Indymedia Grenoble

Expulsion du camp rom de SMV - Quand le nouveau pouvoir fait passer la répression pour de l’aide sociale

Thursday 6 December 2012 par le collectif La Patate Chaude <collectifsoutienroms38 (a) gmail.com>

[Infos locales] [Migrations / Sans-paps] [Logement / Squats]

Expulsion du camp rom de Saint-Martin le Vinoux
Quand le nouveau pouvoir continue de faire passer
la répression pour de l’aide sociale

Mercredi 27 novembre 2012 a commencé la campagne d’expulsions directement programmée par le pouvoir PS local et la préfecture. C’est le campement Rom de Saint-Martin le Vinoux qui en a fait les frais le premier.
L’objectif des élus locaux était de se démarquer de l’époque Sarkozyste, pendant laquelle les expulsions étaient accompagnées, pendant plusieurs jours, d’un harcèlement policier visant à détruire moralement leurs victimes pour qu’elles quittent la France. On nous l’a annoncé, claironné : tout ça, c’est fini ! Avec la récente circulaire dite « Valls », les expulsions se feront désormais avec «humanité». Car le changement, n’est-ce pas... il faut bien que ça se voit !

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L’expulsion
Pourtant, dans les faits, les personnes expulsées n’ont pas été tellement mieux traitées que lors des précédentes expulsions de squats et de campements. Pendant les semaines qui ont précédé l’opération, les habitant-e-s du camp ont été volontairement maintenu-e-s dans l’ignorance des projets les concernant et bien évidemment, ils/elles n’ont jamais été consulté-e-s. Le préfet avait interdit la divulgation de la date, pourtant décidée bien avant l’expulsion. Les mairies concernées, les représentants du CCAS de la ville de Grenoble et de la Métro (la communauté de communes de l’agglomération grenobloise) et les associations associées aux prises de décision ne l’avaient pas divulguée aux habitant-e-s du campement non plus, les laissant mijoter dans l’attente et l’angoisse. C’est donc seulement la veille de leur expulsion que la police est venue placarder un arrêté les avertissant de l’opération.
Et la mauvaise surprise a été de taille ! Plutôt qu’un simple relogement, c’est une véritable opération policière qui s’est abattue sur le camp : bouclage de celui-ci par la police, les habitants ne pouvant en sortir qu’après décision des policiers et un passage obligé devant les bureaux que la Préfecture avait installés pour effectuer les contrôles. Bilan : 7 assignations à résidence avec obligation de signature quotidienne à l’hôtel de police (le tribunal administratif vient de les juger illégales...), plusieurs placements en centre de rétention administrative, des obligations de quitter le territoire français (OQTF) sous 48h pour certaines, et 14 enfants en passe de voir leur année scolaire ruinée, car l’organisation du transport scolaire pour un maintien de leur scolarité dans leurs établissements d’origine est incertaine (entre autres parce que la mairie de Saint-Martin le Vinoux refuse de le financer), et que leur inscription sur la commune de Fontaine n’est pas envisagée.
On a détruit sans vergogne, certes cette fois pas sous leurs yeux, les baraques qu’ils s’étaient construites et qui contenaient encore les biens qu’ils n’avaient pas pu transporter à la main. 80 personnes ont été réparties en différents endroits de l’agglomération : 50 places sur un terrain à Fontaine et une dizaine en hôtel ou en foyer pour les familles, des places au gymnase Vieux Temple pour les personnes seules mais pour 5 jours seulement, et le centre de rétention administrative pour certaines.

Le camp de Fontaine
Pour justifier l’expulsion du camp, la préfecture a notamment invoqué son insalubrité. Ladite circulaire « Valls » précise que « lorsque la sécurité des personnes est mise en cause (...) y compris d’un point de vue sanitaire », les préfets doivent agir immédiatement, sans s’embarrasser de décisions de justice préalables. Au vu du terrain de Fontaine où la majorité des personnes ont été amenées, il est clair que ce n’est pas dans le souci de la sécurité des personnes vivant sur le camp qu’il a été évacué : elles y vivent dans 7 algécos non cloisonnés, à 8 en moyenne par algéco, où elles ne bénéficient donc d’aucune intimité. Ces boîtes à sardines ne sont meublées que de lits de camp en nombre insuffisant, et l’eau n’y arrive pas. Le terrain n’est équipé que de deux toilettes et ne possède pas de douches. Elles n’ont même plus les bassines qui, dans leurs baraques de Saint-Martin le Vinoux, leur permettaient au moins de faire leur toilette et de laver leur linge. On a gracieusement mis à leur disposition une cuisine commune équipée de 2 plaques électriques, fermée à clef entre 22h et 6h30, comme si ces personnes n’étaient pas capables de gérer elles-mêmes leur quotidien. Et la cerise sur le gâteau : le terrain est gardé nuit et jour par un vigile, employé d’une société privée de sécurité, qui interdit toute visite autre que celles des associations « agréées ». Le camp est placé sous le contrôle de l’AREPI (Association régionale pour l’insertion), dont le directeur, Pascal Caluori, traite les hébergé-e-s comme du bétail et insulte les militant-e-s qui viennent les voir [1].
Cette mise à l’abri indigne est censée durer 3 mois, et la préfecture dit rechercher des solutions pérennes d’hébergement pour après. Mais ce qui est plus à craindre, c’est que la plupart des personnes soient embarquées et expulsées les unes après les autres par la police, qui n’aura qu’à se baisser pour les cueillir...
Et malgré tout ça, les élus locaux et la préfecture ont réussit à convaincre la plupart des médias et associations de l’humanité de leur intervention...
Quant à la commune de Fontaine, le ton a été donné mardi 4 décembre à l’occasion d’une rencontre avec Mr. Laurent Richard, directeur général des services de la commune, durant laquelle habitant·e·s du camp et militant·e·s voulaient évoquer les piètres conditions d’accueil. Le ton a été très vite agressif de la part du directeur qui clamait que la mairie de Fontaine n’avait aucune responsabilité dans l’hébergement insalubre (et une patate chaude...), qu’elle a accepté la demande du préfet pour qu’il n’y ait pas de réquisitions sur la commune (quel courage...), que le collectif n’avait qu’à aller se plaindre à la préfecture et porter plainte contre le travail de l’AREPI.
Il s’est montré d’un grand irrespect contre un habitant du camp qui lui posait une question, lui répondant d’un ton méprisant: « vous je ne vous parle pas!» et grognant qu’il ne parlerait pas aux personnes du camp pour lesquelles la mairie se dit non impliquée !

Et ça ne fait que commencer...
Que va-t-il advenir des 80 personnes vivant dans le hangar en face de la MC2, menacées d’expulsion dans les jours qui viennent ? Un autre terrain a été préparé sur la commune de la Tronche, où il n’est prévu que 30 places dans des algécos, dans des conditions que l’on devine similaires à celles du terrain de Fontaine. Ces deux camps font par ailleurs partie du dispositif d’hébergement hivernal, et il n’y a pas actuellement de garantie pour l’avenir de leurs occupant-e-s après le 31 mars. Un autre camp, à Saint-Martin d’Hères, est également dans la ligne de mire de la préfecture. Sans parler de la trentaine de migrants qui squattent actuellement une résidence universitaire du Village Olympique, qui risquent d’être expulsés et de se retrouver à la rue en plein hiver.
Les pouvoirs publics : État, Préfecture, Métro, communes, représentés par des interlocuteurs que nous avons maintes fois interpellés (Olivier Noblecourt – vice-président de la Métro en charge de l’hébergement et adjoint au maire de Grenoble en charge de l’action sociale, Yannick Olivier – maire de Saint-Martin le Vinoux et 4ème adjoint de la Métro, M. Charlot – représentant du préfet en charge de l’hébergement, et bien d’autres, voir [2]) continuent à refuser d’apporter une aide réelle aux étrangers migrants et à mettre à l’écart ces populations en grande précarité, tout en faisant semblant de proposer des solutions « humaines » que nous percevons mal sous les coups de pelleteuses, la répression et le contrôle social.

Pour notre part, nous ne sommes pas dupes du vernis d’aide sociale dont est parée la répression d’un pouvoir qui se dit de gauche. Nous répétons et répéterons tant qu’il le faudra que la seule solution est que tou.te.s les migrant-e-s aient accès, comme tout le monde, sans discrimination, au droit commun, au travail, au logement, à l’éducation, aux aides sociales et à une existence digne. Ne pas leur accorder ces droits et les rendre ensuite responsables de leur situation est une hypocrisie qui doit cesser !

Avec les Roms et tous les laissés pour compte, nous continuerons à lutter pour que cesse enfin la discrimination dont ils sont victimes.

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Collectif La Patate Chaude - Décembre 2012)

[1] L’état d’esprit du directeur de l’AREPI est symptomatique des dérives de l’action sociale lorsqu’elle est à la solde du pouvoir. Les exemples pleuvent pour la seule journée de déportation des personnes de St. Martin Le Vinoux, durant laquelle Monsieur CALUORI fut fidèle à ce qui a fait sa réputation sur l’agglo:
- à un néo-hébergé qui se plaignait de l’absence de douche : « Vous avez qu’à aller vous laver dans la flaque ».
- à une militante : « Tu as un problème affectif, va te faire soigner»
- à son collaborateur-vigile et à voix haute : «Trouve lui un endroit pour qu’elle se fasse baiser, c’est une mal baisée.
Nous mentionnerons aussi la course poursuite en voiture qu’il a menée alors qu’il transportait des personnes à héberger afin de semer les militants qui... connaissaient parfaitement l’emplacement du nouveau camp. Nous sommes également très inquiet-es pour M. Caluori qui nous semble à bout. Nous pourrions dire que sa santé mentale ne nous regarde pas si elle n’avait également des conséquences importantes pour les personnes accueillies..

[2] Tous se targuent d’avoir mis en œuvre la circulaire dite Valls et « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des camps illicites », qui se veut être le « cadre de référence » (page 2) des démantèlements de camps.

Mais celle-ci prévoit de « faire établir aussi rapidement que possible un diagnostic de chacune des familles ou des personnes isolées » qui prenne « en compte l’ensemble des problématiques (situation administrative, état de santé, logement, emploi, scolarisation,…) », et qu’une « attention particulière devra être apportée au repérage des personnes les plus fragiles (personnes malades, jeunes enfants, …) ». Il est, de plus, précisé qu’il faut intervenir « le plus en amont possible ». Nous nous interrogeons donc : est-ce que l’intervention des travailleurs sociaux qui accueillaient les personnes au CAI après l’expulsion était « le plus en amont possible » ? Ou faut-il considérer que ce sont les descentes de police sur le camp dans les jours qui ont précédé qui ont permis d’établir ce diagnostic social ?
La circulaire précise aussi qu’« En matière d’hébergement et d’accueil, (...) l’ensemble des dispositifs mobilisables par les partenaires publics doit être considéré. Il s’agit d’abord de rechercher des réponses aux urgences que vous avez constatées. Il s’agit ensuite de favoriser les parcours d’insertion qui, pour être efficaces, doivent être présentés et expliqués aux intéressés puis, nécessitent que les ménages adhérent pleinement à ce type de projet et qu’ils soient stabilisés dans des conditions décentes, et accompagnés sur une période temporelle compatible avec l’accès à l’emploi et, in fine, à un logement pérenne ». Nous devons tou-te-s avoir un drôle de problème affectif et une vie sexuelle très pauvre, car décidément, nous ne parvenons pas à discerner dans l’action des autorités l’application de ces préconisations. Mais il est vrai que nous ne sommes pas anthropologues. Peut-être qu’après tout, une flaque d’eau peut, pour ces étranger-e-s aux mœurs différentes des nôtres, constituer un point d’eau tout à fait adapté et conforme à la circulaire, comme semble d’ailleurs l’avoir pensé l’ensemble des services de l’État, des collectivités territoriales et des associations qui ont participé à cette opération."



Compléments d'informations :
Camembert vice-président
par anonyme,
le 6 December 2012

Je ne savais pas que M. Noblecourt était vice-président de la Métro. Mais il est vice-président du CCAS dont une des activités actuelles est de distribuer des bons de réduction pour acheter des produits Danone. On ne peut pas non plus tout faire...

Tract co-signé
par anonyme,
le 15 December 2012

Le tract est co-signé par RESF 38.

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