Indymedia Grenoble

PMA, homoparentalité, filiation : A propos de la pensée réactionnaire de quelques écologistes

mercredi 21 août 2013 par Diana Turelle et Gaby Olaugy

[Infos locales] [Sciences / Nécrotechnologies] [Féminisme / Genres / Sexualités]

Dans son numéro d’été 2013 la revue L’écologiste publie un article qui s’inscrit dans le débat sur la loi Taubira et « les enjeux sur la filiation ». Ce texte d’Hervé Le Meur, militant écolologiste, dénonce les prétendues dérives de la possible extension aux homosexuel.le.s de l’aide médicale à la procréation – plus connue sous le sigle PMA. Celle-ci aurait pour lui comme conséquence de bouleverser la filiation « naturelle » et les « fondements de la maternité ». Sous le titre choc « De la reproduction artificielle de l’humain », PMO, un collectif d’opposition à la tyrannie technologique a de son côté décidé de relayer largement ce texte sur Internet. La rhétorique est séduisante. Les envolées contre « l’idéologie de la Croissance », l’« individualisme inhumain », le « consumérisme », la « haine de la nature » ou la « volonté de toute-puissance » seront peut-être appréciées des militants néo-luddites, détracteurs de toute « manipulation du vivant », et autres critiques de la société techno-industrielle. Mais toute cette emphase ne parvient ni à dissimuler le caractère confus de l’argumentation ni à en rendre l’idéologie acceptable. Naïvement naturaliste, tout le propos participe à la justification des positions homophobes et anti-féministes. Ode à la famille nucléaire hétérosexuelle, à la maternité « naturelle », et à l’ordre hétérosexiste, ce texte s’en prend tout azimut à l’homoparentalité, aux lesbiennes, aux « théories du gender » [1], aux intellectuels qui « haïssent l’engendrement naturel », etc. Essayons de décrypter l’explicite et l’implicite de ce texte qui reflète une certaine pensée réactionnaire de gauche et qui nous a passablement énervé.

En finir avec l’idée de Nature

L’auteur pense que « tout écologiste garde une certaine tendresse pour tout ce qui est naturel ». L’idée de nature se place en effet au coeur de son argumentation. Mais de quoi parle-ton exactement ? Qu’est-ce que la nature ? S’agit-il de la Nature, concept des philosophes : identité immuable ou finalité intrinsèque des choses et des êtres (la nature d’une chaise serait d’accueillir un séant, la nature des femmes serait de mettre au monde des bébés) ? Ou alors s’agit-il de la Nature, thème cher aux Romantiques : de beaux espaces vierges et sauvages où Paul et Virginie gambadent nu.e.s ? L’auteur ne nous le dit pas vraiment, mais il y a sans doute un peu de ces imaginaires là dans son esprit. _
Mais poursuivons : qu’est-ce qui est « naturel » aujourd’hui ? Alors que l’humain a domestiqué et transformé a peu près tout ce qu’il a sous la main, on se demande bien en effet ce qui peut être considéré comme « naturel ». Une tomate bio qui pousse dans un potager coincé entre deux zones industrielles ? L’auteur a une réponse. Ce qui est « naturel », c’est ce qui n’est « pas contrôlé » par la technique et, par conséquent, « libre » et « sauvage ». Mais alors, dès lors qu’on s’intéresse aux pratiques humaines, qu’est-ce qui peut bien échapper au domaine de la technique ? La maîtrise du feu est une technique. L’usage de la fourchette est une technique. La reproduction humaine est, également, une technique. Quoi qu’en pense Le Meur, pour qui l’engendrement est un « fait de nature », dans toutes les sociétés humaines, la reproduction est toujours organisée socialement. Si processus biologique il y a, celui-ci apparaît comme secondaire dans la mesure où il est étroitement contrôlé : sélection des partenaires autorisés, techniques de contrôle des naissances, travail reproductif forcé pour beaucoup de femmes, etc. En cela, parler de reproduction « naturelle » est un non-sens [2]. Un mythe. La reproduction n’a pas ce caractère « libre » et « sauvage » pour lequel notre écologiste semble avoir une infinie tendresse. Mais nous y reviendrons.

Dans un premier temps, il faut donc rappeler que la Nature n’existe pas. Par contre l’idéologie naturaliste, elle, existe bien. Et elle ne se trouve jamais bien loin des discours sur la Nature comme cet article le prouve. Voilà pourquoi convoquer l’idée de nature est toujours suspect. Celle-ci charrie la croyance en un ordre harmonieux, régi par des lois assignant des places à chaque chose et à chacun.e [3]. Et le propre de l’idéologie naturaliste c’est de tout naturaliser, à commencer par les pratiques et les structures sociales, la psychologie et les relations humaines. Voilà pourquoi Le Meur s’autorise à dire que la différence des sexes est naturelle, la filiation hétérosexuelle est naturelle, le couple monogame est naturel...Puisque tout cela est « naturel », et que ce qui est naturel est bon, il ne faudrait pas y toucher ! La Nature c’est l’autorité suprême. Ce qu’elle couvre tombe dans le domaine du sacré. Tout doit donc rester dans l’ordre que la nature a souhaité. S’agissant de la reproduction, cela donne : le papa met naturellement sa grégraine dans la maman qui accouchera naturellement le sourire aux lèvres d’un rejeton dont les deux géniteurs seront fiers et avec lequel ils se comporteront, tout naturellement, en bons parents. Même si cette vision prête à sourire, il ne faut pas sous-estimer le danger qu’elle représente.

L’idéologie naturaliste est bien l’ennemi de l’émancipation et de l’égalité. Elle nous contraint à nous soumettre à ce qui serait « naturel », plutôt qu’à chercher ce qui est « juste » ou « bon » pour chaque individu comme pour la société toute entière. Elle légitime un ordre social basé sur la domination (en l’occurrence ici la domination masculine et la norme hétérosexuelle). Elle nie l’autonomie des individus et ne leur reconnaît pas la liberté de choix. Le raisonnement naturaliste de l’auteur est celui-ci : la maternité ne peut-être conçue que dans sa dimension physique (l’engendrement), donc on ne peut pas devenir mère sans passer par « la mise au monde ». Aller contre cette règle « naturelle » c’est bouleverser les « fondements de la maternité », c’est faire preuve d’un redoutable « orgueil individuel », s’adonner à la « volonté de puissance ». Et Le Meur s’en prend autant à ces femmes qui détruisent « la définition de la maternité » qu’aux techniques, telles que la PMA, qui leur permettent de parvenir à leurs fins. Si l’on pousse ce raisonnement insidieux, toutes les techniques de maîtrise de la fécondité et de la reproduction devraient être rejetées, la PMA, mais aussi les techniques de contraception et d’avortement. Avec ces arguments-là, Le Meur et PMO se retrouveraient-ils sur des positions anti-IVG ?

Contre ces arguments naturalistes il est important de rappeler quelques évidences. Non, les femmes ne sont pas dans la « volonté de puissance » quand elles veulent pouvoir refuser la maternité ou d’en définir les conditions (quand, avec qui...) ! Et si, la technique peut être mise au service des choix des individus (contraception, avortement, aide à la procréation...) et soutenir des dynamiques d’émancipation collective ! Les femmes ont lutté pour obtenir le droit et les moyens (techniques) de disposer librement de leur corps, de leur ventre. Et elles continuent de lutter. Non pas contre leur nature, ni l’ordre naturel des choses. Mais contre un système social, le Patriarcat. Un système qui les dépossèdent de leur corps et de leur vie, que ce soit en les assignant au rôle de poule pondeuse pour le compte des hommes, ou en leur refusant la possibilité d’avoir des enfants avec des femmes. Du haut de sa position privilégiée d’homme hétérosexuel obsédé par l’idée de nature, il n’est pas étonnant que l’auteur ne soit pas sensible aux inégalités sociales et aux injustices subies par les minorités sexuelles. Seuls comptent pour lui les prétendus problèmes posés par le contrôle de la reproduction humaine par la technique.
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Ni la différence sexuelle, ni l’hétérosexualité reproductive ne sont « naturelles »

Le Meur nous parle « d’altérité » des sexes, de deux « pôles » (masculin/ féminin, mâle/femelle) qui doivent « coexister ». Il est clair que dans son esprit, l’humanité se découpe en deux catégories à l’altérité radicale : les hommes et les femmes. Et comme ceux-là remplissent des fonctions biologiquement différentes dans la reproduction, ils doivent forcément aller l’un vers l’autre. Aller vers « l’Autre » (sexe) serait donc pour lui un mouvement « naturel ». Y résister serait contre-nature. Arrêtons-nous là-dessus.

La construction de la différence sexuelle

Peut-ont considérer que l’humanité est scindée en deux ? Qu’il existe deux groupes différents par « nature » : les hommes et les femmes ? Qu’un individu est soit homme, soit femme, et qu’il ne peut pas en être autrement ? Telles sont les questions qu’il faut se poser avant d’aller plus loin.

Tout d’abord rappelons-nous « qu’hommes » et « femmes » sont des catégories construites. Elle n’existent que parce qu’elles sont pensées et nommées comme telles. Pour comprendre le monde et intervenir dessus, l’esprit humain crée des catégories dont la pertinence doit toujours être questionnée. D’autant plus que le projet de catégoriser les humains va de pair avec celui de les hiérarchiser (les hommes supérieurs aux femmes, les blancs supérieurs aux noirs) [4]. Qu’il existe dans notre esprit des catégories telles que le couple d’opposition hommes / femmes est une chose. Que ces catégories rendent compte de la réalité en est une autre. Et considérer qu’il est juste (au sens éthique) de créer ce type de catégorie est encore autre chose.

N’en déplaise à Le Meur, cela fait un moment que les fondements de la croyance en la différence fondamentale entre les sexes vacillent. Plus la recherche avance, plus les similitudes entre organes génitaux « féminin » et « masculins » apparaissent. Et plus on s’attèle à chercher où passe la frontière biologique entre hommes et femmes, plus l’idée même de frontière recule au profit de celle de « continuum » des sexes. L’idée de bicatégorisation stricte de l’espèce humaine a perdu de sa validité. L’intersexuation est bien une réalité biologique [5]. Et on a beau vouloir « faire disparaître » les individus identifiés à leur naissance comme « intersexes » (ni homme ni femme) en leur assignant un « sexe » (comme s’ils n’en avaient pas) par la chirurgie et la chimie [6], ils existent. N’en déplaise à Le Meur, on ne peut pas prétendre pouvoir « naturellement » ranger tous les individus dans l’une des deux cases [7]. Voilà pourquoi les féministes ont pu dire que la société patriarcale ne construit pas seulement le « genre » (l’ensemble des traits de comportement associés à un sexe) mais qu’elle construit aussi le « sexe » (pensé comme le marqueur de la division entre individus à partir d’une certaine représentation des différences biologiques). Parce que le Patriarcat a besoin qu’on croit à ces différences « naturelles » entre hommes et femmes. Ce sont elles qui permettent de justifier le partage des rôles (la chasse pour les uns, le pouponnage pour les autres), et surtout la subordination des femmes. Autant que la différence des genres, la différence des sexes biologiques n’existe que parce qu’on la fait exister pour organiser la domination.

Mais Le Meur nous dirait sans doute que, quand même, les différences anatomiques sautent aux yeux. Un pénis, ou un vagin ce n’est pas pareil, ça se voit ! Et puis surtout il y a bien une différence fondamentale entre les femmes et les hommes : les premières disposent d’un utérus où se passe la gestation, les seconds non ! Ce à quoi l’on peu répondre, qu’il y a bien d’autres différences physiques plus ou moins perceptibles entre des individus et groupes d’individus. Pourtant on ne divise pas le monde en deux entre, par exemple, les brun.e.s et les blond.e.s, ou entre les yeux clairs et les yeux foncés. Nos regards sont construits. On apprend que la différence sexuelle est la première des différences – la case « sexe » se coche en premier dans les formulaires administratifs - et que ce qu’on a entre les jambes détermine notre identité, notre place dans la société. L’apparence de nos organes génitaux est devenue (sur)déterminante. Quant à la fonction reproductive, on peut se demander pourquoi le fait d’avoir ou non un utérus devrait être plus important que, par exemple, le fait d’être ou non fertile. Le monde pourrait être divisé entre individus fertiles et non fertiles, quel que soit leur sexe, plutôt qu’entre mâles et femelles. Ce critère de la fertilité pourrait sembler tout aussi pertinent. Pourtant ce n’est pas celui-ci qui a été retenu pour fonder le principe majeur de la division de l’espèce. Arbitraire, quand tu nous tiens !

L’hétérosexualité reproductive : une norme !

L’individu a-t-il un programme secret qui le prédestine à participer à la reproduction de l’espèce ? Puisqu’il faut un mâle et une femelle (fertiles) pour se reproduire, doit-on considérer que l’hétérosexualité est « naturelle » ?

Bon, nous ne nous attarderons pas trop sur ce point. L’instinct de reproduction n’existe pas dans l’espèce humaine pas plus que la prédisposition à l’hétérosexualité. Un individu né avec des organes sexuels féminins ne va pas être plus attiré par les individus nés avec des organes sexuels masculins, c’est à dire « L’Autre » dans le langage de Le Meur. Non, cet « Autre » ne nous attire pas « naturellement » plus que ça. Tous les schémas et pratiques érotiques sont possibles. L’hétérosexualité n’est plus « naturelle » que l’homosexualité. Elle est construite.

L’hétérosexualité n’est pas naturelle et il n’y a pas non plus d’instinct de reproduction ni de coïncidence entre la période de fécondité et le désir sexuel féminin. Puisque la sexualité humaine a comme particularité de pouvoir être totalement dissociée de la reproduction, renouveler l’espèce ne va pas de soi. Pour ne pas disparaître, les sociétés humaines ont donc dû s’organiser (encore de la technique sociale, monsieur Le Meur !) en canalisant l’activité sexuelle dans un but reproductif, en organisant le travail reproductif et la filiation légitime. Bref, il leur a fallu mettre de l’ordre dans tout ce désordre sexuel. En sous-entendant que la reproduction est un fait de nature et non un fait social, le texte véhicule une vision tout autant erronée qu’homophobe. Selon celle-ci, s’il y a une sexualité plus « naturelle » que d’autre (hétérosexualité reproductive), c’est qu’il y aurait une hiérarchie entre les sexualités et donc des sexualités « contre-nature ».

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La famille nucléaire hétéro, sinon rien !


Engendrement, reproduction, filiation, parentalité.... Pour développer son argumentation l’auteur se réfère à des phénomènes et des notions dont il maîtrise mal le sens. À moins que la confusion ne serve intentionnellement à masquer sa mauvaise foi et la faiblesse de ses arguments. Décortiquons tout çà.

Définir les termes pour sortir de la confusion

Le Meur voudrait nous faire comprendre que la nature c’est la biologie, et que la reproduction se résume à la biologie. On ne va pas le contredire sur un point. Bien qu’elle soit contrôlée socialement, la production des enfants ou procréation passe en effet par des processus biologiques : fécondation (rencontre de gamètes mâle et femelle) et gestation (processus de développement de l’embryon de la fécondation à la naissance). C’est ce qu’on appelle aussi la conception. Et c’est ce à quoi contribuent les géniteurs . Pour le reste, lorsqu’on parle de filiation et de parentalité, on entre dans le champ du social. La filiation c’est le fait de désigner un parent légitime ou légal pour l’enfant qui s’inscrit ainsi dans une généalogie. La filiation instaure un lien, une relation intergénérationnelle. Il faut donc distinguer cogéniteurs et parents (sociaux et légaux) d’un enfant. S’il y a un schéma dominant (cogéniteurs = parents), il n’est pas universel. L’adoption est un cas de figure connu dans nos sociétés, mais il en existe bien d’autres [8]. Cette réalité-là, plurielle, ne pose pas de problème éthique particulier mais semble perturber l’auteur fermement attaché au principe de filiation « biologique » ancrée dans la famille nucléaire hétérosexuelle.

Quant à la parentalité, c’est une notion plus récente qui désigne un rôle social qui met en jeu un ensemble de fonctions, devoirs et responsabilités. Dans notre conception moderne, les fonctions parentales comprennent généralement : l’apport de nourriture, la satisfaction des besoins matériels, le soin, l’affection, et l’éducation d’un enfant. Mais encore une fois, il n’y a pas de modèle universel de parentalité. Pas de correspondance automatique entre géniteurs et parents. Selon les sociétés et les classes sociales, les fonctions relevant du champ de la parentalité sont exercées par un ou plusieurs individus qui n’ont pas forcément de liens biologiques avec l’enfant (nourrices, tuteurs, oncles, grands-parents, beaux-parents [9]...). La parentalité s’éprouve dans l’action. Rien ne prédispose des géniteurs à se comporter en bons parents. Rien n’indique que des parents sociaux seraient moins compétents et moins capables de prendre soin et de dispenser de l’affection à un enfant.

Mentirait-on aux enfants ?

Pour Le Meur, les meilleurs parents ne peuvent qu’être (et seulement) les cogéniteurs. La meilleure structure familiale ne peut être que la famille nucléaire hétérosexuelle. Le meilleur des mondes voulu par la Nature. S’écarter de ce schéma biologique sacré, ce serait s’introduire dans le royaume du « mensonge », du « manque », voire du « n’importe quoi ».

Le mensonge tout d’abord. L’homoparentalité se construit forcément sur un mensonge « légalisé » nous dit Le Meur. Avec « la loi sur le mariage gay », on affirme « qu’un enfant peut avoir deux mamans. Et donc pas de papa » [10]. On peut noter qu’il reprend sans vergogne la rengaine des homophobes de la Manif pour tous – un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants ! Pour Le Meur comme pour les plus traditionnalistes des catholiques, puisqu’un enfant est conçu par une femme et un homme, un couple de parents ne peut qu’être constitué d’une femme et d’un homme. Un point c’est tout. L’homoparentalité ne peut être selon lui qu’une aberration qui impose aux enfants le silence quant à leur origine génétique. Non, on ne ment pas aux enfants. On ne voit pas en effet comment des parents homosexuel.le.s pourraient dissimuler à leurs enfants la manière dont ils ont été conçus. Et quand on leur explique, ceux-ci sont tout à fait en mesure de comprendre la différence entre un processus biologique (accompagné de techniques médicales,) et une pratique sociale. Enfin, contre les insinuations homophobes de Le Meur, rappelons quand même qu’un couple hétérosexuel ayant eu recours à la PMA peut tout à fait ne rien en dire à ses enfants. Le papa et la maman ne pourront alors être taxés de « menteurs » tant leur famille correspond en tout point à la norme de la famille nucléaire hétérosexuelle chère à Le Meur. Une fois encore cela montre que le problème se situe pour lui du côté de la (non)conformité à une norme.

Le manque ensuite. Pour Le Meur, les enfants des familles homoparentales peuvent être considérés comme des « orphelins ». Mais de quoi est-il question ? On peut constater qu’ici l’auteur se focalise sur les couples de lesbiennes qui se projettent dans une maternité sans père. Qu’elles ne désirent pas se soumettre à l’acte de pénétration fécondante, et refusent au donneur de sperme (dans le cas d’une Insémination Artificielle avec donneur) des droits sur « son » enfant, voilà ce qui lui semble inconcevable. Dans une envolée qui transpire la lesbophobie et le masculinisme [11], il pointe du doigt ces « lesbiennes qui ont un problème avec les hommes », ces femmes qui veulent « liquider » l’homme, cet « Autre » dont on a besoin dans la reproduction. Ce qui est sous-jacent dans son propos, c’est l’idée essentialiste que les hommes et les femmes auraient des rôles différents à jouer dans l’éducation du fait de leurs soi-disante différence biologique fondamentale, et que, de ce fait, les enfants de couples homoparentaux souffriraient d’un manque ou d’un brouillage de « repères ». Les doutes qu’il émet quant à la fiabilité des études prouvant que des enfants élevés par des parents homosexuels n’ont pas plus de problème que les autres sous-entendent la même chose. Rappelons ici qu’un enfant a besoin pour se construire d’affection, de soin, d’attention, et de plein d’autres choses. Mais pas forcément d’un individu avec pénis et d’un autre avec vagin, ni d’un référent masculin et d’un référent féminin, ni encore d’un père bricoleur et d’une mère cuisinière.

Enfin, le « tout et n’importe quoi ». Le Meur entend par là toute configuration familiale qui sort du cadre rigide de la famille nucléaire hétérosexuelle. Peu importe qu’une multitude de formes de familles et d’arrangements dans la parentalité existent ici ou ailleurs. Peu importe que les enfants issus d’autres familles que la famille idéale de Le Meur ne souffrent pas plus que ceux qui ne connaissent que la cellule papa / maman / enfant. Non, pour lui c’est forcément « n’importe quoi ». Il va jusqu’à accuser les partisan.ne.s de l’égalité et associations gay et lesbiennes de justifier la « polygamie » en voulant légaliser les « couples à trois ou quatre ». Telle est la manière outrancière de juger et de disqualifier toute les formes de co-parentalité. Le Meur devrait pourtant comprendre que les structures de la famille sont plurielles et évolutives : qu’il s’agisse des arrangements entre couples homosexuels au sujet de la conception et/ou de l’éducation d’un enfant, ou du partage des responsabilités entre géniteurs et beaux-parents dans le cadre de familles dites recomposées, par exemple. N’en déplaise à tous les réactionnaires et homophobes qui, comme Le Meur, ne se privent jamais de dire tout et n’importe quoi !

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Le texte que nous venons de décortiquer surfe magistralement sur la vague réactionnaire homophobe et sexiste qu’on a vu déferler ces derniers mois dans les médias et dans la rue. Aveugle à la distinction entre parenté biologique et parentalité sociale, il alimente la croyance dans les fondements « naturels » du modèle de la famille nucléaire hétérosexuelle, justifiant ainsi les discriminations faites aux personnes qui, par choix ou non, ne rentrent pas dans ce schéma normatif. S’attaquant à l’usage de la « technique » dans le domaine de la reproduction, il passe sous silence le potentiel émancipateur que représentent pour les femmes, prises dans les rapports sociaux asymétrique de sexe, les techniques de maîtrise de la fécondité et de la reproduction (contraception, avortement, tout autant qu’aide médicale à la procréation).

Mais n’accordons pas trop d’importance à cette pensée mystificatrice, et songeons plutôt à nous réapproprier les questions liées à la reproduction en nous penchant sur les vrais problèmes que posent les questions de filiation et de parentalité. En effet, il y a, dans ce domaine bien des choses problématiques. Comme, par exemple la vieille règle patriarcale de la transmission du nom du père (qu’il s’agisse ou non du géniteur, d’ailleurs). Malgré les évolutions du droit, cette règle perdure, légitimant l’appropriation (symbolique et matérielle) des enfants par les hommes et l’infériorisation des femmes. Quant à l’implication réelle dans la parentalité, malgré toutes les gesticulations des associations masculinistes qui défendent la « cause des pères », il convient de rappeler que les inégalités entre hommes et femmes sont encore flagrantes. Au sein des familles « naturelles », la répartition du travail domestique et éducatif reste toujours aussi inégalitaire, les femmes accomplissant souvent double voire triple journée de travail [12]. Et là encore, la Nature n’a évidemment rien à voir là-dedans...

Diana Turelle et Gaby Olaugy, 10 août 2013

Le texte en pdf

[1] Le genre (gender en anglais) n’est pas une théorie, c’est un concept, un outil d’analyse utilisés en sciences sociales pour étudier les différences non biologiques entre les hommes et les femmes. Voir l’article « Au risque de radoter, la théorie du genre n’existe pas » sur rue89.fr. On appréciera l’odieux amalgame de Le Meur, pour qui les personnes, notamment les féministes, qui s’approprient ce concept de genre, ne valent pas mieux que les Transhumanistes, ces fanatiques de l’humain « augmenté » grâce la synthèse entre biologie et technologie.

[2] Voir à ce sujet le texte de Paola Tabet, « Fertilité naturelle, reproduction forcée », La construction sociale de l’inégalité des sexes, L’Harmattan, 1998.

[3] Sur l’idéologie naturaliste, on peut se référer à Colette Guillaumin, Sexe, race et pratiques du pouvoir. L’idée de nature, Coté-femmes, 1992. Voir également le texte d’Yves Bonardel (d’après un texte de Estiva Reus), En finir avec l’idée de nature, renouer avec l’étique et le politique

[4] Christine Delphy, Classer, dominer. Qui sont les « autres ». La Fabrique, 2008.

[5] Voir à ce sujet, Julien Piquart, Ni homme ni femme. Enquête sur l’intersexuation, La Musardine, 2009.

[6] Voilà bien le type d’intervention technique, souvent mutilante, dont pourrait s’offusquer Le Meur... mais il ne le fait pas.

[7] Certains Etats ont même bien dû accepter cette réalité. Dernière exemple en date, l’Allemagne vient de reconnaître un statut pour les personnes ne rentrant pas dans les cases homme/femme.

[8] Le regard bien fixé sur son nombril, Le Meur oublie que toutes les sociétés ne fonctionnent pas comme les sociétés occidentales d’aujourd’hui. On ne peut que lui conseiller de prendre connaissance des travaux d’ethnologie et d’histoire qui ont étudié des systèmes de filiation et de parenté alternatifs au modèle aujourd’hui dominant. Voir notamment Françoise héritier, Masculin, féminin, 1. La pensée de la différence. Odile Jacob, 2012.

[9] On peut noter que depuis 2002, les procédures de partage de l’autorité parentale ont été simplifiées afin de donner plus facilement un statut aux beaux-parents. Ces nouvelles possibilité de délégation sont utilisées actuellement par les couples d’hommes ou les couples de femmes qui élèvent ensemble un enfant.

[10] Puisque Le Meur entretient le flou quant au contenu de la loi Taubira, précisons que celle-ci ouvre le mariage aux couples de personnes de même sexe et permet aussi l’adoption. Quant à la procréation médicalement assistée (PMA) est seulement autorisée pour le moment au couples hétérosexuels présentant des problèmes de fertilité. De nombreux couples français d’hommes ou de femmes ont donc recours à la PMA dans des pays où la législation est plus souple.

[11] Au sujet du masculinisme, on peut se référer au texte Contre le masculinisme. Petit guide d’autodéfense intellectuelle, Grenoble 2012.

[12] « Les femmes passent trois fois plus de temps que les hommes à faire le ménage, la cuisine, les courses ou s’occuper du linge et deux fois plus à s’occuper des enfants ou d’un adulte à charge à la maison. », lire les résultats de l’enquête de l’observatoire des inégalités sur la répartition des tâches.



Compléments d'informations :
La question
par méduse,
le 22 août 2013

Ba, le clivage en question, et qui ne met pas en face de nous, hélas, que "quelques" écologistes et autres obsédés des fondamentaux, peut se résumer dans une question et dans les réponses qui lui sont apportées : sommes nous nos propres raisons d’exister, totalement, ou bien y a t’il une raison extérieure, transcendante, à laquelle nous sommes conditionnelles, que ce soit dieu, notre mère la planète ou l’économie, entre exemples massifs ? La seconde réponse emporte toujours, tôt ou tard, que nous sommes "de trop", toutes ou certaines, et qu’il faut agir en conséquence. La première peut faire voler en éclat le cauchemar social si nous en avons l’audace.

A ce sujet, on peut lire l’article suivant : http://lapetitemurene.over-blog.com...

gender studies & transhumanisme
par anonyme,
le 23 août 2013

A propos de la relations entre "gender studies" et transhumanisme, on peut lire une argumentation dans le livre "La vie vivante - Contre les nouveaux pudibons" de J.C. Guillebaud (Pocket, 2011), dans lequel l’auteur montre des références communes à ces deux courants de pensée. En deux mots : les théories post-modernistes de la "french théory" (Deleuze, Foucault, Lyotatd...), et l’idée que le réel est avant tout un "récit" que l’on peut "reprogrammer", d’où une sous-évaluation (chez les héritiers de ces théories) du poids des déterminismes et de l’inné. Ce qui nous ramène au sujet de la polémique ici présente : la nature (Nature ?) existe-t-elle ?

Le CONCEPT de genre
par Guy Corniaud,
le 28 août 2013

Mais enfin, il faut lire attentivement : le genre n’est pas une "thoérie" mais un concept, et ne se cantonne pas au "gender studies". D’un coup, dans le "complément d’information" précédent, on passe du genre au gender studies puis à Deleuze (donc "genre = french theory" ?...). C’est un raisonnement très alambiqué qui invente un lien entre le concept de genre et le transhumanisme. Ce lien n’existe pas. Ne rendons pas les choses plus compliquées qu’elles ne le sont déjà !

au delà de Foucault
par méduse,
le 28 août 2013

Ce qui me paraît tout à fait symptomatique de la résignation intellectuelle où nous avons plongé, et ce depuis des décennies, c’est qu’un Foucault est présenté, autant par ses détracteurs réacs que par ses aficionados soc’dem, comme un paradigme vivant de l’absence de limites, de l’audace et du renversement général. Alors qu’on pourrait aussi bien se dire qu’il appartient à une école de pensée qui a justement renoncé – avec les autres - à s’attaquer de front aux fatalités et aux déterminismes, qui affirme qu’il n’y a pas d’en dehors du monde du pouvoir, de la raison des choses et des abstractions, et que nous n’avons d’autre avenir que de nous y adapter en les récupérant, en les faisant nôtres, en nous y soumettant donc, fut-ce de manière « subversive ». Bref, une naturalité bis, qui revient par la fenêtre après qu’on l’ait congédiée par la porte.

Á ce sujet, on peut lire l’analyse historique qu’en fait Isabelle Garo dans "Foucault, Deleuze, Althusser et Marx".

Quand oserons nous cesser un instant, rien que pour voir, de croire aux nécessités incontournables qu’il faut ménager et réaliser au mieux (et généralement au moindre mal) ?

Hervé Le Meur ou la faillite de l’écologie à prétention radicale
par anonyme,
le 1er septembre 2013

A lire ici.

L’essentiel, c’est "la technique" !
par Tranbert,
le 2 septembre 2013

« La nature n’existe pas », et ça tombe bien, on est en train de la remplacer par des technologies biomédicales !

« Qu’est-ce qui peut bien échapper au domaine de la technique ? » demandez-vous, en sous-entendant implicitement que "la technique" est notre seul rapport au monde (ce qui est le cas en réalité pour le capitalisme...).

« La reproduction humaine est, également, une technique. » Un travail comme les autres qui devrait être rémunéré à son juste prix ?

C’est là qu’il aurait fallu introduire les catégories d’H. Arendt : le travail de notre corps et l’œuvre de nos mains... La reproduction est assurément une fonction biologique, mais en ce qui concerne l’humain - le saviez-vous ? -, cela va bien au delà de cet aspect étroitement technique et fonctionnel (auquel précisément le capitalisme compte bien le réduire).

Et au fait, "la technique" ce ne serait pas quelque peu essentialisant comme expression ? "La technique" n’existe pas, il existe des techniques, diverses et variées, qui induisent, de par leur existence, leur production, leur fonctionnement, etc. des rapports sociaux divers et variés, plus ou moins contraignants, oppressifs ou émancipateurs. Les auteures semblent l’oublier, il me semble.

De fait, on ne peut mettre au même niveau les techniques de contraceptions et d’avortement, qui sont relativement simples, que tout le monde peut plus ou moins s’approprier et utiliser en commun, et la PMA ou la GPA qui sont en effet la réduction de la fonction de reproduction a un acte purement technique (et, dans notre société, commercial, ne l’oublions pas) sous contrôle des experts et des techniciens capables de manipuler les technologies très complexes qui les rendent possibles et viables (du moins pour ce que l’on en sait jusqu’ici...).

Du coup, écrire « Et si, la technique peut être mise au service des choix des individus (contraception, avortement, aide à la procréation...) et soutenir des dynamiques d’émancipation collective ! » en essentialisant "la technique" et en faisant comme si il n’y avait aucune différence de nature et de complexité en ces techniques relève de la pétition de principe ou de l’acte de foi !

« Et elles [les femmes] continuent de lutter. […] Mais contre un système social, le Patriarcat. Un système qui les dépossèdent de leur corps et de leur vie, [...] »

Car les technologies produites par ce même système social qui nous dépossède de notre corps, de la nature, de nos vies et de l’avenir de nos enfants (OGM, nucléaire, biologie synthétique, etc.), il n’y a pas besoins de lutter là-contre puisque : « la technique est neutre, tout dépend de l’usage que l’on en fait ! » Vulgate progressiste et technophile bien connue !

« Seuls comptent pour lui [H. Le Meur] les prétendus problèmes posés par le contrôle de la reproduction humaine par la technique. »

Et pour réaliser "l’émancipation" des "minorités sexuelles" à l’aide de "la technique" faudra-t-il aliéner la reproduction de l’humanité au capitalisme industriel sous la houlette bienveillante de l’Etat et de ses comités d’éthique ? Car c’est bien là le fond de l’affaire (et il est vrai que l’article de Le Meur l’évoque en filigrane seulement, sans parvenir à le formuler explicitement).

Le biologiste Henri Atlan a publié un livre intitulé "L’Utérus Artificiel" en 2005 (que je n’ai pas encore lu), où il défend l’idée que la gestation humaine pourrait être réalisée dans une machine, "libérant" ainsi la femme d’une grande servitude, d’une oppression même, imposée par "la nature". Si l’on se souvient également que la fertilité humaine tend à diminuer régulièrement du fait des toxiques qui s’accumulent dans l’environnement, on se trouve là devant une sorte de convergence qui, je trouve, est quelque peu troublante.

Posée crument, la question est : cher militants gay, lesbiennes, etc. qui réclamez de pouvoir procréer à l’égal des hétérosexuels, voulez-vous vraiment vous faire les cobayes des recherches biomédicales visant à remettre aux mains de la bio-industrie la reproduction humaine ? Voulez-vous vraiment participer à la privatisation de la reproduction humaine par le capitalisme industriel ? Est-ce que dans votre lutte contre "un système qui vous dépossède de votre corps et de votre vie", vous ne seriez-pas - quelque part - en train de vous faire les promoteurs d’une dépossession plus grande encore, plus froide et impersonnelle, celle de la technologie ?

L’existence à elle seule de ces techniques pose cette monstrueuse question.

Mais en bon progressistes, vous ne voulez surtout pas seulement la poser (sans parler d’y répondre) : émettre, même maladroitement, des doutes sur la pertinence de l’usage de ces techniques, c’est "surfer magistralement sur la vague réactionnaire homophobe et sexiste", c’est être un abject suppôt de l’essentialisme, un immonde valet du Patriarcat, etc. Manière bien commode de diaboliser l’adversaire - de le renvoyer à ce que vous connaissez - et d’esquiver les problèmes tels qu’ils se posent dans la société ici et maintenant, marchande et industrielle - et que vous préférez visiblement mettre à l’arrière plan.

Hervé Le Meur est certainement très maladroit, mais pas malveillant. Il se pose cette question, mais ne parvient pas à la formuler clairement, tant le débat est complexe du fait des multiples dimensions qui le constituent. Mais de l’autre côté, les gays, lesbiennes, etc. qui réclament des enfants sont-ils moins confus ? Leurs motivations sont-elles plus claires et formulées de manière argumentées ? Ont-ils-elles une conscience et une analyse critique solide du monde dans lequel ils-elles vivent ? Savent-ils mieux que les autres à quoi ils participent par leurs revendications ?

On me permettra d’en douter.

Mâle et femelle, homme et femme : une réalité physique et culturelle
par Marine,
le 11 septembre 2013

J’ai aimé l’article d’Hervé Le Meur, et j’ai également apprécié la critique fouillée, puis la contre-critique ci-dessus : bravo, déjà, pour votre site internet, ce n’est pas si fréquent.

Ensuite, concernant la critique (qui pourrait tout de même éviter quelques injures du type "réactionnaire" ou "naturaliste", cela décrédibilise les auteurs bien plus que l’insulté : quand on a besoin d’insulter c’est qu’on manque d’argument...) :

1) oui, merci de le rappeler, le genre est un outil conceptuel et pas une théorie, et meme un outil qui a prouvé largement son efficacité et sa pertinence dans bien des domaines. En revanche, la théorie queer du genre, dans laquelle semble s’inscrire cet article, est bien une théorie - et d’ailleurs n’est pas une théorie scientifique. Il serait bon de le rappeler également, par souci d’exactitude autant que d’honnêteté.

2) qu’on le veuille ou pas, les scientifiques et le sens commun se rejoignent sur certaines définitions ("oeil", "main", "mâle", "femelle" par exemple...) : il y a des mâles et des femelles, réalité physique sur laquelle se fonde nos identités culturello-naturelles d’hommes et de femmes. Il y a donc mille et une facon d’etre homme, mille et une facon d’etre femme, mais la distinction fondamentale et évidente entre homme et femme n’est pas fondée que sur la culture sans lien avec le monde physique : cette distinction est fondée sur la réalité corporelle (par exemple, l’ADN, les organes génitaux). De la même façon, les humains ont 2 mains, 2 jambes, 2 yeux, etx. Les intersexes existent, oui. Les gens qui ont 3 mains et/ou une seule jambe existent aussi. Ce sont des exceptions très rares qui ne font que confirmer la règle. Dire qu’il n’y a pas 2 sexes mais 5, ou dire que l’homme est un animal qui possède entre 1 et 3 jambes : est-ce un concept scientifiquement efficace, qui permette d’analyser la biologie finement, de faire progresser la science expérimentale ? Non. On notera que les "biologistes" qui disent le contraire (ex : Anne Fausto-Sterling) ne sont pas des biologistes expérimentaux mais des théoriciens (souvent également militants, ce qui pourtant devrait mal se combiner avec la science... "au laboratoire, j’oublie l’oratoire", disait Pasteur : on pourrait le pasticher en "au laboratoire, j’oublie mes opinions politiques de tout poil"...), très loin de la paillasse qu’ils n’ont jamais approché.

3) Pour les auteurs, il semble que distinguer homme et femme implique immédiatement une hiérarchie et donc la domination patriarcale. C’est un raccourci qui me semble archaïque, et hélas révélateur. Je m’explique. Par le passé, les philosophes ont eu souvent la passion de la hiérarchie - avec les conséquences catastrophiques et inhumaines connues (races supérieures, sexe supérieur, discipline scientifique supérieure, art supérieur, etc). Notre époque a su se libérer de cette hiérarchisation simpliste et systématique, et c’est une des plus formidables libérations modernes - même si elle n’est pas achevée, loin de là. Mais faut-il pour autant renoncer à DISTINGUER ? Surtout pas ! Dans l’indifférenciation se cache là encore une incapacité à penser la différence en dehors de la hiérarchie. C’est donc très dangereux : on aura tendance à gommer, nier les différences, de peur qu’elles n’engendrent une hiérarchisation ou une domination. Or nier la réalité est générateur de violences - quand le langage n’exprime plus la réalité, je renvoie à Hannah Arendt. Oui il y a des hommes et des femmes. Et non il n’y a pas de hiérarchie entre eux ni unicité de la façon d’être homme et d’être femme, ni répartition des rôles imposée par la nature (pas de gène du ménage que je sache !!). Est-ce si difficile à penser ? Oui il y a des grands et des petits. Et non ce n’est pas mieux d’être grand que d’être petit. Les contes comme "Tom Pouce" le disent bien...

Si on refuse de distinguer, on refuse la réalité (ce qu’Hervé Le Meur nomme "Nature", que j’appellerais simplement "réalité physique"), et cela c’est très très très dangereux.

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