Indymedia Grenoble

discussion critique au sujet du système électoral et démocratique

par anonyme

Tuesday 1 May 2012 à 19:00

BAF, 2chemin des alpins, grenoble

Nous sommes opposé-es au système électoral, et ce texte est une invitation à la réflexion / discussion sur ce sujet, le mardi 1er mai, à 19 heures à la BAF.

Voici un texte qui présente les bases et intentions de la discussion que nous proposons.

Pour commencer, une précision: en effet, lorsque l’on se dit opposé-e-s à la démocratie, les réactions sont souvent vives. C’est le spectre du fascisme qui sort de la brume. On est suspecté-e de vouloir enlever le pouvoir au peuple et imposer le notre, notre autorité.

Soyons direct-e-s, nous nous plaçons dans une perspective anti-autoritaire, et voulons mettre en avant la solidarité, la liberté. Nous sommes pour l’autogestion et l’organisation par affinité, pour que chacun-e puisse décider par soi même de ce qui est bon pour soi, pour en finir avec les rapports de domination et d’exploitation qui sont omniprésents, certainement pas pour les mettre à notre avantage. Et nous pensons que la démocratie les maintient.

Nous ne voulons pas, ni ne pensons pas possible de nous isoler ou nous en tirer dans ce monde, seul-e contre ou à côté des autres, puisque nous sommes toutes et tous sous le joug du capitalisme. Le système démocratique en propose des facettes légèrement différentes selon les partis, mais nous pensons que le système démocratique, et notamment les élections, sont une manière de le légitimer.

La démocratie implique un état. Qu’il se nomme «état de droit» ou «état social», l’état est un outil de domination et implique une notion de pouvoir. Puisqu’il cherche à le conserver, les instruments dont il se dote vont tendre à renforcer ce pouvoir. Il s’agit d’une part de maintenir l’illusion d’une cohésion, qu’elle soit nationale, ou à l’échelle d’une ville, et d’une participation, à grand coup de débat publics, de forums participatifs, et des mécanismes de représentation. Mais aussi par le biais de l’éducation qui transmet les valeurs citoyennes, et de tout un dispositif représsif, du travail social aux prisons, en passant par la justice, qui viennent sanctionner celles et ceux qui ne suivraient pas les règles du grand jeu de la citoyenneté.

Le «peuple» s’étonnera de toute façon des dérives despotiques et intolérantes à chaque fois qu’un gouvernement exercera, c’est devenu une tradition. Nous n’avons plus envie de faire semblant de nous étonner. La démocratie s’exerce dans un cadre, matérialisé par des frontières. Mais nous ne voyons pas la possibilité de construire quoi que ce soit au milieu du marasme géant qu’est cette planète. Car si l’économie s’est mondialisée, c’est surtout l’argent qui transite des zones d’exploitation et de production vers des zones de consommation. Les frontières sont toujours là pour empêcher les plus pauvres d’atteindre une place de l’autre côté du profit et des barrières... ou alors ils peuvent venir s’y faire exploiter.

Et dans les pays dits «riches», si les rêves d’ascension sociale sont répandus, pour toute une partie de la population, c’est des vies de misère, à trimer ou galérer dans les combines. Et c’est bien parce que les démocraties occidentales se sont enrichies en pillant le reste du monde, tout comme à l’intérieur, le système fonctionne et s’engraisse sur le dos des pauvres. Face à cette situation, nous ne voulons pas réfléchir à la manière de tirer son épingle du jeu, mais nous opposer aux frontières, aux nations, au capitalisme, et aux lois (à la justice et aux «lois du marché») qui renforcent et maintiennent ce monde.

Les médias sont les principaux vecteurs d’une illusion démocratique. De par les lois du marché et le fonctionnement étatique, la neutralité médiatique ne peut pas exister. Les médias appartiennent à des groupes industriels, ils sont la voix des flics et des patrons, et tiennent un discours qui renforcent leur position, tout en laissant transparaître une marge acceptable de contestation... c’est ce qu’on appelle la «liberté d’expression», arme du système démocratique pour nous faire croire que nous sommes libres. Nous ne voulons pas être constamment assaillis de messages tentant d’influer notre libre arbitre et nous faire croire que tout va bien sous ce soleil.

Nous n’avons pas appris à rencontrer la liberté, mais bien souvent plutôt à la déléguer, et à considérer la liberté comme la possibilité de choisir entre différents biens de consommation, ou la possibilité de choisir entre telle ou telle option, imposées par ailleurs (choisir son boulot, choisir son parti, en essayant de trouver le truc le moins pire). Dans les relations inter-individuelles à nouveau, c’est plus souvent des rapports de pouvoir que la liberté qu’on voit s’exprimer. Ne serait-ce que parce que la conception même de la famille est empreinte de rapports de pouvoir. Au quotidien, il est bien souvent difficile de percevoir ce que nous voulons et de ne pas être nous même des entraves à nos proches. En effet, nous sommes construits depuis notre jeunesse à écraser ce qui est minoritaire. En société démocratique, la majorité domine, ce qui implique que les minorités subissent le dictât du plus grand nombre. Nous ne voulons ni dominer ni être dominé-e mais vivre dans un monde qui laisse la place à chacun et chacune pour fonctionner de la manière la plus autogestionnaire et respectueuse possible.

La liberté d’expression est constamment mise en avant dans le jeu démocratique. Il est possible de tout dire et de diffuser chaque idée tout le temps. Même si nous doutons de cette réalité, il est éloquent qu’aujourd’hui tout est fait pour que les polémiques s’inscrivent de la manière la plus spectaculaire possible au niveau sociétal. Les antagonismes sont exposés au grand jour, en leur enlevant toute consistance, pendant que la société vit ses conflits en atténuant leur portée, faisant semblant de résoudre les problèmes. En parallèle, tous les débats restent contrôlés par les appareils économiques ou étatiques et, en fin de compte, il est impossible de se faire entendre à grand échelle sans exister de manière commerciale ou d’avoir des budgets faramineux. Si nous voulons que les paroles se libèrent et que les voix discordantes se fassent entendre, c’est aussi parce que nous voulons les extraire des réseaux contrôlés par les puissants. Qu’elles reprennent la place publique et les murs des villes et campagnes. Et que les idées ne soient pas des discours creux.

Bien entendu, la démocratie n’est pas unique. Elle nous apparaît aujourd’hui comme étroitement liée au capitalisme et aux modes de gouvernance que nous connaissons ici et maintenant. Néanmoins, si nous nous opposons à la démocratie, c’est parce que nous la considérons comme inepte. Nous voyons dans la forme qu’elle revêt aujourd’hui une conséquence éminente de sa forme originelle et théorique. Parce que le peuple, par essence, n’est pas plus rassurant que les puissants de ce monde actuel. C’est le pouvoir, même d’une masse révolutionnaire, populaire et/ou démocratique, que nous voulons combattre. Le pouvoir et ses excès, ses arrangements, ses amitiés et ses manipulations. Nous ne voulons pas être raisonnable, faire des compromis... et pensons que les changements s’opèrent dans la lutte et dans les pratiques, pas dans les bureaux de vote.

Ceci est une rapide présentation des idées qui nous portent, et pour aller plus loin nous proposons un temps de discussion, sans spécialistes, à partir des questions qui sont liées à la critique de la démocratie, et notamment le rapport au «peuple» à la «majorité», et à la norme, l’articulation avec le capitalisme, la manière dont les mécanismes démocratiques et la critique de la démocratie sont présents (ou pas) dans les luttes, se demander qu’est ce que veut dire la liberté dans une société démocrate capitaliste...et bien d’autres choses encore... C’est aussi l’occasion, dans une optique de solidarité, de parler du procès «mauvaises intentions» qui aura lieu du 14 au 22 mai 2012 à Paris. 6 personnes passent en procès sous l’accusation d’association de malfaiteurs à finalité terroriste. Les faits concernent entre autres la tentative d’incendie d’un véhicule de flics en 2007 pendant la dernière mascarade présidentielle.

Plus de précisions sur le site internet http://infokiosques.net/mauvaises_i...



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