Indymedia Grenoble

Innovation scientifreak : la biologie de synthèse

Tuesday 13 November 2012 par Frédéric Gaillard

[Sciences / Nécrotechnologies] [Autres infos]

Geneviève Fioraso, aujourd’hui ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, a rendu en février 2012 un long, lourd et filandreux « Rapport sur les enjeux de la biologie de synthèse ». Frédéric Gaillard, l’un de ses rares et méritants lecteurs, nous rend ici ( http://www.piecesetmaindoeuvre.com/... ) son rapport sur le rapport. C’est encore pire quand c’est clair, bref et direct.

Voici donc la plus récente création des laboratoires de l’horreur. Cette monstruosité verbale – biologie de synthèse - répond à la monstruosité de cette innovation.

Le bios, le vivant, c’est ce qui nait – d’où le mot de nature -, et non pas ce qu’on fabrique, artefacts, artifices, parce que faits de l’art. Ce qu’on fabrique ne vit pas, mais fonctionne.

L’expression « biologie de synthèse » est donc un oxymore, une escroquerie forgée pour accréditer la possibilité d’une impossibilité – ailleurs que dans les cauchemars et la fiction d’épouvante dont Frankenstein reste le type. Mais nos scientifiques ne sont pas des littérateurs et ils plient donc la réalité à leur démence machinique. C’est possible si l’on prend l’alchimie verbale au pied de la lettre, si l’on réduit par exemple la tomate à un automate programmé. Alors elle ne vit plus, elle ne pousse plus, elle fonctionne. Il suffit de filer la métaphore pour faire d’un artefact de l’INRA, d’un automate chimico-informatisé, une « tomate de synthèse » ou « artificielle », de la « viande de culture » (Le Monde, 23 juin 2012), en attendant la production/reproduction de « l’humain » en série ou sur mesure – mais c’est plus cher.

Si l’on accrédite l’idée du vivant-machine, on peut la pousser à bout, jusqu’à la « machine vivante », ce stade supérieur de l’humanité auquel aspirent post et transhumanistes, promoteurs de la « biologie de synthèse » et autres « technologies convergentes ». Certes, c’est du faux-vivant, du pseudo-vivant, du simulacre, mais qu’importe puisque le consommateur ne demande pas mieux. En fait, il ne demande qu’une chose : « Ne pas voir la différence. » Ce qui s’obtient sans peine par la suppression de l’original, de l’authentique et par la disparition de ceux qui l’ont connu.

On ne fabrique pas l’humain, il naît. Les détraqués du matérialisme qui croient mettre leurs pas dans ceux de La Mettrie, l’auteur de L’Homme Machine, ignorent généralement un autre de ses exercices de style, L’Homme Plante, encore une métaphore développée, ni plus ni moins pertinente. Du reste, on n’incite personne à se transformer en philodendron. Ces « philosophes » et « artistes » avec leurs poses «rebelles post-modernes » et leur rage de destruction de la nature fournissent l’habillage idéologique et communicationnel du complexe scientifico-industriel.

Malgré leurs manipulations de sens spécieuses, les scientifreaks ne produisent pas, et ne produiront jamais du « vivant artificiel » mais bel et bien du mort vivant, de la nécrotechnologie de synthèse. On en a vu, on en verra d’autres, « géo-ingénierie », ravages des abysses et des pôles, neurotechnologies, etc. Dans la situation in extremis où nous a plongés leur politique de la terre brûlée en deux siècles de société industrielle, leur extrémisme n’envisage qu’une issue : la fuite en avant macabre. Et c’est nous, le vivant, la nature, les hommes, qu’ils consument comme énergie et matière de leur machine.

Pièces et Main d’oeuvre



Compléments d'informations :
naturel encore?
par tva,
le 15 November 2012

Ce n’est pas en centrant le débat sur ce qui devrait être "naturel" parce que "né" que l’on fera avancer la critique de la folie des technologies "convergentes" dont la biologie de synthèse fait partie, et qui m’horrifie autant que vous. Les avancées scientifiques nanos, génétiques, OGM etc. sont effrayantes parce qu’on voit clairement que nous ne maitrisons jamais totalement les risques, et que plus le pouvoir qu’a une technologie de modifier la structure de l’équilibre biologique ou physique est grand structurellement, plus le danger est réel et son utilisation à grande échelle risquée. Sans parler des usages militaires ou simplement policiers, qui resserrent le contrôle social, déjà bien assez dur... On a assez d’exemples de catastrophes ou de maladies pour vouloir un arrêt des recherches, OK on est d’accord.

Mais quand vous vous situez sur le terrain de "la nature fait du vivant organique, la science fait toujours des machines mortes", vous simplifiez tellement votre propos que c’est difficile d’être d’accord avec vous. Ca fait longtemps que la technique a accrut notre condition humaine supposée "naturelle", et des bouts de matières mortes ou de machines nous sont souvent utiles pour vivre, en tant qu’extensions de notre "nature biologique". Ce n’est pas être transhumaniste (je n’ai aucune estime pour ce mouvement plutôt libertarien d’ailleurs) que de dire ça. Les vêtements, les chaussures à nos pieds, les lunettes de vue, les instruments de musique, les codes culturels et sociaux, les pace-makers, les machines à écrire, les gazinières, la pilulle contraceptive, les préservatifs etc. tout ça nous éloigne déjà en théorie de l’idée de nature non?

Alors vous me direz peut-être que technique et technologies ce n’est pas la même chose, il y a un rapport de développement différent, mais justement si on pouvait déjà en arriver à cette nuance ça serait peut-être un peu plus sain, parce que vous lire est très frustrant. Les amalgames répétés sur l’homme-machine préparé par la musique techno, l’homme machine préparé par les logiciels libres, l’homme-machine préparé par le soda industriel trop sucré, c’est pénible à la longue. La critique des technologies convergentes (nano, bio, contrôle des flux d’informations) est plus que nécessaire car le monde est déjà un enfer dont nous avons en Europe pour l’instant plutôt les avantages et le confort, ce qui nous place dans un statut paradoxal sur le plan de la critique (facile à dire quand on est privilégié-es).

Ma critique constructive est que vous avez vraiment tort de simplifier votre propos au point de revenir aux différences naturel / pas naturel pour expliquer l’abérration scientifique et la domination sociale. Je vous signale par exemple qu’on a pas attendu les ordinateurs pour rationnaliser les flux migratoires dans des proportions gigantesques, et que l’exploitation par la reproduction des classes sociales et par la différence de sexe n’a pas attendu les machines pour nous détruire la vie dans les travaux pénible et démesurés par exemple. Y’avait des esclaves, des manoeuvres et des bonniches avant Ludd je crois.

C’est vital de s’accrocher à l’idée et aux pratiques de résistance aujourd’hui dans nos usages de la technologie (même PMO ont un site internet non?), et je suis d’accord sur le fait de refuser certaines technologies. Mais ne faîtes pas croire que supprimer la technologie en général supprimerait aussi la domination et la souffrance en général. C’est malheureusement ce qu’on comprend souvent des écrits anti-technologiques, ceux de PMO en particulier.

erreur de frappe
par tva,
le 15 November 2012

Dans mon 1er commentaire j’ai fait une phrase incohérente:

"plus le pouvoir qu’a une technologie de modifier la structure de l’équilibre biologique ou physique est grand structurellement "

Je voulais dire: plus le pouvoir qu’a une technologie de modifier l’équilibre biologique ou physique est grand structurellement.

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