Indymedia Grenoble

Rassemblement pour un meilleur plan d’hébergement hivernal

écrit le 13/11/2017, actualisé le 13/11/2017

Alors que les températures hivernales sont là, le plan d’hébergement hivernal isérois − en principe du premier novembre au 31 mars − n’est toujours pas connu en place à la mi-novembre tandis qu’au moins 4000 personnes « dorment » dans la rue (2000 dans l’agglomération grenobloise).

Une situation qui s’est aggravée ces derniers jours avec les expulsions incompréhensibles et scandaleuses de plusieurs squats où s’étaient réfugiées et vivaient familles et jeunes précaires. Expulsions, certaines violentes, diligentées par la Métro et la mairie de Grenoble, avec le concours des forces de la police nationale.

En outre, ces jours-ci, ordre a été donné par la préfecture de ne pas laisser « s’installer » les gens sans abris − y compris des familles avec des enfants en bas âge ! −, de leur prendre leurs tentes, réchauds, vêtements, nourriture !

Sans oublier les coupures d’électricité dans des squats, laissant les occupants sans électricité ni chauffage.

Mais dans quelle société sommes-nous ? Certes, le premier responsable, c’est l’État (France : cinquième puissance mondiale) qui a l’obligation absolue d’assurer un toit à toute personne vivant sur le sol français, quel que soit son statut, munie de papier ou non. Mais toutes les autres collectivités : Métro, conseil départemental, communes... ont leur part de responsabilité et s’en dédouanent trop facilement.

Nous appelons tou·te·s les iséroi·se·s à se rassembler ce

mercredi 15 novembre à 9H15
devant le siège de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS), rue Joseph Chanrion, pour exiger :

- Une mise à l’abri immédiate de toutes les personnes et familles à la rue ou sans solution d’hébergement pérenne.
- Un vrai plan à court, moyen et long terme d’hébergement pérenne – au lieu des réponses totalement inadaptées voire indignes que sont les prises en charge hôtelières pour une durée limitée et inconnue des intéressés ce qui revient par ailleurs très cher.
- Ce plan doit comporter notamment la réquisition - c’est possible ! et prévue par la loi - des milliers de bâtiments et logements vides [10 000 dénombrés en 2016].
- L’arrêt des expulsions locatives.
- La construction de logements PLAI [Prêt locatif aidé d’intégration] à la hauteur des besoins, pour faire droit au logement pour tous et toutes.
- L’arrêt immédiat des coupures d’électricité et la gratuité des fluides pour les personnes/familles les plus précaires.

Nous vous attendons très nombreux ce mercredi 15 novembre à 9H15 rue Chanrion, pour rappeler, exiger le droit inconditionnel de toute personne à un toit, hiver comme été. Et, dans l’immédiat, que toute personne et famille à la rue soit intégrée dans le plan d’hébergement hivernal.

À l’appel de :
- Associations et collectifs : Cadre d’Action et de Soutien d’Urgence aux Précarisés (CASUP), Comité d’Information Inter Peuple (CIIP), Comité de Soutien aux Réfugiés Algériens (CSRA), La Patate Chaude, Ligue des Droits de l’Homme Grenoble et Isère, Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (LIFPL), Réseau Éduaction Sans Frontière (RESF) [1]
- Syndicats : Pour une Alternative Syndicale 38 (PAS38), Solidaires 38, Syndicat multi-professionnel des travailleurs sans papiers CGT.
- Soutiens : Association Demande d’Asile (ADA) et Droit Au Logement (DAL).

Appel à rassemblement contre la démolition du 10-20 galerie de l’Arlequin

écrit le 03/11/2017, actualisé le 03/11/2017

Après avoir gentiment demandé une prise de parole pour protester contre la démolition du 20 au conseil municipal grenoblois de lundi soir, l’association des résidents du 10/20 s’est vu refuser la prise de parole sous des motifs fallacieux - le projet n’est pas encore décidé, ce n’est pas à l’ordre du jour du conseil municipal, voyez avec le conseil citoyen indépendant. Ahurissant et complètement anti-démocratique, d’autant plus que la prise de parole demandée était justement prévue PARCE QUE le dossier n’est pas clôt et la démolition n’est pas actée. En guise de réponse, la mairie les renvoie à un rendez-vous ultérieur, le 9 décembre, car une réunion publique sera organisée par la mairie pour "présenter le projet" - une fois l’affaire close, en somme.

Remontés, les locataires appellent à amplifier le rassemblement devant la mairie pour le conseil municipal, afin de se faire entendre tout de même par les élus, les journalistes et le public. Les tracts vont être distribués dans tout l’immeuble, des affiches posées à la Villeneuve, à nous d’accompagner l’amplification du mouvement !

En pièce jointe le tract qui aurait dû être lu et qui sera distribué lundi soir, à faire tourner au maximum dans les réseaux ! Il n’est pas encore maquetté, mais l’esprit est là !

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Nous devions lire ce texte devant les élus du censeil municipal, mais monsieur le maire a refusé notre intervention car le sujet n’était pas à l’ordre du jour et que le dossier n’était pas cloturé. C’est bien pourquoi nous souhaitons intervenir, avant que toutes les décisions ne soient prises !

Alors que les locataires du 10-20 galerie de l’Arlequin et de nombreux grenoblois sont opposés à la démolition de leurs logements, et multiplient les actions pour se faire entendre, la mairie de Grenoble persiste à demander la destruction de cet immeuble social de très bonne facture dont les loyers restent très abordables. Nous interpellons aujourd’hui le conseil municipal pour exprimer directement notre colère face à ce projet.

Il nous semble absurde de démolir des logements sociaux alors que l’objectif fixé par le Plan Local de l’Habitat de la ville est d’atteindre le quota légal de 25 % de HLM. Objectif loin d’être atteint, alors que M. Ferrari, président de la Métro et rapporteur du projet affirme que « chaque projet de démolition grève la capacité d’atteindre cet objectif » [2] ?

Il est inadmissible de démolir des logements très sociaux alors que 75 % des 15.000 personnes à Grenoble attendant un logement social ou une mutation ont des ressources limitées qui devraient leur permettre d’accéder à ces loyers très modérés. La grande majorité des logements sociaux neufs ne sont pas prévus pour les classes populaires car leurs loyers sont trop élevés !

C’est écœurant de faire semblant de faire de la démocratie participative, alors que les décisions sont contraires aux attentes des habitant·e·s. Les habitant·e·s de la Villeneuve, et plus encore les locataires du 10/20 n’ont jamais été appelé à se positionner pour ou contre la démolition, cette « décision » ayant été annoncée par le maire en réunion publique le 13 décembre 2016, sans que rien ne soit dévoilé aux habitants auparavant. Une fois encore, M. Ferrari admet que ce projet « a mis en exergue la très faible acceptabilité des propositions de démolition » et « attise la défiance sur l’ensemble du projet » [3] Une pétition rassemblant bientôt 1500 signatures, pour la plupart par les habitant·e·s de la Villeneuve, est d’ailleurs en circulation.

Il est sidérant que la ville de Grenoble cède à l’ANRU, qui fait un chantage aux démolitions pour des raisons sécuritaires ou inavouables – l’argent versé profite avant tout aux géants du BTP qui se voient confiées les opérations de démolitions/reconstructions, livrant des logements où seules les classes les plus aisées peuvent s’installer. L’ANRU n’a jamais été au service des habitants des quartiers populaires, où la proportion d’habitant.es vivant sous le seuil de pauvreté n’a cessé d’augmenter, lorsqu’ils ne sont pas obligés de s’éloigner toujours plus loin dans la périphérie où les loyers sont moins chers !

Pourquoi ne pas écouter et prendre en compte les habitant.es de la Villeneuve qui travaillent toutes les semaines, accompagnés par des étudiants en architecture et urbanisme, à un contre-projet de réhabilitation innovant, ambitieux partant des attentes et besoins des locataires ?

Il nous semble insensé de justifier la démolition du 20 en affirmant que cela créera une ouverture sur le parc Jean Verlhac, alors même que l’opération sur le 50 galerie de l’Arlequin n’a créé aucun résultat en la matière ? Faut-il rappeler que l’architecture initiale de la Villeneuve totalise 14 entrées sur le parc ?

C’est extrêmement cynique d’opter pour la démolition alors qu’une convention existe entre le bailleur SCIC Habitat Rhône Alpes et la mairie de Grenoble depuis 2014 pour entamer une réhabilitation - pour laquelle les locataires paient leurs loyers depuis quarante ans - qui finalement est jugée trop chère par un bailleur qui est le plus gros de France en terme de puissance financière. Nous ne sommes pas sans savoir que le projet de démolition coûtera finalement plus cher - mais remboursé par l’argent public de l’ANRU, qu’une réhabilitation dont les chiffres ont pourtant été gonflés pour affirmer que cela apporterait un coût insupportable pour le bailleur. Par exemple, selon le SDIS (pompiers), le projet présenté par les habitants répond aux exigences de sécurité pour un moindre coût.

Pourquoi démolir des immeubles à la Villeneuve si ce n’est pour en faire partir les classes populaires et reconstruire pour que les plus riches puissent profiter de ce cadre magnifique ? La « dynamisation » des quartiers Sud de Grenoble voulue par la Métropole viserait-elle alors à en changer la population ?

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ZAD de Roybon : Ça brûle, on reconstruit !

écrit le 01/11/2017, actualisé le 01/11/2017

Du 4 au 11 novembre, la Zone À Défendre de Roybon organise un chantier collectif dans la forêt des Chambarans. Après l’incendie il y a quelques semaines d’une des magnifiques cabanes construites sur la ZAD, le but du chantier est de re-construire une nouvelle cabane.

Le chantier collectif sera ponctué de spectacles, de concerts, de partage de brochures, de bons repas et d’une grande fête le 11 novembre.

Quelques précisions.

Durant toute la journée du chantier, ACAB sera un lieu en non-mixité. Soyez-y les bienvenues !

Différents chantiers sont prévus sur la zone, de l’isolation des cabanes pour l’hiver à la construction d’une cabane collective. (détails à venir)

Dans le cas où vous ramèneriez vos outils, n’oubliez pas de les marquer pour ne pas les perdre. Et prenez des duvets chauds !

Si vous voulez ramener des choses, une petite liste des besoins :

- Café
- Nourriture sèche (pâtes, riz, lentilles, farine, etc..) en grande quantité. Mieux vaut venir avec 3 kilos de pâtes similaires plutôt qu’avec 1 paquet de pâtes qui cuisent 5 mn, d’autres 6 mn et d’autres 8 mn..
- Légumes
- Papier toilette

Plus d’informations : https://zadroybon.wordpress.com/
Contact téléphonique : 07 63 54 28 00

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Novembre libertaire 2017 - On s’installe partout

écrit le 30/10/2017, actualisé le 30/10/2017

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Le but du Novembre libertaire est de donner une visibilité aux idées et aux pratiques libertaires afin de déconstruire les stéréotypes qui les caricaturent trop souvent et de donner à voir à tout un·e chacun·e, que l’anarchisme s’ancre vigoureusement dans l’actualité critique de notre monde.

Non, la résignation n’est pas notre horizon.

Non, la culture du pouvoir, de la méritocratie, du capitalisme, du patriarcat, du nationalisme ne formeront jamais notre horizon.

L’entrée de l’état d’urgence dans le droit commun, n’est que le signe d’un État toujours aussi prédateur, qui traque et qui tue à petit feu toutes les formes de pensée et d’action insurgées. Il tue ou maltraite des femmes, des hommes, des trans, des jeunes, des immigré·e·s ou plus tout à fait, des pauvres, des « fainéants », des « riens » - nous, toi, moi.

Oui, nous sommes en conflit. Nous nous mobilisons contre les régressions sociales qui surgissent de toutes parts, contre « les Lois Travaille ! », et toutes les ordonnances autoritaires. Nos mobilisations sont imprévisibles : elles prendront tour à tour des formes différentes selon le vécu de chacun·e d’entre nous, nos lieux de travail et de vie.

Nos cultures libertaires offrent des outils et des armes pour réfléchir et agir autrement, pour déconstruire les morales et les injonctions économiques autoritaires et verticales, celles de l’économie capitaliste-productiviste. Ces outils, à la disposition de tout un·e chacun·e et mis en pratiques ici et maintenant visent l’émancipation individuelle et collective et la critique des injustices et des institutions politiques et sociales répressives.

Depuis plusieurs années, les libertaires de Lyon proposent d’occuper, pendant le mois de novembre, tous les espaces possibles et inimaginables afin de présenter ces outils. Des livres, des débats, des concerts, du théâtre, de la poésie, de la bouffe, des rencontres, des poèmes – mille (et une) manières de se retrouver et de se disperser, pour rêver-parler-organiser une société dont l’horizon sera peint des couleurs de l’anarchisme sont au programme. Nous nous installons partout.

Plus d’informations :
- https://novembrelibertaire.info/
- https://rebellyon.info/

Guillotinons les anarcho-libertaires (republication de 2017)

écrit le 28/10/2017, actualisé le 29/10/2017

Étant donné la recrudescence de l’utilisation du terme « anarcho-libertaire » dans le contexte actuel (terme probablement dicté par le procureur et/ou la police qui lisaient trop le Daubé, et repris tel quel et sans réflexion par la presse traditionnelle), il semble pertinent de ressortir le texte suivant publié en 2009 sur Indymedia Grenoble au sujet de l’utilisation de cette expression.

Une mise à jour est assez simple : remplacez « Dauphiné Libéré » (qui, pour sa défense ne fait presque plus cette erreur) par à peu près n’importe-quel autre média de votre choix (BFMTV, Le Figaro, Sud-Ouest, LCI, France 2/3, etc.), remplacez « manifs de Caterpillar » par « manifs contre la loi Travail », et on y est.

Il n’en reste pas moins inquiétant (et significatif ?) de voir que ce pléonasme qui vide les mots de leur sens, et probablement né par erreur sous la plume d’un pigiste incompétent, puisse ainsi être réutilisé sans recul ni réflexion par les pouvoirs qu’ils soient judiciaires, exécutifs, ou médiatiques.

Et vous, quel pléonasme utiliseriez-vous pour dénoncer l’utilisation de ce terme ? À part le traditionnel « journaflic » ?

Et spéciale dédicace au journal « Le Populaire du centre », qui lance en fanfare l’expression jamais vu ailleurs d’« extra gauche » pour parler d’Indymedia Grenoble. Comme personne encore ne sait ce dont il s’agit, on peut faire la supposition que le pigiste parlait de cette gauche qui a explosé ses limites et a transcendé les clivages traditionnels droite-gauche. Un peu comme Macron, par exemple.

Ainsi qu’à cette journaliste de BFMTV qui ne craint pas le ridicule en prononçant le terme d’anarchaud-libertaire (ça doit être ces histoires d’incendie qui la perturbent).

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Guillotinons les anarcho-libertaires !

Lettre ouverte aux journalistes du Dauphiné Libéré et de Grenews à propos du terme « anarcho-libertaire ».

Bonjour Stéphane, Agnès, Benjamin et les autres.

Comme vous le savez, un paquet de gens lisent attentivement vos canards, Le Dauphiné Libéré et son petit frère presque turbulent Grenews. Les lisent, les commentent, en discutent. Sont souvent énervés. Aujourd’hui, vous avez droit à un retour critique sur une partie de vos écrits. C’est bien le moins qu’on vous doit, vu le monopole quasi soviétique dont vous disposez sur l’actualité grenobloise.

Depuis deux ans, le terme « anarcho-libertaire » fait de ponctuelles apparitions dans le Dauphiné et Grenews. Employé en 2007 pour désigner sans le nommer le site https://grenoble.indymedia.org/, son usage est maintenant régulier, marquant certains manifestants, certaines manifestations, certaines actions ; en particulier lors de la parade anti-olympique du 5 décembre 2008, du rassemblement pour le droit à l’avortement du 7 février, de la manifestation étudiants-Caterpillar du 24 mars et dans les « très longues interviews » de Stéphane Echinard [4]. Le présent texte serait inutile si un groupe de gens avait choisi de se désigner comme « anarcho-libertaire ». Mais ce n’est pas le cas : c’est vous qui avez décidé de cette appellation, ce qui mérite bien un petit décorticage.

Anarcho-libertaire ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Qui a inventé ce mot ? A Grenoble ou ailleurs, il semble qu’il n’existe aucune association, collectif, mouvement ou mouvance revendiquant cette étiquette. Des anarchistes, y’en a pas un sur cent mais pourtant ils existent, des libertaires idem. Mais « d’anarcho-libertaires » nulle trace, sauf dans les articles du Dauphiné. Alors, pourquoi employer ce terme ? Il serait plus précis de parler, en fonction des circonstances, de manifestants, d’ouvriers, d’étudiants ou de chômeurs, ou bien des interventions de tel ou tel groupe politique, plutôt que d’utiliser une catégorie vague, non définie et non revendiquée.

Si quelqu’un profite de l’usage de ce mot, c’est bien la police. Lorsque les manifestants s’énervent, il est bien plus facile de filmer, ficher, mettre en cage des anarcho-libertaires que de filmer, ficher, mettre en cage des étudiants ou des ouvriers, même si ce sont les mêmes personnes. Est-ce consciemment que les journalistes du Dauphiné jouent le jeu policier ? Êtes-vous crédules quand le chef de la police Jean-Claude Borel-Garin dénonce sur Grenews.com « un certain nombre de désoeuvrés, qui sous couvert de mots d’ordres politiques un peu confus sont ici pour « semer le bordel » - ils le disent -, « détruire la société »… Donc ces gens là arrivent à entraîner derrière eux, très souvent, les jeunes » [5].

Dans la cuvette on parle « d’anarcho-libertaires », à Paris « d’anarcho-autonomes », à Washington de « terroristes », comme au Chili on parlait de « subversifs », et à Rome de « barbares ». Mots-valises, mots-magiques sans définition précise avec une même fonction : rejeter hors de la communauté sociale ceux que le pouvoir aura choisi comme boucs émissaires. Ils ne méritent rien, rien que la police. La preuve c’est qu’on ne leur envoie que ça : la police. Diviser pour mieux régner, c’est la doctrine de tous les pouvoirs. Face à un état de tension, on distingue les gentils - citoyens raisonnables prêts au dialogue - des méchants - radicaux violents terroristes jusqu’au-boutistes. Et le plus beau : ceux qui s’indignent du sort fait aux boucs émissaires, l’auteur de ces lignes par exemple, seront stigmatisés de la même manière et hériteront de la même étiquette.

Un peu de sérieux ! En ces temps où les plans de licenciements se multiplient, où Grenoble connaît ses plus grosses manifestations des quarante dernières années, où le Souverain ne peut plus se déplacer qu’entouré de ses cohortes de légionnaires, où quatre-vingt-dix voitures crament chaque nuit en France, le rôle des journalistes ne devrait-il pas être de nos éclairer sur les causes économiques, sociales et politiques des révoltes, plutôt que de désigner à la vindicte policière les méchants manifestants ?

Quand la ficelle est trop grosse, elle finit par se voir. Comme dans le Dauphiné du 25 avril relatant la rencontre entre les manifs de Caterpillar et des étudiants. Un article pour Caterpillar, un article pour les étudiants, et un article pour... les anarcho-libertaires, infiltrés parmi les gentils ouvriers, qui auraient tenté de profiter de l’occasion pour piller Monoprix [6].

On nous répète donc qu’il existe une minorité radicale, antidémocratique, violente voire « nihiliste » [7], qui manipule la jeunesse pour semer le Chaos. Le premier adjoint au Maire nous explique dans Grenews, que « ce sont des petits bourgeois qui se font peur et qui vivent leur vie aventureuse le plus à l’abri possible pour la plupart d’entre eux » [8]. La main de Moscou ! Des sbires d’Al-Qaida ! Le retour de l’Anti-France ! Quelle sera la suite prévisible de cette stigmatisation médiatico-policière ? Descentes de police contre l’Organisation Subversive Grenobloise. Perquisitions. Montages. Identification des leaders. Procès. Guillotinons les anarchos-libertaires ! Ils viennent jusque dans nos campagnes semer le bordel. Rappelez-vous, en 2009 déjà c’étaient eux qui avaient bloqué la fac, pillé Monoprix, etc, etc.

L’inculpation pour terrorisme, la désignation non choisie comme « anarcho-libertaire », c’est la forme moderne du procès en sorcellerie. Disons-le clairement une bonne fois pour toutes : pas besoin « d’anarcho-libertaires » pour que la tension sociale explose. Si les réquisitions collectives réapparaissent dans les grandes surfaces ce n’est pas par fascination pour l’Italie des années 70 mais parce que les prix de l’alimentation ont augmenté de 5,7% en 18 mois [9] alors que le temps s’achète au supermarché et que la jeunesse meurt de temps perdu. Si les manifestants ont pris l’habitude de se masquer et de renvoyer les grenades lacrymogènes, c’est parce que l’attitude de la police et en particulier de la BAC de Grenoble est de plus en plus révoltante et répressive. Si les manifestations non déclarées se multiplient, ce n’est pas sous l’impulsion de « meneurs » mais parce que syndicats et partis sont de plus en plus décrédibilisés et que leur « pouvoir d’achat » est bien loin de nos préoccupations. Et si de nombreux contestataires refusent de répondre aux journalistes, préférant rester anonymes ou donnant de faux prénoms, ce n’est pas l’effet d’une décision centrale d’un Comité Invisible mais bien les conséquences d’un traitement indigent de l’actualité et d’une répression policière accrue.

Parfois on sent que vous, les journalistes du Dauphiné, n’êtes pas dupes de ces catégories, comme lorsque Agnès Gosa s’inquiète au détour d’un article de l’usage extensif du terme [10]. Mais il reste que cette expression est de plus en plus fréquente dans le Dauphiné Libéré et dans Grenews. Ces catégories ne sont que celles de la police. Il ne sert à rien de les utiliser, même avec des guillemets. A moins que vous ne pensiez réellement que se cache quelque part à Grenoble une dizaine de complotistes à capuche, préparant des cocktails Molotov et entraînant la jeunesse innocente à les lancer. Donnerez-vous raison à ceux qui tiennent le Daubé pour l’organe de propagande officieux de la Préfecture et de la Ville ? Continuerez-vous à faire une partie du travail de la police ?

En espérant que vous considérerez cette lettre comme un droit de réponse aux articles cités, et que vous la publierez dans vos prochaines éditions.

Grenoble, le 29 mars 2009.


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