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Vivre en Trièves contre l’A51

Thursday 18 October 2012 par Trièves forever

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Vivre en Trièves contre l’A51

Début 2012, le candidat François Hollande et le président du conseil général André Vallini évoquaient une possible relance du chantier de l’A51 jusqu’à Gap. La semaine dernière, en une du Dauphiné Libéré, André Vallini affirme sa volonté de terminer l’A51. Que penser de ces déclarations ? L’autoroute A51 est-elle pertinente ? Existe-t-il des alternatives crédibles ? Voici, sous forme d’interview, le point de vue d’Anne Parlange et de Bernard Baron, membres de l’association Vivre en Trièves, l’une des organisations opposées à l’A51.

Que vous évoquent les déclarations de François Hollande et d’André Vallini concernant une possible relance du chantier de l’A51 ?

Bernard Baron : À mon avis, ces déclarations étaient destinées à séduire une partie de l’électorat avant le 6 mai 2012. Elles n’étaient pas le fruit d’une réflexion approfondie.

Anne Parlange : Cela fait plus de 40 ans que l’on parle de l’A51 sans la terminer. Et pour cause : le relief et l’instabilité des terrains en font un projet hors de prix. Par ailleurs, une autoroute est une sorte de tube qui concentre les activités à ses extrémités et désertifie le reste du territoire. Or les atouts du Trièves, ce sont ses paysages et son environnement, que détruirait l’A51, mais aussi sa vie locale. Le nombre d’agriculteurs, d’artisans, de commerçants est exceptionnel pour le nombre d’habitants. Ils sont perdants si l’A51 se poursuit : destruction de terres agricoles, villages dortoirs… Enfin, pourrons-nous demain rouler 100 km par jour pour travailler ou faire nos courses ? Le temps du pétrole bon marché est derrière nous.

BB : Cette question énergétique me semble primordiale. Comment accepter qu’un camion quittant l’A7 saturée pour l’A51 passe d’une altitude de 200m à plus de 1100m pour redescendre à 200m ? Quel gâchis d’énergie en pleine crise du pétrole ! Pour cette raison la reprise de cette autoroute de montagne me semble très improbable.

La reprise du chantier de l’A51 vous semble si improbable que ça ?

AP: La réglementation européenne impose que chaque nouveau tronçon d’autoroute s’autofinance via ses péages. Sinon, son coût doit être couvert par les finances publiques. La rentabilité de l’A51 est si mauvaise que l’État prévoit de financer 75% du chantier. En cette période de crise, je vois mal l’État et les collectivités locales sortir des milliards d’euros pour ce projet.

BB: Sans compter les énormes problèmes techniques que ce chantier va soulever...

À celles et ceux qui se plaignent du réseau routier dans le Trièves, quelles alternatives à l’A51 proposez-vous ?

AP : Nous proposons de faire de la RD1075 une ’’route apaisée’’, en réalisant des créneaux de dépassement, en rectifiant les virages dangereux, en supprimant les passages à niveau, en contournant les agglomérations. Cette solution améliorera la sécurité routière et les temps de parcours.

BB : Il faut aussi améliorer la ligne TER Grenoble-Gap, rendre le train de plus en plus pratique et rapide. Et surtout ne pas oublier de remodeler la N85 avec le contournement de La Mure et de Corps.

Une ’’route apaisée’’ diminue-t-elle réellement l’accidentologie ? Les automobilistes ne vont-ils pas encore rouler plus vite et prendre plus de risques ? Le problème, n’est-ce pas plutôt l’irresponsabilité et l’impatience de nombreux conducteurs, la puissance disproportionnée des véhicules ?

AP : Sur un trajet d’une heure, prendre des risques c’est gagner 2 ou 3 minutes, ou bousiller quelqu’un pour le restant de sa vie. Une route apaisée, c’est aussi une route où la vitesse est limitée, au moins les jours de grand trafic.

BB : C’est souvent l’absence de créneaux de dépassement qui fait que les automobilistes prennent des risques inconsidérés.

Quel est le coût des alternatives à l’A51 ?

BB : En 2005, l’amélioration de la RD1075 de Grenoble à Gap était estimée à 600 millions d’euros, et plus de 100 millions pour moderniser la ligne TER Grenoble-Gap.

AP : Par comparaison, la réalisation de l’A51 par Lus était estimée à 1,8 milliards d’euros, et 2,2 milliards par Gap, pour un chantier d’environ 20 ans. Ces chiffres sont sous-évalués. Ils datent de 2005, quand certains ouvrages comme le viaduc sur l’Ebron ou le tunnel du Faraut étaient encore à l’étude.

Seriez-vous favorables à un référendum sur l’A51 dans le Trièves ?

BB : Oui, mais seulement si la population est informée équitablement sur l’A51 et sur ses alternatives. Un référendum sans réelle information et sans débat public, c’est de la manipulation.

Que devient l’association Vivre en Trièves ?

AP : Vivre en Trièves s’est opposée activement à l’A51, notamment lors du Débat Public en 2005. En parallèle, nous avons étudié l’aménagement de l’ex RN75, en présentant nos travaux au Conseil Général. Le but de l’association peut se résumer ainsi : quel développement voulons-nous pour le Trièves ? Après 5 ans de cafés-débats mensuels sur des thèmes très divers de la vie locale, l’association est ’’en dormance’’. Mais si le projet de l’A51 ou d’un axe deux fois deux voies revient à l’ordre du jour, on peut compter sur elle pour remonter au créneau et proposer des alternatives crédibles.



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