Indymedia Grenoble

Rassemblement samedi 18 février au parc Paul Valmy en soutien aux personnes à la rue ou en cours d’expulsion

écrit le 18/02/2017, actualisé le 21/02/2017

Mise à jour du mardi 21 février 2017 à 13 heures 30 : La pression mise ce matin par la police, qui tentait de virer les tentes hors de tout cadre légal, a cessé à 13 heures en ce début d’après-midi. On nous signale une table ronde aujourd’hui à 14 heures entre la mairie et la préfecture entre gens qui décideront du sort d’autre personnes qu’ils n’ont même pas pris le temps de venir voir.

Une présence régulière de soutien reste évidemment la bienvenue.


Mise à jour du mardi 21 février 2017 à 10 heures : Appel à rassemblement immédiat ! La police est présente avec trois camions. Forte probabilité d’expulsion dans les heures à venir.

Besoin de soutien en urgence.


Mise à jour du dimanche 19 février 2017 à 14 heures 30 : Appel à rassemblement immédiat ! La police municipale fait pression pour la deuxième fois de la journée pour démonter les tentes.


Mise à jour du samedi 18 février 2017 : On nous signale l’installation d’un campement à Valmy au parc Mistral, qui aurait besoin de nourriture, de gamelles, de vêtements, de couvertures, de tentes, et de plus de gens.


Communiqué de presse de l’Assemblée des locataires, mal logé·e·s et sans logement

Face à l’indignité, appel à l’action fraternelle :

Le 18 Février à 15h au parc Valmy
Demandeurs et demandeuses d’asile,
locataires, mal logé·e·s et sans logements, rassemblons-nous !

En Isère, au mois d’octobre 2016, c’est environ 4000 personnes qui étaient à la rue ou en habitats très précaires. En janvier c’est seulement 275 places d’hébergement hivernal qui étaient ouvertes, la préfecture déclare pour se dédouaner de ce nombre trop faible avoir à faire à des mairies pas toujours favorables. Lorsque les températures sont descendues en dessous de -11° c’est seulement 205 places en gymnase qui s’y sont ajoutées. De fait, aujourd’hui de plus en plus de personnes sont à la rue que se soient des hommes, des femmes, des personnes âgées ou malades ou des enfants. Pourtant à Grenoble ont compte plus de 10000 logements vacants.

Comme si les personnes sans logement n’étaient pas assez stigmatisées, les pressions continuent : la police municipale harcèle chaque jour des personnes à la rue, de nombreuses tentes ont été détruites cet hiver. Mais dans quel recoin de Grenoble la mairie conseille-t-elle de s’installer ?

Nous rappelons que la loi prévoit que toute personne sans logis en situation de détresse doit être hébergée, puis orientée vers un relogement, un hébergement stable ou une structure de soin. Nous rappelons aussi que les lois obligent l’accueil des demandeurs d’asile, par la France dans son préambule à la Constitution de 1946 :

« Article 4. Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République. »

« Article 10. La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. »

L’État et le Conseil Départemental, pour les mineurs ou familles avec enfants, bafouent ces droits.

Les loyers démesurément élevés et l’augmentation du prix des charges étouffent les locataires forcés parfois de choisir entre manger, se chauffer ou payer le loyer. La menace de la rue, l’impossibilité de se projeter, sont le quotidien de nombreuses personnes et des familles. La fin de la trêve au 31 mars est une perspective morbide pour nombre d’entre nous, dans la peur de l’exécution des jugements pour expulsions sans relogement préalable ou dans l’attente d’une coupure d’électricité.

Mais ce n’est pas tout, la trêve hivernale ne protège ni les occupants d’hébergements, ni les étudiants en résidence, ni les occupants sans titres. À ce jour, les pressions relatives aux expulsions sont plus présentes que jamais. Par exemple, sous les ordres de la préfecture, les associations hébergeuses soucieuses de gérer le rendement des places d’hébergement, expulsent les occupant·e·s en les assignant au tribunal ou parfois plus simplement en brandissant la menace d’une obligation de quitter le territoire.

Face à cette situation insupportable, nous assemblée des locataires mal logés et sans logements, adressions le 6 janvier 2017 par fax une lettre à l’intention des pouvoirs publics (communes, intercommunalité, préfecture, sénateurs et députés) demandant la mise en place d’arrêtés municipaux contre les expulsions domiciliaires sans relogement. En retour un silence assourdissant fait écho, seul le conseil municipal de Grenoble a pris position : un refus net en rejetant la responsabilité sur l’État…

Pour que les personnes à la rue ou qui vont s’y trouver, puissent s’organiser et sortir de l’isolement, nous appelons à une large mobilisation à l’endroit même où en décembre dernier un campement avait été « nettoyé » : au parc Valmy.

Un toit c’est un droit !

Application de la loi de réquisition !

Pas d’expulsion sans relogement !

Nous on veut publier !

écrit le 12/02/2017, actualisé le 20/02/2017

Salut tout le monde. Aujourd’hui, on fête avec un éditorial important le record de visite quotidiennes depuis plus d’un an, atteignant des niveaux comparables à ceux du mouvement contre la loi travail !

Tout d’abord, on vous présente toutes nos excuses pour le manque de vitesse dans la validation des articles ces deux derniers mois. Les jours se réchauffent et se rallongent : on sort d’hibernation. Tout plein d’énergie et de bonne volonté.

Ça a déjà du se voir cette semaine, mais on redevient efficace, et on espère que ça va durer, avec des éditos plus réguliers et moins espacés. Et plus de travail vraiment en équipe.

Suite à notre reprise du site en juin dernier, de nombreuses améliorations techniques ont été apportées, essentiellement en terme de sécurité et d’anonymat, mais d’autres sont encore dans les tuyaux et devraient sortir dans les prochaines semaines (entre autres le passage à une version de SPIP plus récente, ce qui a été retardé en novembre, ou un design adaptatif et un tout petit peu rajeuni).

Pour rappel, une liste des changements techniques apportés est disponible à l’adresse suivante : https://grenoble.indymedia.org/extras/CHANGELOG.txt


Rappel

Ensuite, on souhaiterait répondre aux (nombreux) commentaires (« compléments d’information ») qui nous ont été envoyés sur les articles, et qu’on a souvent refusés.

Nous tenons en premier lieu à rappeler que nous, équipe d’Indymedia Grenoble, ne sommes pas des producteurs de contenu, et qu’il ne faut rien attendre de nous à ce sujet en tant que collectif (évidemment, ça nous arrive de proposer des articles en notre propre nom ; il nous arrive même de proposer des articles à Haro ⸮), à quelques éditoriaux près.

Nos fonctions en tant que collectif Indymedia Grenoble sont les suivantes :
- maintenir et entretenir la plate-forme technique de publication ouverte.
- de communiquer sur internet et dans la rue sur Indymedia Grenoble.
- de mettre en valeur certains contenus via les éditoriaux, en particulier lors de mouvements sociaux.
- si on en a l’énergie, de proposer de l’aide à la publication de contenus.
- veiller à ce que les contenus proposés respectent les principes de publication.

Nous admettons évidemment qu’il nous arrive de commettre des erreurs de jugements, et que nous ne sommes pas toujours tous d’accord entre nous. Il ne faut donc pas hésiter à nous contacter s’il vous semble que nous sommes passé à côté de quelque-chose, que nous avons fait une bêtise, ou pris des décisions qui semblent incohérentes. Petit rappel de l’adresse courriel à laquelle nous contacter :

contact grenoble.indymedia.org [1]


Précisions importantes

Il nous semble important de rappeler que le réseau Indymedia tient ses origines des premiers mouvements dits « black block » à Seattle en 1999, et du besoin de maîtriser sa propre communication lors de grands mouvements sociaux, bref de l’idée de :

« Don’t hate the media, become the media ! » | « Ne hais pas les médias, deviens les médias »

C’est ce qu’on a maintenant pris l’habitude d’appeller « automedia ».

Nous ne sommes pas là pour censurer les articles avec lesquels nous ou d’autres seraient politiquement ou pratiquement en désaccord (auquel cas nous en serions les seuls auteurs restants).

Toutefois qu’il soit clair que ce sont bien nos convictions politiques qui nous ont menées à vouloir entretenir une plate-forme de publication ouverte à Grenoble. Convictions politiques qui, comme nos prédécesseurs à cette tâche, sont de nature anti-autoritaire, ce qui va souvent de pair avec des convictions anti-sexistes, anti-racistes, etc.

Mais ceci ne veut pas dire que nous nous considérons comme les garants d’une quelconque doxa des milieux anti-autoritaires grenoblois. Et c’est encore heureux.


Au sujet d’une polémique actuelle

En équipe, on a (très) longuement discuté au sujet de la « polémique (anti-)(anti-)racialisateur », qui est partie entre autres du livre d’Houria Bouteldja. Comme ça ne fait pas partie des tâches qu’on s’attribue, on ne donnera pas notre avis sur le fond de ce sujet [2] [3], même si on reconnaît que le traitement de cette problématique est très important, et même si ça doit parfois se faire dans le conflit.

En revanche, on admet que gérer tous les articles à ce sujet (pas forcément de qualité) nous prend beaucoup de temps et d’énergie. Trop par rapport aux capacité de notre petite équipe pour le moment. Et on a peur, si on se met à accepter des articles en pour ou en contre, d’une subite montée en pression en nombre d’articles et de commentaires qu’on ne saurait pas bien gérer avec nos petites ressources.

En conséquence de quoi, on sera largement plus exigeants sur la qualité attendue des articles à ce sujet. Plus clairement, on va probablement continuer à refuser la majorité des publications liées à ce débat, à moins qu’elles ne sortent du lot (apport de nouveaux éléments, plus de contenu politique et beaucoup moins de « guerre de milieu » [4]).

Si vous voulez continuer la gueguerre, utilisez Twitter, c’est un outil adapté. Pas Indymedia Grenoble.


Et ça y est ! Notre nouvelle équipe a (enfin) pris ses marques avec l’outil et dans son mode de fonctionnement !

Du coup, avis aux intéressés qui nous connaissent en chair et en os : si ça vous dit de nous donner un coup de main à la validation (et au refus) des articles, ou de nous apporter vos lumières sur des sujets qu’on ne maîtrise pas toujours bien : venez-nous voir, et on verra, par co-optation l’intégration de nouvelle personnes à notre équipe.

Note : on cherche tout particulièrement un developpeur SPIP, pour des coups de main ponctuels, qu’il cherche à s’intégrer à l’équipe ou non.

Rassemblement en solidarité avec Théo et les insurgés d’Aulnay-sous-Bois

écrit le 09/02/2017, actualisé le 14/02/2017

Mise à jour du 14 février 2017 : On retransmet ci-dessous le dernier appel à rassemblement de soutien à Théo et à Aulnay-sous-bois, reçu sur Indymedia Grenoble.

Ce samedi, l’UNL, l’UNEF, et compagnie organisent une « maifestation citoyenne » dans la « volonté de repenser les relations police- citoyen·ne·s. » On voit bien leurs intentions, ça promet d’être assez ennuyeux…

Nous aussi participons à cette manif’, mais pas dans les mêmes intentions qu’eux. […]

Samedi 18 février à 14 heures, rue de l’Arlequin, tram A arrêt la Bruyère.


À Grenoble, rassemblons-nous, vendredi 10 février à dix-huit heures place Notre-Dame, avant de continuer sans nous laisser intimider.

Jeudi dernier à Aulnay-sous-Bois Théo était violé avec une matraque par quatre policiers lors d’un contrôle d’identité. Les violences et les insultes racistes se poursuivront ensuite jusqu’au commissariat et le jeune homme, souffrant entre autre de graves lésions à l’anus, doit être hospitalisé. Pour autant lors de l’instruction, la qualification de viol en réunion est bien vite écartée par le parquet de Bobigny qui préfère retenir le terme de « violences » pour 3 des 4 policiers, qui sont remis en liberté. Encore une fois justice et police marchent main dans la main.

Le cas de Théo n’est pas isolé, plusieurs dizaines de témoignages ces dernières années rapportent des humiliations à caractère sexuel de la part de la police à l’occasion de simples contrôles, sans que bien sûr aucune condamnation ne soit prononcée. Sans étonnement c’est dans les cités de banlieues que ces faits sont répertoriés, là où la police, qui ne prend plus la peine de cacher son racisme, se plaît à perpétuer un climat de peur en faisant régulièrement subir des humiliations à la population.

Depuis jeudi les habitant·e·s d’Aulnay-sous-Bois laissent éclater leur révolte et réclament la justice pour Théo, ils et elles sont violemment réprimé·e·s par la police qui déploie des centaines d’effectifs et un hélicoptère, alors que les transports en commun et le courant sont coupés dans la cité des 3000. Peu d’images : on apprend sans grande surprise que la police menace au LBD celles et ceux qui tentent de filmer l’horreur de la répression. Dans la nuit du 6 au 7 février, la police tire à balles réelles sur les manifestant·e·s, des soi-disant « tirs de sommations », dix-sept tout de même revendiqués, alors qu’elle a à sa disposition des armes de maintien de l’ordre toujours plus développées.

La nouveauté c’est que la troupe tire de nouveau sur la foule. On sait avec la généralisation du flash-ball que la police s’est habituée à prendre la population pour cible. Cet été les gendarmes ont sorti les fusils d’assaut HK G36 à Beaumont-sur-Oise pour maintenir l’ordre dans le quartier où ils avaient préalablement tué Adama Traoré. Cette fois ils s’en sont servi. Nous sommes entrés dans l’ère de la guerre civile véritable.

Nous ne pouvons rester immobiles face aux nouvelles exactions policières commises à Aulnay-sous-Bois. Nous ne nous laisserons pas abuser par l’émoi médiatique et politicien affiché à la suite de cette énième « bavure » policière. En revanche, ce que nous voyons très clairement, c’est la réponse sécuritaire de l’État : occupation militaire du quartier, armes de guerre déployées, balles réelles tirées sur les habitant·e·s.

L’État gère les révoltes avec des armes de guerre. Il ne dépend que de nous de laisser faire ce nouveau glissement sécuritaire. Personne ne réagira à notre place ; seule la rue peut enrayer cette sordide mécanique. Faisons obstacle au déploiement de la logique policière et militaire… Ils réclament l’impunité et un armement sans limite, mettons-les hors de nuire !

Rassemblons-nous et manifestons dans toutes nos villes pour contester la toute-puissance policière, ne les laissons pas terroriser les quartiers populaires, ramenons-les en ville, dispersons leurs forces, que personne ne puisse plus ignorer le vrai visage de leur « paix sociale ».

Forer ou forêt ? L’ANDRA va voir de quel bois on se chauffe !

écrit le 28/01/2017, actualisé le 08/02/2017

Indymedia Grenoble soutient à fond ce qui se passe à Bure contre le projet de l’ANDRA.

Nous publions ici l’appel du collectif VMC :

À Bure, tout s’accélère. Les occupant.e.s du bois Lejuc sont convoqué.e.s au tribunal le 25 janvier. La menace d’expulsion est imminente. L’Andra projette de défricher sept hectares supplémentaires de forêt pour commencer ses travaux de forage. À nous de l’en empêcher !

Une bataille décisive va se jouer jusqu’à mi-mars, date à laquelle la nidification empêcherait, selon le code de l’environnement, toute déforestation. Notre détermination est essentielle comme l’a prouvé la mobilisation de cet été, mais l’issue du bras de fer reste incertaine.

Nous invitons tout.e.s nos ami.e.s à venir nous rejoindre dès maintenant pour renforcer l’occupation, grimper dans les arbres, participer aux chantiers en cours et construire des barricades. Pour se préparer à l’expulsion, des journées d’autoformation sont prévues les dimanche 22, 29 janvier et 5 février.

Nous appelons ensuite à une semaine d’actions du 14 au 18 février. Le 14 à Bure, nous ouvrons le bal en « déclarant notre flamme » à l’Andra ! Agissons partout ailleurs le reste de la semaine : soyons transis, passionnels et fougueux !

Le 18 février, qu’ils nous expulsent ou pas, on vous accueille pour marcher ensemble sur le bois. Cette journée doit être une démonstration de force pour que jamais il n’y ait de poubelle nucléaire.

Gardez vos déchets, on garde la forêt !

ANDRA DEGAGE, RESISTANCE ET AFFOUAGE !

En cas d’expulsion, l’alerte sera donnée sur vmc.camp, twitter les Ziradiés, FB Bure à Cuire. Nous avons de quoi vous héberger, prenez des vêtements chauds, des couvertures et n’oubliez pas les chaussettes de montagne !

De plus sur Grenoble il y a un rassemblement Place Félix Poulat le lundi 13 Février à partir de 18h30 : allez voir ici

Bibliothèques de la mairie de Grenoble : encore un mauvais coup de Piolle !

écrit le 17/12/2016, actualisé le 08/02/2017

Un article que nous trouvons important à mettre en édito sur Indy Gre La mairie de Grenoble a annoncé qu’elle renonce à la fermeture d’une des trois bibliothèques qui étaient sacrifiées sur l’autel de l’austérité budgétaire municipale. Quelle magnifique nouvelle, tout le monde devrait s’en réjouir, et pourtant...

Depuis six mois les habitants et les employés bibliothécaires, soutenus par des syndicats, se mobilisent pour conserver leurs bibliothèques. Pendant ces six mois, les élus de la majorité du parti des verts et du parti de gauche ont fermement refusé de prendre en considération les revendications qui leur étaient exprimées.

Revirement surprise le vendredi 02 décembre : on apprend que la bibliothèque Alliance, située dans les quartiers sud de la ville, n’est plus condamnée à la fermeture. Cette annonce est révélée par les syndicats CFDT et CFTC de la mairie, qui attribuent cette victoire à un « accord de méthode » qu’ils ont (et eux seuls) signé le 22 novembre avec le maire. Cet accord est destiné à encadrer le déroulement des suppressions de services et de postes dans la ville.

Plus tard, c’est au tour du maire de confirmer l’annonce, par voie d’un communiqué de presse laconique. La réaction attendue des acteurs des mobilisations contre les fermetures de bibliothèques ne s’est pas faite attendre. Les syndicats CGT, FO, Sud et CNT qui se battent depuis six mois contre les mesures d’austérité, et évidement non signataires de l’accord du 22 novembre, s’insurgent contre ce qu’ils appellent une « récupération sans vergogne de notre lutte par la CFDT – CFTC ». Le collectif « touchez pas nos bibliothèques » qui rassemble tous ceux (habitants, employés, enseignants, ...) qui s’opposent aux fermetures de bibliothèques s’indignent du mépris affiché par le maire, Eric Piolle, qui n’a pas pris la peine de les recevoir pour leur faire part de ses nouvelles décisions.

Toutes ces personnes ne cessent d’agir depuis 6 mois pour défendre leurs bibliothèques. On ne compte plus les réunions, les pétitions, les manifestations, les diffusions de tracts sur les marchés, etc... Des dessinateurs, des écrivains, des poètes, ont accepté de prêter leur talents artistiques pour soutenir cette lutte. Pourquoi le maire de Grenoble s’attache-t-il à mépriser toutes ces personnes, lui qui se prétend à la tête d’un « rassemblement citoyen » ?

Cette stratégie en est bien une ; elle n’a rien d’un impensé et ne procède pas d’une maladresse. Elle est même soigneusement élaborée. Le maire a su s’entourer d’une équipe d’habiles communicants qui planchent parfois jusque très tard sur les « plans com’ » de leur édile. Ce dernier est d’ailleurs, comme sa chef de cabinet, très compétent en matière de gestion et de management. Et pour cause : c’est du monde de l’entreprise qu’ils sont issus, et ce sont les méthodes de l’entreprise qu’ils transposent à la mairie de Grenoble. Pour eux, nulle différence entre l’administration des biens communs publics et la gestion privée. Dans leur monde gouverné par des logiques purement gestionnaires, les ressources humaines, ce ne sont pas seulement les agents municipaux : ce sont aussi les habitants de Grenoble.

Face à une opposition qui ne faiblit pas, le maire puise dans la boîte à outils des stratégies patronales. Il a dans un premier temps privilégié la technique du pourrissement, qui n’est pas sans rappeler la façon dont Vincent Bolloré a opéré, dans le conflit récent qui l’a opposé au personnel de i télé. Malgré un mois de grève massive, les salariés ont fini par reprendre le travail sans rien avoir obtenu. Mr Bolloré peut désormais mener la politique de son choix. Comment imaginer les salariés d’i télé s’engager dans une nouvelle mobilisation à l’avenir ?

A Grenoble, le mouvement commencé en juin a repris dès la rentrée. Eric Piolle a donc dû recourir à une autre méthode. Il décide en septembre d’user du stratagème de l’écran de fumée. Il fait appel à un cabinet d’expertise pour mener une concertation avec les syndicats. Sa mission précise sera : « Accompagnement de la ville de Grenoble et du CCAS en matière de dialogue social dans le cadre du plan de sauvegarde des services publics ». Les syndicats participants sont tout simplement invités à aider le maire à mettre en œuvre son plan d’austérité. Il ne s’agit pas de discuter du fond. L’emploi du terme « dialogue social » est ici parfaitement cosmétique. La mairie renforcera cette opération en faisant appel au cabinet d’expertise du groupe Alpha/Secafi/Semaphores, cabinet en lien avec la confédération CGT. En choisissant ce cabinet, la mairie a tenté de séduire la CGT des communaux de Grenoble (ou de lui mettre la pression). En d’autres termes, il fallait rompre le groupe des syndicats qui résistent.

Il n’a pas été simple pour CGT, FO et Sud d’éviter le piège qui leur était tendu. Le discours du maire a été abondamment relayé dans les services, où l’on nous a expliqué que ces syndicats refusaient la main qui leur était tendue par un maire bienveillant, soucieux de maintenir la paix sociale. La « pédagogie » déployée dans ces circonstances à destination des personnels avait pour objectif de jeter le discrédit sur ces syndicats, de les couper des agents, de les stigmatiser en les présentant comme « irresponsables ». Même si le personnel était dans l’expectative, cette manœuvre d’isolement a échoué.

L’accumulation de ces échecs stratégiques a rendu la situation singulièrement embarrassante pour l’équipe municipale. Grenoble, qui avait vocation à servir de vitrine pour Europe Écologie Les Verts et le Parti de Gauche, en particulier pour leurs candidats respectifs aux présidentielles, est devenue en quelque sorte infréquentable. Jean Luc Mélenchon a préféré annuler son meeting régional initialement programmé à Grenoble pour le faire à Chambéry. Peut-être pour éviter d’avoir à ses côtés un maire qui n’hésite pas à gazer ses concitoyens manifestant contre sa politique d’austérité. Les conseillers municipaux de la mairie s’inquiètent quant à eux des mauvais résultats qu’ils risquent d’obtenir lorsqu’ils se présenteront pour les élections législatives. Certains, n’hésitant pas à envisager un cumul de mandats, s’imaginent déjà députés... Mais pour que cela soit possible, il est urgent d’éteindre la contestation, et le plus tôt sera le mieux.

L’objectif visé par l’équipe municipale (éteindre l’incendie) n’a pas été atteint. L’annonce d’un accord sur les mesures d’accompagnement n’ont pas du tout eu l’effet escompté. Bien au contraire, indignation et colère semblent de plus en plus manifestes. Et quoi de plus légitime ! Les défenseurs des bibliothèques ne peuvent, à juste titre, admettre que les 600 000 euros d’économies réalisées par la fermeture des bibliothèques (montant annoncé par un adjoint) correspondent au montant de l’enveloppe financière délivrée pour accompagner les salariés voulant quitter leur emploi à la mairie. Ce sont en effet 600 000 euros qui seront consacrés aux agents démissionnaires et à ceux qui seront virés de leur poste de travail. 600 000 euros pour qu’on parte. Mais comment continuer à travailler avec eux en sachant qu’ils souhaitent par dessus tout notre départ ?

Une semaine après l’annonce de l’accord de mise en œuvre, la mairie contacte les syndicats signataires pour leur signifier qu’elle renonce à la fermeture totale de la bibliothèque Alliance. Elle laisse une journée aux syndicats afin qu’ils communiquent dans les services et dans les médias, et leur permettre de s’octroyer cette « victoire ». Elle communique ensuite à son tour. C’est l’application stricte du vieil adage « diviser pour mieux régner ». Elle espère ainsi amplifier la division syndicale et exacerber les tensions dans les services. Elle espère aussi diviser la population. Elle cherche à séparer les partisans de ceux qui veulent continuer la lutte et ceux qui considèrent que, même si la décision du maire n’est pas claire, la bibliothèque semble sauvée. En agissant ainsi, le maire n’hésite pas à semer la zizanie parmi les employés et aussi parmi ses administrés.

Les conditions de cet éventuel maintien de la bibliothèque font douter d’une victoire, même partielle. Le communiqué de la mairie dit précisément ceci : « Le Maire a demandé aux services de travailler sur un projet de bibliothèque adossé à un tiers-lieu, c’est-à-dire un projet ouvert à d’autres usages et aux initiatives citoyennes. C’est un travail de transformation qui s’amorce et qui associera les agents, les usagers et les acteurs du quartier, pour construire ensemble un projet précurseur du service public de demain pour la bibliothèque de l’Alliance ». Cela ressemble à s’y méprendre à un nouveau coup de communication, une nouvelle tentative d’enfumage. C’est quoi un tiers-lieu ? C’est quoi ces « nouveaux usages » ? Avec quels moyens ? Les effectifs en personnel sont-ils maintenus ? Rien n’est quantifié, ni détaillé. Le procédé fait penser aux stratégies d’usures classiques en entreprise lorsqu’il y a des restructurations. On déclare ouvrir un grand débat et on laisse les discussions s’enliser pendant que les réorganisations s’opèrent. Espérons que cette stratégie échouera.

Concernant le climat social, nous n’aurions rien à gagner à ce que les syndicats de la mairie s’entre-déchirent. Les syndicats signataires savent bien entendu, même s’ils le nient, que c’est la mobilisation qui pèse sur les négociations sociales. Le personnel en mairie le sait aussi. Mais qu’on ne se trompe pas. C’est bien la majorité municipale qui a décidé le plan d’austérité, et ce faisant, c’est elle qui s’est mue en adversaire pour nous, et elle seule. Les syndicats signataires sont instrumentalisés.

Évitons que ce soit le cas aussi pour les autres syndicats. Ils ne doivent pas se tromper d’ennemi et s’épuiser dans un conflit intersyndical. Ils doivent déjouer cette tentative de manipulation. Il ne s’agit certes pas de défendre une unité béate, car il y a bel et bien des désaccords syndicaux, et ils doivent être exprimés. Pour autant, il s’agit d’éviter que l’employeur se joue des employés comme s’ils n’étaient que des pantins naïfs et malléables à merci.

Eric Piolle n’est pas attaché au service public, il est et demeure un dirigeant du privé. La mairie de Grenoble est pour lui une entreprise. Le personnel, les théâtres et les bibliothèques sont des charges, qu’il faut baisser, voire supprimer. L’épisode grenoblois n’est pour Piolle qu’une étape dans son plan de carrière.

Comme nous le rappelle le collectif de défense des bibliothèques, il n’y a pas de fatalité. Quel puissant message que celui qui nous est délivré dans cette lutte ! Le livre est un bien commun essentiel qui doit être protégé. La page facebook du collectif « touchez pas nos bibliothèques » est absolument remarquable, elle nous invite à un réalisme qui n’est pas, lui, gestionnaire. Soutenons-les.

Grenoble le 12/12/16


copyLeft Indymedia (Independent Media Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.