Indymedia Grenoble

Un Jeudi à GEM (Grenoble École de Management)

samedi 11 mars 2017 par Les explorateurs/ices déguisées du cybermonde cognitivo-intelligent

[Infos locales] [Sciences / Nécrotechnologies]

Deux festivals se co-partenarisent pendant toute cette semaine (du 6 au 12 Mars 2017). D’un côté nous avons les ingénieurs-cadres et citoyens actifs qui imaginent la ville de demain avec la Biennale des Villes en Transition, de l’autre nous avons les marketeurs et les vendeurs de gadgets, « solutions », services et autre « appli » indispensable pour ces fameuses villes, avec le Festival de Géopolitique de Grenoble École de Management.

Les deux évènements, quadrillent la ville en un « bouclage-ratissage » d’un nouveau genre, le but étant de provoquer artificiellement une envie subite de changement chez le citoyen actif. Attention, pas n’importe qu’elle changement ! Ce n’est plus ce changement des siècles passés, qui prenait aux tripes parce qu’il devenait indispensable que l’environnement immédiat change pour ne pas crever et que des millions d’âmes scandaient : « révolution ». Non vous n’y êtes plus. Nos chères chefs de projets et autres costards inutiles nous ont dépossédé de ce mot et l’ont remplacé par quelque chose de plus lisse, plus consensuel et qui ne veut vraiment rien dire : « transition ». Trotsky et sa clique doivent se retourner dans leurs tombes [1]

Nous nous sommes rendu à une dizaine de personnes, ce jeudi 9 Mars, au festival de « Géopo », se faire narrer une belle histoire « d’intelligence » [2] par un de ces conteurs que l’on voit toutes les semaines à la télé ou sur les panneau de pub, la plus grosse boîte d’informatique du monde : IBM [3]).

Dans le hall du bâtiment HQE de GEM on retrouve tous les sponsors du festival. Dans le monde du business, il n’y a plus d’antagonisme, on est tous frère !. Ainsi la revue Conflits dont le fondateur/gérant et directeur de publication est Pascal Gauchon, un vieux facho [4], côtoie le journal Le Monde et Alternative Économique. Il y a aussi une des plus grosse boîte de « consulting » d’Europe, la société Mazars, à côté de France Culture ; un des leader de la chimie fine, le groupe Axyntis à côté des écolo de la Vi(l)le de Grenoble [5].

On montre patte-blanche à l’étage, deux hôtesses vérifient avec leur smartphone le cryptocode bizarre de nos badges et l’on rentre dans un petit amphi pour une heure de lavage de cerveau façon IBM. Finalement le vice-président d’IBM France, n’a put se déplacer, dommage. À la place ils nous on mit un geek de quarante ans qui n’a pas bien suivit ses séances de marketing d’IBM.

Un jour il faudra s’attaquer à la critique approfondie de Grenoble École de Management mais pour l’heure ce qu’il est important de s’imaginer que c’est en son sein que sortiront les élites de demain, celles et ceux qui construisent notre environnement quotidien si aliénant et détestable, les vendeurs de breloques technologiques et les accapareurs de « nouveau service » privés, anciens gestes et services que nous faisions tout simplement sans nous en rendre compte tellement ça nous paraissait être des gestes de courtoisie et de bienséance en milieu urbain : se parler, échanger, s’aider...

D’ailleurs la conférence que nous avons suivit traitait des services philanthropiques qu’IBM prodigue aux conglomérats urbains du monde entier, de Rio de Janeiro à Montpellier.

L’argumentaire type c’est qu’il y a des risques : délinquances, météorologies mauvaises, incendies...et qu’ils faut les gérés au plus près des citoyens. Bien sûr les exemples font peur à l’auditoire car il s’agit ici de jouer sur le côté compassionnel, attendrir la viande acheteuses. Les capteurs, nous explique le conférencier, sont pour cela devenus mobiles, ils s’intégrent aux corps, aux objets légers et invisibles : smartphones, puces RFID, drones… collectent les « nouvelles ressources naturelles que sont les données. »

Il faut bien se rendre compte. Ces gens vivent dans une réalité qui n’est pas la votre ni la notre. La rue, ils ne la connaissent que derrière des vitres de bagnole et des écrans d’ordinateur. Ils se représentent le monde comme un gigantesque réseaux d’informations où les « agents » – c’est-à-dire de manière indifférenciée : humains, animaux, objets, relations, actions… – fabriquent de la donnée exploitable par des technostructure telles que les immenses data center et les labo de retraitement de données d’IBM. Le monde est maintenant fragmenté, visible en vue satellite, la séparation permettra bientôt à chaque être humain d’être dans sa propre « réalité » indépendante et fugace, écrantique et « tactile » sans lien avec la « réalité » du voisin. La matérialité du milieu de vie historique et empirique fait de friction, d’accrochement, de réflexivité semble se dérober sous nos pieds : Ce qui faisait le socle de l’ontologie humaine disparaît petit à petit. Debord appelait cela le Spectacle mais nous arrêterons là cette brève philosophie de comptoir-situ.

À la question « Tout ceci ressemble un peu à Big Brother » le geek d’IBM bien mauvais répond « certes, on peut le voir ainsi. ». Et quand on parle d’argent, à savoir combien IBM fait payer ses services de « data maining » aux contribuables Montpellierains, le geek se tait, il ne veut en dire plus, il n’est pas là pour ça. C’est le rêve qui domine dans sa conférence à travers un discours toujours prophétique : « demain il y aura si », « bientôt vous trouverait ça... », « on fera comme ça…. », « on ne pourra plus se passer de cela…. », un rêve inéluctable, où l’on est tous assignés à participer : « Mais tu veux retourner à la bougie toi ? Et regarde ton téléphone, t’es pas content avec ? »

Non, nous ne sommes vraiment pas heureux avec.

Et pour que la leçon résonne dans nos cerveaux comme la venue d’un Monde Beau & Bien, le discours est systématiquement naturalisé vu que la référence à la « Nature » reste le dernier socle préfabriqué qu’en temps de crise la réaction publicitaire, autoritaire et écolo aiment se référer : Les marchés sont vu comme des « éco-systèmes », il y a du « dialogue » entre les objets connectés, les technologies sont maintenant « cognitives » en plus d’être devenue « intelligentes »…

Les marketeurs sont des voleurs. En récupérant les mots et les concepts usuels ils nous volent nos façons de voir le monde, ils nous privent du monde pour le remplacer par un monde privé, entièrement préconçu de manière massive et synchronisé. Conçu par quelques têtes d’ampoules et costards inutiles dans quelques villes du monde comme Grenoble ou Singapour. Le ratio entre ceux et celles qui modifient le monde (la praxis) et ceux/celles qui subissent celui-ci n’a jamais été aussi grand. Malgré toutes les conneries qu’il a put dire, c’est peut-être en ça que Debord est un génie, il a su anticiper et mettre les mots sur les conséquences d’une aliénation qui a commencé il y a deux siècle et demi.

Fin de la conférence sous les huées et le mécontentement général que la présence « erratique » que nous somme provoque. Après avoir diffé quelques tracts (voir ci-dessous), on s’échappe vite de ce smart-monde pour retourner dans la rue et peut-être, aux aléas des rencontres et des accidents, changer un peu nos quotidiens.

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[1] Le terme « transition » fut employé en politique par les communistes pour parler de cette phase entre la révolution et la société sans classe où l’appareil d’État persiste sous une forme dénommé « la dictature du prolétariat ». Le Programme de transition ou l’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale publié en 1938 et écrit par Léon Trotsky rendit le terme encore plus populaire.

[2] Conférence intitulée « Une nouvelle ère cognitive pour des villes encore plus intelligente »

[3] International Business Machine, une des plus grosse boîte dans le matériel et les « services informatiques », avec un chiffre d’affaire en 2015 de 82 Milliard de dollars voir la brochure IBM et la société de contrainte

[4] Pascal Gauchon est un ex-rédacteur en chef de Défense de l’Occident, membre d’Ordre Nouveau puis du Parti des Force Nouvelle (PFN)

[5] Vous pouvez vous amusez à repairer les contradictions de façade en allant voir les sponsors ici



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