Indymedia Grenoble

Alternatiba Grenoble : le retour de l’absence de vengeance

lundi 6 mars 2017 par anonyme

[Infos locales] [Ville / Environnement]

On avait déjà brocardé Alternatiba Grenoble dans un précédent article. Ils auraient pu rectifier le tir, mais ils ont décidé de persister et signer.

On les avait alors accusé, en s’appuyant sur les propos d’une de leur responsable, de s’enfoncer dans une compromission citoyenniste. C’était facile : de la « finance équitable » au « management éthique » en passant par l’écoblanchiment et l’absence de critique à la mairie de Grenoble pour garder ses précieuses autorisations, tout y passait ou presque.

Il y a quelques jours, on s’est donc rendus compte qu’en terme de compromissions, ils pouvaient descendre encore plus bas : cette semaine, la mairie de Grenoble organise la biennale « Villes en transition », et Alternatiba Grenoble y participe à plus d’un titre.

En effet, on peut les trouver dans la liste des acteurs mobilisés, dans celle du comité éditorial, organisateurs de l’évènement « Tous banquiers, tous investisseurs » (WTF ?) et de celui « Vers une assemblée des communs » qu’ils co-organisent d’ailleurs avec les dix personnes restantes de Nuit Debout Grenoble.

Problème : les partenaires financiers de cet évènement, qui s’achètent ainsi à moindre frais une image biobio, verte à souhait.

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En voici une liste non-exhaustive :
- Vicat et Eiffage, bétonneurs grenoblois bien connus.
- Enerlis, boîte qui nous vend du rêve éco-technologique pour la ville du future et dont le siège est basé rue Marcel Dassault.
- POMA, partenaire officiel de la création de stations de ski et de l’enneigement artificiel en montagne.
- Citeos, le nouveau nom sous lequel se cache Vinci Énergies à qui la mairie a confié l’éclairage public pendant huit ans.
- Area, le constructeur et exploitant d’autoroutes (encore un moyen super-écologique de se déplacer).
- Grenoble Alpes Métropole, partenaire officiel du bétonnage des terres maraîchères de Saint-Martin-d’Hères à Fontaine, alors qu’elles comptaient peut-être parmi les meilleures de France.
- Le Daubé, qu’il n’est plus besoin de présenter, meilleur ami des manifestations radicales et rapporteur officiel de la police.
- France 3 Auvergne Rhône-Alpes, qui ne fait pas mieux.
- Les Colibris, qui commencent à être bien connus en teme de confusionnisme politique.

Il faut bien admettre que c’est quand-même très très rentable, des militants un peu confus qui acceptent d’organiser des trucs en échange du financement d’une bonne campagne de com’ et de la location de quelques bonnes salles, en collaboration avec la mairie qui elle aussi doit voir une bonne occasion de se racheter une image de gauche (qui ne change pas trop le monde et surtout pas les entreprises qu’elle subventionne), en particulier en cette période de grogne.

Bref, tu nous auras compris : si tu veux avoir une chance de changer le monde ca se fera mieux si tu évites non seulement les entreprises qui se contentent très bien du monde actuel (c’est un truisme qu’il peut être bon de répéter), mais aussi des organisations qui, faute de clarté politique comme Alternatiba ou Nuit Debout Grenoble, finissent plus ou moins malgré elle à soutenir le système en place pour peu qu’on leur finance un peu de visibilité à grand renfort d’affiches et de site web peints en verts. La cohérence politique, ça les étoufferait.

Elles sont les alliées-outils objectifs du capital, peut-être pas volontairement − on veut croire à la bonne foi des gens qui y participent − mais par manque de volonté de clarification politique : à trop vouloir rassembler, on finit par ne plus trouver de dénominateur commun, et à se faire manipuler faute d’avoir une direction claire.

L’ouverture et la convergence des luttes on veut bien, mais bon… comme disait l’autre « Avoir l’esprit ouvert n’est pas l’avoir béant à toutes les sottises ».

Ça nous fait d’ailleurs beaucoup penser à Enzo Lesourt [1], conseiller en communication d’Éric Piolle, ce social-traître à la BHL ou à la Onfray, qui cherche à pervertir les plus belles choses en les tordant dans tous les sens sous prétexte de « philosophie ».

Et puis nous, d’André Gorz, le sujet de thèse d’Enzo, on a surtout retenu ceci dans son texte daté de 1974 « Leur écologie et la nôtre » :

La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse. Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.

C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?

Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre [comme se le demande Ivan Illich], dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » ?

Alternatiba et consorts sont bien les réformateurs, ces jaunes souvent adeptes du développement personnel, qui préfèrent adapter l’homme à un environnement délétère et aliénant, plutôt que de chercher à abolir les contraintes du système.

Merci de nous avoir lu,
Vous pouvez reprendre une activité productive comme
- saboter des stations de ski.
- casser des supports de publicité − même verte.
- repeindre la facade du Daubé.
- coller des affiches sur les bâtiments de la mairie.
- ouvrir les yeux sur les collusions entre organisations citoyennistes et pouvoir.
- ou engueuler vos copains encore présents à Alternatiba ou Nuit Debout (mais pas trop : ne pas oublier qu’ils sont victimes de la manipulation, eux aussi).
- …


Et on vous conseille toujours de lire l’excellente BD « Pendant que la planète flambe », dont revoici deux planches.

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[1] Pour plus d’informations, il est question de lui dans l’article du Postillon intitulé « Radicalement pragmatique », daté du printemps 2015. Un extrait ? « La vraie exigence, quand on est radical, c’est d’associer tout le monde. La radicalité pragmatique, c’est donc d’être prêt à travailler avec les grands industriels si ça nous permet d’atteindre nos objectifs ».



Compléments d'informations :
Alternatiba
par anonyme,
le 8 mars

Un petit tour sur le site d’Alternatiba Grenoble https://alternatiba.eu/grenoble/ confirme le petit fumet de collaboration avec ceux qui font le monde saumatre d’aujourd’hui, boites privés comme institutionnels. Le magnifique bandeau de remerciement aux "soutiens" a tout dit. Drôle quand on connait leur slogan : "changeons le système, pas le climat".

Alors naifs ou cyniques ?

Pour les seconds, un strapontin à la mairie ou ailleurs viendra un jour récompenser leur ténacité.

Pour les premiers, difficile de ne pas éprouver un peu de pitié. Après avoir assisté au naufrage de leur parti politique favori EELV, vu leur idole Piolle faire donner de la matraque contre des bibliothécaires, on a envie de leur dire : Ami(e) alternatibatiste, arrete de croire une bonne fois pour toute que tu va sauver la planète avec Satoriz, la Métro de Grenoble ou un quelconque tribun hologrammé et rejoins la seule force susceptible de changer quoiquecesoit, celle de la rue.

La révolution ne sera pas télévisée, elle ne sera pas non plus citoyenne.

Mediapart
par anonyme,
le 11 mars

Au même moment sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/francois...

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