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[Lille] Pas de mouchard au CCL

dimanche 14 mai 2017 par anonyme <ccl59 riseup.net>

[Sciences / Nécrotechnologies] [Répression / Contrôle social] [Autres infos]

À Martine Aubry, maire de Lille
À Philippe Monloubou, président du directoire d’Enedis

Madame, Monsieur,

Nous avons bien reçu le mail des relations clients d’EDF du 25 avril 2017 indiquant que vous envisagez de changer le compteur électrique de notre local pour le remplacer par un mouchard du nom de Linky. Sans doute est-ce là une de ces bourdes qui font la poésie de la gestion algorithmique des banques de données. La gestion rationalisée et déshumanisée de l’existence dans laquelle vous nous empêtrez a encore quelques limites. De savoir que des gestionnaires de votre trempe sont aussi mal équipé.es, nous a un temps réjouit. Nous avons appris à nous méfier du progrès technicien qui, sous ses apparats dépolitisés et écologiques, s’impose et transforme le monde avec l’air anodin d’un changement de matériel. Malgré notre incrédulité à ce que vous osiez nous informer de la pose imminente d’un mouchard dans notre local, il nous semble important de vous rappeler quelques banalités.

L’installation de mouchards dans le foyer de chaque individu est un projet politique détestable. L’espionnage des habitudes privées de chacun.e à des fins policières et commerciales, permis par votre gadget connecté nous révulse. Vous avez beau jeu de nous expliquer que cette modernisation de nos vieux compteurs n’est destinée qu’à la réduction de notre facture d’électricité et à l’effort national pour un capitalisme soutenable. Si une autre fin du monde est possible, ce sera bien sans nous. Nous tenons à vous signifier que nous ne participerons pas à la gestion de la catastrophe et ne croyons aucunement au pouvoir régulateur de l’État. L’existence de l’État est une condition du développement capitaliste, responsable de l’écocide en cours. L’édiction de normes encadrant le développement industriel n’est qu’une manière de museler les mécontentements dus aux ravages de celui-ci afin de permettre à la catastrophe d’advenir. En ce sens, peu importe les quelques garanties que vous pourriez concéder pour nous rassurer, nous avons appris qu’il vaut mieux parfois vivre contre son temps que de céder à la marche forcée de l’histoire que vous écrivez.

Vous aurez beau nous montrer que vous maîtrisez la sécurité des données que vous collectez sur chacun.e d’entre nous. Nous savons qu’il y a toujours une âme détraquée pour s’atteler à toutes les ignominies que la technique permet. Et il n’est pas ici question de droite ou de gauche. Ce que vous nommez "effacement diffus" permettant de couper unilatéralement et à distance certains équipements électriques aurait fait pâlir d’envie n’importe quel technocrate soviétique.

Nous refusons votre logique gestionnaire et, quand bien même notre facture se verrait réduite, nous ne sommes pas prêt.es à sacrifier notre vie et le peu de liberté qu’il nous reste pour quelques euros. Vous ne nous achèterez pas comme cela. Face à un flic, il est encore possible de refuser de parler. Lorsque vous menacez de transformer insidieusement nos prises électriques en espionnes, ce n’est plus le moment de nous interroger si il reste des innocent.es dans ce monde. Alors que le spectacle de la vie quotidienne s’expose instantanément sur les écrans et que de nombreux individus se font volontairement les auxiliaires des services de police, nous sommes encore archaïquement attaché.es à la liberté de pouvoir nous réunir à l’abri des regards indiscrets.

Le Centre Culturel Libertaire n’est pas une habitation mais un lieu d’activité et d’organisation anarchiste. L’espionnage massif des individus est un projet abject et l’ampleur de votre projet inédite. L’installation d’un mouchard dans un local politique a toutefois un autre sens et s’inscrit dans une longue histoire. En effet, la surveillance de groupes subversifs aspirant à un monde libéré de l’emprise de la marchandise et de l’État n’a rien de nouveau. Nous connaissons nos ennemis et vous connaissez notre existence. Cependant, l’indiscrétion dont vous faites preuve en nous informant de la pose prochaine de ce dispositif de contrôle et de surveillance dans notre local nous laisse quelque peu pantois.es.

Que nous soyons dépendant.es de vous pour avoir accès à l’électricité est une compromission que nous acceptons. Notre inscription dans la cité en est depuis longtemps tributaire. Tant bien que mal, nous nous accommodons de l’existence d’un compteur, cet instrument de mesure du travail nécessaire à fournir l’énergie que nous consommons. Nous consentons à envoyer régulièrement de l’argent à EDF en échange de la fourniture d’électricité. Veuillez bien croire que nous ne vous laisserons pas vous immiscer davantage dans nos activités.

Seul un algorithme peut annoncer calmement et sans rire l’installation d’un mouchard dans un local anarchiste : vous n’espérez tout de même pas que nous allons accepter l’installation de celui-ci. Par la présente lettre, nous tenons cependant à vous signifier, au cas où votre cynisme dépasserait notre entendement, que nous sommes fermement déterminé.es à empêcher au moindre de vos sous-traitants d’avoir accès à notre compteur. Nous vous serions reconnaissant.es de bien vouloir les en avertir.

Ni amitié ni salutation,
Quelques membres du CCL,
Lille, le 12 mai 2017

Pour toute correspondance, écrire à :
Centre Culturel Libertaire
4, rue de Colmar
59000 Lille



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