Indymedia Grenoble

Macro-pression ou fausse opposition Le-Pen/Macron

vendredi 28 avril 2017 par anonyme

[Soupe politicienne] [Outils théoriques] [Antifascisme] [Autres infos]

A chaque élection, à chaque fois, c’est la même rengaine, l’Eternel Retour du chantage politique au Fascisme qui revient toujours, des pressions des camarades, des partis suivis par leurs toutous bien organisés, en rang derrière quelque cadre du PC.

Le FN et ses alliés en font très bien le jeu ; ils s’en moquent - et en profitent pour renforcer leur propre propagande, leur force, qui se trouve déjà bien dans la Menace qu’ils font peser sur les gens, et qui amplifiée un million de fois par les voix déformantes des médias atteint des proportions illimitées.

Ainsi, on peut lire en réponse à toute cette publicité, un ironique "ne vous trompez pas de lutte" sur des tracts d’extrême-droite qui parodient les mélenchonnistes (que pourtant je ne soutiens pas) ; ils savent très bien renvoyer la balle et en jouer pour eux, sonner les cloches, faire sentir le danger, alourdir toujours plus (et pour chaque élection) la menace et donc le pouvoir qu’ils ont sur nous.

Menace qui est aussi l’apanage de l’état, qui vient peser tous les jours sur le dos des gens, la menace de la précarisation, de la discrimination, la menace de la Violence Structurelle, de la violence qui n’est pas le propre de l’extrême-droite ou ne trouve son ultime incarnation chez les fachos, mais est le fait même du quotidien dans lequel on vit, de la bureaucratie et de toutes les institutions, violence du Capital, exercée dans les rues par ses Agents, qui n’ont pas besoin de l’affirmation de Le Pen pour battre le pavé (les dernières lois sécuritaires le montrent bien), violence qui se trouve dans la structure-même de la société.

La montée du sécuritaire s’accorde très bien avec cette psychose collective qui finit par paralyser et empêcher tout le monde de réfléchir, et donc d’agir en conséquence. Même système qui donne peur du front national ou des "terroristes" et des "arabes" - n’oublions pas que les "terroristes", c’est avant tout ceux qui la créent.

Ce système qui fait tout pour une montée de la peur afin d’assurer la "paix sociale", soit la "pacification", l’union sacrée contre et autour d’un ennemi commun, l’union PAR la division qui finit par jeter des camarades du coté du gouvernement de Macron qui se frotte les mains - et dont le FN est le corollaire, et non l’élément principal.

Parions que sa politique ne changera pas de celle de ses prédécesseurs, de stigmatisation des immigré-es et des classes dangereuses, d’idées et de pratiques réactionnaires contre les luttes, contre les étranger-es, les migrant-es, les rebel-les, les Roms, drapé dans sa légitimité post-scrutin qui n’a eu de cesse comme depuis l’élection-fantoche de Chirac en 2002.

Macron, oppressions, Macro-pression !

Pour rappel rapide, la loi éponyme de Macron, c’est plus de travail le dimanche, plus de réglementations et d’obligations à respecter pour les salariés, le plafonnement des indemnités pour les gens qui se font licencier sans raison, le renforcement de la protection des entreprises et notamment du "secret des affaires" - et c’est aussi, entre autres choses, le remplacement de postes salariés pour des travailleurs handicapés par des périodes de "mise en situation professionnelle" non-payées, ce qui est directement validiste : cela a été explicitement défendu comme une alternative à l’emploi, d’un cota de personnes handicapées (d’autres "alternatives" existaient déjà comme le stage, dévaluant de fait ces personnes par rapport à d’autres). Macron contre les oppressions ?! Ahah simple préambule...

L’Argument du "privilège homme-cis-blanc-hétéro"

C’est un argument moralisateur qui dit que certaines personnes et classes risquent d’être plus pressurisées que d’autres lors de ces élections et risquent de plus pâtir de leur résultat, surtout en cas de passage de Le Pen, et que donc, au vu de ces circonstances, il faudrait alors vraiment ne pas être concerné par une oppression pour ne pas aller voter (Macron) - le non-vote est un principe "bourgeois", de gens qui "n’en ont rien à faire et/ou ne sont pas concerné-es".

Plusieurs objections à cela : D’abord, on peut facilement rétorquer que beaucoup (sinon la plupart) de ce que la société compte de bourgeois, de blancs privilégiés, mec-cis etc vont voter Macron juste pour conserver leurs privilèges (c’est le principe, Macron n’est pas un candidat socialiste, pas même social-démocrate, on ne vote pas pour lui pour que les choses changent).

Le droit de vote, bien qu’étant en principe l’apanage de tout le monde, n’est pas utilisé par tous et toutes (et de la même façon), il est lui-même un appareil à conserver l’ordre établi et donc les privilèges des uns face aux autres (les étranger-es résidant sur le sol français, les plus pauvres et sans-papiers, les prisonniers, les "sans-droit" - en tant que droit il est un moyen de marquer qui est reconnu par l’état et qui ne le mérite pas).

Bien des prolétaires ne vont pas voter (et bien des personnes résidant sur le territoire et n’ayant pas le droit, mais pouvant en faire la demande, et ne le faisant pas), l’abstention n’est pas un privilège : quand il est fait seul, il est le premier et le meilleur des moyens de manifester un mécontentement, une protestation ou à minima un ras-le-bol, un désintérêt, un refus de participer (même dans sa forme "citoyenne"), et ne manifeste par contre pas d’une volonté d’être "compté", "pris en compte" par le système électoral et ce qu’il suppose (comme avec le vote blanc). Quand il est fait dans un cadre de lutte avec des revendications et/ou des actions qui le suivent, il devient un moyen de lutte concret - le cadre électoral est dépassé.

Et bien sur, tout comme bien des personnes non-privilégiées ne votent pas ou n’iront pas cette fois-là, bien d’autres cherchent à tirer parti de ce qu’ielles espèrent être "le moins pire" des deux "choix".

Malheureusement, un des effets pervers de la campagne du FN est que bien des personnes stigmatisées, notamment racisées (noires, "arabo-musulmanes") qui veulent "s’intégrer" dans l’état raciste français vont en effet voter, parce qu’elles sont sensibles à la rhétorique soutenue par Marine Le Pen (ou d’autres discours d’extrême-droite, comme celui soralien par exemple), voire espèrent que leur vote constitue une sorte de "geste de bonne-volonté" envers la France, pour l’acquisition d’une identité française. Mais c’est alors l’état français dans son ensemble, promoteur depuis toujours de cette rhétorique qu’il faut attaquer et non seulement l’épouvantail caricatural qu’il agite pour monopoliser l’attention.

Cela vaut aussi pour des personnes homosexuelles, trans’, et que dire de l’argument inepte du "vote féminin" qui s’est vite transformé en "vote féminisme" grâce à l’habile confusionnisme sous-tendu par le FN ?

Face à ce genre de logique de récupération par l’extrême-droite, il est plus vital à mon sens d’essayer de provoquer une prise de conscience, de travailler à la conscientisation collective et à la lutte active, plutôt que d’inciter ces personnes à aller voter Macron, où elles risquent par ailleurs de se retrouver en conflit avec d’autres travailleurs ou d’autres personnes exploitées et opprimées comme elles (tiens donc, la reproduction de la logique de classes !).

De plus, il y a une différence entre être opprimé et/ou exploité soi-même, et manifester une solidarité au nom des personnes qui le sont (qui ne forment pas un groupe uniforme et univoque), au risque de déformer des intentions, voire de racheter leurs voix. En effet, plutôt que de brandir bien haut leurs bannières en braillant lutter en leur nom, des personnes cis-blanche-hétéro ne devraient-elles pas au moins écouter ce que leurs camarades -mieux placées qu’elles à en parler- ont à dire pour elles-mêmes sur leur situation et leur moyen d’y répondre ?

Personnellement, je considère que ce n’est pas un soutien ou un service à leur rendre que de voter en faveur de la reconduite du système en vigueur, et je pense que je ne suis pas seule dans ce cas - en tout cas, ce n’est pas à moi d’en décider pour d’autres, de la meilleure tactique à adopter.

Ainsi, je ne parle qu’en mon propre nom (ce qui ne signifie pas que je ne soutiens pas les luttes, comme je l’ai dit), je ne prétends pas prendre celui des autres, prendre et usurper leur voix, comme le font en définitive si bien les politiciens, et comme le font celles et ceux qui brandissent la bannière de "l’opprimé-e" pour dire et faire en définitive la même chose qu’elleux (à moindre échelle), se faire le porte-parole de leur oppresseurs et exploiteurs, et de se réfugier derrière leurs boucliers-humains, pour faire taire les voix discordantes à grand coup de moralisme.

Pathétique donc de l’argument des "oppressions" en faveur de Macron qui n’est qu’une récupération des idées antifascistes, antiracistes et féministes, par le système électoral et politique actuel, par l’état bientôt présidé par ce sale type et toute sa clique de tacticiens qui s’en réjouit déjà. Ce que l’on ne peut que déplorer.

Soutenir Macron, c’est soutenir de manière schématique la division et la hiérarchisation des luttes : non seulement des personnes en luttes, mais aussi de monter les dominé-es et les opprimé-es contre elleux-memes, de dresser les antifas’ contre les travailleurs prolétaires ou les précaires, faire valoir que telle lutte vaut mieux que telle autre, les compartimenter et les fixer dans une intention de vote, de dire qu’il vaut mieux prendre en compte le vote d’une personne qui par exemple a peur d’être encore plus stigmatisée (et à travers elle de toutes les personnes racisées) plutôt que celui d’une personne ayant travaillé toute sa vie et incline à la "promesse" de Le Pen d’une retraite à 60 ans...

Donner raison aux uns ou aux autres, c’est donner raison au système de classe qui nous opprime, qui depuis toujours nous classe et regarde nous battre comme des chiens dans une arène.

Cela implique un régime de valeurs différenciées : cela renouvelle l’opposition des travailleurs sans-papiers ou immigrés contre ceux "français", divise les prolétaires entre eux (ce qui a été le jeu du FN durant toute cette campagne), des féministes ou antiracistes voire des libertaires etc. In fine, les intérêts de la classe dominante sont préservés, pendant que l’on se bat pour les miettes qu’elle veut bien nous laisser, pour le privilège de ne pas être celui ou celle qui va s’en prendre le plus durant les 5 ans à venir, comme si c’était là affaire d’intérêts uniquement personnels, comme si l’on était des bizutés qui se battions pour ne pas être le prochain à y passer, reculions en implorant et poussant l’autre devant, plutôt que d’affronter le bourreau. C’est de manière illustrée et simplifiée ce qu’il se passe quand on arrive à se demander s’il faut voter pour le libéralisme ou le fascisme, lequel des deux il faudrait "pousser devant" l’autre.

On ne peut que se rendre compte du piège grossier qui se referme déjà ; mais beaucoup de gens ne le voyant pas, se revendiquant ou non apolitiques, veulent simplement "faire-barrage" pour se donner bonne conscience, pour avoir l’impression de faire quelque chose, et sentent leur vote investi d’une puissance (et d’autant plus soutenue par le nombre, le climat d’assentiment général, le quasi-consensus qu’ils sont surs d’obtenir autour d’eux), induisant une forme unitaire de "bonne conscience", associée à une morale unique et manichéenne : "tous antifas".

L’élection a pour fonction structurelle de renouveler l’assentiment au pouvoir établi ; le vote-barrage fonctionne en cela à merveille comme renouvellement de l’appareil symbolique et mystificateur de l’élection, de la bonne morale républicaine, de l’investissement "citoyen" dans une "action politique", et de paralysie de l’action réelle, qui est à mon sens la lutte.

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Je n’ai pas envie de blâmer celleux qui votent, non pas parce que ces personnes seraient "plus concernées que moi" et que donc leur vote -en tant que femme, personne racisée, trans etc- serait inattaquable, ou parce qu’elles voteraient en leur âme et conscience de citoyen-nes, mais parce que je ne peux que déplorer et condamner l’abime devant lequel ces personnes se trouvent - et y seront tant que l’on n’aura pas aboli le modèle représentatif en lui-même : écartelées dans une dichotomie capitalisme-fascisme, comme si l’un n’était pas le liant de l’autre et son produit depuis tant d’années.

Mais celleux qui s’en servent comme argument, en font une rhétorique à appliquer (le "pragmatisme" ou que sais-je quelle connerie) et le revendiquent - celleux qui font campagne pour Macron, et le camouflent avec une impuissance de rigueur derrière un défaitisme "moral" et bien-pensant me révoltent, car ielles oublient de fait d’où leur vient la peur, la paralysie, la résignation, cette incapacité à agir - c’est le Pouvoir qui fabrique l’impuissance. Qui la leur souffle, qui fait renoncer à se battre.

Notre impuissance, partagée, commune, mutuelle devrait nous révolter, nous inciter à nous révolter encore plus, voilà ce que je pense, et non à appeler à tout abandonner, à nous enterrer, que ce soit au nom de la Menace omniprésente, ou bien de la bonne conscience morale et universalisante - à œuvrer quasiment en fossoyeur des luttes, pour moi, presque en ennemi de la lutte.

Quasiment , parce que les personnes ne se réduisent heureusement pas à un vote, parce que je ne veux les fixer dans les postures que le Pouvoir voudrait pour eux, parce que je ne veux pas nous fixer dans des postures d’impuissance, nous condamner nous-mêmes à l’impuissance.

Presque , car si je ne veux pas de posture fixe, figée, c’est que c’est exactement ce que l’on attendrait de moi, pour renforcer les débats -rixes devrais-je dire- et les oppositions déjà existantes, et que donc je préfère avoir une position claire et polémique dans un texte plutôt que de m’enferrer dans des débats sans fin pour pousser les gens à ne pas aller voter par exemple (et puis ielless peuvent bien aller voter, pour ce que cela change !).

Parce que je ne souhaite pas attaquer des gens en particulier, et parce que donc je ne combats pas les gens directement mais je souhaite aller à l’encontre de ce genre de guerre d’opposition. Et enfin parce que si je suis en colère et que d’autres le sont, ce n’est pas contre ces personnes, en soi je ne vais pas leur jeter l’anathème, mais c’est bien contre le système qui fait advenir cela, qui permet et fait cela. Contre le Pouvoir qui notamment par la peur rend cela possible et quasi inévitable.

C’est contre cela que je me bats, que les anar’ et les autonomes se battent je crois, et que j’aimerais que nous nous battions. Et ce n’est pas cautionner Le Pen que de dire cela. C’est justement pour ne pas faire son jeu que j’écrie cela.

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Ce n’est pas à dire. Moi aussi, j’ai peur. Mais si nous avons peur, nous pouvons refuser d’y céder. Comme de refuser de le céder à l’ennui, à l’abattement et la résignation que nous souffle l’habitude du Pouvoir, l’habitude de tant de défaites, l’impuissance après tant de luttes.

Le Pen et Macron - c’est leur (fausse) opposition que nous combattons. Nous voulons combattre ce qui construit les opposables.

Cette division, cette dissension a assez duré - elle ne qu’ajouter de l’huile sur le feu, qu’attiser et envenimer les inimitiés, là où on n’en a pas besoin - déjà bien assez séparés, divisés qu’on est, se divisant encore plus entre nous, avec nos guéguerres intestines de milieu, ce petit jeu insignifiant des remarques sur facebook... ah "l’extrême-gauche", les antifascistes, on se rie de nous !

Si j’avais un appel, ce serait pour cesser cette querelle stupide, stérile et sans-lendemain (sauf à la prochaine élection si l’on ne s’est pas tué avant)

Pour se rappeler qu’il y a d’autres choses pour lesquelles et contre lesquelles combattre ; qu’il y a de ces Illusions à détruire, et de nos rêves à protéger, et à réaliser.

Pour mener la contre-attaque.



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