Indymedia Grenoble

Humanités Numériques - Gare à la propagande !!!

lundi 15 décembre 2014 par anonyme

[Infos locales] [Sciences / Nécrotechnologies]

ACTION-CRITIQUE LE MARDI 16 DECEMBRE À 12H15 CAMPUS MSH ALPES.

Nous pouvons résister au raz-de-marée du Tout numérique organisé par l’État et les industriels sur le savoir, l’enseignement et la vie quotidienne.

Informons-nous et organisons-nous !!!

Lou Burnard sur la fac de Grenoble,

Un tapis rouge pour les Humanités numériques :

Ce lundi 16 décembre, l’Université Pierre Mendès France accueille un petit soldat de la conversion au numérique des « Humanités ». Lou Burnard est un promoteur de l’encodage du savoir, qui s’est distingué par sa contribution à la numérisation de la bibliothèque d’Oxford, et par ses services offerts à ADONIS, un « Très Grand Equipement » qui a été la base d’appui pour la participation française à l’infrastructure européenne des humanités numérique.

Les Humanités Numériques, c’est un terme fer de lance dans la recherche et l’enseignement des lettres, arts et sciences humaines, pour que celles-ci participent à mettre encore plus de numérique et de machine dans nos lieux de formation, dans nos échanges et dans nos vies.

Dans le monde des Humanités Numériques, pas d’information ou de réflexion sur l’ampleur de l’impact écologique et social des Technologies de l’Information et de la Communication ! Peu importe que « de tous les secteurs, celui de l’informatique » soit « de loin le plus gourmand en ressources par unité de poids (1) ». Pour cette science-là, ce genre de scrupules n’existe pas.

Les instances du campus organisent donc le débat pour qu’il n’ait pas lieu : place à la propagande, à l’acceptation, à « l’adaptation » pour « tout le domaine des sciences humaines » aux « méthodes et possibilités des technologies nouvelles » (dixit Lou Burnard).

Partout dans le monde du savoir et de l’enseignement, l’offensive est lancée : en septembre dernier, François Hollande annonce, dans « un grand plan numérique pour l’école de la République » qu’en 2016 « tous les élèves de 5e -seront équipés d’une tablette [tactile] et auront une formation au numérique ». Un mois après, le Conseil National du Numérique, organe publicitaire indépendant nommé par le président de la république himself, propose, dans le rapport Jules Ferry 3.0 la création d’un Baccalauréat Humanités numériques qui « refléterait l’aventure de la jeunesse » avec « la création numérique », la « découverte des big data » et « des métiers informatiques et créatifs », et accélèrerait la « transformation de nos enseignements pour mieux préparer les jeunes au monde qui les attend ».

A Grenoble, le terrain de la numérisation des études universitaires est déjà bien préparé : A l’heure où la réduction des dépenses publiques est le mot d’ordre général des pouvoirs publics, quelle meilleure façon de préparer l’avenir que d’introduire des supports d’enseignement permettant peut-être, un jour, de se passer d’enseignants (2) ? A la rentrée 2014, l’Université Joseph Fourier fanfaronne, dans sa dépêche, sur sa capacité à suivre le bon chemin : « après la Première année des études de santé (PACES) de Grenoble, c’est au tour de l’UFRAPS de l’UJF de proposer « des amphis inversés » pour le millier d’étudiants en première année », c’est-à-dire, en termes plus clairs, la transformation des cours magistraux en « séances de formations sur support numérique ». A Grenoble Institut National Polytechnique, autre bon élève du numérique, on est tout fier d’ouvrir enfin un MOOC - ce qui signifie, en français, « Cours ouverts en ligne et massifs » - mis à disposition sur la plateforme « France Université Numérique », lancée en 2013 par la ministre Geneviève Fioraso, à l’intérieur des 18 mesures de l’agenda numérique pour l’enseignement supérieur. Profits, légitimation publicitaire et contrôle sécuritaire : Le Medef et Pierre Gattaz organisent avec l’Etat la « transformation numérique de la France ». Saviez-vous que Pierre Gattaz, président actuel de l’organisation patronale du MEDEF, qui représente avant tout les grands patrons, et qui ordonne aux gouvernements successifs de libéraliser l’économie pour servir d’abord leurs intérêts, a construit une bonne partie de sa carrière par l’application de son savoir-faire de « leader » au sein des grandes entreprises de l’électronique et du numérique ? Le 20 novembre 2013, le Medef annonce son engagement pour la « transformation numérique de la France » à travers la création d’un comité chargé de tout faire pour accélérer le rythme, dans toutes les entreprises et tous les secteurs. Le but est « d’interpeller les pouvoirs publics » afin « d’accélérer la prise de conscience que le secteur du numérique est un puissant vecteur de croissance […] et qu’il peut en outre contribuer à répondre efficacement à de grands enjeux sociétaux (santé, dépendance, éducation, relations administration-citoyens...). ». Le gouvernement obéit quelques mois après, avec la création d’une mission pour préparer la « transformation numérique de l’économie française ». La proposition du baccalauréat humanités numériques faite par le Conseil National du Numérique en Octobre dernier permet aux lettres, arts et sciences humaines de participer à ce grand mouvement étatico-marchand en faisant irruption sur la scène médiatique, et en s’engageant dans la marche en avant demandée par le medef vers la numérisation de l’éducation.

A la clé de tout cela, des profits importants et de la légitimation publicitaire, ainsi que des visées sécuritaires.

Le développement du numérique comme outil de contrôle sécuritaire : Il est particulièrement intéressant de regarder ces politiques en cours aujourd’hui à la lumière d’un rapport intitulé Le livre bleu, qui fut adressé au gouvernement il y a 10 ans par la Filière des Industries Electronique et Numérique (FIEN), un groupe de pression rassemblant une cinquantaine d’industries de l’électronique, dont le président fondateur se trouve être justement Pierre Gattaz, l e très puissant « patron des patrons » actuel.

Lisons les recommandations écrites dans le chapitre « sécurité du territoire », au sous-chapitre « acceptation de la population » : « la sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles, il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes : - Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller chercher les enfants. - Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo - Développer les services « cardless » à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès Internet, … »

Comment « faire accepter par la population » des technologies sécuritaires comme la biométrie (système d’identification personnelle par reconnaissance d’éléments biologiques, comportementaux ou physiologiques) en passant par le moins possible de débats collectifs et de choix démocratiques ? En multipliant la consommation de technologies susceptibles d’accueillir la biométrie, et en développant cette dynamique « dès l’école maternelle », afin d’en maximiser l’acceptabilité. La proposition de Hollande de généraliser l’usage pédagogique de tablettes tactiles individuelles par les élèves de collège – tablettes pouvant elles-mêmes être pourvues d’équipements biométriques - constitue donc un formidable pas en avant dans le modèle de transition sociale promue par la FIEN.

Un modèle de transition où les partenariats publics-privés permettent de conjuguer la libre accumulation du profit et le développement de la société de contrôle, par la multiplication des processus de traçage et de collecte de données personnelles :

Le rapport Jules Ferry 3.0, élaboré par le Conseil National du Numérique, est à cet égard d’une transparence remarquable ! « Accepter les nouvelles industries de la formation » : c’est le nom d’un chapitre de ce rapport,dans lequel est proposée la création du Baccalauréat Humanités Numérique évoqué plus haut.

On y trouve un bon condensé de fichage de données personnelles à visée pédagogique et d’hymne à la conquête du marché de l’éducation.

« C’est sur le cœur de métier de l’éducation que cette nouvelle branche de l’économie numérique va prospérer : la connaissance des élèves, la compréhension de leur comportement, l’offre personnalisée, la relation. Elle le fera entre autres à partir de l’analyse des données personnelles et sous la forme de l’adaptive learning. Aux portes des écoles et lycées, des universités et grandes écoles, commencent à fructifier en France des entreprises de taille et de vocation diverses, éditeurs de logiciels, créateurs de nouveaux services éducatifs (tutorat en ligne et de face à face, kits pédagogiques). Leur multiplication ne peut pas laisser indifférente l’institution scolaire : l’éducation intéresse des acteurs industriels d’un nouveau genre, qui sans antériorité aucune dans le milieu, bousculent les professionnels de l’éducation, professeurs, éducateurs, éditeurs. Leur apparition signifie que l’éducation est identifiée comme un secteur d’activité profitable en croissance, laissé en jachère, que de nouveaux modèles d’affaires peuvent investir facilement. Ce que font ces entreprises.

Qu’elles aient 10 ans ou deux mois, leurs dirigeants ont tous l’atout d’une expérience de l’économie numérique : pour créer de la valeur, la relation profilée, le réseau social, l’analyse des données, font plus que le savoir de métier de l’enseignement. Ce savoir, ces conquérants le récupèrent ou le récupéreront. Ils sont attractifs pour beaucoup de professeurs, d’élèves et de familles. »

Si l’on examine la liste des membres du Conseil National du Numérique, on y retrouve là encore la marque du Medef ! Valérie Peugeot, qui est la vice-présidente du CNN en charge de la transition numérique et de la société de la connaissance, est aussi chercheuse à Orange Labs, en charge des questions de prospective au sein du laboratoire de sciences humaines et sociales. Or un de ses supérieurs hiérarchique, le directeur général adjoint d’Orange, a pour nom Pierre Louette : il est lui-même président du comité pour la transformation numérique du Medef. Pour couronner le tout, Pierre Louette a lui-même été membre du CNN entre 2011 et 2012… peu de temps avant l’arrivée de Valérie Peugeot au CNN.

En parallèle avec les lobbys techno-universitaires pour les « Humanités numériques », se développe un discours sur une nouvelle humanité, dont un des théoriciens-clés est Milad Doueihi, auteur de « Pour un humanisme numérique » - et d’autres essais du même genre :

« Il est […] possible de voir dans le numérique une nouvelle convergence entre l’humanité et la technologie. » Milad doueihi nous invite à faire pour celà ce qui n’est qu’un des « premiers pas dans notre aventure avec cette nouvelle technologie devenue partie intégrale de notre existence » : « accepter les mutations introduites par le numérique ». Milad est-il transhumaniste, autrement dit un prophète activiste de l’homme-machine ? Il s’en défend, mais affirme tout de même que « l’humanisme numérique ne peut que dialoguer avec les discours transhumanistes, dans toute leur diversité, afin de mieux saisir les enjeux comme les problèmes soulevés par une telle approche de la culture numérique et de la culture tout court ». Le numérique est selon lui carrément « devenu une civilisation qui se distingue par la manière dont elle modifie nos regards sur les objets, les relations et les valeurs, et qui se caractérise par les nouvelles perspectives qu’elle introduit dans le champ de l’activité humaine ».

Que dit en revanche Milad au sujet d’une « série d’analyses et d’essais » qui critiquent la tendance de la culture numérique « à accélérer nos échanges, nos communications, et à nous sou¬mettre à une sorte de tyrannie de l’immédiat et de l’instantané. » ? C’est un « malaise, un souci et, en fin de compte, une peur habitée par la nostalgie. »

On accuse l’économie numérique deTyrannie ? Milad répond en habillant le numérique à la sauce alter :le monde numérique est un village global, un « nouvel espace partagé entre réel et virtuel ». « L’espace hybride de la culture numérique constitue une nouvelle manière de faire société. L’hu¬manisme numérique est une manière de penser [et surtout d’accepter] cette nouvelle réalité. »

Les adeptes du Tout numérique se targuent par ailleurs de vertus écologiques. Les dégâts et l’épuisement des ressources naturelles seraient palliés par encore plus de technologies, toujours plus petites, toujours plus performantes,toujours plus gestionnaires de nos vie ! Mais qu’en est-il actuellement ? L’industrie de la micro et nano électronique est une des plus polluantes et énergivores (1’). La production d’une simple puce électronique pour une barrette mémoire de 32 bits pesant 2 g nécessite 1 600 g d’énergies fossiles secondaires, 72 g de produits chimiques, 32 000 g d’eau, 700 g de gaz élémentaires. Par comparaison, il faut 1,5 tonne d’énergie fossile pour construire une voiture de 750 kg. Soit un ratio de 2 pour 1, alors qu’il est de 630 pour 1 pour la puce. En Isère, le premier employeur privé est l’entreprise ST Microelectronics, qui développe, fabrique et commercialise des puces électroniques, avec 4 000 personnes à Crolles et 2 300 à Grenoble. On comprend mieux pourquoi le campus de Grenoble se met au Tout numérique. On comprend mieux, aussi, pourquoi il ne faut pas trop parler des chiffres qui fâchent : l’usine à puces de Crolles consomme plus de 40 millions de kWh d’électricité (l’équivalent de 20 000 foyers) et 25 millions de kWh de gaz naturel par an.

PAR L’ACTION CRITIQUE, ROMPONS AVEC LE RONRON TECHNO-PRODUCTIVISTE DES INSTITUTIONS, ET REGROUPONS-NOUS !

Nous voulons que l’université soit plus largement un lieu de critiques et d’alternatives face aux impostures du gouvernement et à toutes les formes de dominations sociales (marchandes, raciale, technique, sexiste) Un lieu de contre-pouvoir et d’organisation de forces politiques émancipatrices et réellement démocratiques.

(1) (1’) Affirmations et propos de Françoise Berthoud, Ingénieur de Recherche en Informatique au CNRS – Lire Impacts écologiques des Technologies de l’information et de la Communication, du groupe Eco Info et The 1.7 Kilogram Microchip : Energy and Material Use in the Production of Semiconductor Devices, Eric D. Williams

(2) G.-L. Baron, « Enseigner sans enseignants ? Tendances et problèmes des arts et métiers numériques de la formation. Compte-rendu synthétique du colloque Jocair 2014 », Adjectif [En ligne], mis en ligne le samedi 5 juillet 2014. URL : http://www.adjectif.net/spip/spip.p... Dans le compte-rendu en question, un positionnement vraiment très rhétorique pour ce colloque qui fait partie des « manifestations structurant le milieu de la recherche sur les technologies en éducation » organisé à l’Université Paris Descartes, du 25 au 27 juin 2014 : Enseigner sans enseignants ? « La question directrice [est] bien entendu rhétorique. La réponse est « non », du moins pour l’instant. Mais les choses peuvent évoluer dans l’avenir. »



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