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Le Conseil Départemental de l’Isère fonce, tête baissée, dans sa politique anti sociale

lundi 18 avril 2016 par anonyme

[Soupe politicienne] [Autres infos]

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L’exemple de l’avenant au règlement départemental de l’Aide Sociale à l’Enfance voté en commission permanente en février 2016.
Objet de cet avenant : l’attribution des Allocation Mensuelle du Secours d’Urgence.

L’aide sociale à l’enfance, avant :
“Les personnes de nationalité étrangère bénéficient de ces prestations, dans les mêmes conditions que les personnes de nationalité française, sans avoir à justifier d’un titre de séjour sur le territoire français. [...] Les articles L. 222-2, L. 222-3 et L. 222-4 du Code de l’action sociale et des familles définissent les allocations mensuelles comme des prestations d’aide à domicile apportant un soutien matériel aux mineurs et à leur famille [...] Elles sont incessibles et insaisissables.”

Extrait de cet avenant au règlement Départemental de l’Aide Sociale à l’Enfance de l’Isère adopté le 26 février 2016, après le vote du CDI :
“Les ménages qui n’ont pas de droit au séjour en France sont éligibles au titre du CASF aux aides pour l’enfant. Ces aides seront versées dans l’intérêt premier de l’enfant en nature” (avant de préciser que les personnes seront renvoyées vers les structures humanitaires).

Ceci est donc un billet :

- Pour ne pas oublier les élus du Conseil Départemental qui ont entreprit de mettre un coup d’accélérateur à la casse du service social, sans états d’âme.

- Pour se tenir prêt-es à répondre à d’éventuels appels à mobilisation.

Voici donc ci-dessous, un texte prononcé lors du dernier Conseil Départemental de l’Isère. La CISEM et différents collectifs avaient demandés une intervention orale lors de la séance publique du 25 mars 2016, acceptée par Jean-Pierre Barbier, président du Conseil.

Cette intervention concernait l’avenant au règlement départemental de l’aide sociale à l’enfance voté le mois précédent en commission permanente qui venait, entre autre, supprimer le secours d’urgence pour toutes les familles sans titre de séjour. Elle est donc volontairement centrée sur un sujet précis, sans pour autant nous faire oublier les 11% de baisse de budget sur tout le secteur du social. Depuis cette mobilisation, rien n’a changé. De nombreuse familles ne touchent plus le secours d’urgence bien qu’aucune information très claire ne leur soit adressée. Les travailleu-se-rs sociaux n’ont pas d’éléments précis à leur fournir sinon qu’ils ne toucheront plus rien.

Intervention orale, séance publique du conseil départemental de l’Isère, le 25 mars 2016

Bonjour, j’interviens au nom de la Cisem qui est une coordination d’associations, collectifs, individus, partis qui œuvrent pour le droit des personnes. Je me fais aussi le porte voix de toutes les familles concernées qui sont là dehors ce matin et qui se mobilisent contre la suppression du secours d’urgence qui fait déjà de gros dégâts.

En effet, pour un certain nombre de personnes, ce secours était leur seul moyen de subsistance. (...)

Sur le site du conseil départemental de l’Isère, on peut lire : « la protection de l’enfance a pour objectif de prévenir les difficultés que peuvent rencontrer les parents, les accompagner, et les aider, le cas échéant, à assumer la prise en charge de leur enfants . Demander l’aide pour ses enfants peut se traduire par une orientation vers différentes structures, ou par une prestation ( qui est soit financière, soit une aide éducative à domicile, soit un accompagnement économique et social) »

C’est pas mal… mais c’est déjà obsolète… Et pourtant, il avait fallut beaucoup de combat et de temps pour en arriver là. Nous avons en effet un héritage à ce sujet, et il est important de revenir dessus…

La protection de l’enfance, c’était, au tout départ, et là, il faut remonter plusieurs siècles en arrière, une lutte contre la mort (vaincre la mort et assurer la survie des enfants abandonnés), pris en charge par l’église.

D’abord, donc, une question de charité ou de bienveillance. Mais ça n’était pas suffisant, et la révolution nous a amenée la notion de justice. Tout individu avait droit à la vie, à l’instruction, et la société est devenue « solidaire » au sens juridique du terme.

C’est la société toute entière, via l’état cette fois, qui prenait en charge les enfants abandonnés, et il y en avait beaucoup, les chiffres ne baissaient pas. Qu’est-ce qui pouvait cependant bien pousser des parents à abandonner leur enfants devant une église, puis plus tard devant l’assistance publique ?

Fort heureusement, la société s’est progressivement posée cette question, et a remarqué que la misère, les difficultés sociales pouvait pousser des parents a laisser à l’église, puis à l’état, le soin de faire grandir leur enfants, de leur donner un toit, des soins, à manger, une protection, une éducation… faute de moyens.

Alors, il a fallu du temps, mais il a été inventé la notion de « secours ». Plutôt que de payer des institutions de substitution à la mère, pourquoi ne pas donner directement cet argent aux parents ?

Cela n’a pas manqué ! Les abandons d’enfants ont conséquemment diminués… C’est en effet en donnant des droits aux parents et en leur donnant les moyens d’exercer leurs droits qu’on protège les enfants et restaure le dignité de tous.

Tout ça, c’est notre héritage, le votre aussi.

Qu’elle histoire allons nous écrire maintenant ?

Que dit l’avenant au règlement départemental de l’aide social à l’enfance voté de lois dernier ?

- D’abord, il dit qu’il faut opérer un tri entre les familles. Les ménages qui n’ont pas de droits au séjour sont différents des autres. Donc, les enfants de ménages qui n’ont pas de droits au séjour sont différents des autres.

- il dit ensuite : ceux là, qui sont différents, seront renvoyés à la charité. Des siècles pour construire la notion de personne, de citoyens, et un conseil départemental de l’Isère pourrait décider de vous réduire, à nouveau, à un moins que rien, un pauvre qui ne peut pas choisir, qui ne peut plus agir et décider du sort de son enfant, renvoyé au bon vouloir et aux moyen de la charité ?

- L’avenant dit encore que les familles pauvres, parce que les pauvres, ça quémande sans arrêt de l’argent, les familles pauvres donc, doivent être régulées dans leurs demandes d’aide (4 maximum par an).

Et enfin, il laisse entendre aussi que l’aide sociale à l’enfance coûte cher et qu’il faut faire des économies sur les pauvres.

- Mais en dévalorisant les pauvres, et donc ici les parents, c’est aussi les enfants que vous maltraitez.

Nous aimerions qu’il y ai une réflexion sur le type de société qu’une telle politique de tri produit :

- Qu’est-ce qu’une société ou des enfants ne sont plus considérés comme des enfants ? Ou des parents ne peuvent plus être des parents ?

- Qu’est ce qu’une société ou des familles, des enfants qui n’auront plus rien à espérer de l’état ni du conseil départemental, seront contraint de voler pour survivre ?

On le sait, on le voit tous les jours, cette société viendra ensuite taper sur les parents qui ne parviennent plus à protéger, soigner, secourir, faire grandir leurs enfants.

On ne parlera plus d’enfance en danger, mais d’enfants dangereux.

On pourra toujours retirer les enfants aux parents pour maltraitance, on pourra toujours mettre les parents en prison pour vol, on pourra toujours les montrer du doigt, ces « pouilleux », ces mères poussées à vendre leur corps, bouc émissaires idéaux dans une société qui ne veut pas faire le bilan des dégâts qu’elle produit.

Et pourtant, toutes ces mesures, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, se justifient toujours par une notion chaque fois évoquée « l’intérêt de l’enfant » : mais qu’enseigne t-on à ces enfants ?

- Ces enfants dont vous parlez veulent-ils être trimballés d’un centre de distribution alimentaire à un autre ?

- Ont-ils intérêt à passer des journées entières sur un trottoirs avec leur parents pour mendier ?

- Est-il dans leur intérêt qu’ils apprennent à voler pour survivre ?

- Veulent-ils être abandonnés par leurs parents qui ne pourront plus assurer leur sécurité, qui n’auront plus les moyens d’être des parents ?

- Est-ce dans l’intérêt des enfants de ne pas avoir de toit sur la tête parce qu’ils ont plus de 3 ans ?

Quand nous aurons attaqué tous les pauvres, à savoir :

- ces familles / profiteuses
- ces enfants / dangereux
- ces chômeurs/ glandeurs
- ces allocataires / fraudeurs,

Quand toutes ces figures que vous construisez ne suffiront plus ?

Qui restera t-il ?
Que restera t-il ?
La charité ?

La charité ne remplacera jamais un système de protection sociale. C’est pour cela que le système de protection sociale a été inventé. Et si vous n’en êtes pas convaincus, pensez à l’avenir, et même à celui de vos propres enfants ou petits enfants.

Tous ne profiteront pas du confort et de la place dans la société que vous avez aujourd’hui. Certains naîtrons handicapés, d’autres vous en voudrons peut-être, quand il auront compris que vous avez affamé, pour des motifs idéologiques, des centaines de familles, remis en question l’idée même de protection de l’enfance, et réduit des humains au statut de paria.

Nous sommes pour une société de personnes responsables : alors laisser les parents être des personnes responsables et prenez vos responsabilités !!!

C’est pourquoi nous vous demandons :

- le retrait de cet avenant au code départemental de l’aide sociale à l’enfance, à savoir, le rétablissement et l’augmentation des secours d’urgence pour tous et toutes, sans restriction, sans distinction.

- La réorientation des choix budgétaires du CDI vers plus de solidarité, plus d’aide sociale, pour fabriquer une société plus juste, où les humains ne seraient pas triés, classés, hiérarchisés, aux aléas de choix soient disant économiques qui ne sont pas au service de l’intérêt commun.

Le_Communique_ASE-CDI.pdf


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