Indymedia Grenoble

Récit d’une auto-réduction au RU, de vilains précaires contre les gentils gestionnaires.

vendredi 18 novembre 2016 par anonyme

[Infos locales] [Média]

Ce matin, comme souvent, je surfe dans les instructives pages fait-divers de la cuvette grenobloise pour m’assurer d’expulser un bon cake après mon petit-déjeuner.

Exceptionnellement, la lecture n’eut pas l’effet escompté et je me retrouvais constipé lorsque je lus le récit de mon repas de la veille sur les sites du Daubé et de France3 Alpes.

Quelques explications s’imposent.

Jeudi 17 novembre, quelques dizaines d’étudiant.e.s et employé.e.s du campus, non-encarté.e.s dans une quelconque organisation, décident d’aller manger gratuitement dans un Restaurant Universitaire du campus pour protester contre un certain nombre de choses (emplois précaires, carte Izly, retards dans les bourses... cf. tract recopié ci-dessous). Présent à ce repas improvisé, je vous propose d’en faire le récit.

Je retrouve la bande de jeunes gens devant le Restau U Diderot. Nous attendons paisiblement puis nous nous dirigeons vers le self-service où nous remplissons nos plateaux de la nourriture standardisée et aseptisée vendue par le CROUS. Au moment de passer à la caisse, nous distribuons des tracts aux travailleurs.euses et leur expliquons calmement qu’aujourd’hui nous ne paierons pas nos repas. L’équipe du CROUS est étonnée, elle nous laisse passer et nous installer à table tout en appelant le directeur du restaurant qui rapplique en quelques minutes. Très énervé, il oblige l’équipe du CROUS à remballer le self et commence à nous bousculer, aidé par un cuisinier trapu tout aussi remonté. Ils refusent que les ami.e.s aillent manger leurs repas et essaient de reprendre leurs plateaux. Avec la confusion, un plateau tombe à terre. Une assiette et un verre se brisent. Les potes sans repas se joignent à nous et nous partageons nos maigres assiettes alors que d’autres distribuent des tracts aux autres étudiant.e.s éberlué.e.s par la scène à laquelle ils viennent d’assister passivement.

Les repas vite engloutis, nous désertons tranquillement la salle, inquiété.e.s par la venue annoncée des « gardes du campus » sprays lacrymogènes sur les hanches. Dans l’après-midi nous voyons deux ou trois fourgons de la police nationale stationner devant le RU puis rôder sur le campus.

Mais revenons à nos étonnantes lectures matinales.

France3 Alpes dans la première version de sa brève laconique expliquait que des « membres du groupe anarchiste Les Jardins de l’utopie » (sic) se sont « rués vers le self-service où ils ont cassé de la vaisselle et ont menacé les employés ». A aucun moment, nous n’avons menacé qui que ce soit malgré la violence du directeur. L’assiette et le verre brisée l’ont été par son zèle et sa volonté de nous empêcher physiquement de manger de la ratatouille. Surtout, nos ami.e.s des Jardins de l’utopie n’étaient pas présent ce jour et, comme c’est bien rappelé dans un texte tout frais, loin d’être un « groupe anarchiste » il s’agit d’un « collectif de gens préoccupés par la diffusion de savoirs et de pratiques maraîchères et manuelles au milieu du campus, issu des luttes contre le CPE de 2006. Les Jardins d’Utopie, c’est aussi et avant tout un lieu, avant même d’être un collectif. »

Comme on en a l’habitude, le Daubé récidive dans la désinformation (cf. Le Postillon, Pourquoi le Daubé est-il daubé ? Histoire critique du Dauphiné Libéré, Le Monde à l’envers, 2010). On y parle de « militants libertaires » pour désigner les mangeurs et mangeuses en colère. On y apprend qu’ils auraient « pris la fuite avant l’arrivée de la police, se livrant au passage à des dégradations, notamment en cassant de la vaisselle. » A aucun moment, nous n’avons eu connaissance de l’arrivée de policiers. Surtout, nous sommes partis paisiblement, en rangeant nos plateaux à l’endroit désigné à cet effet. Aucune dégradation n’a été commise à l’occasion de notre action et nous témoignons de nos sincères condoléances à la famille du verre et de l’assiette cassés lors de la bousculade avec les énervés du CROUS.

Face à la détermination des gestionnaires de l’UGA à contrecarrer toute initiative visant à contester la politique menée par l’université, nous appelons tout le monde à redoubler de vigilance.

Face aux tentatives de casse des propositions politiques originales qui fleurissent sur le campus cet automne, Plan Kiwipirate et Riz-volution !


LE RU NOUS APPARTIENT !

Nous, étudiant.e.s et travailleurs.euses du campus, décidons aujourd’hui de ne plus payer nos repas dans les restaurants universitaires de Grenoble.

Nous affirmons notre pleine solidarité avec les travailleurs et travailleuses des bibliothèques et restaurants universitaires qui n’ont toujours pas reçu leurs salaires depuis la rentrée. Nous luttons pour une amélioration des conditions de travail des employé.e.s du CROUS et de l’université.

Nous protestons contre les retards dans le versement des bourses sur critères sociaux qui mettent un grand nombre d’entre nous dans des conditions financières intenables.

Nous boycottons la carte Izly qui est désormais obligatoire sur certaines machines à café et dans la plupart des restaurants universitaires. Nous refusons de participer à ce système monétaire qui enrichit les banques (Groupe BPCE, Banque Populaire et Caisse d’épargne) et augmente notre dépendance mortifère aux réseaux cybernétiques et à leurs nouvelles technologies.

Depuis le mois de septembre, un certain nombre d’entre nous a pris l’habitude de se retrouver le lundi midi pour partager un repas, de la musique et de la convivialité sur le campus. L’administration de l’université répond à ces repas par l’envoi de policiers et des services de l’hygiène de la mairie de Saint Martin d’Hères pour les embrouiller. Solidarité avec les pirates de la Tambrouille !

Nous voulons une université réellement hospitalière envers les exilé.e.s, notamment pour les habitant.e.s de la tour Arpej qui doit bientôt être détruite ; Une université qui loge ses étudiant.e.s dans des conditions salubres et propose des repas de qualité qui respectent les végétaliens et les productions locales, qui s’affranchit de la mafia des restaurateurs privées qui s’engraissent sur notre précarité !

On veut des frites à la cantine : Des pommes de terre du Trièves pas des employé.e.s précaires !

RU GRATUIT POUR MIEUX DIGERER LES FINS DE MOIS !

Le CROUS nous précarise, boom ton CROUS !



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