Indymedia Grenoble

Situation dans les camps et centres d’hébergement de l’agglomération grenobloise (mi-janvier 2013)

Saturday 19 January 2013 par le collectif La Patate Chaude

[Infos locales] [Logement / Squats]

Après l’évacuation du camp de Roms de Saint-Martin le Vinoux, la plupart des médias et associations ont applaudi de concert. A leurs yeux, le nouveau pouvoir socialiste avait rompu avec les pratiques de l’ère sarkozyste et tenu sa promesse : « expulser avec humanité ». Pourtant, aussi bien l’expulsion en elle-même que les conditions matérielles dans lesquelles les personnes déplacées ont été relogées étaient lamentables et reflétaient bien le véritable souci des pouvoirs publics (Préfecture et Métro) : réprimer les Roms et les placer sous leur contrôle plus que leur permettre de sortir de la misère dans laquelle ils vivent. Nous avons dénoncé cette expulsion et le vernis social trompeur qui l’accompagnait dans ce texte largement diffusé. Dans la foulée, d’autres organisations sont également montées au créneau, comme le RESF [1], la FSU [2] (plus particulièrement concernée par les problèmes de scolarisation qu’a entraînés le déplacement des familles), et même Médecins du monde. Face à ces protestations qui commençaient à arriver de toutes parts, les autorités ont enfin réagi et amélioré un peu les conditions d’hébergement, notamment dans les camps dotés d’Algécos. Pour autant, tout n’est pas encore parfait. Petit tour d’horizon de la situation humaine et matérielle à ce jour :

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- Les personnes logées à Fontaine se plaignaient au départ de conditions matérielles désastreuses (deux toilettes et deux plaques de cuisson pour 56 personnes, pas de douches ni d’autre moyen de se laver) et d’un traitement inhumain (plusieurs familles entassées sans intimité dans les Algécos, attitude déplorable du directeur de l’association qui gère le camp, arbitraire des vigiles qui les surveillent…) Finalement, un 3ème WC a été posé sur le camp, ainsi que des douches – qu’il aura fallu trois semaines pour mettre en marche… Des cloisons ont été posées dans les Algécos, que leurs occupant-e-s ont pu aménager. Le service santé de la ville de Fontaine est également intervenu efficacement.
- Les personnes hébergées dans des camps similaires à La Tronche et sur le site Allibert ont tout de suite bénéficié de meilleures conditions sanitaires. À La Tronche, le travail des vigiles semble se faire en bonne entente avec les habitant-e-s du camp. Ceux-ci se disent satisfait-e-s des conditions, qui ne pouvaient certes pas être pires que celles du hangar de la MC2, où ils vivaient auparavant. Sur le terrain Allibert, en revanche, la surveillance des vigiles est totalement arbitraire, et les hébergé-e-s ne peuvent souvent pas accueillir d’amis, ce qui les a, par exemple, empêché de fêter le réveillon du nouvel an. La promiscuité et la pénurie d’équipements collectifs (2 plaques de cuisson pour 50 personnes à la Tronche) génèrent aussi des tensions que les gestionnaires des lieux utilisent pour justifier leur surveillance et leur contrôle.
- Le centre d’hébergement de la rue Verlaine (anciens locaux de Jeunesse et Sports) pose plusieurs problèmes : pas d’eau chaude dans les douches la plupart du temps, promiscuité difficilement supportable avec environ 150 personnes hébergées, dont beaucoup d’enfants. De plus, les situations et les problèmes des uns et des autres sont très différents, et les travailleur-euses sociaux-ales présent-e-s dans le centre ne se voient visiblement confier qu’une mission : celle de surveiller les hébergé-e-s. Cette absence de suivi social et de solution adaptée crée bien évidemment des tensions. Néanmoins, un certain nombre de personnes hébergées rue Verlaine trouvent les conditions pas si mauvaises que ça, et surtout, s’estiment heureuses d’avoir un toit sur la tête plutôt que de dormir dehors…
- A Domène, il n’est pas possible d’entrer dans le centre, toute visite étant interdite. Il semble qu’il y ait de nombreux problèmes liés à l’éloignement, notamment des problèmes de scolarisation des enfants, qui ne semblent pas avoir été anticipés. De nombreux enfants sont déscolarisés depuis qu’ils y sont hébergés.
- Les personnes hébergées au foyer Adoma de la rue Jules Vallès, en revanche, semblent satisfaites. Les familles disposent de plusieurs petites chambres en fonction du nombre de personnes, et d’une cuisine pour 5 ou 6 familles. Certain-e-s se plaignent tout au plus du manque d’espace pour les enfants. Il y a un bureau et une assistante sociale au 5ème étage, et quelqu’un est en charge de la scolarité. Il n’y a pas de contrôle des visites, bien qu’une porte de derrière, facile d’accès, ait été condamnée.

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La satisfaction relative des personnes expulsées de Saint-Martin le Vinoux et du hangar de la MC2 qui vivent désormais sur les terrains dotés d’Algécos prouve en tout cas une chose : il n’était nul besoin d’intervenir de manière aussi répressive, avec l’appui de la police. Si la volonté avait vraiment été de venir en aide aux habitant-e-s des camps, leur proposer des conditions de vie meilleures que celles dont ils disposaient aurait suffi à les convaincre de quitter leurs abris de fortune. Contrairement à ce que nous a affirmé Olivier Noblecourt [3], personne n’aurait préféré rester vivre sans chauffage, sans eau, sans sanitaires, si on lui avait proposé des solutions d’hébergement meilleures. D’ailleurs, ces opérations de police n’étaient pas seulement illégitimes : même le Conseil d’Etat, statuant en référé, a considéré – trop tard – que l’expulsion de Saint-Martin le Vinoux était illégale.

Mais l’intervention de la police avait certainement d’autres objectifs que de « faire le bien des gens malgré eux » : elle permet aussi d’attribuer au passage quelques OQTF, d’attraper d’éventuels délinquants (comme les femmes qui se prostituent pour gagner un peu d’argent?), ou encore de faire peur aux gens pour qu’ils fuient et qu’il en reste le moins possible à héberger…

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D’une certaine manière, la situation est stabilisée, mais au fond, rien n’est réglé :

- très peu d’aide sociale appropriée aux demandes des hébergé-e-s (pourtant simples : un travail, un logement, la scolarité). Ces camps et centres d’hébergement ressemblent dans la plupart des cas davantage à des lieux de privation de liberté qu’à des lieux de travail social.

- nous craignons que les camps avec Algécos ne se transforment en pièges se refermant sur leurs habitant-e-s : OQTF qui tombent les unes après les autres, suivies d’expulsions, ce qui ne ferait que fragiliser encore ces personnes en difficulté. Nous veillerons à ce que ces lieux ne soient pas des centres de rétention qui ne disent pas leur nom.

- nous serons aussi attentifs, fin mars, à la fin de la période d’hébergement hivernal, à ce que personne ne soit remis à la rue, et à ce que de vrais parcours d’insertion adaptés aux demandes des hébergé-e-s leurs soient proposés.

Le collectif « La Patate Chaude » janvier 2013

[1] Réseau éducation sans frontières

[2] Fédération syndicale unitaire

[3] Vice-président de la Métro en charge de l’hébergement et adjoint au maire de Grenoble en charge de l’action sociale.



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