Indymedia Grenoble

Donner sa voix ou prendre la parole ?

Sunday 15 April 2012 par collectif Lieux Communs <lieuxcommuns (a) gmx.fr>

[Soupe politicienne] [Autres infos]

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« Voter, c’est le principe de la démocratie » entend-on. D’accord, mais de quoi décidons-nous réelle­ment ? Par exemple, qui a fait le choix de produire de l’électricité à partir de réacteurs nucléaires ? Qui a décré­té que nous devions manger des tomates insipides quelque soit la saison ? D’où vient l’idée de mettre de l’huile de palme dans les biscuits ? Qui a choisi d’ingurgiter des antibiotiques en buvant l’eau du robinet ? Pourquoi a-t-on développé le transport routier et négligé le fret ferroviaire ? Qui a décidé qu’il faut plus de tableaux numériques et moins de professeurs à l’école ? Pourquoi sommes-nous incités à changer de machine à laver tous les six ans ? Qui dé­cide de déclarer la guerre ?

Ces décisions, ce n’est pas la population qui les prend. Nous ne décidons ni de ce que nous respirons, buvons ou mangeons, ni de la manière dont nous nous déplaçons, ni du bois dont nous nous chauffons. La no­tion même de démocratie est absente de la totalité de notre existence, à commencer par un lieu aussi vital que notre lieu de travail : nous ne pouvons décider ni de ce que nous produisons, ni de la façon dont le travail s’ef­fectue. Le simple fait de critiquer publiquement l’entreprise où nous travaillons, via les réseaux sociaux par exemple, est un motif de licenciement.

Bien sûr, nous sommes conviés une fois par an environ à voter aux diverses élections . Mais cette masca­rade ne nous donne aucun pouvoir réel. Et cela, pour plusieurs raisons :

1. Aux élections, nous ne votons pas directement des lois. Nous ne faisons qu’élire un représentant, qui votera à notre place. Ce système représentatif pose plusieurs problèmes. D’abord, nous choisissons notre représentant sur son aura médiatique et sa capacité à jouer sur l’émotionnel, ce qui a peu a voir avec la conduite d’un pays. Et ensuite, pour peu qu’il ait un programme défini et cohérent, ce n’est qu’un patchwork d’idées qui tentent de rafistoler nos sociétés qui s’effondrent. Enfin, et surtout, une fois élu, il peut renier ses promesses, ce qu’il fait systématiquement. Nous n’avons aucun moyen de le révoquer avant le terme de son mandat. Nous ne pourrons alors que le remplacer par un autre, et ainsi de suite.

2. C’est donc le système représentatif lui-même qui est ici à rejeter. Même si l’on arrivait enfin à mettre au pouvoir les « bons » dirigeants, les plus « honnêtes » ou les plus « capables », cela ne changerait rien d’essentiel. Car l’élection se fait sur un programme basé sur la situation en cours au moment du vote, ce qui sous-entend que celle-ci demeurera inchangée jusqu’à la fin du mandat. Mais tel ne peut jamais être le cas, et on entend toujours les élus se justifier en évoquant des « imprévus » qui les ont « contraints » à modifier leur politique… Quels seraient donc les plus aptes à définir la politique à suivre à chaque instant, sinon les plus directement concernés, c’est-à-dire la société dans sa totalité ?

3. Les élus forment un monde à part, un monde fermé où se jouent leurs luttes d’influence et où dominent les intérêts privés. Lorsque nous voulons mettre le nez dans leurs affaires (c’est-à-dire dans nos affaires, les affaires publiques), nous devons vite comprendre que cela ne nous regarde pas, que ce sont des ques­tions complexes, qui doivent être débattus entre spécialistes. Mais dès qu’il s’agit de rendre compte de notre réalité complexe, leurs discours sonnent creux. Ils ne donnent de cette réalité qu’une image gros­sière, déformée par leurs schémas de pensée réducteurs.

4. L’oligarchie mondialisée impose désormais ses décisions via des institutions qui échappent à tout contrôle des peuples : le FMI, la Banque mondiale, la BCE, etc. Les lois, les normes qui règlent les as­pects de notre vie sont de plus en plus directement rédigées par des lobbies. Il est d’ailleurs frappant de voir combien la société civile a repris ces pratiques. Il y a de moins en moins de projet de société, mais de plus en plus des clientèles plus ou moins bruyantes qui cherchent à attirer l’attention du futur Prince en lui promettant leur voix : syndicats, corporations, associations, cercles d’intérêts, etc.

Scrutin après scrutin, le sentiment de frustration augmente. D’un côté, nous avons conscience que choi­sir nos dirigeants est un droit exceptionnel dans l’histoire de l’humanité, et que nous ne sommes ni en Syrie, ni en Corée du Nord. De l’autre, nous constatons chaque jour que ce droit ne nous donne aucun pouvoir réel, si ce n’est celui de se maintenir dans le statut bien confortable d’éternel enfant, en abandonnant nos responsabilités individuelles et collectives à des « grands ». Nous avons beau déserter les partis, discréditer les élus, disperser nos voix, décider à la dernière minute, voter utile, ou « anti-système », blanc ou nul, nous abstenir ou faire les pieds au mur : derrière l’alternance formelle des cliques au gouvernement, l’oligarchie reste aux commandes. Or, cette oligarchie est à mille lieux de proposer des solutions viables aux crises et catastrophes qui frappent nos sociétés. Sa seule préoccupation, c’est son règne exclusif et son profit immédiat. Elle n’a, comme projet de société à nous proposer, que la corruption généralisée, l’obses­sion de la croissance et des paillettes.

Le système électoral actuel est une impasse. Face à cette impasse, nous n’avons que deux possibilités.

- Soit nous continuons à nous décharger de nos responsabilités et à déléguer notre pouvoir à d’autres. Mais si nous pensons d’avance que ces autres sont foncièrement corrompus et mal intentionnés, nous devons nous poser la question : devons-nous nous obstiner à leur fournir le bâton avec lequel ils nous tapent dessus ? Et, surtout, jusqu’à quand ?

- Soit nous prenons nos responsabilités. Cela implique de rompre avec le rôle passif auquel le système re­présentatif nous cantonne. Cela ne sera pas facile, car cette passivité est ancrée en chacun d’entre nous. Cela implique aussi de renouer avec des pratiques démocratiques étrangères au système représentatif, et que dé­couvrent tous les gens qui luttent : des mandats impératifs et révocables pour tout délégué, le tirage au sort pour les désigner, des assemblées délibératives et souveraines, une rotation permanente des tâches, et surtout, une vi­gilance permanente.

Ce second choix est le nôtre. Nous refusons de continuer à légitimer un système qui refuse l’égalité poli­tique en proclamant que les choix collectifs doivent être confisqués par quelques-uns. L’abstention n’a de sens pour nous que si elle s’inclut dans un projet de démocratie directe. Elle est le seul moyen de ne pas se sentir lié par le cirque électoral et de se ré-approprier et nos vies et nos sociétés.

Collectif Lieux Communs - www.magmaweb.fr – lieuxcommuns@gmx.fr

Avril 2012



Compléments d'informations :
Agir au lieu d’elire
par Agora,
le 20 April 2012

ABSTENTIONNISTE MON FRERE, SOIT FIER !

Bien sûr qu’on n’ira pas à la kermesse électorale de printemps ! Trop de respect pour la démocratie, la vraie ! Trop de mémoire de ce que nous ont promis et fait les élus de tout poil ! Trop de rancœur contre cette bourgeoisie voleuse et exploiteuse ! Trop de rage contre toute cette canaille parlementaire qui s’en fout plein les poches et nous donne des leçons de justice.

Les élus, c’est voleurs de vie, croque-morts et cancrelats, rien que de la gangrène, de la vermine. Tout ce beau monde en costard nous ruine la vie. On ne rêve que d’une chose, c’est de les foutre à la porte, c’est de leur vider les poches, qu’ils nous rendent tout ce qu’il nous ont volé, à commencer par l’espoir d’une vie meilleure.

Pour nous, la démocratie, la justice, ce sont les gens d’Argentine qui en ont marre de crever la faim et qui ensemble s’en vont se servir dans les grands magasins. Ca, c’est de la démocratie active, c’est de la ré-appropriation, de la redistribution, de la justice. La démocratie, c’est cette mère de famille au chomdu qui pique les jouets de Noël dont ses gosses rêvaient. C’est Simon, mon copain de Haifa, qui s’en va d’Israël pour ne pas faire le service militaire et tuer ses frères au coin d’une rue. C’est Gérard, employé dans un hôtel de Roissy qui refuse d’aménager des chambres pour que les flics y stockent des sans papiers en attente d’expulsion. C’est Alice quand elle crache à la gueule du délégué CFDT de sa boite lorsqu’il signe l’accord sur les 35 heures. La démocratie, la vraie ce sont tous ces hommes et ces femmes qui refusent ce système, tous ces exploités qui s’entraident et résistent tant qu’ils peuvent à ce monde infâme qui leur parle de justice et organise le pillage.

On l’a collée mille fois sur les murs, et on la collera encore l’affiche “Abstention, abstention active !” Abstentionniste mon frère, soit fier ! Refuser de participer à cette arnaque mondialisée, c’est la moindre des choses si l’on a encore un soupçon de mémoire et un zeste de lucidité. N’élisons plus nos voleurs, ne légitimons plus la vraie racaille, celle des bandits en col blanc qui nous enferme dans des banlieues de misère, celle qui nous fait travailler comme des chiens pour des salaires de rien, celles qui nous lâche ses flics pour mieux cacher ses larcins.

Ils veulent nous parler de justice, eux qui s’engraissent sur notre dos et s’auto-amnistient ? Ils veulent nous parler d’insécurité, eux qui nous entassent dans des banlieues aux portes des usines de morts et nous font bouffer leurs OGM et leur dioxine ? Ils veulent nous parler de solidarité, eux qui ne rêvent que de privatiser la santé comme tous les services publics ? Ils veulent nous parler d’humanité, eux qui bombardent les populations et intronisent les dictateurs ? Ils veulent nous parler de mémoire et de transparence, eux qui crachent tous les jours sur leur promesse de la veille ?

Qu’ils aillent au diable ! Bientôt pour se faire élire, il ne leur restera que les voix enchaînées de quelques chiens à la botte. Alors, il tenteront d’inventer une nouvelle arnaque démocratique, le référendum ou le sondage. Et si cela ne suffit pas, ils introniseront une nouvelle gauche. Les ATTAC, Bovet, Motivés et consorts sont déjà dans les starting-blocks, Vieux chevaux de retour ou mules de cirque, ils sont tous prêts pour la course au pouvoir, au pognon, au privilège.

Il fut un temps où les abstentionnistes se cachaient, se taisaient, lucides mais honteux. Au moins maintenant, ce pouvoir immonde nous a fait subir tant d’humiliations, tant d’arnaques qu’il devient de plus en plus difficile d’aller voter sans passer pour un con … ou un collabo.

Agir au lieu d’elire !

Abstention !

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