les toits en lauze. La municipalité a aussi refusé toutes les « mesures de compensation » que proposent habituellement les promoteurs des grands chantiers, pour acheter les habitant.e.s. Philippe Delhomme, conseiller municipal habitant au Bourget, explique : « Nous nous sommes rendus compte que les études d’impact commandées par LTF (Lyon-Turin Ferroviaire, maître d’oeuvre du chantier) pour la déclaration d’utilité publique étaient bidon, bâclées. Par exemple sur les Tierces ils n’ont trouvé quasiment aucune espèce rare. Or en parcourant la zone une journée avec un garde du Parc de la Vanoise, nous avons déjà trouvé 6 espèces de plantes protégées ! ».

Si la commune est si méfiante envers LTF, c’est aussi parce qu’elle a pu voir la société à l’œuvre pendant le creusement de la descenderie : « Ils avaient dit que les déblais seraient évacués par bande transporteuse [NdR : comme pour le futur chantier], et finalement le système n’a pas marché et ils ont tout transporté en camions. Ils avaient promis de ne pas faire de tirs d’explosifs la nuit, et on se faisait sans arrêt réveiller. Ça tremblait de partout, et cela a provoqué des lézardes dans certaines maisons.», raconte Philippe.

L’eau confisquée

Et encore, ce n’est rien à côté d’une autre conséquence de la descenderie : le vol pur et simple des sources d’eau potable du Bourget. Ce tunnel trace en effet un arc de cercle à l’intérieur du versant dominant le village, interceptant au passage toutes les sources qui l’approvisionnaient. Mais plutôt que de restituer ces 60 L/s de bonne eau aux habitant.e.s, LTF a préféré financer une canalisation amenant de l’eau potable depuis la station de la Norma. Pourquoi garder cette ressource ? Car LTF aura besoin d’eau pendant le creusement du tunnel... Pour l’instant la société pompe et renvoie l’eau dans l’Arc. Le fera-t-elle encore quand l’eau sera chargée de particules, pour avoir servi au nettoyage et au refroidissement des tunneliers ? Pour Philippe, « les conséquences de l’assèchement du versant sont très difficiles à prévoir, car cela se fera sur du très long-terme : modification de la flore, éboulements, mouvements de terrain... personne ne peut savoir. ». Il ajoute : « Ici, la plupart des gens se sentent peu concernés par la dégradation de l’environnement montagnard, ils ont du mal à la voir. Pourtant, et de plus en plus avec le développement du tourisme inter-saison, c’est de cet environnement qu’ils vivent! ».

Rappel : pour la modique somme de 24 milliards d’euros, le projet Lyon-Turin est censé limiter les nuisances dues aux camions en Maurienne. Outre que le ferroutage est un alibi mensonger, le projet montre, ici à Villarodin-Bourget, son vrai visage : spolier les biens communs (eau, espaces naturels, qualité de vie et argent public), au seul profit d’une minorité de bétonneurs et d’industriels.

Collectif NoTav-Savoie, décembre 2011

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