Indymedia Grenoble

Guillotinons les anarcho-libertaires !

mardi 31 mars 2009 par Anonyme

[Infos locales] [Répression / Contrôle social] [Révoltes / Luttes sociales] [Mouvements lycéens / Etudiants] [Média]

Guillotinons les anarcho-libertaires !

Lettre ouverte aux journalistes du Dauphiné Libéré et de Grenews à propos du terme ‘’anarcho-libertaire’’.

Bonjour Stéphane, Agnès, Benjamin et les autres.

Comme vous le savez, un paquet de gens lisent attentivement vos canards, Le Dauphiné Libéré et son petit frère presque turbulent Grenews. Les lisent, les commentent, en discutent. Sont souvent énervés. Aujourd’hui, vous avez droit à un retour critique sur une partie de vos écrits. C’est bien le moins qu’on vous doit, vu le monopole quasi soviétique dont vous disposez sur l’actualité grenobloise.

Depuis deux ans, le terme ‘’anarcho-libertaire’’ fait de ponctuelles apparitions dans le Dauphiné et Grenews. Employé en 2007 pour désigner sans le nommer le site grenoble.indymédia.org, son usage est maintenant régulier, marquant certains manifestants, certaines manifestations, certaines actions ; en particulier lors de la parade anti-olympique du 5 décembre 2008, du rassemblement pour le droit à l’avortement du 7 février, de la manifestation étudiants-Caterpillar du 24 mars et dans les ‘’très longues interviews’’ de Stéphane Echinard (1). Le présent texte serait inutile si un groupe de gens avait choisi de se désigner comme ‘’anarcho-libertaire’’. Mais ce n’est pas le cas : c’est vous qui avez décidé de cette appellation, ce qui mérite bien un petit décorticage.

Anarcho-libertaire ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Qui a inventé ce mot ? A Grenoble ou ailleurs, il semble qu’il n’existe aucune association, collectif, mouvement ou mouvance revendiquant cette étiquette. Des anarchistes, y’en a pas un sur cent mais pourtant ils existent, des libertaires idem. Mais ‘’d’anarcho-libertaires’’ nulle trace, sauf dans les articles du Dauphiné. Alors, pourquoi employer ce terme ? Il serait plus précis de parler, en fonction des circonstances, de manifestants, d’ouvriers, d’étudiants ou de chômeurs, ou bien des interventions de tel ou tel groupe politique, plutôt que d’utiliser une catégorie vague, non définie et non revendiquée.

Si quelqu’un profite de l’usage de ce mot, c’est bien la police. Lorsque les manifestants s’énervent, il est bien plus facile de filmer, ficher, mettre en cage des anarcho-libertaires que de filmer, ficher, mettre en cage des étudiants ou des ouvriers, même si ce sont les mêmes personnes. Est-ce consciemment que les journalistes du Dauphiné jouent le jeu policier ? Etes-vous crédules quand le chef de la police Jean-Claude Borel-Garin dénonce sur Grenews.com « un certain nombre de désoeuvrés, qui sous couvert de mots d’ordres politiques un peu confus sont ici pour ‘’semer le bordel’’ -ils le disent-, ‘’détruire la société’’… Donc ces gens là arrivent à entraîner derrière eux, très souvent, les jeunes » (2).

Dans la cuvette on parle ‘’d’anarcho-libertaires’’, à Paris ‘‘d’anarcho-autonomes’’, à Washington de ‘’terroristes’’, comme au Chili on parlait de ‘’subversifs’’, et à Rome de ‘’barbares’’. Mots-valises, mots-magiques sans définition précise avec une même fonction : rejeter hors de la communauté sociale ceux que le pouvoir aura choisi comme boucs émissaires. Ils ne méritent rien, rien que la police. La preuve c’est qu’on ne leur envoie que ça : la police. Diviser pour mieux régner, c’est la doctrine de tous les pouvoirs. Face à un état de tension, on distingue les gentils -citoyens raisonnables prêts au dialogue- des méchants -radicaux violents terroristes jusqu’au-boutistes. Et le plus beau : ceux qui s’indignent du sort fait aux boucs émissaires, l’auteur de ces lignes par exemple, seront stigmatisés de la même manière et hériteront de la même étiquette.

Un peu de sérieux ! En ces temps où les plans de licenciements se multiplient, où Grenoble connaît ses plus grosses manifestations des quarante dernières années, où le Souverain ne peut plus se déplacer qu’entouré de ses cohortes de légionnaires, où quatre-vingt-dix voitures crament chaque nuit en France, le rôle des journalistes ne devrait-il pas être de nos éclairer sur les causes économiques, sociales et politiques des révoltes, plutôt que de désigner à la vindicte policière les méchants manifestants ? Quand la ficelle est trop grosse, elle finit par se voir. Comme dans le Dauphiné du 25 avril relatant la rencontre entre les manifs de Caterpillar et des étudiants. Un article pour Caterpillar, un article pour les étudiants, et un article pour... les anarcho-libertaires, infiltrés parmi les gentils ouvriers, qui auraient tenté de profiter de l’occasion pour piller Monoprix (3).

On nous répète donc qu’il existe une minorité radicale, antidémocratique, violente voire « nihiliste » (4), qui manipule la jeunesse pour semer le Chaos. Le premier adjoint au Maire nous explique dans Grenews, que « ce sont des petits bourgeois qui se font peur et qui vivent leur vie aventureuse le plus à l’abri possible pour la plupart d’entre eux » (5). La main de Moscou ! Des sbires d’Al-Qaida ! Le retour de l’Anti-France ! Quelle sera la suite prévisible de cette stigmatisation médiatico-policière ? Descentes de police contre l’Organisation Subversive Grenobloise. Perquisitions. Montages. Identification des leaders. Procès. Guillotinons les anarchos-libertaires ! Ils viennent jusque dans nos campagnes semer le bordel. Rappelez-vous, en 2009 déjà c’étaient eux qui avaient bloqué la fac, pillé Monoprix, etc, etc.

L’inculpation pour terrorisme, la désignation non choisie comme ‘’anarcho-libertaire’’, c’est la forme moderne du procès en sorcellerie. Disons-le clairement une bonne fois pour toutes : pas besoin ‘’d’anarcho-libertaires’’ pour que la tension sociale explose. Si les réquisitions collectives réapparaissent dans les grandes surfaces ce n’est pas par fascination pour l’Italie des années 70 mais parce que les prix de l’alimentation ont augmenté de 5,7% en 18 mois (6) alors que le temps s’achète au supermarché et que la jeunesse meurt de temps perdu. Si les manifestants ont pris l’habitude de se masquer et de renvoyer les grenades lacrymogènes, c’est parce que l’attitude de la police et en particulier de la BAC de Grenoble est de plus en plus révoltante et répressive. Si les manifestations non déclarées se multiplient, ce n’est pas sous l’impulsion de ‘’meneurs’’ mais parce que syndicats et partis sont de plus en plus décrédibilisés et que leur ‘’pouvoir d’achat’’ est bien loin de nos préoccupations. Et si de nombreux contestataires refusent de répondre aux journalistes, préférant rester anonymes ou donnant de faux prénoms, ce n’est pas l’effet d’une décision centrale d’un Comité Invisible mais bien les conséquences d’un traitement indigent de l’actualité et d’une répression policière accrue.

Parfois on sent que vous, les journalistes du Dauphiné, n’êtes pas dupes de ces catégories, comme lorsque Agnès Gosa s’inquiète au détour d’un article de l’usage extensif du terme (7). Mais il reste que cette expression est de plus en plus fréquente dans le Dauphiné Libéré et dans Grenews. Ces catégories ne sont que celles de la police. Il ne sert à rien de les utiliser, même avec des guillemets. A moins que vous ne pensiez réellement que se cache quelque part à Grenoble une dizaine de complotistes à capuche, préparant des cocktails Molotov et entraînant la jeunesse innocente à les lancer. Donnerez-vous raison à ceux qui tiennent le Daubé pour l’organe de propagande officieux de la Préfecture et de la Ville ? Continuerez-vous à faire une partie du travail de la police ?

En espérant que vous considérerez cette lettre comme un droit de réponse aux articles cités, et que vous la publierez dans vos prochaines éditions.

Grenoble, le 29 mars 2009.

(1) Le Dauphiné Libéré, 8/2/2009 et 25/3/2009, Grenews.com, Stéphane Echinard, interview de Jérôme Safar, 9/2/2009, interview d’Olivier Bertrand, 24/2/2009, interview de Olivier Noblecourt, 10/3/2009. (2) Grenews.com, Benjamin Métral, WebJT du 3/3/2009. (3) Le Dauphiné Libéré, article non signé, 25/3/2009. (4) Michel Destot, ‘’Grenoble, symbole du débat public et de la confiance dans le progrès Scientifique’’, Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné, 1/6/2006. (5) Grenews.com, Stéphane Echinard, interview de Jérôme Safar, 9/2/2009. (6) UFC Que Choisir, 19/2/2009. (7) Grenews, Agnès Gosa, 28/2/2009 : ces militants « trop souvent et un peu vite désignés sous le vocable d’anarcho-libertaires ».


Documents joints


Compléments d'informations :
Guillotinons les anarcho-libertaires !
par gentil critique rose,
le 31 mars 2009

Comment veux-tu qu’ils publient ça ? ils ne savent même pas ce que le mot "sécurité" (d’où "sécuritaire") veut dire : c’est à dire RIEN... On ne se rend compte de rien quand on fait tous les efforts pour ça, on peut compter sur eux.

Du reste, le fait de ne rien nommer définitivement pourrait peut-être sauver certains d’entre nous(es).. !

et quand je dis "sauver", c’est d’abord n’être pas fichéEs

on rigole, on se bat, mais la matraque est encore assez stable, au moins pour quelques milliers d’années.

Rappel : dans les années 70, une camionnette des flics faisait le guet 24h/24 devant la rédaction du Daubé. Pourquoi ? Parce que nos grandes frères et grands soeurs, un peu du même style, avaient un peu fait sauté des trucs, un peu accéléré le mouvement.

Tiens flicou, prends mon adresse i.p. de toute façon tu n’as pas le droit.

Vigie-Pirate est dans les médias depuis et pour longtemps

nevermind let’s take a bullet for a trip la musique des balles qui siffle peut s’écouter au ralenti

remember the Matrix !

Guillotinons les anarcho-libertaires !
par anonyme,
le 4 avril 2009

En attendant, Grenews, le rendez-vous des intellectuels grenoblois, a bien compris la demande et publie un sondage pour réparer sa faute, sans doute :

"On a reçu une lettre, ils ne veulent plus qu’on les appelle "anarcho-libertaires". Alors, comment ?

Les citoyens-lambda

Les anonymes-38

Nos plus fidèles lecteurs

Les autonomes

Les alter

Les qui n’ont jamais tort

Les forces vives de demain

Nos futurs patrons

On s’en fout

La véritable opposition municipale

Les liberto-anarchistes

Les écologistes"

Et nous, comment on appelle les journalistes de Grenews ? "L’intelligentsia grenobloise" ? Ou on leur donne des noms d’oiseaux ?

Guillotinons les anarcho-libertaires !
par anonyme,
le 8 avril 2009

Et que pensez-vous de l’edito du Petit Bulletin de ce 8 avril ?
... Une expression qui se banalise ?

Guillotinons les anarcho-libertaires !
par quietus,
le 9 avril 2009

Petite remarque de forme : "de nos éclairer sur les causes économiques" -> nous

Sur le fond : Très bon texte.

Ajouter un complément d'information


copyLeft Indymedia (Independent Media Center). Sauf au cas où un auteur ait formulé un avis contraire, les documents du site sont libres de droits pour la copie, l'impression, l'édition, etc, pour toute publication sur le net ou sur tout autre support, à condition que cette utilisation soit NON COMMERCIALE.