Indymedia Grenoble

Anti Poukav II Chronologie d’une soirée grenobloise agitée

Wednesday 21 November 2012 par anonyme

[Infos locales] [Répression / Contrôle social] [Ville / Environnement] [Antifascisme]

Arrestation

23h45 – 00h00 :

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Jeudi 15 Novembre aux alentours de 23h30 place Notre-Dame à Grenoble, alors qu’il buvait tranquillement un coup avec des ami.e.s un individu que nous appellerons Yann se fait violemment interpeller.

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Le jeune homme qui pourtant n’oppose aucune résistance est extrait du groupe d’ami.e.s, plaqué au sol menotté et maintenu face contre terre par deux flics pendant que sept autres maintiennent ses amis à distance à coup de matraque télescopique. L’interpellé est traîné dans une voiture de la police. Alors que quelqu’un demande pourquoi il est interpellé, le conducteur répond par la fenêtre : « parce qu’on nique ta mère connard ! ». Direction l’Hôtel de Police de Grenoble. Durant le court trajet les insultes pleuvent.

Le motif invoqué : Yann aurait jeté une bouteille sur la fontaine des Trois-Ordres. Une pure invention de la part des keufs présents depuis de longues minutes déjà sur les rails du tram tout proche. Arrivé au commissariat l’accusation s’est d’ailleurs transformée en un simple outrage.

Arrivée à l’Hôtel de Police, passage à tabac, nuit en cellule

23h55 – 07h20 :

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Au commissariat, l’interpellé est attendu par plusieurs autres policiers. Il est soumis à une vérification d’identité et à un test d’alcoolémie.

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Alors que c’est son droit et qu’’il l’exige depuis le début de sa garde à vue, on ne lui laisse pas contacter de proche, ni voir de médecin. On se contente de prendre les coordonnées de son avocat. Il est alors passé à tabac : coups, clefs de bras et étranglements. On le met ensuite en cellule, où les policier font violemment irruption à deux reprise pour le fouiller à nouveau.

Parallèlement entre 00h00 et 00h15 le groupe d’amis du jeune homme, révolté par la situation, se rend devant l’hôtel de police où sont déployés (spécialement pour les accueillir ? ) 3 cars de CRS stationnés (auxquels il faut ajouter 2 qui font des rondes aux alentours), 2 voitures de la BAC et une unité de cette dernière à pied à l’arrêt de bus. Des policier en tenue anti-émeute (casques, boucliers, tonfa, flashball...) leurs barrent la route.

Les flics se font menaçant et repoussent le groupe. Il refusent dans un premier temps de répondre, affirmant qu’il n’ont pas a fournir de motif pour interpeller quelqu’un. Finalement un policier un peu plus bavard que ses collègues leur lance «De toute façon vous savez très bien pourquoi il est là ! Il ressortira demain», son chef lui ordonne de se taire.

Présent depuis le début, discutant au milieu des keufs se trouve un jeune homme, brun, barbe de trois jours d’environ 25 ans, en tenue décontractée, qui a l’air très gêné de voir arriver le groupe.

Et pour cause : cet individu n’est pas inconnu des personnes présentes qui l’ont déjà vu traîner sur le campus à plusieurs reprises, notamment autour du BSHM (Batiment des Sciences de l’Homme et des Mathématiques) où il vient boire des cafés et discuter avec des étudiants.

Peu de temps après, le jeune homme tente d’approcher amicalement une personne du groupe. Il se présente comme étant, «étudiant en M3 de sociologie» (sic !) et explique qu’il «effectue un stage ici». On ne savait pas que la police proposait des stages de nuits aux étudiants en sociologie... Il pose ensuite des questions relatives aux événements prévus le week-end suivant à Notre-Dame des Landes, tentant de savoir si l’individu arrêté avait un rapport avec la ZAD.

Aux alentours de 01h00 les policiers annoncent que Yann est mis en garde à vue et le groupe quitte les lieux.

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Alors qu’il ne cesse de demander à voir un médecin, le jeune homme arrêté est finalement emmené aux urgences pour être examiné. Les flics connaissent leur boulot et il n’y a aucune trace des traitements qui lui ont été infligés. Sur le chemin du retour, le tableau de bord de la voiture indique 01h40, soit presque deux heures après l’interpellation place Notre-Dame. Vérification faite auprès de l’hôpital Yann est entré à 01h20.

Il est ramené en cellule où les techniques de pression des poulets se font plus subtiles. Le néon est allumé à peu près tous les ¼ d’heure pendant plusieurs heures. Surtout, la ventilation est mise en marche à plein régime, rendant la température de la pièce glaciale. Yann passe 05h30 dans ces conditions, sans contact avec les policiers qui ne répondent pas.

1ère approche et 1ère audition

07h20 – 10h40 :

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A 07h20 un policier passe dans la cellule pour apporter le petit déjeuner et quelques heures plus tard un second poulet s’amène. Celui-là est en civil, l’air décontracté. Il demande à Yann de le suivre dans le couloir et lui annonce qu’il va être entendu par une collègue qui est «super sympa», qu’il «n’aura rien».

Toujours dans son rôle de «gentil flic» il explique qu’après ce premier interrogatoire avec sa collègue, il devra l’entendre sur d’autres affaires dans lesquelles il est mis en cause depuis plusieurs mois. Il aurait d’ailleurs déjà auditionné un de ses amis. Ce faisant il prend soin d’enrober son propos de phrases du genre «tu vas voir c’est rien du tout», «j’ai été sympa avec toi, j’ai attendu cette occasion pour t’en parler» ou «on aurait pu venir t’arrêter avant mais on l’a pas fait» ou bien encore plus pathétique «avec moi tu vas pouvoir fumer une clope, tranquille». Il lui propose d’être auditionné «librement» sous peine de voir se prolonger sa garde à vue. Devant le refus de coopérer de son interlocuteur, qui n’a de toute façon rien a déclarer, le policier s’efface et laisse place à un autre qui le remet immédiatement en cellule.

Il est alors auditionné par la «collègue super-sympa» qui vient le chercher et le menotte pour l’emmener jusqu’à son bureau où il sera entendu menotté à la chaise. Une audition très brève où il ne reconnaît rien de ce qu’on lui reproche, à savoir un jet de bouteille, un outrage, à quoi s’est ajouté la consommation d’alcool sur la voie publique malgré un arrêté municipal. Des accusation qu’aucun élément ne vient étayer. Il devient de plus en plus clair que l’arrestation était ciblée et qu’elle n’était qu’un prétexte pour le second interrogatoire.

A la sortie de l’audition Yann est ramené à sa cellule où il patiente à nouveau avant que l’on vienne lui remettre une convocation chez l’adjoint du procureur. On le laisse récupérer ses affaires, il signe le PV de sortie de garde à vue. Il se croit tiré d’affaire....

Libération théorique et deuxième audition

10h40 – 12h00 :

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C’est sans compter sur le gentil flic du matin qui réapparaît et lui demande de le suivre... dans une cour adjacente au commissariat où l’attend un de ses collègue. «T’as des cigarettes ? Vas-y je t’avais dit que tu pourrais fumer». Le keuf qu’il a déjà envoyé paître le matin-même a l’air d’attendre de la gratitude de sa part... Sa cigarette terminé, le flic et son collègue lui demandent de les suivre, lui faisant comprendre qu’il n’a pas le choix, direction un bureau au 4ème étage de l’hôtel de police.

Là, en guise d’introduction le flic évoque un individu (que nous appellerons Xavier) et pose devant lui un article posté sur Indymedia Grenoble intitulé «AntiPoukav» (lire l’article en question), censé faire référence à un séjour de Xavier au commissariat.

S’en suivent une série de question concernant Xavier et Indymedia auquel le jeune homme répond qu’il ne connaît ni l’un ni l’autre et n’a donc rien à déclarer. Le flic affirme ensuite qu’il sait que Xavier et lui se connaissent et qu’ils étaient même ensemble le mercredi soir précédent place Verdun. Encore une pure invention de la part des policiers à laquelle le jeune homme refuse de répondre.

Le policier enchaîne et évoque une manifestation anti-éléctorale ayant eu lieu en Mai (lire l’article d’Indymedia), il sort plusieurs douzaines de photo des personnes ayant participé à la manifestation et les questions reprennent. Malgré le fait que l’interrogé déclare ne pas savoir de quoi il s’agit et tout ignorer de cette manif, le policier enchaîne les questions sans en tenir compte : Y était-t-il ? Comment était-t-il au courant ? Qui y a participé ? ...

Le jeune homme proteste alors et demande a ce que l’on le laisse partir, la police qui élabore son scénario foireux en s’appuyant sur des liens supposés entre lui et Xavier, n’ayant aucun motif pour le mettre en garde à vue et apparemment aucune raison de le retenir plus longtemps dans ces locaux.

C’est alors que le flic lui sort un nouvel argument. Un commerçant de Grenoble a porté plainte contre lui pour des dégradations sur sa vitrine, ils peuvent donc le garder. Le flic lui demande s’il connaît Piero San Giorgio, ainsi que Christian Mollier le patron de la boutique Terre Celtique (lire l’article "Alerta antifacista! Déraçinons l’extrême-droite à Grenoble" sur Indymedia Grenoble et les articles de la rubrique "Dossier Terre-Celtique et Piero San Giorgio" sur Fafwatch-Rhône-Alpes), ce à quoi il répond par la négative. Il lui met alors entre les mains des photos des dégradations (où l’on peut voir entre autres une croix gammé sur la vitrine) et lui demande s’il reconnaît en être l’auteur. Il lui montre ensuite la déposition de Mollier sur laquelle ce dernier donne son nom, son prénom et son adresse l’accusant également d’être l’auteur d’articles sur Indymedia, ainsi que les noms, prénoms et adresses d’un second individu. Il annonce aussi que le patron de la boutique leur a fourni ainsi une liste de noms et de photos qu’il ne lui montrera cependant pas.

Pour finir, le keuf montre à Yann une série de photographies des participants à un rassemblement qui avait eu lieu devant Terre-Celtique. Encore une fois, il tente d’établir des liens entre l’interpellé et Xavier, et d’établir leur participation à la manifestation anti-électorale, aux dégradations contre Terre-Celtique et au site Indymedia Grenoble. Chacune de ses question vise à faire correspondre les déclarations de l’interpellé à ce scénario bancal et fantasmé.

Face au mutisme mi-amusé mi-exaspéré de Yann, le policier ne se démonte pas. Il lui annonce que d’après son dossier il est fiché comme «anarcho-libertaire et antifasciste d’extrême-gauche» (sic) et lui pose de nouvelles questions pour lesquelles il obtient toujours la même réponse : Faites-vous partie d’un mouvement politique ? Participez-vous à des actions politiques ? Que faites-vous ce week-end ? Avez vous prévu de vous déplacer pour des actions de revendication ? Êtes-vous antifasciste ? Etes-vous un Anonymous ? Que savez-vous des Anonymous ? Comment sont-il organisés ? …

Il tend pour finir trois feuilles à Yann que celui-ci relit, puis pour sortir de cette situation absurde accepte de signer ces dépositions où il témoigne qu’il n’a rien à témoigner.

Lorsqu’il quitte le bureau il est 12h00.

Mort aux vaches !

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