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Guatemala : À la mémoire des adolescentes rebelles de San José Pinula

vendredi 17 mars 2017 par anonyme

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Le 8 mars 2017, jour de la Journée internationale des Femmes, 19 adolescentes mourraient dans l’incendie du « Hogar seguro » (« foyer sécurisé ») de San José Pinula, dans la banlieue de la capitale guatémaltèque. 21 autres sont décédées des suites de leurs blessures dans les jours suivants.

L’incendie a apparemment été déclenché par les adolescentes pour protester contre leur enfermement. Selon les déclarations officielles, elles auraient été enfermées à la suite de violences. Elles ont en réalité été placées dans une salle dont les ouvertures étaient bouchées après l’évasion massive la nuit précédente d’une soixantaine d’entre elles, dont la plupart ont été reprises par la police peu après, à l’exception de dix-neuf qui ont pu échapper à leurs griffes.

Le foyer, officiellement censé les protéger, enferme en réalité environ 750 adolescentes (pour une capacité de 400) : orphelines, jeunes filles abandonnées ou vendues sexuellement par leurs parents, d’autres ayant subi des condamnations ou en situation d’incapacité physique et/ou cognitive.

Prisonnières de cet enfer, les filles, souvent sans papiers, y étaient sous-alimentées, dormaient au sol, et subissaient toutes sortes de mesures d’enfermement, de sévices, d’humiliations et de violences sexuelles (9 survivantes sont d’ailleurs enceintes).

Le foyer est géré par le « Secrétariat au bien-être social ». Atroce bien-être social que celui que réserve l’État aux desechables, ces « jetables » d’Amérique Latine, qui « valent encore moins que la balle qui les tue », selon les mots d’Eduardo Galeano.

Les politiciens et bureaucrates qui se sont exprimé dans les médias ont parlé d’adolescentes « délinquantes » et « rebelles », pour tenter de souiller la mémoire de celles qui résistaient courageusement depuis des années, avec des évasions régulières et diverses formes de révolte contre l’horreur qu’elles subissaient aux mains de cette Institution d’État et de ses geôliers.

C’est entre autres dans de tels scandales que le Pouvoir révèle aux yeux de tous ou presque sa véritable nature… et des termes péjoratifs dans sa bouche comme « rebelles » et « délinquantes » servent de reconnaissance pour celles et ceux qui ne reconnaissent pas l’ordre mortifère qu’il nous impose, au-delà des frontières.

Les adolescentes mortes dans l’incendie de San José Pinula sont des victimes de l’ignoble système social. Elles étaient aussi des rebelles, qui avaient planifié leur révolte et choisi pour cela le 8 mars, Journée internationale des Femmes. Leur acte de révolte est digne de respect et de mémoire, et leur mort imputable au pouvoir.

Après plus de trois décennies (1960-1996) de conflits armés qui ont fait au moins 170 000 morts et des dizaines de milliers de disparus (pour l’essentiel victimes du gouvernement guatémaltèque appuyé par la CIA via ses escadrons de la mort), le Guatemala est ravagé par la violence. C’est aussi l’un des pays du monde où les chiffres de féminicides sont les plus élevés.

Mort au pouvoir et au patriarcat, et que vive la mémoire des rebelles !

P. Binéripi .

Lu sur Non Fides.




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