Indymedia Grenoble

« Let the Sunshine In » Retour sur le septième contre-conseil municipal

jeudi 9 février 2017 par anonyme

[Infos locales] [Ville / Environnement] [Révoltes / Luttes sociales] [Soupe politicienne]

(Des images sont disponibles sur Haro ou sur la page Facebook des « Bibliothécaires de Grenoble en lutte » service caché Tor)

Lundi six février avait lieu le septième incontournable contre-conseil municipal. Et comme pour les précédents, il n’a pas dérogé à cette excentricité locale de se tenir sous protection policière. La municipalité Écologistes/Parti de gauche aurait-elle des choses à se reprocher ? En tout cas cela dénote fortement avec cette image, vendue au niveau national, d’innovation politique où se réinvente la démocratie locale. Ainsi notre bonimenteur de maire peut déclarer : « Nous souhaitons construire à Grenoble une ville démocratique. L’enjeu est donc d’élaborer des mécanismes qui permettent réellement de partager le pouvoir avec les citoyens, afin de sortir du climat de défiance, et passer d’une démocratie de l’affrontement à davantage de collaboration avec les habitants. […] il s’agit de dépoussiérer l’image traditionnelle de la politique : partager le pouvoir avec les habitants et remettre l’élu à sa place, au milieu des citadins, et le faire tomber de sa tour inaccessible » [1] C’est bien beau tout ça mais Erwan Lecœur, le DirCom du maire, va devoir revoir sa copie parce que depuis l’annonce du plan d’austérité en juin, et la contestation qu’il a provoquée, les masques tombent !

La tour de monsieur le maire est bien inaccessible car une dizaine de policiers nationaux, casques sur la tête, bouclier et matraque à la main, occupent le parvis de l’Hôtel de Ville alors que commencent à arriver les premiers manifestants qui s’agglutinent en bas des escaliers de la mairie. Certains policiers ont le visage dissimulé sous une cagoule ou un tour de cou. Probablement les fameux casseurs dont parlent la mairie et les médias ! [2] Il faut ajouter aux casqués la présence de Trois BACeux avec brassard sur le parvis et trois sans brassard en bas des marches. Le moins qu’on puisse dire, c’est que tout ce déploiement n’est pas très accueillant. Heureusement, les bibliothécaires en lutte, avec l’intersyndicale mairie (FO-SUD-CGT-CNT) ont décidé de mettre un peu de vie dans ce lieu austère. Ils/elles ont appelé au septième contre-conseil municipal, « cet incontournable rendez-vous de la vie démocratique grenobloise, pour dénoncer la politique d’austérité municipale, la dégradation des conditions de travail des agents et donc la détérioration du service public de proximité pour la population ». Comme ils/elles le déclarent dans leur appel, « Rien n’étant plus triste qu’une mairie encerclée par la police et dissimulée sous les volutes de gaz lacrymogène, nous vous proposons, pour apporter un peu de douceur dans ce monde de brutes de “laisser entrer le soleil dans ton conseil”. Air frais et soleil pour changer du pic de piollution ! À cette occasion nous invitons la presse à venir inaugurer le nouveau tiers-lieu du parvis de l’hôtel de Ville, symbole de la créativité et de la convivialité grenobloise !! » Ainsi, voit-on les agents en lutte commencer à vider des piles de sac de livres sur le parvis.

Malgré le froid, nous sommes environ 200 personnes à investir le parvis : des grenoblois-es, des agents de la Ville, des syndicalistes de Solidaires dont la mairie leur fait payer leur implication dans la lutte contre l’austérité en les évinçant de leurs local, des animateurs en lutte contre leurs conditions de travail dégueulasses [Cf. article paru dans « Le Postillon » n°39, février-mars 2017 et une interview parue sur Haro), des personnes et collectifs en lutte contre les expulsions… (Rappelons que lors des vœux du maire à la population, plusieurs personnes avaient déployé une banderole : « Nos vœux : un arrêté anti-expulsions »).

Du mobilier s’ajoute à la pile de livres apportée sur le parvis : table, étagères, tapis, chaises, luminaire, décoration.

Les bibliothécaires érigent le Tiers Lieu ECO (Pour Eric et COrinne), pied de nez au projet de la municipalité pour la bibliothèque Alliance. Des sacs de confettis sont distribués aux manifestants qui en jettent partout pour fêter l’évènement. Cette situation bonne enfant est tellement quasi insurrectionnelle que la police nationale se voit obligée d’appeler en renfort une compagnie de CRS. Arrivent deux cars d’ou sortent, à la queue leu leu, une vingtaine d’hommes.

Ils gravissent tant bien que mal les escaliers sous les huées des manifestants, se prenant des confettis pleins la tronche sous les cris de « bienvenue dans notre tiers lieu ! » Puis ils prennent position sur le parvis, avec casques, boucliers et Flash-Ball, l’uniforme constellé de confettis de toutes les couleurs.

Les bibliothécaires chantent « Let the Sunshine In » en balançant partout des confettis et animent leur tiers lieu, fait de bric et de broc, qui menace de s’écrouler à chaque coup de vent. Quand le mobilier vacille sous les bourrasques, on les entend gueuler : « mais c’est pourri le tiers lieu ! ». Elles écriront plus tard sur leur page facebook : « Nous avons pu proposer notre propre tiers-lieu 100% récup / 0% de budget et premiers constats, au départ on trouve ça sympa et en moins de 2 ça se casse la gueule... On aura prévenu ! Ce tiers lieu nous n’en voulons pas, nous voulons des bibliothèques. »

Les manifestants crient des slogans tels que « La mairie expulse, expulsons la mairie ! », « tout le monde déteste la mairie, la mairie déteste tout le monde ! » ou encore « Justice nulle part, Piollice partout ! », etc. Ça chante un peu et ça discute beaucoup. Un manifestant distribue un détournement rigolo d’un album jeunesse « Le nuage policier », transformé en « Eric et le pic de piollution ».

Lorsque Julien Zloch, chef de cabinet d’Éric Piolle, se pointe pour s’assurer que la démocratie n’est pas en péril, il a le droit à des « Zloch démission ! » scandés par les manifestants.

Au bout de deux heures, le froid à raison de nous, on décide de s’en aller. Les bibliothécaires improvisent une petite brocante, chacun-e est libre d’emporter livres et meubles. Le reste est laissé pour la municipalité, ça lui permettra de fabriquer son Tiers lieu qu’elle désire tant au mépris de ce que souhaitent les habitant-e-s.

En rentrant à la maison, je découvre pleins de confettis dans mes fringues. Je pense aux bibliothécaires qui depuis huit mois luttent pour la défense de la lecture publique de proximité. Contrairement au maire et son équipe, ils/elles, au moins, sont fidèles à leurs engagements. Je pense à nous tous, bravant le froid pour lutter contre les expulsions, les conditions de travail dégradées et l’austérité qui est une attaque en règle du service public de proximité pour tous. La municipalité a beau se faire le chantre de la démocratie, ses actes politiques [3] et ses cordons policiers viennent les contredire. Quand ils parlent de démocratie, c’est avec un cadavre dans la bouche. La vraie démocratie c’est nous et elle se construit dans la rue et les luttes. Vous n’avez pas fini de nous entendre car la défiance à l’égard de votre municipalité ne fait que s’accentuer un peu plus chaque jour.

[1] Ces inepties sont extraites du livre affligeant d’Elisa Lewis et Romain Slitine « Le coup d’état citoyen. Ces initiatives qui réinventent la démocratie », La découverte, 2016. Une sorte de catalogue des initiatives politiques dans le monde (Grenoble a le droit à son chapitre), censées être inédites et permettre de renouveler notre « démocratie malade » dont les symptômes sont, entre autres, « l’abstention galopante » et « la désertion des partis politiques » (quatrième de couverture). Quand on voit le peu de probité politique de nos politiciens qui s’assoient sans vergogne sur leurs engagements, le fossé entre eux et la population et l’absence de justice sociale, on ne peut pas considérer ces symptômes comme des maux mais bien comme des réactions plus que saines.

[2] La mairie a justifié cet important dispositif policier suite à la pseudo « casse » du dernier conseil municipal. Et qu’est ce qu’une vitre détériorée comparée à la casse bien réelle, et assumée par le maire, du service public de proximité, la souffrance au travail et la perte d’équipements dans les quartiers populaires ? Et comment expliquent-ils alors la présence de la police à chaque conseil municipal. Une police qui n’hésite pas à matraquer et gazer les grenoblois-es.

[3] Un exemple parmi tant d’autres de cette pseudo démocratie de la municipalité avec leur fumeuse « Interpellation et votation d’initiative citoyenne », ce dispositif censé être « innovant » et « permettre de réinventer la démocratie » (sic). Depuis plusieurs mois, le collectif d’habitant « Touchez pas à nos bibliothèques » ainsi que les bibliothécaires en lutte demandent un moratoire sur la reconversion de la bibliothèque Alliance et le dépouillement des collections de Hauquelin et Prémol orchestré par la municipalité. Malgré une pétition en cours (et la lutte des habitant-e-s et des professionnel-le-s), la municipalité cherche à atteindre un point de non-retour afin que ces bibliothèques ne puissent plus jamais ouvrir.Réponse du maire à la question du moratoire (1:02:30)



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