Indymedia Grenoble

Lundi 17 décembre 2012, expulsion des Roms du hangar dit « de la MC2 », à Grenoble

Saturday 22 December 2012 par les collectifs École Ici et Maintenant & La Patate Chaude

[Infos locales] [Migrations / Sans-paps] [Logement / Squats]

ou : Quand le Parti Socialiste se penche sur la misère des sans-abri

JPEG - 29.4 kb

Ce lundi 17 décembre 2012, à 6h10, la police a encerclé le hangar situé face à l’Externat Notre-Dame, non loin de la MC2, occupé en majorité par des roms roumains venus se réfugier là après l’expulsion du camp de La Tronche en juillet 2012. Des cars de police un peu partout, derrière, devant, sur les deux côtés du hangar et un rideau d’hommes qui arborent des protections multiples, aux jambes, aux bras, sur la tête. La police a pénétré à l’intérieur vers 7h et, sous une pluie fine et dans le froid, a fait sortir les habitants. Avec la centaine de policiers et de gendarmes, est également présente une dizaine de policiers municipaux. Diantre ! Aurions-nous affaire à de dangereux malfaiteurs, à des envahisseurs de énième génération ? Et derrière tout ce petit monde estampillé « shérif » circulent le directeur des services de la préfecture, des personnes du CCAS, de Roms Action et même la SDCS (société de surveillance). Face à eux : des militant-e-s (Patate Chaude, École ici-maintenant, …), des sympathisant-e-s et quelques passant-e-s pour la plupart scandalisé-e-s.

Dans le hangar, les adultes s’organisent, empaquettent, ficellent ; les enfants, nombreux et hauts comme 3 pommes, franchissent les jambes bien plastifiées de la police pour venir nous voir, parfois nous sourire et se réfugier dans nos bras, parfois juste nous regarder aussi, ne comprenant pas, pas plus que nous. Les plus grands ont le visage fermé et d’une grande tristesse. Dans la cour, un chapiteau est dressé où les occupant-e-s des lieux, selon un scénario bien rôdé, devront passer devant les représentants des différentes institutions : papiers, contrôles… Un passage s’ouvre et un couple arrive, puis une famille, une autre…

Certaines personnes nous ont confié des sacs, un vélo. A ce moment là, et seulement à ce moment là, nous avons pu échanger quelques mots. Ne sachant pas ce qui les attendait, ni où elles allaient être orientées, hébergées (où ? comment ? quelle structure ?) leurs visages sont remplis d’inquiétude. Des personnes du CCAS nous répètent que les enfants vont aller à l’école, des militantes s’en étonnent : comment aller à l’école dans ces conditions ?

La pluie s’interrompt, recommence, les familles passent devant nous, on leur attrape la main, on échange des sourires, ils disparaissent dans des véhicules. Quelques scènes décalées arrêtent le regard : un père roumain, de notre côté, qui demande à son fils, de l’autre côté des policiers, d’aller chercher deux pneus, et il part plus loin avec ses roues. Un enfant, agrippé à une veste en fourrure, totalement silencieux, nous regarde, presque immobile dans l’agitation générale. On le photographie. Une petite fille passe entre les jambes sombres d’un policier et une personne commente : « elle est plus petite que les protège-tibias ».

On ne peut traverser la rangée bien alignée des policiers. Trois journalistes sont passé-e-s, et l’une d’entre eux a pris des photos, des enfants surtout. L’un des membres de la Patate Chaude aussi, mais lui s’est tout de suite reçu une volée de commentaires par l’un des flics qui voulait l’en empêcher : « C’est interdit ! » « Pas du tout, on est encore en démocratie, j’ai le droit ! » « Je vais voir mon chef et on verra bien… » Il n’est jamais revenu. Il tentait juste un coup de pression pour empêcher les images de leur sinistre activité matinale de circuler…

Les familles sont embarquées dans des mini-cars, avec un minimum d’affaires, et conduites au C.A.I. (Centre d’Accueil Intercommunal), ou, après une analyse de leur situation sociale (composition de la famille…) elles seront conduites vers un des 2 sites prévus et équipés d’Algeco : chemin Fortuné Ferrini (sur La Tronche), et l’aire de stationnement aménagée et prévue pour les Gens du Voyage, derrière les anciennes usines Allibert (Grenoble). Un couple s’est vu notifier une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) de 30 jours, et une personne a été conduite au CRA (Centre de Rétention Administrative) de Lyon Saint-Exupéry. Commentaire d’un des policiers quand la personne reçoit une OQTF : « Allez, bonnes vacances » ! Une fois le hangar vidé de ses occupant-e-s, ce sont les employés de la voirie et les engins de travaux publics qui entrent en action. Drôle de ballet. Présence aussi de camions-plateaux qui emmènent les caravanes. Tristesse.

37 Roumain-e-s (des enfants pour les 2/3) et une dizaine de Hongrois-es auront été expulsé-e-s ce matin, sous un ciel blafard.

Malgré elles, les personnes de Saint-Martin le Vinoux, installées dans des Algeco sur Fontaine, ont servi de laboratoire car, cette fois, un bloc sanitaire est installé ainsi que 2 WC sur la parcelle chemin Fortuné Ferrini. 27 personnes y sont hébergées dans 4 Algeco. Espérons, sans trop y croire, que cet hébergement ne sera pas géré par l’hystérique directeur d’association qu’il est inutile de citer ici, mais dont beaucoup ont déjà eu à se plaindre, à commencer par les Roms eux-mêmes. Des journalistes étaient présents (FR3, Télé Grenoble, Dauphiné, RCF). Il s’avérerait que les différents services, y compris la police, aient été un peu pris de cours pour cette opération, mais le préfet semble avoir voulu précipiter les choses… Au total, les expulsés de Saint-Martin le Vinoux et de Grenoble ont été dispersés et entassés dans des Algeco à Fontaine (près de But), à la Tronche (rue Fortuné Ferrini), à Grenoble (derrière Allibert) et dans les anciens bureaux de Jeunesse et Sports, rue Verlaine.

Que peuvent espérer ces familles qui disent : on voudrait travailler, on voudrait que nos enfants aillent à l’école, on voudrait un logement… Elles ont, en tout cas, tout à redouter de l’avenir dans ces hébergements, au milieu de nulle part, et que les responsables eux-mêmes qualifient de provisoires. Pour les soutenir moralement, les aider, rompre leur isolement, passez les voir. Du moins, si vous y arrivez, car l’hystérique gestionnaire de ces locaux prétend s’arroger le droit d’interdire les visites aux familles hébergées (sur ordre du préfet ?)…

Afin de se démarquer de l’époque sarkozyste, les pouvoirs publics ont répété dans les nombreux articles parus avant et après ces expulsions qu’ils ont préparé celles-ci depuis longtemps, dans un souci des personnes concernées. La réalité est que cette préparation s’est effectivement faite depuis des mois du côté des pouvoirs publics, mais sans que les premiers-ères concerné-e-s ne soient jamais entendu-e-s ou pris-es en compte avec leurs besoins et projets réels. Tout ce que les familles Roms ont pu toucher du doigt de cette préparation, ce sont les contrôles (appelés en novlangue « recensements ») effectués par la police nationale, sans explication aucune, quelques semaines avant les expulsions, et qui ont permis d’établir, à l’intention des pouvoirs publics, des listes indiquant qui serait « hébergé », qui recevrait une OQTF et qui serait emmené au CRA afin d’être expulsé en Roumanie. Jusqu’au jour même des expulsions, les personnes n’avaient aucune certitude sur ce qui les attendait, alors qu’une foule d’élus, de techniciens publics, de travailleurs sociaux, étaient, eux, au courant.

Bruno Charlot, secrétaire général adjoint du préfet de l’Isère, a affirmé dans un article du Dauphiné Libéré du 18 décembre 2012 : « L’idée, c’est qu’aucune famille ne soit laissée à la rue ce soir », et dans la suite de l’article : « Selon les derniers recensements, ce camp abritait une centaine de personnes. Plus de la moitié de ces occupants l’ont quitté avant l’intervention hier des forces de police et de gendarmerie. » Pourtant, maintenir ainsi les gens dans l’angoisse de ce qui les attend, n’est-ce pas la meilleure manière de s’assurer de leur docilité le jour-même, et pourquoi pas d’en pousser certain-e-s à quitter le camp avant l’expulsion ?

Si l’accompagnement social de ces personnes était réellement une priorité, c’est à leurs conditions de vie quotidienne, c’est-à-dire à leur habitat, à leur santé, à leur scolarisation, que les pouvoirs publics devraient s’intéresser en premier lieu. Preuve s’il en est que derrière le vernis de l’action sociale, il s’agit avant tout de contrôle social et de répression.

Nous continuerons de répéter inlassablement que la seule solution est que tou-te-s les migrant-e-s aient accès, comme tout le monde, sans discrimination, au droit commun, au travail, au logement, à l’éducation, aux aides sociales et à une existence digne.

collectifs École Ici et Maintenant – La Patate Chaude

JPEG - 14.4 kb



Compléments d'informations :
L’aide sociale en images
par anonyme,
le 23 December 2012

Ajouter un complément d'information


copyLeft Indymedia (Independent Media Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.