Indymedia Grenoble

Frigide Barjot chez PMO ?

samedi 21 septembre 2013 par Pacontent

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Frigide Barjot, membre de PMO ?

Pièces et Main d’Oeuvre, atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique à Grenoble, publie sur son site un article extrait de la revue L’écologiste. Cet article reprend les valeurs de Frigide Barjot et ses ami.es, en défendant « la nature de la filiation ». Est ce qu’avoir un discours critique sur la technologie permet de devenir pro-vie (comme les cathos intégristes) en restant politiquement correct ? Il semblerait que oui. Mais ne comptez pas sur notre silence.

Le principe de base de cet article est que la technologie est l’ennemie de la Nature. Par nature, l’auteur entend couple hétérosexuel, femme faite pour être mère, figure du père essentielle à la construction de l’enfant. Les technologies critiquées sont la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et la Gestation Pour Autrui (GPA), comparées aux Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). Le fait de les autoriser créerait un précédent gênant qui ferait de l’exception une règle. Vu qu’il serait possible de se passer de l’Autre pour enfanter, le monde sombrerait dans l’individualisme, Cet individualisme, selon l’auteur, s’appuierait sur la transformation du fait d’enfanter en un « droit » et en un « produit de consommation ».

La peur que la PMA et la GPA deviennent un marché est justifiée dans une société où les actes médicaux sont de moins en moins remboursés, les médecins payés à l’acte, bref dans un monde où de plus en plus de choses s’achètent. Enfanter comme ne pas enfanter est un droit, oui. Le droit des femmes à disposer de leur corps, droit pour lequel beaucoup de sont battues. Je ne pense pas que l’obtention de « droits » signifie que tout est acquis sur le terrain de la lutte. Et je crois même que l’absorption par la Loi d’un certain nombre d’avancées arrachées dans la rue ont été un moyen de les canaliser et de les vider de leur substance, de déposséder à nouveau des personnes, des libertés qu’elles avaient gagnées de vives luttes. Cependant, les moments de reconnaissance par la Loi de besoins spécifiques, de libertés à disposer de soi-même, et donc de droits, ont été dans l’histoire des luttes des paliers importants.

Pour cela, des techniques comme la contraception, ou l’avortement, sont des avancées et non des « hérésies contre-nature ». Pour cela, il s’agit de se battre encore, pour que ces acquis au sein de l’institution médicale, soient au service des personnes, de la réappropriation de leur propre corps, et non l’occasion d’exercer un nouveau contrôle sur elles. Ce n’est pas parce que la « nature » permet aux femmes d’avoir 14 enfants d’affilée et de passer 16 années dans les couches et le vomi qu’elles sont obligées de l’accepter comme un cadeau de la « nature ». Ce n’est pas une « haine de la nature » qui motive la légalisation de la PMA et de la GPA, mais une colère contre l’injustice sociale. L’argument naturel sert à justifier un ordre des choses répugnant, où les femmes seraient inférieures aux hommes, les hétérosexuels supérieurs aux autres. Il fût un temps où la nature voulait que l’homme blanc instruise les colons sauvages et bronzés. Il est encore de dangereux personnages prêts à affirmer que l’homme a des besoins sexuels naturels qui lui donnent le droit de violer. Ce que vous applez nature, on l’appelle la norme, et celle ci est heureusement changeante.

Quand la technologie est au service de l’humain, elle peut être acceptable, voire bénéfique. J’aurai du mal à tenir un argumentaire solide sur la technique mais Diana Turelle et Gaby Olaugy ont heureusement fait une belle partie du travail que PMO a visiblement abandonné. Un petit coup d’essai, quand même : lorsque les luddites ont pris leurs marteaux pour détruire les métiers à tisser dans l’Angleterre industrielle, ils détruisaient une technologie qui ne servait pas l’humain. En tous cas, pas la majorité des humains. L’industrialisation a détruit l’organisation sociale des ouvriers et les a déshumanisé en les privant de savoir-faire et de « métiers », pour les transformer en simple rouage de la chaîne de production, pour les profits des patrons. Le développement des techniques et technologies devrait être mené dans un but d’utilité sociale et non de profit capitaliste et/ou politicien. Qui est aliéné par la PMA et la GPA ? Le couple hétérosexuel reproductible qui ainsi, perd son privilège d’être le seul à pouvoir enfanter « naturellement » ? Pauvres chats. On vous plaindra quand on aura le temps, parce que vous n’avez à perdre qu’un privilège dérisoire, et que ça ne changera rien à votre vie. Vos enfants iront peut être à l’école avec des enfants de déviant.es, et peut être même deviendront eux et elles mêmes déviants. Grande nouvelle, vos enfants peuvent déjà devenir homosexuels ou célibataires sans la PMA, sans la GPA. La différence est qu’une goutte d’avancée sociale leur permettra de moins culpabiliser.

La technologie se doit de servir les humains. Nous pourrions être d’accord si vous n’aviez pas une vision aussi réductrice de l’humain, de l’enfant et de la parentalité. Pour vous, l’humain finit en famille autour d’un couple hétérosexuel heureux et épanoui. C’est peut être vôtre réalité, mais ce n’est pas celle de tout le monde. La nature voudrait qu’un enfant connaisse son père ? Parfois la nature fait mourir ce père bien trop tôt pour que l’enfant le connaisse. Vous vous insurgez contre l’anonymat des donneurs de spermes ou l’accouchement sous X ? Mais savez vous qu’il arrive que des pères fuient une femme enceinte et décident d’eux mêmes (naturellement ?) de devenir anonyme ? Vous vous révoltez contre la polygamie et la co-parentalité ? Le mariage est une institution qui permet aux parties d’être équitablement responsable d’un enfant. Le parrainage ou marrainage ne permet que d’être responsable secondaire. Le mariage et l’adoption ont cette limite que seulement deux personnes sont responsables d’un enfant. Ce n’est pas toujours le cas. Le rôle d’autres personnes, membre de la famille ou pas, est parfois essentiel dans l’éducation d’un enfant.

Ce n’est pas à la Loi de décider de cette importance mais bien aux individus concernés. Etre parent n’est pas qu’un acte biologique, un simple croisement de gênes. Combien d’enfants ont été envoyés en foyer parce que leurs parents biologiques ne pouvaient pas s’en occuper alors qu’ils avaient une grand-mère, un tonton de sang ou de coeur, prêt à les accueillir ? Vous qui défendez l’humain, comment pouvez-vous tirer à boulets rouges sur ses limites ? Avec l’exemple de cet homme élevé par deux femmes, dont une « avait un problème à régler avec les hommes », que voulez-vous dire ? Qu’aucune mère issue d’un couple hétérosexuel n’a de « problèmes avec les hommes » ou avec sa propre mère ? Chaque parent a à gérer son histoire, son passé, ses problèmes, et fait ce qu’il peut avec. Il y a peu d’enfant à qui il ne manque pas de « brique dans sa construction ». Pour l’un ce sera un père, pour l’autre la confiance en soi. Je peux aller dans le glauque commun en vous demandant quel père incestueux envers sa fille n’a pas de problème avec les femmes ? Mais tant que l’on reste dans le cadre hétérosexuel, pour vous tout va bien. Seul.es sont puni.es les célibataires et les couples homosexuels. Vous délimitez l’acceptable par rapport à une nature subjective, et idéalisée.

Un père et une mère ayant un rapport sexuel pour enfanter ne font pas une famille parfaite, parce qu’il n’y a pas de famille parfaite, pas de parent parfait, pas d’humain parfait ou normal. Le désir d’enfanter ou de ne pas enfanter est aussi respectable, d’où qu’il vienne. Et si la technologie peut aider à le rendre possible, soit, elle est au service de quelque chose d’humain. Qui sommes-nous pour juger et présupposer de quelle brique manquera l’enfant ? Vous le faites, au nom de la science et de la nature, ce qui fait de vous une sorte de dieu moralisateur, scientiste et réactionnaire, fermé aux réalités sociales que vous ne pouvez pas voir de vôtre bureau.



Compléments d'informations :
Embourgeoisement et normalisation
par Chantal,
le 23 septembre 2013

Plusieurs réflexions quant à ce texte.

1° Le titre, pour commencer, est calomniateur. Ni PMO ni Hervé le Meur ne sont opposés, en soi, et contrairement à Frigide Barjot, au mariage pour tous. H.LM. : « Si le mariage gay avait été séparable de l’adoption [ou de la PMA], nous n’aurions vu aucun argument lié à nos convictions écologistes qui s’y oppose. » Et Le Meur de rappeler : « Le mariage est une institution et pas un fait de nature. »

2° Donc, contrairement à ce qui est dit dans le texte, Le Meur ne pense pas que toutes nos relations sociales doivent être réduites à un strict respect de la nature : « [L’égalité] entre hommes et femmes est politique, économique, juridique... mais pas biologique. »

3° Ce qui ne veut pas dire que tout soit le fait de la nature, ni que tout puisse être réduit à la culture. Les deux étant toujours entremêlées, se conjuguant l’une avec l’autre, il est peut-être préférable de quitter ce terrain parfois oiseux (où, certes, nous emmène Le Meur) pour préférer celui de la critique sociale. Mais en aucun cas, rappeler que « la nature, ça existe » fait de vous un « réactionnaire ».

4° Les bébés éprouvette ou les mères porteuses feront nécessairement du corps des femmes et des enfants des marchandises. Que le coût de cette procréation artificielle soit socialisé ou non, remboursé par la sécu ou non, organisé par l’État ou une multinationale, les bébés in vitro (comme les steaks in vitro) resteront des marchandises. Ce qui était libre, gratuit, autonome sera désormais payant, géré, normalisé. Et ce qui vaut pour les couples homosexuels vaut pour les hétéros : la PMA ou la GPA devant être critiquées en tant que telles, et quelle que soit l’orientation sexuelle des demandeurs.

5° Je ne vois pas dans le texte de Le Meur la défense du couple hétérosexuel. Ce texte critique plutôt, même s’il est imprécis, insuffisant voire maladroit, l’atomisation d’une société qui réclame à chacun d’être performant et compétitif sur le marché du travail – reléguant ainsi au second plan sa vie personnelle et amoureuse. Pas le temps ou pas d’humeur pour rencontrer quelqu’un entre les heures de boulot ? Pas grave, le capitalisme vous offre la possibilité de louer le ventre d’une tierce personne pour qui procréer est le « boulot », justement. Ainsi, ce « désir d’enfant » ne nuira pas à la bonne marche de l’économie.

6° Il faut rappeler que l’infertilité galopante a des causes physiques (pollutions) mais aussi psychologiques (stress, précarité). Plutôt que de voir les causes sociales et politiques de l’infertilité, le capitalisme trouve dans la PMA et la GPA une solution technique qui permette sa perpétuation. On appelle ça une fuite en avant.

7° Je ne m’exprimerai pas quant à l’anonymat car il me semble impossible de trancher définitivement cette question. Les exemples et contre-exemples fourmillent. Par contre nous devons replacer la PMA dans un ensemble de dispositifs médicaux visant soit à écarter les improductifs (détection pré-implantatoire ou précoce des « anormaux », hospitalisation et résidences psychiatriques, maisons de retraite, etc) de sorte qu’ils ne soient plus un poids pour des salariés qui ont autre chose à faire que de s’occuper de personnes dépendantes ; soit à améliorer les capacités productives (médocs pour se « booster », anxiolytiques, prothèses, coaching, OGM, sélection génétique des mâles les plus productifs pour l’élevage, etc).

8° Autant de dispositions que l’on qualifiera d’eugénistes. Pour vous en rendre compte, faites votre marché sur Internet dans les différentes banques de sperme, et choisissez la couleur des cheveux ou des yeux, la taille ou le Q.I. de votre progéniture. Trouver quoi que ce soit d’émancipateur ou de libertaire – puisqu’on est sur un site libertaire – dans une médiation technique qui achète, vend et sélectionne de façon industrielle du sperme relève de l’absurde. Rappelons d’ailleurs que des techniques autonomes d’aide à la procréation existent et sont une pratique courante (un donneur rencontré n’importe où et une pipette suffisent). Dans la « procréation médicalement assistée », le problème est ce « médical » qui induit notre aliénation à un pouvoir technique et marchand.

9° Il fut une époque où les féministes revendiquaient de ne plus être des pondeuses aliénées à la procréation (voyez comme on est passé du droit à l’avortement au droit à l’enfant). Il fut une époque où les féministes refusaient le mariage comme institution aliénant juridiquement et économiquement deux personnes. Il fut une époque où les féministes se réappropriaient leur corps jusque là aliéné au pouvoir médical et patriarcal. Il est une époque où « des » féministes réclament l’aliénation pour tous : c’est-à-dire étendre le modèle de la famille bourgeoise (deux parents mariés, deux enfants qui ne nuisent pas trop à leur carrière, un travail, un chien, un Renault Espace) à tous les couples. En pensant saper le modèle bourgeois de la famille, ces féministes embourgeoisent toutes les « configurations » amoureuses.

10° Derrière cet égalitarisme apolitique : le recul des luttes d’émancipation.

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