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[Pétition] Sarenne : le Tour de France ouvre-t-il la porte aux investisseurs ?

Monday 3 December 2012 par anonyme

[Infos locales] [Ville / Environnement]

Clavans et l’Alpe d’Huez sont séparés de seize kilomètres par une route pastorale franchissant le Col de Sarenne. Cette petite route bucolique est très étroite, elle est fermée l’automne, l’hiver, mais aussi au printemps à cause des éboulements. Lorsqu’elle est ouverte, la DDE y enlève régulièrement des cailloux. Une petite route oubliée devenant progressivement un chemin pour randonneurs et cyclistes. Pour preuve : sur de nombreux kilomètres, le GR54, le Tour des Ecrins, se confond avec la route pastorale. Précisons que Sarenne, lieu magnifique et sauvage, est en périphérie des Ecrins, l’un des plus hauts et des plus beaux Parc Naturel National au monde.

2005, Clavans : un projet de station de ski qui manque de transparence

En 2005, Jean-Louis Patureau, adjoint au maire de Clavans, tombe de haut en découvrant par hasard « un document établi par le maire dont il ne [lui] avait jamais parlé ! » (1) Il s’agissait ni plus ni moins d’un projet de téléphérique reliant Clavans au Col de Sarenne. L’adjoint publie alors un tract, consulte « quelques anciens du village », et décide « d’en informer la population ». (1)

Le 8 janvier 2006, lors d’un conseil municipal du village de Clavans, un concepteur et une juriste ont exposé, puis remis un projet de 74 pages portant sur un programme immobilier (3000 lits) assorti de l’aménagement, par la création de trois remontées mécaniques, en domaine skiable des pentes au-dessus de Clavans-le-Haut, autrement dit des pentes de Sarenne. (2) (22) (23)

Installer 3000 lits supplémentaires dans ce village d’une petite centaine d’habitants, c’était multiplier la population par 26. (17) L’objectif du projet était de transformer Clavans en petite station de ski qui serait reliée à l’Alpe d’Huez. (24)

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Petite station de ski? La position géographique du lieu a mis la puce à l’oreille à un journaliste d’Isère Nature, qui le 4 février 2006, avait demandé si « ce [petit] projet ne cachait pas un projet beaucoup plus ambitieux de liaison des stations de la vallée de l’Arves avec l’Alpe d’Huez. » Pas de réponse, un haussement d’épaules.

Quelques temps plus tard, Isère Nature s’était procuré « un document circulant parmi les investisseurs de l’or blanc ». Sur ce document « confidentiel destiné aux investisseurs » était inscrit « Projet d’une nouvelle station reliant l’Alpe d’Huez à Saint Sorlin », et non pas « reliant l’Alpe d’Huez à Clavans ». (3) On apprenait ainsi que derrière l’implantation immobilière à Clavans, beaucoup d’investisseurs avaient des idées derrière la tête. En effet, Clavans est un point stratégique qui permettrait à l’Alpe d’Huez d’étendre de façon considérable son domaine skiable pour le relier (via le Pic de la Valette) à une station de la vallée de l’Arves, située à l’autre extrémité du massif des Grandes Rousses: Saint Sorlin. (4) De la sorte, l’Alpe d’Huez ne serait plus une simple station, mais une station-massif ; ce qui mettrait en péril toute la beauté, toute la richesse environnementale des Grandes Rousses. (4)

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En 2006, une pétition a été lancée par l’Association Pour la Préservation de la Vallée du Ferrand. Le sous préfet est venu sur place. Beaucoup de clavanchots ont exprimé leur désaccord. Puis, l’affaire s’est calmée. (2) Pendant ce temps, des investisseurs « achet[aient] des terrains au-dessus le Clavans-le-Haut »… en espérant pouvoir obtenir un jour la majorité dans le conseil municipal de la petite commune.

24 octobre 2012, Palais des Congrès : Présentation du Tour de France 2013

Le 24 octobre 2012, au Palais des Congrès, à Paris, Christian Prudhomme dévoile le parcours du 100ème Tour de France. Le clou du spectacle finit par arriver : l’Alpe d’Huez!

Pour la 100ème édition, Christian Prudhomme frappe fort, il veut déplacer les montagnes : en 2013, l’Alpe d’Huez ne sera pas grimpée une fois, mais deux ! Quatre mille spectateurs se mettent à applaudir, mais les connaisseurs s’interrogent déjà : « La descente me préoccupe. J’espère qu’elle sera bien sécurisée. » (Jean Marc Madiot, directeur sportif de l’équipe FDJ – BigMat) (5)

Deux jours après le Palais des Congrès, Christian Prudhomme se rend à l’Alpe d’Huez pour tenir une conférence de presse en compagnie du maire de la station, Jean-Yves Noyrey, et du directeur de l’Office du Tourisme, Fabrice Hurth. On y apprend que pour permettre aux coureurs de grimper l’Alpe d’Huez deux fois, la solution est assez simple : utiliser la route de Sarenne. (6)

Est-il raisonnable de faire passer le Tour de France par cette route sinueuse et étroite, menacée par de nombreux éboulements ? (1) Aucun souci pour Monsieur Noyrey, il suffit simplement de lancer « une petite tranche de travaux pour fignoler un peu ». (6)

Visiblement, les trois conférenciers connaissent leur dossier de façon très approximative. Ainsi, le maire de l’Alpe d’Huez explique à la presse que des travaux sont nécessaires, car « les passages de ruisseaux ne permettaient pas de passer en voiture et encore moins à vélo. » (6) Ce qui est notoirement faux. En 2012, tout comme les années antérieures, les 475 randonneurs du parcours Master de la cyclosportive La Vaujany ont emprunté la route pastorale du Col de Sarenne. (7) Et les randonneurs du GR54 croisent, de temps à autre, sur cette route quelques voitures de promeneurs. En vérité, si des travaux sont nécessaires, c’est surtout pour permettre aux motos et aux voitures officielles de suivre les coureurs, car en l’état actuel, il est inconcevable de laisser une moto filer à 100 kms/h dans la descente. D’ailleurs, sur cette route pastorale, la vitesse est limitée à 20 kms/h (arrêté municipal de 1989). Pour le Tour, ils feront exception.

Pour n’effrayer personne sur l’ampleur des travaux, les trois conférenciers font preuve d’une éloquence minimaliste et d’une grande prudence verbale, mais certaines expressions ont de la résonance : ainsi, pour faire en sorte que « les cailloux qui sont instables tombent », « [ils] purger[ont] un peu le secteur ». (6) Et toujours concernant la « petite tranche de travaux », le maire de l’Alpe d’Huez a aussi fait référence à la « mise en sécurité de la route, qui sera importante » et à des « virages [qui] nécessitent que l’on mette des protections ». Ces travaux seront à faire l’an prochain. (6) Ils ne pourront pas débuter avant la fonte des neiges.

Lors de la conférence, pas un mot sur le goudronnage de la route. La question est importante : il s’agit, en effet, de savoir si cette petite route sauvage va être intégralement refaite pour l’occasion. Une habitante de Clavans est formelle : « Le revêtement sera refait en bi-couche, ce sont les mots du maire. » (8) Ces phrases lisibles sur le site Internet de la mairie de l’Alpe d’Huez corroborent le propos : « Cette route (…) sera rendue praticable à vélo, voiture et autres plus facilement qu’aujourd’hui. (…) Les travaux de voirie et de goudronnage auront lieu l’an prochain jusqu’à Clavans. » (9) De goudronnage : le mot est écrit.

Par ailleurs, le maire de l’Alpe d’Huez a laissé entendre que ce qui motive ces travaux est clairement l’étape du Tour de France du 18 juillet prochain. (6) En somme, une route pastorale va être « goudronnée », significativement refaite et aménagée pour une demi-journée de télévision.

Au-delà de la démesure des frais engagés et de leur finalité, un problème environnemental se pose. Ainsi, à long terme, toujours d’après le site Internet de la mairie de l’Alpe d’Huez, cette rénovation rendra l’accès de Sarenne, vaste espace sauvage, « plus facilement praticable aux voitures ». (9) Rémy Pauriol, coureur cycliste professionnel, faisait observer en son temps: «Le Port Balès (dans les Pyrénées) et d’autres cols sauvages ont été goudronnés pour une histoire de sécurité. » (10) Le journaliste Alexandre Pedro ajoutait alors: « La sécurité est souvent la raison invoquée pour expliquer cette tendance à créer des autoroutes pyrénéennes ou alpines.» (10)

Sarenne : Nature contre Business

Contrairement à ce qu’avance des détracteurs peu informés, lors du prochain Tour de France, le Col de Sarenne ne serait pas qu’une descente, et, après l’Alpe d’Huez, pour rejoindre ce col, les coureurs devraient encore grimper 340 mètres (11) dans un environnement purement sauvage (12); et sur ces parties ascendantes (qui, par endroits, se confondent sur plusieurs kilomètres avec le GR54), la foule serait inévitablement présente.

Pour tous les animaux de montagne, la vie est rude : à titre d’exemple, dans les Alpes, l’hiver, le taux de survie des marmottes peut descendre à 50%. (14) Outre les chamois, marmottes et autres niverolles, précisons qu’un document de la direction régionale de l’Environnement (13) atteste que des espèces rares et fragiles, « menacées d’extinction » (21) vivent sur les pentes de Sarenne : des lagopèdes et des tétras lyre. Or, pendant l’été, tous ces animaux constituent leurs réserves « métaboliques » pour passer l’hiver; et un stress prolongé (généré par la foule et des travaux) en plein cœur de l’été les inciterait à se réfugier et à arrêter de se nourrir, ce qui mettrait en péril leur survie. En 2010, le tétras lyre faisait l’objet d’un plan d’actions de conservation soutenu par la Région Rhône Alpes et l’Etat. (25) Plan dont on peut douter de l’efficacité puisqu’à la fin de cette même année, le Conseil de l’Europe a lancé un avertissement à l’Etat Français sur sa négligence vis-à-vis de la protection des tétras lyre dont l’effectif s’écroule (-70% en 20 ans dans certains massifs). (21) Soulignons que les petits tétras lyre naissent fin juin : ce qui correspondrait à la période des derniers travaux et du passage du Tour. (15) En outre, déranger à cette période des femelles tétras lyre peut entraîner l’abandon de la couvaison, voire la destruction des nids et des oisillons.

Manifestement, la protection environnementale n’est pas le souci du directeur de l’Office du Tourisme de l’Alpe d’Huez, Fabrice Hurth, qui, en utilisant Sarenne, veut faire de l’Alpe d’Huez, la « capitale mondiale du vélo », et souhaite insister sur les retombées économiques de l’événement : « On en parlait ce midi avec des gens de France 3, si on calcule que chaque personne consomme 10 euros… 10 euros, c’est quoi ? Deux cocas, un journal : l’Equipe, par exemple. » Si « on a un million de personnes, ça fait 10 millions de retombées économiques. » (6)

Ensuite, cet adroit comptable explique qu’ils essaieront de faire le maximum pour caser tous les spectateurs. Spectateurs qui, même si les coureurs grimpent deux fois l’Alpe d’Huez, « ne seront peut-être pas deux fois plus nombreux» qu’en 2010 (ils étaient alors 1 million sur environ quatorze kilomètres). En effet, ce serait difficile d’avoir deux fois plus de monde « parce que, à un moment, on n’arrive plus à les mettre… sur trois, quatre, cinq rangs. » Bien heureusement, la capacité d’accueil de l’Alpe est accrue, puisque ces spectateurs en excès, Fabrice Hurth et ses confrères « pourr[ont] les mettre sur la montée » de Sarenne (6) au milieu des tétras lyre, des lagopèdes, des niverolles, des chamois et des marmottes.

Sarenne : menace sur le dernier bastion de l’Oisans sauvage

Après la conférence, en aparté, Christian Prudhomme déclarait que cette double ascension de l’Alpe d’Huez était « rendue possible par les travaux qui ont été et qui seront encore faits sur la route qui va du Col de Sarenne au Lac du Chambon. » (6) Notez que la route dont parle Christian Prudhomme inclue la portion de route à laquelle fait allusion le dossier d’investissement immobilier présenté au Conseil Municipal de Clavans en 2006 : « L’amélioration, l’élargissement et le renforcement de la route départementale d’accès depuis le barrage du Chambon est inévitable. » (24) A cette époque, des investisseurs immobiliers voulaient refaire la partie basse de la route en question pour mettre au bout une soi-disant petite station de ski qui, en réalité, était destinée à relier l’Alpe d’Huez, extrémité Sud des Grandes Rousses, à Saint Sorlin, extrémité Nord des Grandes Rousses, pour en faire une station-massif. (3)

Après la tentative infructueuse de ces investisseurs qui, aux alentours de 2006, « ont acheté des terrains au-dessus le Clavans-le-Haut » (3), le Col de Sarenne ne serait-il pas aujourd’hui assailli par son autre versant ?

En somme, il y a deux options :
-  1) Soit la route de Sarenne est refaite pour une demi-journée de télévision.
-  2) Soit la route de Sarenne est refaite pour aller dans le sens des investisseurs.

Je penche plutôt pour la seconde. Paranoïa ? Quel était donc le visage de l’Oisans lorsqu’en 1952, Fausto Coppi s’imposait pour la première fois à l’Alpe d’Huez ? N’oublions pas qu’en 2006, la Frapna (Fédération Rhône Alpes de la Protection de la Nature) dénonçait un manque de transparence. (3)

Attention, je n’affirme rien, j’interroge, mais rappelons tout de même que depuis des décennies, l’Alpe d’Huez étend son business… étape après étape. Est-il si irrationnel de penser que certains ont des idées derrière la tête en lançant des travaux dans un "au milieu de nulle part" aussi stratégique, soi-disant pour une journée de vélo ?

Le maire de l’Alpe d’Huez n’est-il pas assez clair, lorsqu’il déclare que ce premier passage du Tour de France à Sarenne, qui est rendu possible par des travaux qui vont dans le sens des investisseurs immobiliers, "offre beaucoup de possibilités pour le futur" ? (16)

Une pétition

Les prochains travaux (goudronnage, purge, mise en sécurité) ne pourront avoir lieu avant la fonte des neiges, et vous pouvez dire « Non au passage du prochain Tour de France sur la route pastorale de Sarenne » en signant cette pétition : http://www.avaaz.org/fr/petition/Non_au_passage_du_Tour_de_France_2013_au_Col_de_Sarenne/

Soulignons qu’une alternative est possible : pour passer deux fois à Huez, le peloton pourrait se diriger vers Villard Reculas plutôt que vers Sarenne. (20) Ce serait le choix environnemental le plus raisonnable et le plus sûr pour les coureurs.

Article de Matthieu Stelvio

(1) http://sauvons.clavans.free.fr/Lu%2... (2) http://sauvons.clavans.free.fr (3) http://sauvons.clavans.free.fr/Lu%2... (4) http://sauvons.clavans.free.fr/Lu%2... (5) http://www.eurosport.fr/cyclisme/to... (6) http://www.youtube.com/watch?v=fzMq... (7) http://www.sportcommunication.info/... (8) http://atla.over-blog.com/article-n... (9) http://www.alpedhuez-mairie.fr/140-... (10) http://www.20minutes.fr/article/609... (11) http://www.salite.ch/sarenne1.asp?M... (12) http://atla.over-blog.com/article-p... (13) http://www.rhone-alpes.developpemen... (14) http://marmota.cons-dev.org/marm/MA... (15) http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A... (16) http://www.lexpress.fr/actualite/sp... (17) http://fr.wikipedia.org/wiki/Clavan... (18) http://fr.wikipedia.org/wiki/Alpe_d... (19) http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_De... (20) http://www.ledauphine.com/sport/201... (21) http://www.aspas-nature.org/2655/te... (22) http://sauvons.clavans.free.fr/Proj... (23) http://sauvons.clavans.free.fr/Proj... (24) http://sauvons.clavans.free.fr/Proj... (25) http://www.rhone-alpes.developpemen...



Compléments d'informations :
route de Sarenne
par pascal metton,
le 14 December 2012

J’ai participé à la Vaujany en 2011 une cyclosportive qui passe à l’alpe d’huez en montant par villard reculas et redescend sur le Freney d’oisans en passant par le col de Sarenne. La route qui monte à Sarenne est traversée par des lits de torrents à sec plein de gravier. C’est limite casse gueule. En vélo de course on est obligé de passé au ralenti en équilibre sur les pédales. Heureusement ce col se situe en fin de parcours et le peloton est étiré sur plusieurs kms au passage du col. Le tracé n’est pas adapté pour passer la caravane du tour ou il y a plus de bagnoles que de vélos. La descente qui suit serait dangereuse pour un peloton de vélo groupé avec des motards et des bagnoles. C’est un itinéraire pour des VTT ou des skieurs de rando l’hiver mais pas pour une course pro de cyclisme. Effectivement cela serait une menace de plus sur le milieu montagnard de l’Oisans déja bien massacré par les investisseurs de l’or blanc que de refaire cette route. Un projet inutile et néfaste de plus à combattre.

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